Musique populaire

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Le groupe français d'electro house Justice en concert en 2007.

La musique populaire désigne les genres de musique ayant un large public[1] et aujourd'hui généralement distribué à de larges audiences (musique commerciale passant généralement a la radio) via l'industrie musicale.

Elle est opposée à la musique savante[2],[3],[4] et la musique traditionnelle, qui sont généralement diffusés à de plus petites audiences[2],[3],[4]. Il ne faut pas confondre la musique populaire avec la musique pop, qui est un genre spécifique de musique populaire.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le chant populaire[modifier | modifier le code]

Il a des racines très anciennes dans le chant traditionnel aujourd'hui dit folklorique[5] ou de folklore vivant, en France pour partie chanté en Breton, basque, provençal, corse, flamand, alsacien, etc. puis en français surtout à partir du XIXème siècle[6]. Les thèmes des saisons, des amours, des âges de la vie, du mariage, des guerres sont récurrents. Il accompagnait la vie de tous les jours, les travaux des champs et la garde des troupeaux par les enfants, les danses, les fêtes, etc.

Articles détaillés : ethnomusicologie et Musique folklorique.

Le chanteur de rue[modifier | modifier le code]

C'est une personne (homme ou femme), souvent anonyme, qui chante sur la voie publique, parfois associée au camelot. Ce chanteur vit de l'argent que ses auditeurs lui donnent. Des styles et modes particuliers existent selon les époques et les pays (ex : les prosopopées dites lamenti italiens composés et imprimés durant la Renaissance, de 1453 aux années 1630-1650 ; lamenti storici, parodiques, satiriques et musicaux) [7]. Parfois sans instruments, parfois muni d'un porte-voix, il cherche à attirer et captiver un maximum d'auditoire en un temps très court et s'appuie pour cela sur une musique mélodieuse, un air déjà connu et/ou un texte accrocheur, parfois politique et satirique[8], devant alors parfois se jouer de la police[9].
Très populaires avant l'invention des médias modernes (radio, télévision, enregistrement sonore), ils ont largement contribué à la diffusion d'idées ou d'informations au même titre que les journaux. En effet, en dehors de quelques grands standards de la musique populaire, leur répertoire s'inspirait souvent de faits majeurs ou de faits divers remarquables, assurant une publicité à ces événements. Au XIXe siècle avec la révolution industrielle, l'apparition d'une classe ouvrière urbaine et son exode rural, elle contribue à porter et diffuser la chanson ouvrière et "sociale"[10].

Habitués à se mettre en public dans des conditions difficiles, les chanteurs de rue avaient souvent une personnalité originale et extravertie. Au nombre de ceux-ci le célèbre Aubert (né vers 1769, attesté en vie en 1848), doyen des chanteurs des rues de Paris fut nommé par ses confrères « Syndic des chanteurs des rues » de Paris.
En 1848 il parle au nom de la délégation de 800 chanteurs, musiciens et mendiants des rues de Paris venus rendre hommage à l'Élysée au chansonnier Béranger membre de la commission des secours.

Le chanteur des rues a toujours fait partie des « Cris (et bruits) de la rue »[11], mais le développement de la voiture et l'augmentation du volume sonore lié à la vie moderne, la difficulté d'occuper la voie publique[12], l'accusation de mendicité et surtout la banalisation des enregistrements sonores ont réduit la présence des chanteurs de rue. Il en reste malgré tout, y compris officiellement[13],[14].

Le marchand de musique[modifier | modifier le code]

Le marchand de musique ou de chanson est une profession aujourd'hui disparue en Europe mais qui était encore active dans l'entre deux-guerres[15], avant la large diffusion de la radio puis de la télévision. C'est un métier connexe à la chanson populaire depuis plusieurs siècles (chanson autrefois spécifiquement éditée et diffusée sur feuilles volantes). Les marchand de musique était itinérants et vendaient des partitions de chant en entonnant eux-mêmes la musique. Ils parcouraient les villes et se déplaçaient de foire en foire. Ils proposaient leurs chansons sous forme de feuille volante, souvent grossièrement imprimée, à des personnes qui ne savaient globalement pas lire la musique, mais qui étaient intéressées par la mélodie ou par le texte de la chanson. Ces feuilles volantes étaient parfois très élégamment illustrées par des gravures œuvres d'illustrateurs connus et sont très intéressantes du point de vue artistique et iconographique. Certains marchands de musique ne déchiffraient pas les partitions, mais avaient une bonne mémoire des airs. Leurs feuilles volantes restent une mine d'information sur les idées, les coutumes et les centres d'intérêt des Européens au XIXe et au début du XXe siècle.

Orphéons et goguettes[modifier | modifier le code]

Dès le début du XIXe siècle, les orphéons fédèrent les masses. Il s'agit d'abord de chorales d'enfants puis d'ouvriers. Quelques noms : Wilhem, pédagogue et fondateur du premier orphéon en 1833. Delaporte qui contribuera dans la seconde partie du XIXe siècle à donner une ampleur nationale au mouvement. À partir des années 1850, le terme « Orphéon » désigne les chorales, les fanfares et les orchestres d'harmonie qui ont connu un essor dû au développement de l'industrie des instruments de musique. Les héritiers actuels du mouvement sont le mouvement À Cœur Joie (chorales) l'UFF (fanfares) la CFBF (batterie-fanfare), la CMF (orchestres d'harmonie, orchestres à plectre)[16].

Au XIXe siècle, des centaines de goguettes rassemblent à Paris, dans sa banlieue et aux alentours des dizaines de milliers d'ouvriers ou journaliers, hommes ou femmes. Il en existe encore au siècle suivant. La goguette de la Muse rouge disparaît seulement en 1939.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Violoneux chanteur des rues de Paris (gravure de 1845[17]).
  • La musique populaire se sert en partie des moyens techniques utilisés dans la musique savante et la musique traditionnelle et profite souvent des plus récentes innovations commerciales en matière de technologie d'enregistrement et de traitement du son. Elle se nourrit de nombreuses traditions musicales, le plus souvent occidentales.

Elle se transmet de génération en génération sans recours à l'écriture ni aux études de conservatoire

  • La musique populaire a hérité de certains des usages de la musique modale, du système tonal et des instruments de la musique classique. Mais contrairement à cette dernière, sa principale caractéristique est l'oralité dans la transmission, souvent sans référence à l'écrit et à son médium privilégié : la partition ; sur ce point elle peut être rapprochée de la musique traditionnelle.
  • La musique populaire se définit avant tout comme la musique la plus consommée dans les pays industrialisés et influencés par le monde occidental: sa diffusion est telle qu'on peut en trouver les traces dans la plupart des groupes sociaux dans ces pays. À l'heure actuelle, peu de groupes sociaux, quelles que soient leurs traditions, n'y ont pas accès d'une façon ou d'une autre.
  • Elle est aussi pour la plupart de ses courants de masse caractérisable par l'absence des référents culturels habituels de la musique classique et des musiques traditionnelles : elle n'est pas une musique de célébration.
  • À l'inverse de la musique classique, l'interprète de cette musique est souvent plus important et plus connu que le compositeur lorsqu'il s'en dissocie (cf. le phénomène des idoles en musique).

Les formes répandues[modifier | modifier le code]

La musique populaire se base sur quelques standards musicaux et commerciaux. Elle est aussi à l'origine d'un certain vocabulaire.

Musique[modifier | modifier le code]

  • Il s'agit essentiellement de chansons (des paroles soutenues par une musique instrumentale ou un petit chœur).
  • Une chanson dure la plupart du temps entre 3 et 5 minutes (durée initiale de la face d'un disque 78 tours ou d'un vinyl 45 tours).
  • Les textes utilisent le vocabulaire courant, voire familier.
  • Sa structure repose souvent sur une alternance entre un refrain et quelques couplets (en général, moins de cinq).
  • L'ensemble, musique et paroles, est facile à mémoriser par écoute répétée.
  • Elle s'efforce ainsi d'être facilement compréhensible et donc diffusable internationalement. À cet effet, on note une nette prédominance de l'anglais dans les paroles, au moins en ce qui concerne celle qui s'exporte massivement.
  • La musique s'efforce de pouvoir être diffusée le plus largement possible : utilisation d'instruments courants (guitares, claviers, cuivres, cordes, percussions), arrangements musicaux standards, quasi-monopole de la langue anglaise pour les paroles de la version dite « internationale » sans pour autant éliminer toute forme de production nationale.

Promotion[modifier | modifier le code]

  • Avant l'invention des médias audios modernes (radio, télévision, disques), la diffusion était assurée par des chanteurs de rue qui vendaient les partitions sur les marchés en entonnant eux-mêmes les chansons.
  • La généralisation de la radio a favorisé l'émergence d'une diffusion sur les ondes par des chanteurs qui initialement interprétaient en direct puis se sont enregistrés.
  • Aujourd'hui, la diffusion est massive et se fait par ondes radio, par CD (on parle alors d'EPK), et par diffusion de clips vidéo au cours d'émissions de télévision.

Vocabulaire[modifier | modifier le code]

  • Un tube, ou « hit », est une chanson qui a particulièrement « bien marché », c'est-à-dire qu'elle a atteint des sommets de vente.
  • Un hit-parade, ou « chart » en anglais, est une compétition permanente de musique populaire organisée par des chaînes de radio ou de télévision. L'objectif est d'être no 1 (être « au top »), ce qui est théoriquement déterminé par le nombre de disques vendus ou par le vote des auditeurs. Plus longtemps une chanson est en tête du hit-parade, plus elle s'assure une large diffusion, favorisant les retombées commerciales.

Enjeux économiques[modifier | modifier le code]

Il est notable que l'aspect commercial et promotionnel soit une caractéristique dominante de la musique populaire depuis la deuxième moitié du XXe siècle : première en termes de part de marché dans le monde de la musique, la musique populaire est l'objet d'enjeux commerciaux énormes pour les producteurs de musique, ce qui justifie l'emploi de méthodes commerciales poussées, identiques à celles utilisées pour les produits de consommation courante : méthodes dites des « grands lessiviers » : Procter & Gamble, Henkel, etc. C'est ainsi qu'une musique fait l'objet d'une « politique de lancement » pour toucher une « cible privilégiée », qu'on « fait la promotion » d'un nouveau chanteur en espérant que ses ventes « décollent », ou qu'on résilie le contrat d'un chanteur qui ne « se vend plus assez » ou dont le genre « arrive en fin de vie », quitte à le rappeler s'il « rebondit ». Les droits d'exploitation des musiques les plus populaires représentent une source importante de revenus que l'on ne cède pas facilement.

La principale production de musique populaire est donc le résultat d'une politique visant à générer des profits. Ces enjeux commerciaux sont surtout le fait des grandes majors du disque (Universal, EMI, Sony, BMG). Les maisons de disques indépendantes (comme Tôt ou Tard, Naïve Records) à la diffusion plus limitée semblent être moins à la recherche de profits. Certains musiciens ne trouvant pas de maisons de disques « s'autoproduisent », mais ils bénéficient alors d'une distribution « classique » (vente de CD en magasins) et d'une visibilité réduite, bien que le développement d'Internet ait changé la donne au cours des dernières années ; on voit notamment des sites permettant de participer à la production d'artistes inconnus du grand public[18] et des outils de diffusion comme MySpace ou autres[19],[20].

Présence amateur[modifier | modifier le code]

Si l'enregistrement de musique en studio fait toujours appel à des professionnels, la musique populaire est la musique la plus jouée par des amateurs.

De nombreux « groupes de garage » se créent dans le but de reprendre leurs musiques préférées à partir des enregistrements de leurs vedettes. Les plus talentueux et les plus constants pourront même arriver à jouer en public (soirées privées, clubs d'étudiants, bals…). Ce type de réinterprétation à partir des disques a remplacé le modèle de la musique traditionnelle basé en grande partie sur la transmission par le jeu. De nombreux groupes de rock, de pop ou de jazz ont commencé par faire de la musique sous cette forme. Parmi les plus célèbres on peut citer les Beatles et les Rolling Stones.

Le karaoké est également une forme de réinterprétation devenue courante : à partir d'un enregistrement de l'arrangement musical « réputé exact », un soliste au micro chante la mélodie. Très utilisé dans les soirées conviviales et exclusivement basé sur des chansons à succès, le karaoké laisse une part d'interprétation au soliste.

Aujourd'hui, les musiciens amateurs peuvent profiter de la vulgarisation des outils d'enregistrement et de reproduction (stations de mixage, samplers, logiciels de mixage, graveurs de CD, etc.) pour autoproduire leur musique et n'hésitent plus à la diffuser, par Internet notamment.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Frans A. J. Birrer, Definitions and research orientation: do we need a definition of popular music? (Définitions et axe de recherche : avons-nous besoin d'une définition de la musique populaire ?), 1985, in D. Horn, ed., Popular Music Perspectives, 2 (Gothenburge, Exeter, Ottawa and Reggio Emilia), p.99-106.
  • Hugh Dauncey & Philippe Le Guern, Stéréo, Sociologie comparée des musiques populaires France-Angleterre, Bordeaux, IRMA/Éditions Mélanie Seteun, 2008.
  • Marcello Sorce Keller, Contextes socioéconomiques et pratiques musicales dans les cultures traditionnelles, in Jean-Jacques Nattiez (general ed.), Musiques, Une encyclopédie du XXIe siècle, Volume 3 : Éd. Actes Sud / Cité de la musique, pp. 559-592.
  • (en) Marcello Sorce Keller, The Problem of Classification in Folksong Research: a Short History, Folklore, XCV(1984), no. 1, 100- 104.
  • Vassal, Jacques. Folksong [soi-disant]: une histoire de la musique populaire [en majeure partie] aux États-Unis. Nouv. éd. Paris: Éditions Albin-Michel, 1972, cop. 1971. 354 p.
  • Volume! La revue des musiques populaires. La seule revue universitaire française exclusivement consacrée à l'analyse pluridisciplinaire des musiques populaires.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Collins English Dictionary – Complete and Unabridged 6th Edition 2003.
  2. a et b (en) Denis Arnold, The New Oxford Companion Music, Volume 1: A-J, Oxford, Oxford University Press,‎ 1983 (ISBN 978-0-19-311316-9, LCCN 83233314), p. 111
  3. a et b (en) Denis Arnold, The New Oxford Companion to Music, Volume 2: K-Z, Oxford, Oxford University Press,‎ 1983 (ISBN 978-0-19-311316-9, LCCN 83233314), p. 1467
  4. a et b (en) Philip Tagg, « Analysing Popular Music: Theory, Method and Practice », Popular Music, no 2,‎ 1982, p. 41
  5. Guilcher Yves (1991), « Les Collecteurs du XIXe siècle ont-ils inventé la chanson folklorique ? », in Collecter la mémoire de l’autre, Parthenay, Geste Éditions (FAMT)
  6. Lécrivain et Toubon Champfleury, Jean-Baptiste-Théodore Weckerlin, Alexandre Bida, Félix Bracquemond (1860) Chansons populaires des provinces de France, 224 pages
  7. Benedikte Andersson (2010), Florence Alazard ; Le Lamento dans l'Italie de la Renaissance. «Pleure, belle Italie, jardin du monde» Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2010, 266p. ISBN 978-2-7535-1024-1
  8. M Pedaugé (2002) La rue qui chante au XVIIIe siècle: chanson politique et satirique Chansons de colportage, op. cit,
  9. F Moinard (1990) Les chanteurs de rue et la police à Paris: 1700-1789
  10. Maurice Tournier Peuple chansonnier, Peuple chansonné Peuple chansonnier, à paris en 1848 , C N R S Sciences Humaines (PDF, 15 p)
  11. Dessart M. (1989) Cris (et bruits) de la rue à Bruxelles et dans les faubourgs ; Chanteurs de rue, cris de métiers ambulants (rémouleur, fagottier, vannier, crieur de journaux) ; Le Folklore brabançon, no261, pp. 49-63 ; ISSN:0015-590X
  12. La rue parisienne comme espace musical réglementé (XVII - XXème siècle), 2006-03-12 Manuscrit auteur, publié dans "N/P"
  13. Voir à ce propos la politique d'accréditation des musiciens du métro par la RATP
  14. É Daphy, F Gétreau (1999) Musiciens des rues, musiques dans la rue Ethnologie Française
  15. E Daphy (1997) La gloire et la rue. Les chanteurs ambulants et l'édition musicale dans l'entre-deux-guerres - Musiciens des rues de Paris ; La gloire et la rue ; Les chanteurs ambulants et l'édiction musicale (PDF, 10p)
  16. Livre de référence : Philippe Gumplowicz, Les Travaux d'Orphée, édition Aubier, Paris 2001
  17. Gravure extraite de Paris chantant, Romances, chansons et chansonnettes contemporaines, par Marc Fournier, etc., Lavigne éditeur, Paris 1845.
  18. Un site Internet pour jouer au producteur - Libération, 15 janvier 2008
  19. «La construction du marché de la musique en ligne» - Libération, 29 avril 2008
  20. Enter Shikari - Libération, 24 mars 2007

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Darriulat, La Muse du peuple : chansons politiques et sociales en France 1815-1871, Presses universitaires de Rennes, 2010
  • R Thérien, I d'Amours (1992) Dictionnaire de la musique populaire au Québec, 1955-1992 ; Lavoisier.
  • B Bartók (1948) Pourquoi et comment recueille-t-on la musique populaire? ; Impr. A. Kundig
  • CD Pessin (2004) Chanson sociale et chanson réaliste - Cités, avec cairn.info
  • Marie-Dominique Amaouche-Antoine () Le cahier de chansons du conscrit ; Revue d'histoire moderne et contemporaine (1954-) T. 34e, No. 4 (Oct. - Dec., 1987), pp. 679-685 Ed:Societe d'Histoire Moderne et Contemporaine ([URL: http://www.jstor.org/stable/20529337 1ère page])

Articles connexes[modifier | modifier le code]