Thelonious Monk

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Thelonious Monk

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Thelonious Monk en septembre 1947.

Informations générales
Nom Thelonious Sphere Monk
Naissance
Rocky Mount (Caroline du Nord)
Décès (à 64 ans)
Englewood (New Jersey)
Activité principale pianiste, compositeur
Genre musical jazz, bebop, hard bop
Instruments piano
Années actives 1944-1971
Labels Blue Note, Prestige, Riverside, Columbia

Thelonious Sphere Monk () est un pianiste et compositeur de jazz américain célèbre pour son style d'improvisation, ainsi que pour avoir écrit de nombreux standards de jazz.

Alors que Monk est souvent considéré comme l'un des fondateurs du bebop, l'évolution de son style personnel l'a fait s'en éloigner. Il est d’ailleurs difficile d’établir une filiation même si son jeu pianistique (assez traditionnel dans les ballades) se rapporte au jeu stride des années 1920–1930 et si son influence peut être décelée chez de nombreux musiciens. Ses compositions autant que son jeu pianistique ont suscité les plus vives réactions tant ils bousculent la mélodie, l'harmonie et le rythme. Nombre de ses compositions sont devenues des standards, par exemple : Blue Monk, ’Round Midnight, Well You Needn't, Straight, No Chaser

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Rocky Mount en Caroline du Nord, sa famille s'établit à Manhattan, au 243 West 63rd Street, en 1922. Il commence à jouer du piano à 6 ans et bien qu'il ait pris quelques cours, il est considéré comme un autodidacte. À 12 ans, il accompagne à l'harmonium sa mère qui chante dans l'église baptiste de son quartier. À 17 ans, il participe à la tournée d'une évangéliste.

Il suit des cours à la Stuyvesant High School mais n'a pas obtenu son diplôme.

Ses débuts[modifier | modifier le code]

Il trouve du travail comme musicien de jazz ; il apparaît sur des enregistrements de Jerry Newman réalisés autour de 1941 au Minton's Playhouse, un club de Harlem, où Monk est engagé comme pianiste. Son style très personnel fait sensation, et attire les grands de l'époque, Dizzy Gillespie, Bud Powell et Charlie Parker.

En 1944, Monk enregistre en studio pour la première fois avec le quartet de Coleman Hawkins. Hawkins aidera Monk en début de carrière, et Monk lui retournera la pareille en l'invitant à le rejoindre lors de sessions avec John Coltrane en 1957.

En 1947, il enregistre pour la première fois sous son nom pour Blue Note. Ces enregistrements mettent en valeur ses talents de compositeur. La même année, il se marie avec Nellie Smith. De leur union naîtra un fils, Thelonious Sphere (T.-S.) Monk (1949), qui deviendra batteur de jazz et une fille, Barbara (1953 - 1984).

En août 1951, la police de New York découvre de la drogue (cannabis) dans la voiture de Monk et de Powell. La drogue est présumée appartenir à Powell, mais Monk refusant de témoigner contre son ami, se voit confisquer sa carte lui permettant de jouer dans les clubs de New York.

Monk passe les années 1950 à composer, enregistrer et jouer dans des théâtres.

Après les enregistrements pour Blue Note de 1947 à 1952, Monk signe avec le label Prestige pour 2 ans. Il enregistre quelques albums et collabore avec Sonny Rollins et Art Blakey. En 1954, il participe également aux albums de Miles Davis : Bags' Groove et Miles Davis and the Modern Jazz Giants.

En 1954, Monk arrive pour la première fois en Europe ; il joue et enregistre à Paris. Il rencontre la baronne Pannonica de Koenigswarter - chez qui mourra Charlie Parker le 12 mars 1955 - « Nica », membre de la branche anglaise de la famille Rothschild et mécène de plusieurs musiciens de jazz new-yorkais. Elle restera une amie intime toute sa vie.

Époque Riverside/Columbia[modifier | modifier le code]

Au moment de signer pour le label Riverside, Monk est reconnu par le milieu du jazz, mais ne vend pas beaucoup d'albums : sa musique est considérée comme peu accessible pour le grand public. Riverside parvient à convaincre Monk d'enregistrer deux albums ne contenant que ses interprétations de standards de jazz, le premier sera Thelonious Monk Plays Duke Ellington entièrement constitué, comme son titre l'indique, de compositions de Duke Ellington. Après ces 2 albums destinés à rendre Monk plus populaire d'après le producteur de Riverside Orrin Keepnews[1], le pianiste enregistre Brilliant Corners, album contenant beaucoup de compositions originales souvent considéré comme un de ses meilleurs[2]. En 1957, Monk récupère sa carte de musicien l'autorisant à jouer dans les clubs de New York et ainsi à nouveau être présent sur la scène jazz la plus importante au monde. Durant la période qui suivit il joua abondamment au Five Spot dans le cadre d'un quartet comprenant par moment un jeune saxophoniste montant, John Coltrane. De cette association, les amoureux du jazz n'auront pendant longtemps que des enregistrements peu nombreux et de mauvaise qualité. Au milieu des années 2000 un enregistrement de bonne qualité du concert au Carnegie Hall donné par le quartet sera découvert par hasard pendant un archivage et édité par Blue Note. L'album intitulé Thelonious Monk Quartet with John Coltrane at Carnegie Hall est vite décrit comme un album important de ces 2 géants du jazz[3].

En 1962, Monk signe chez Columbia un des plus importants labels de l'époque. Le premier album de cette nouvelle période sera produit par Teo Macero[4] et intitulé Monk's Dream, devenant l'album le plus vendu de la carrière du pianiste[5]. Monk enregistrera encore d'autres grands albums chez Columbia comme Criss Cross ou Underground qui contient l'unique morceau en mesure à 3/4 composé par Monk, Ugly Beauty.

Fin de carrière et décès[modifier | modifier le code]

Monk disparaît de la scène au début des années 1970. Son dernier enregistrement date de novembre 1971 et il est rarement monté sur scène pendant la dernière décennie de sa vie. Il vit chez Pannonica de Koenigswarter les 6 dernières années de sa vie sans toucher le piano, parlant très peu. Il meurt d'une attaque cérébrale le 17 février 1982 et est enterré au cimetière Ferncliff à Hartsdale, New York. Après sa mort, sa musique est redécouverte par un public plus large et il est considéré avec Miles Davis, John Coltrane… comme une figure majeure de l'histoire du jazz.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Parfois pendant un concert, Monk s'arrêtait et se levait pendant que le groupe continuait. Il se mettait alors à danser et souvent à tourner sur lui-même, comme en transe.
  • Thelonious Monk reçoit le surnom de « Melodious Thonk » sans doute à cause de sa manière de jouer, à la fois mélodique et dissonante.
  • Le pianiste de jazz George Shearing — aveugle —, alors qu'il est escorté vers l'instrument sur lequel il veut répéter avant un concert, entendant la musique singulière — discordante — jouée par Monk, aurait déclaré : « Oh, je reviendrai lorsque l'accordeur aura terminé. »
  • D'après Art Blakey, Monk était très bon aux échecs et aux dames[6].
  • Alors qu'un journaliste lui demande quel genre de musique il aime, Thelonious répond : « J'aime tous les genres de musique. — Vous aimez la country ? » Thelonious ne répond pas, le journaliste insiste : « Eh bien, vous aimez la country ? » Thelonious se tourne vers Bob Jones, le road manager de Monk, et lui dit : « Ce gars est dur d'oreille. »[7]

Citations[modifier | modifier le code]

« Bird me présenta à Thelonious Monk. Son utilisation de l'espace dans les solos, sa manipulation d'étranges progressions d'accords m'étourdissaient, me tuaient. Je me disais toujours : « Mais qu'est-ce qu'il fout ce con ? » L'utilisation de l'espace chez Monk a grandement influencé ma façon de jouer les solos.

Tout ce que Monk a composé peut se retrouver sans problème dans les rythmes nouveaux qu'utilisent aujourd'hui les jeunes musiciens — Prince, ma nouvelle musique, plein de choses. C'était un grand musicien, un novateur, surtout en composition et en écriture. Il avait l'habitude de marquer le tempo en bougeant pieds et jambes. S'ils bougeaient tout le temps, il était parti ; sinon, c'était raté. »

— Miles Davis in Miles Davis avec Quincy Troupe, Miles l'autobiographie, éd. Infolio, Gollion, 2008.

Compositions[modifier | modifier le code]

Thelonious Monk a beaucoup composé, et nombre de ses compositions sont devenues des standards de jazz : 'Round Midnight, Straight, No Chaser, Blue Monk, Ask me Now, Well You Needn't, Monk's Dream...

Les titres des morceaux de Thelonious Monk sont souvent choisis après les enregistrements, donnant lieu a des séances de casse-tête collectifs. Ainsi le titre de Let's call this provient de la perplexité de Monk, qui après avoir enregistré le titre répète machinalement : « Let's call this…, let's call this… » (« Appelons-la…, appelons-la… »). Think of One est appelé ainsi par l'expression de la lassitude de Thelonious Monk. Après l'enregistrement, fatigué de réfléchir à un titre, il dit à son collaborateur « Think of one. » (« Cherches-en un.) ». Ce sont ces trois mots qui seront choisis.

D'autres titres font référence à des personnes (Pannonica, en hommage à Pannonica de Koenigswarter ; ou Boo Boo's Birthday, d'après le surnom de sa fille, Boo Boo ; Teo en hommage à Teo Macero) ou à des lieux (Ba-Lue Bolivar Ba-Lues-Are, en référence à l'Hotel Bolívar (en), où a logé Pannonica de Koenigswarter).

D'après Max Roach, Monk écrivait des paroles sur ses compositions, qui sont aujourd'hui perdues. Roach se souvient seulement de celles du début de Monk's Mood : « Why do you evade facts ? » (« Pourquoi refuses-tu la réalité ? »)[8].

  • 52nd Street Theme
  • Ask me Now
  • Ba-Lue Bolivar Ba-Lues-Are (Bolivar Blues)
  • Bemsha Swing
  • Blue Hawk
  • Blue Monk
  • Blue Five Spot
  • Blue Sphere
  • Boo Boo's Birthday
  • Brake's Sake
  • Bright Mississippi
  • Brilliant Corners
  • Bye-Ya
  • Children's Song
  • Coming on the Hudson
  • Crepuscule With Nellie
  • Criss Cross
  • Epistrophy
  • Eronel
  • Evidence (Justice)
  • Four in One
  • Friday the 13th
  • Functional
  • Gallop's Gallop
  • Green Chimneys
  • Hackensack (Rifftide)
  • Hornin' in
  • Humph
  • I Mean You
  • Introspection
  • In Walked Bud
  • Jackie-ing
  • Let's Call this
  • Let's Cool One
  • Light Blue
  • Little Rootie Tootie
  • Locomotive
  • Misterioso
  • Monk's Dream
  • Monk's Mood
  • Monk's Point
  • North of the Sunset
  • Nutty
  • Off Minor
  • Oska T.
  • Pannonica
  • Played Twice
  • Raise Four
  • Reflections (Portrait of an Ermite)
  • Rhythm-a-ning
  • ’Round Midnight
  • Ruby My Dear
  • Shuffle Boil
  • Sixteen
  • Skippy
  • Something in Blue
  • Straight, No Chaser
  • Stuffy Turkey
  • Teo
  • Thelonious
  • Think of One
  • Trinkle Tinkle
  • Ugly Beauty
  • Well You Needn't
  • We See (Manganese)
  • Who Knows
  • Work
  • Worry Later (San Francisco Holiday)

Discographie[modifier | modifier le code]

De son vivant déjà, plus de 50 disques de Thelonious Monk ont été publiés, sous son nom ou sous le nom d'autres musiciens. Depuis sa mort, d'autres enregistrements sont disponibles : par exemple en 2005 un inédit live avec John Coltrane.

Premiers enregistrements[modifier | modifier le code]

  • Midnight at Minton's (c.1941, publié en 1973 sous le nom de Don Byas. Monk ne joue pas sur tous les morceaux de ce disque ou les deux autres de 1941)
  • After Hours (c.1941, publié en 1973 sous le nom de Charlie Christian)
  • After Hours in Harlem (c.1941, publié en 1973 sous le nom de Hot Lips Page)

Blue Note years (1948–1952)[modifier | modifier le code]

  • Genius of Modern Music: Volume 1 (1947 Blue Note)
  • Wizard of the Vibes (Milt Jackson: 1948 Blue Note)
  • Genius of Modern Music: Volume 2 (1951–1952 Blue Note)

Prestige years (1952–1954)[modifier | modifier le code]

Riverside years (1955–1961)[modifier | modifier le code]

Columbia years (1962–1968)[modifier | modifier le code]

Labels divers[modifier | modifier le code]

  • April in Paris (1981 2 LP du 18 avril 1961, enregistré à Paris)
  • Monk's Classic Recordings (1983)
  • Blues Five Spot (1984, unissued recordings from 1958–1961, with various saxophonists and Thad Jones, cornet)
  • Live at Monterey Jazz Festival '63 (sept. 21–22, 1963, MFSL, 2 vols. issued 1996–1997 )
  • Something in Blue, Nice Work in London, Blue Sphere and the Man I Love (all 1971 recordings, collected in the London Collection 1988, 3 CDs)

Box sets[modifier | modifier le code]

  • The Complete Prestige Recordings of Thelonious Monk (2000, 3 CD, Prestige)
  • The Complete Blue Note Recordings of Thelonious Monk (1994, 4 CD, Blue Note)
  • The Complete Riverside Recordings of Thelonious Monk (1991, 15 CD, Riverside)
  • Monk Alone: The Complete Solo Studio Recordings of Thelonious Monk 1962–1968 (1998, 3 CD, Sony)
  • The London Collection (1988, 3 CD)
  • The Columbia Years: '62–'68 (2001, 3 CD, Sony)
  • The Complete Vogue Recordings/The Black Lion Sessions (1954–1971) (3 LP, Mosaic)

Compilations[modifier | modifier le code]

  • 1991 : The Best of Thelonious Monk. The Blue Note Years (1947–1952, Blue Note)
  • 2001 : The Columbia Years: '62–'68 (1962–1968, Sony)
  • 2002 : Thelonious Monk 85th Birthday Celebration (1952–1961, ZYX Music)

Participations avec d'autres artistes[modifier | modifier le code]

Reprises par d'autres artistes[modifier | modifier le code]

  • Steve Lacy, Reflections (1958, New Jazz/OJC)
  • Steve Kahn, Evidence (1980, Novus)
  • Sphere, Four In One (1982, Elektra)
  • Roswell Rudd et Misha Mengelberg, Regeneration (1982, Soul Note)
  • Arthur Blythe : Light Blue (1983, Columbia)
  • That’s The Way I Feel Now (1984, A & M)
  • Kronos Quartet : Monk Suite (1985, Nonesuch)
  • Steve Lacy : Only Monk (1985, Soul Note)
  • Anthony Braxton : Six Monk’s Compositions (1987, Black Saint)
  • Paul Motian : Monk In Motian (1988, jmt)
  • Carmen McRae : Carmen Sings Monk (1988, Novus)
  • Steve Lacy : More Monk (1989, Soul Note)
  • Bebop & Beyond : Plays Thelonious Monk (1990, Blue Moon)
  • T.-J. Kirk : If Four Was One (1996, Warner Bros.)
  • Esbjörn Svensson Trio : Plays Monk (1996, ACT)
  • Alexander von Schlippenbach : Plays Monk (1997, enja)
  • T.-S. Monk : Monk On Monk (1997, N2K)
  • Eric Löhrer, Évidence (1998, Siesta)
  • Blue Monk: Blue Note Plays Monk's Music (1999, Blue Note)
  • Wynton Marsalis, Standard Time, Vol. 4: Marsalis Plays Monk (1999, Columbia)
  • Alexander von Schlippenbach, Monk's Casino (2005, Intakt)
  • Léotrio, AtmoSphère Monk (2009, Ame son Production)
  • Tommy Flanagan : Thelonica (1982, Enja)
  • Pierrick Pédron : Kubic's Monk (2012, ACT)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Documentaire[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.youtube.com/watch?v=OT1XXusk_cw
  2. http://www.allmusic.com/album/brilliant-corners-r144141/review
  3. http://www.allmusic.com/album/at-carnegie-hall-r793605/review
  4. Marmorstein, Gary. The Label The Story of Columbia Records. New York: Thunder's Mouth, 2007, pp. 314-315.
  5. Monk, Thelonious. Monk's Dream. Columbia reissue CK 63536, 2002, liner notes, p. 8
  6. Art Blakey: Bu's Delights and Laments, par John B Litweiler dans Downbeat magazine, 25 mars 1976.
  7. Thelonious Monk: Straight, No Chaser de Charlotte Zwerin, 01h01min.
  8. Laurent de Wilde, Monk, Gallimard,‎ 1996 (ISBN 978-2-07-040314-1).
  9. Voir le documentaire en ligne : « Misterioso », sur http://laurentdewilde.com, Arte (consulté le 14 novembre 2012)

Liens externes[modifier | modifier le code]