Frank Zappa

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Frank Zappa

Description de cette image, également commentée ci-après

Frank Zappa en concert à Oslo, en Norvège, le .

Informations générales
Nom Frank Vincent Zappa[1]
Naissance
Baltimore, Maryland, Drapeau des États-Unis États-Unis
Décès (à 52 ans)
Los Angeles, Californie, Drapeau des États-Unis États-Unis
Activité principale Musicien, auteur-compositeur, interprète, chef d'orchestre, producteur
Genre musical Rock, jazz, musique classique, musique expérimentale
Instruments Chant, guitare, basse, claviers, synclavier, batterie, percussions
Années actives 1955-1993
Labels Verve, Bizarre, Straight, DiscReet, Zappa, Barking Pumpkin
Influences The Mothers of Invention, Captain Beefheart
Site officiel Site officiel]

Frank Vincent Zappa (né le à Baltimore et mort le à Los Angeles) est un musicien, guitariste, auteur-compositeur, interprète, ingénieur du son, producteur et réalisateur américain. Ses travaux ont trait à plusieurs genres distincts : rock, jazz et musique classique, ainsi qu'un apparentement à la musique concrète. Zappa exerce aussi occasionnellement les occupations de réalisateur de films et de vidéos de musique, et de concepteur de pochettes d'albums. Tout au long de sa carrière, il sort plus de soixante albums qu'il enregistre avec les Mothers of Invention ou, pour la majeure partie, en solo. Dans sa jeunesse, Zappa développe un intérêt pour les compositeurs classiques du XXe siècle, notamment Edgard Varèse, Igor Stravinsky ou encore Anton Webern, et pour le rhythm and blues des années 1950. Il s'essaye à la composition de musique classique au lycée, tout en jouant de la batterie dans des groupes de rhythm and blues. Il opte finalement pour la guitare, qui reste son instrument de prédilection pour une grande partie de sa carrière.

Auteur-compositeur-interprète autodidacte, les diverses influences musicales de Frank Zappa le poussent à concevoir une musique teintée d'expérimentation, puisant dans de multiples styles musicaux et se démarquant par une nette complexité à classifier dans un genre distinct. Son premier album avec les Mothers of Invention, Freak Out!, paru en 1966, comporte des chansons qui s'apparentent à un rock conventionnel tout en se distinguant par des improvisations collectives et des collages sonores réalisés au studio. Les albums subséquents de Zappa confirment son attachement à une approche éclectique et expérimentale de la musique, s'essayant à plusieurs genres et s'écartant des sentiers conventionnels du rock, du jazz ou de la musique classique. Les paroles de Zappa, souvent teintées d'un humour décapant, parfois graveleux et absurde[2], révèlent sa vision iconoclaste des pratiques, structures et hiérarchies sociales établies. Tout en conservant un ton satirique, Zappa critique âprement le système éducatif et les institutions religieuses et s'impose comme un défenseur assidu et passionné de la liberté d'expression, de l'autodidaxie, de la participation politique et de l'abolition de la censure.

Les travaux de Zappa, artiste très productif et prolifique, sont souvent reçus très favorablement par la critique. Il connaît également quelques succès au plan commercial, particulièrement en Europe, bien qu'il ait travaillé comme artiste indépendant pour une grande partie de sa carrière. Zappa est fréquemment cité comme une source d'influence majeure pour les musiciens et compositeurs contemporains. Il est, à titre posthume, intronisé au Rock and Roll Hall of Fame en 1995 et reçoit un Grammy Award rendant hommage à l'ensemble de son oeuvre en 1997. Après un mariage épisodique à Kathryn J. Sherman (de 1960 à 1964), il épouse Adelaide Gail Sloatman, avec qui il a quatre enfants : Moon, Dweezil, Ahmet et Diva. Zappa meurt à 52 ans (en 1993), des suites d'un cancer de la prostate.

En 2002, le périodique Rolling Stone le classe 71e dans sa liste des cent plus grands artistes de tous les temps, et 22e en 2011 dans la liste des cent meilleurs guitaristes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Baltimore (Maryland) dans une famille d'origine sicilienne par son père, Francis Vincent Zappa, et franco-italienne par sa mère, Rose Marie Colimore, il était l'aîné de quatre enfants, ayant deux frères et une sœur. Zappa grandit en Californie, dans un mélange d'influences mêlant compositeurs d'avant-garde, comme Edgard Varèse, qu'il considère alors comme « le plus grand compositeur vivant »[3] et Igor Stravinski, et groupes locaux de rhythm and blues.

Son premier instrument est la batterie, et il intègre différents groupes en tant que batteur. Après avoir débuté une carrière d'auteur de chansons[4], Zappa rejoint un groupe local de R&B en tant que guitariste. Peu de temps après, il rebaptise le groupe The Mothers, diminutif de Motherfuckers, ce qui ne plaît guère à la maison de disques. Le groupe est donc rebaptisé The Mothers of Invention.

Les Mothers sont alors accompagnés par le producteur Tom Wilson, et sortent le double album Freak Out! (1966), un mélange de R&B et de collages sonores expérimentaux. L’année suivante sort l’album Absolutely Free, qui voit l’éloignement dans le processus de production de Tom Wilson. Zappa, voyant que son producteur était plus occupé au téléphone que dans la cabine d'enregistrement, lui propose de produire lui-même l'album, habitude qu'il garde jusqu'à la fin de sa carrière[5]. Zappa enregistre également We're Only in It for the Money, une satire grinçante du flower power mais aussi du mode de vie traditionnel américain ; la couverture parodie celle de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles, remplaçant les fleurs par des légumes.

Dans la foulée de We're Only in It for the Money, sorti aux Etats-Unis en , est commercialisé en mai le premier album solo de Zappa, Lumpy Gravy. Cet album est un collage de musique contemporaine (enregistrée en trois jours avec le Abnuceals Emuukha Electric Symphony Orchestra) et dialogues, réutilisés dans son dernier album, Civilization, Phaze III. L’album est signé « Francis Vincent Zappa ».

Frank Zappa et son groupe en 1971.

Après plusieurs albums avec The Mothers, dont Cruising With Ruben & The Jets, au parfum de musique doo-wop, ou encore l'album-concept Uncle Meat, Zappa sort Hot Rats un album solo instrumental à l'écriture ciselée, où apparaît son jeu de guitare influencé par le jazz, ainsi qu'un album de concert en public enregistré au Fillmore East (avec la participation de John Lennon et Yoko Ono[6]).

Le 4 décembre 1971, pendant qu’il se produit avec son groupe au Casino de Montreux au bord du lac Léman, en Suisse, le feu prend dans le plafond de la salle, allumé par une fusée de détresse tirée par un des spectateurs. Le Casino ainsi que le matériel des Mothers sont intégralement détruits, mais Zappa réussit à faire sortir tout le public sans incidents graves et dans le calme[7]. Cet événement est immortalisé dans la chanson Smoke on the Water du groupe Deep Purple, qui enregistrait au même moment l'album Machine Head dans le studio mobile des Stones. On peut entendre cet événement sur le bootleg Fire! édité officiellement dans le coffret Beat the Boots II.

Peu après, le 10 décembre 1971, Zappa est projeté dans la fosse d’orchestre par un spectateur, Trevor Howell, lors d’un concert donné au Rainbow Theatre de Londres. Celui-ci justifie l'agression de deux manières : soit il jugea la qualité de la prestation trop médiocre, soit il considéra que le compositeur-guitariste avait regardé sa petite amie avec trop d’insistance. Frank Zappa souffre de plusieurs fractures, d’un traumatisme crânien, de blessures au dos, au cou, ainsi que d’un écrasement du larynx. Pendant plus d'un an, Zappa reste en chaise roulante, dans l'incapacité de jouer en concert et garde des séquelles de l'événement :

« J’ai fini par me remettre, mais ma jambe est restée un poil plus courte que l’autre, d’où ces années de douleurs chroniques dans le dos. Durant ma saison en fauteuil roulant, j’ai refusé interviews et photos, je voulais juste faire de la musique, et j’ai quand même pu réaliser trois albums : Waka/Jawaka, Just Another Band From L.A. et The Grand Wazoo[8] ».

En 1972, sortent donc deux albums de jazz avec un orchestre big-band : Waka/Jawaka et The Grand Wazoo. Face aux coûts de fonctionnement du grand orchestre et de l'échec commercial, Zappa décide d'évoluer vers un style de composition plus accessible. Les résultats sont Over-Nite Sensation, Apostrophe, Roxy & Elsewhere et One Size Fits All, avec une nouvelle version des Mothers, comprenant George Duke (claviers), Napoleon Murphy Brock (saxophone et chant), Ruth Underwood (percussions), Chester Thompson (batterie)[9]. C'est aussi l'ultime déclinaison des Mothers of Invention. Après un dernier disque en public enregistré en 1975 avec son vieux complice Captain Beefheart, Bongo Fury, Frank Zappa dissout définitivement The Mothers of Invention, et ne publie désormais plus que sous son propre nom.

En 1977, Frank Zappa veut produire un coffret à huit faces (quatre disques) qu’il intitule Läther (seul 300 coffrets de 4 LP seront distribués aux radios) et qui doit représenter son travail en studio, sur scène et d’orchestration. Mais la maison de disques qui doit le distribuer, la Warner, refuse de le publier. Au lieu de quoi, le contenu de ce disque « perdu » (jusqu’en 1996, œuvre que sa famille commercialise telle qu’elle était conçue au départ, sous la forme d'un coffret CD, trois ans après son décès), paraît, éparpillé sur quatre albums différents : Zappa in New York, Studio Tan, Sleep Dirt et Orchestral Favorites. D’autres bouts sont aussi présents sur Shut Up 'n Play Yer Guitar et Zoot Allures.

En décembre 1977, sur les ondes de la radio de Pasadena KROQ radio, il diffuse Läther dans son intégralité, en déclarant au micro : « Ici Frank Zappa, je suis votre disc-jockey temporaire, prenez votre petit appareil à cassette et enregistrez cet album qui ne sera peut-être jamais disponible pour le grand public. »

Zappa attaque la Warner, qui a refusé de le payer pour tout ce matériel, qu'elle a publié un peu n'importe comment, en créant son propre label, Zappa Records, distribué par Mercury/Phonogram, et publie en 1979 Sheik Yerbouti (album basé sur des enregistrements live de sa tournée européenne 1978), qui marque le début d’une excellente période en termes de réussite commerciale et contient un titre qui se classe no 1 en Norvège : Bobby Brown. Dans le groupe qui l'accompagne alors, le batteur Terry Bozzio, le guitariste Adrian Belew, et le claviériste Tommy Mars se mettent en valeur pour se couler parfaitement dans l'esprit et la technicité de sa musique.

Dans la foulée, l'« American composer » (« compositeur américain », comme il aimait se définir[10]), sort l'opéra-rock en trois actes Joe's Garage, interprété par un nouveau groupe (dont le chanteur Ike Willis, le batteur Vinnie Colaiuta, le bassiste Arthur Barrow et le guitariste Warren Cucurullo), et où tous les genres musicaux du rock (du reggae au disco en passant par le funk, la pop ou le rythm'n'blues) sont abordés à la sauce Zappa. Il y brocarde notamment l'Église de scientologie, qui devient ici « church of appliantology » (dont il change le nom du fondateur L. Ron Hubbard en L. Ron Hoover). On y trouve aussi la phrase-manifeste Music is the Best (la musique est la meilleure des choses). Ce sera un de ses plus grands succès commerciaux.

Frank Zappa et son groupe au Memorial Auditorium de Buffalo en 1980.

À partir du début des années 1980, Zappa explore les liens entre la musique qu'il a toujours jouée et la musique savante, en enregistrant notamment deux disques avec le London Symphony Orchestra. Le , Pierre Boulez et l'Ensemble intercontemporain jouent trois pièces de Zappa qui feront partie de l'album Boulez Conducts Zappa: The Perfect Stranger qui sortira à la fin de la même année.

Après une interruption, Zappa revient, et une grande partie de son travail ultérieur est influencée par son utilisation du synclavier comme outil de scène ou de composition, ainsi que par sa maîtrise des techniques de studio pour produire des effets sonores singuliers. Il est l'inventeur de la xenochronie, technique de studio utilisée sur de nombreux albums. Son travail devient également plus explicitement politique : il se moque des télévangélistes et du Parti républicain américain.

Au début des années 1990, Zappa consacre presque toute son énergie à des travaux orchestraux et de synclavier. Fin 1991, sa fille aînée, Moon Unit, révèle à la presse que son père est atteint d’un cancer de la prostate, maladie qui l'emporte le , à l'âge de 52 ans. Sa dernière tournée accompagné d'une formation rock a lieu en 1988, avec un ensemble de 12 musiciens, de qui il exige de connaître plus de 100 compositions, la plupart tirées du répertoire de Zappa, mais qui se sépare par mésentente avant la fin de la tournée. Celle-ci est cependant immortalisée dans les albums The Best Band You Never Heard in Your Life (des morceaux aux textes « politiques », et des reprises de musiques de films principalement), Make a Jazz Noise Here (principalement de la musique instrumentale et expérimentale), Broadway the Hard Way (de nouvelles chansons), ainsi que sur quelques plages de You Can't Do That on Stage Anymore, Vol. 6.

You Can't Do That On Stage Anymore ("tu ne peux plus faire cela sur scène désormais") est la dernière production importante de sa vie. Un projet majeur qu'il parvient tout juste à mener à bien, les volumes 5 et 6 étant publiés en 1992 : il compile sur six doubles CD (et près de 13 heures d'écoute) trois décennies de prestations scéniques, mêlant (parfois dans la même chanson) tous ses différents groupes et toutes les époques sans aucun ordre chronologique. C'est une plongée vertigineuse dans ce qu'il appelait the conceptual continuity, la continuité conceptuelle qui définit la cohérence globale de son œuvre. Très tôt, Frank Zappa avait entrepris d'enregistrer tous ses concerts, les bandes, qui servaient souvent de base à ses albums live ou studio, étant stockées dans un endroit mythique dénommé The Vault (la chambre-forte) d'où la famille Zappa continue à sortir régulièrement des albums[11].

Quelque temps avant sa mort, Zappa s'occupe de la politique culturelle tchèque, à la demande de Václav Havel ; les deux hommes avaient une profonde estime mutuelle.

Ses deux fils, Ahmet et Dweezil Zappa, sont également musiciens ; ensemble ils ont formé le groupe Z. En mai et juin 2006, son fils Dweezil a organisé et dirigé la tournée Zappa Plays Zappa, présentant exclusivement des morceaux composés par son père.

L'art de Zappa[modifier | modifier le code]

Zappa à Austin, Texas, en 1977.

La musique de Zappa est très hétérogène, allant du doo-wop à la musique contemporaine, parfois dans une même composition. Les influences en sont multiples, et on a malheureusement réduit parfois Zappa à ses influences. Le fait est que si elles sont parfois reconnaissables, elles sont cependant fondues dans un art unique et très personnel. Une phrase de Zappa se reconnaît instantanément (sauf, et cela arrive régulièrement, quand il ne veut pas que ce soit ainsi).

On peut essayer de distinguer les styles chez Zappa, pour mieux montrer comment ils s'entremêlent. Avant tout, la musique classique, celle du XXe siècle essentiellement (Zappa n'aimait pas la musique classique des siècles précédents, considérant que les compositeurs n'étaient que des esclaves au service des mécènes. Il aimait seulement Bach) : il dit avoir reçu le plus grand choc musical de sa vie dans ses jeunes années avec Ionisation de Edgar Varèse et Le Sacre du printemps de Igor Stravinski[12].

Le plus gros apport de la musique contemporaine dans l'œuvre de Zappa se situe au niveau rythmique : l'utilisation de mesures asymétriques et de polyrythmies.

Pour les premières, on peut citer le très classique Pound for a Brown (sur Zappa in New York, par exemple), dont la rythmique est écrite en 7/8 (caractéristique de la musique de l'Europe de l'Est — voir Mesures asymétriques) fut utilisée à de nombreuses reprises par Zappa, dans des morceaux comme Catholic Girls, Flower Punk ou Mother People. Le morceau Keep It Greasey (sur l'album Joe's Garage) comporte toute une section en 19/16 (la mesure se décompose en quatre noires plus trois double-croches). Le rock progressif utilisait déjà beaucoup ce genre de mesures.

Les polyrythmes sont la superposition de divisions différentes d'un même temps, ou d'un même groupe de temps. Ainsi, en binaire, le temps se divise en 2, 4, 8, 16, etc. En ternaire, en 3, 6, 12, etc. Cela est totalement conventionnel, et la musique (jusqu'à la fin du XIXe siècle au moins) repose là-dessus pour la musique dite « savante » ; la musique populaire ne divise guère autrement. Mais on peut vouloir jouer cinq, ou sept, etc., notes sur un même temps, et de manière régulière (c'est-à-dire en divisant le temps par cinq ou sept). Zappa le fait abondamment. C'est même l'une des marques de fabrique de ses mélodies. L'une de ses plus célèbres compositions, la Black Page, fait une très grande utilisation des polyrythmes. Cela peut atteindre une redoutable complexité. Exemple : Get Whitey (sur l'album The Yellow Shark) : la rythmique de base est en 9/4 ; elle peut donc se diviser en 18 croches, ou 36 doubles-croches, etc. À un moment, la mesure se divise en 23 croches (c'est donc du 23/8) et la mélodie se répand en doubles croches pointées principalement, ce qui augmente la complexité rythmique du morceau. Ce n'est pas pour rien que Zappa utilisait son Synclavier, qui pouvait jouer tout et n'importe quoi. En fait, à ce niveau-là, c'est comme si la mélodie se jouait à un tempo très différent de la rythmique.

On trouve des œuvres, chez Zappa, qui relèvent d'une esthétique venue tout droit de la musique contemporaine. Par exemple, la très boulézienne Girl in the Magnesium Dress (sur Boulez Conducts Zappa: The Perfect Stranger ou The Yellow Shark), ou des pièces comme The Return of the Son of Monster Magnet (album Freak Out!). D'autres s'apparentent à la musique de Stravinski (par exemple G-Spot Tornado sur Jazz from Hell ou sur The Yellow Shark), à Webern, etc. Mais ses meilleures compositions sont celles où il ne s'apparente à personne : les sus-cités Black Page et Get Whitey, par exemple. D'une manière générale, Zappa compose à partir d'un fond très jazz-rock sur lequel se détachent des mélodies beaucoup plus complexes. Le fond sera par exemple une pentatonique sur un rythme en 4/4 tandis que la mélodie sera polyrythmique et polytonale — une alchimie caractéristique de son style.

Mais Zappa donne aussi dans le rock le plus simple, très souvent de manière parodique. L'album Sheik Yerbouti est principalement constitué de ce genre de musique. On y cause de plombiers, de cœurs brisés pour les trous du cul (le titre exact du morceau en question est Broken Hearts Are for Assholes), de barbichette, etc. Que des choses très importantes, servies par une musique entre le hard-rock et le blues, sans jamais perdre l'occasion de placer une mélodie avant-gardiste. De même, l'album Joe's Garage combine les genres, avec des morceaux disco, reggae, funk, rock, etc., avec beaucoup d'humour et de dérision.

Les morceaux de Zappa ne sont jamais vraiment achevés. Les concerts sont toujours l'occasion de nouveaux arrangements. Zappa ne joue jamais deux fois le même morceau, en fait. Par exemple, la Black Page : sur Zappa in New York on trouve une première version avec solo de batterie, ajouts de percussions, puis un orchestre réduit ; sur le même album, on trouve la seconde version, qui comporte une rythmique qu'on pourrait dire disco-funk et des arrangements beaucoup plus grandiloquents ; sur Make a Jazz Noise Here, on peut entendre la new age version, très lente, menée par des cuivres langoureux, des rythmes reggae-ska et qui finit par reprendre à toute allure. De surcroît, Zappa avait mis au point tout un langage gestuel qui lui permettait d'indiquer, à n'importe quel moment, un changement d'interprétation quelconque : ainsi, tel geste signifiait qu'il fallait jouer en reggae, ou en hard rock, etc. Par exemple, s'il tournait un doigt à droite et derrière sa tête comme s'il tripotait une dreadlocks, le groupe derrière lui jouait de façon reggae ; s'il faisait de même avec ses deux mains, le groupe jouait du ska ; s'il mettait ses deux mains à l'entrejambe et qu'il mimait une grosse paire de testicules, les musiciens savaient qu'ils devaient jouer du heavy metal[13]. Zappa pouvait donc modifier sa composition au moment même où le groupe la jouait sur scène.

Tout cela nécessitait d'avoir de bons musiciens. Et là encore, Zappa fut loin d'être en reste. En 1969, il renvoya tous ses musiciens (les Mothers of Invention d'origine), pour une raison qu'il convient de relativiser : dès lors qu'il fit état de gros problèmes financiers à l'époque, qu'ils n'étaient plus assez bons pour jouer sa musique, qui se complexifiait toujours plus. Il employa de nombreux batteurs : Aynsley Dunbar, Chester Thompson (accompagné de Ralph Humphrey dans la série de concerts de fin 1973 notamment au Roxy), Terry Bozzio, Vinnie Colaiuta, Chad Wackerman. En fait, Zappa fut au rock ce que Miles Davis fut au jazz : un formidable révélateur de talents. Et comme pour Miles Davis, chaque nouveau groupe fut un nouveau style, une nouvelle source de compositions et d'arrangements.

Hommages posthumes[modifier | modifier le code]

Zappa entre dans Rock and Roll Hall of Fame en 1995, il y est introduit par Lou Reed. La même année, la seule statue connue de Zappa est installée au centre de Vilnius, la capitale de la Lituanie. Konstantinas Bogdanas, le sculpteur lituanien le plus renommé, auparavant spécialisé dans les portraits de Lénine, a immortalisé Zappa. Un buste de Zappa est également visible à Bad Doberan dans le Nord-Est de l'Allemagne, où se déroulent chaque année les Zappanales. Un second buste, plus ancien, est aussi visible à Prague (République tchèque). Par ailleurs, un astéroïde a été nommé en son honneur (3834) Zappafrank[14]. La "Frank-Zappa-Strasse" a été inaugurée le 28 juillet 2007 dans les faubourgs de l'ancien Berlin-Est.

En 2014, les conservatoires musicaux de Nantes, St Nazaire et La Roche Sur Yon lui rendent hommage en lançant "le projet Zappa" regroupant plusieurs morceaux tels que "Uncle meat", "20 small cigars", "take you clothes off when you dance", "Inca Road"...


Discographie[modifier | modifier le code]

Albums[modifier | modifier le code]

Sorties posthumes[modifier | modifier le code]

Compilations[modifier | modifier le code]

En tant que producteur du label Straight Records[modifier | modifier le code]

Frank Zappa a créé le label Straight Records, sur lequel ont été produits ces albums :

Autres participations[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

En tant qu'acteur[modifier | modifier le code]

  • 1986 : Miami Vice, épisode 19 de la saison 2 (Mario Fuente)

En tant que réalisateur[modifier | modifier le code]

  • 1971 : 200 Motels
  • 1979 : Baby Snakes
  • 1984 : The Dub Room Special (Vidéo)
  • 1985 : Video from Hell (Vidéo)
  • 1985 : Does Humor Belong in Music ? (Vidéo)
  • 1987 : Uncle Meat
  • 1987 : The Amazing Mr. Bickford
  • 1988 : The True Story of Frank Zappa's 200 Motels (Vidéo)

En tant que compositeur[modifier | modifier le code]

  • 1962 : The World's Greatest Sinner
  • 1965 : Run Home Slow
  • 1969 : King Kong : Jean-Lluc Ponty Plays the Music of Frank Zappa, avec George Duke, Ernie Watts, Wilton Felder, Ian Underwood. Composition et arrangements de Frank Zappa.
  • 1971 : 200 Motels
  • 1974 : A Token Of His Extreme (KCET-TV show) (réédition en DVD en 2004)
  • 1979 : Baby Snakes
  • 1984 : The Dub Room Special (Video)
  • 1985 : Video from Hell (Video)
  • 1985 : Does Humor Belong in Music? (Video)
  • 1987 : Uncle Meat
  • 1987 : The Amazing Mr. Bickford
  • 1988 : The True Story of Frank Zappa's 200 Motels (Video)
  • 1989 : Cousteau - Alaska (Outrage at Valdez)
  • 1991 : Peefeeyatko
  • 1994 : Duckman (série TV)
  • 1997 : Happy Together (chanson)
  • 2001 : Y tu mamá también (chanson)
  • 2002 : Frank Zappa: Phase II (The Big Note)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages en langue française[modifier | modifier le code]

  • Alain Dister, Frank Zappa et les Mothers of Invention, Albin Michel, 1975.
  • Christophe Delbrouck, Frank Zappa / Chronique discographique, Éditions Parallèles, 1994.
  • Guy Darol, Frank Zappa, La Parade de l'Homme-Wazoo, Le Castor Astral, 1996.
  • Guy Darol et Dominique Jeunot : Zappa de Z à A, Le Castor Astral, 2000 (rééd. 2005).
  • Christophe Delbrouck, Frank Zappa & les mères de l'invention (tome 1 : 1940-1972), Le Castor Astral, 2003.
  • Guy Darol, Frank Zappa, l'Amérique en Déshabillé, Le Castor Astral, 2003.
  • Rémi Raemackers, One side fits all : Clés pour une écoute de Frank Zappa, La Mémoire et la Mer, 2003.
  • Pacôme Thiellement, Économie Eskimo - le rêve de Zappa, Musica Falsa, 2005.
  • Christophe Delbrouck, Frank Zappa & la dînette de chrome (tome 2 : 1972-1978), Le Castor Astral, 2005.
  • Frank Zappa, Zappa par Zappa, Archipel, 2005 (initialement édité en anglais par Poseidon en 1989, sous le titre The Real Frank Zappa Book).
  • Christophe Delbrouck, Frank Zappa & l'Amérique parfaite (tome 3 : 1978- 1993), Le Castor Astral, 2006.
  • Guy Darol, Frank Zappa/One Size Fits All, Cosmogonie du Sofa, Le mot et le reste, 2008.
  • Guy Darol, Frank Zappa, Le Castor Astral, Castor Music, 2009.

Autres langues[modifier | modifier le code]

  • Julian Colbeck, Zappa : A Biography, Virgin Books, 1987.
  • Neil Slaven, Zappa : Electric Don Quixote, Omnibus, 1996.
  • Ben Watson, The Complete Guide to the Music of Frank Zappa, Omnibus, 1998.
  • Kevin Courrier, Dangerous Kitchen, ECW Press, 2002.
  • Barry Miles, Zappa: A Biography, Grove Press, 2004.
  • Manuel de la Fuente Soler, Frank Zappa en el infierno. El rock como movilización para la disidencia política, Biblioteca Nueva, 2006.
  • Andrew Greenaway, Zappa The Hard Way, Wymer Publishing, 2010.
  • Frank Wonneberg, Grand Zappa - Internationale Frank Zappa Discology, Schwarzkopf & Schwarzkopf, 2010.
  • Pauline Butcher, Freak Out! My Life with Frank Zappa, Plexus Publishing, 2011.

Articles[modifier | modifier le code]

  • « Frank Zappa : dix ans après », dossier spécial in Circuit : musiques contemporaines, volume 14, numéro 3, 2004.
  • Marc Perrenoud, « Frank Zappa ou le « fait musical total » », Volume !, vol. 3, no 1,‎ 2004 (lire en ligne)
  • Jean-Sébastien Marsan, « Philosophie - Frank Zappa et l'utopie Internet: ‘They're only in it for the money’ », série Le Devoir de philo, Le Devoir, 16 et 17 octobre 2010.

Quelques musiciens ayant joué avec Frank Zappa[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jusqu'à ce qu'on découvre son certificat de naissance, Zappa pensait qu'il avait été prénommé "Francis", et il porte ce prénom sur certains de ses premiers albums. Son véritable prénom est "Frank", et n'a jamais été "Francis". Cf. Zappa with Occhiogrosso, The Real Frank Zappa Book, 1989, p. 15.
  2. Voir par exemple Broken hearts are for assholes sur l'album Sheik Yerbouti, Don't Eat The Yellow Snow sur l'album Apostrophe, ou When Does It Hurt When I Pee? sur Joe's Garage, chansons traitant de la chaude pisse. Les paroles décapantes de Fuck Yourself, pudiquement appelé Yourself sur l'album Flex-Able Leftovers de Steve Vai semblent être chantées et composées par Zappa.
  3. (en) Barry Miles, Zappa, Grove Press,‎ 2004, 464 p. (ISBN 9780802117830), p. 36
  4. Cf. Memories of El Monte par exemple, enregistré par les Penguins
  5. Morceau ‘‘Tom Wilson’’ dans l’album The MOFO Project/Object
  6. La collaboration ne paraît pas sur le disque, mais sur la partie live du double album de John Lennon Some Time in New York City.
  7. Zappa with Occhiogrosso, 1989, The Real Frank Zappa Book, pp. 112–115
  8. Zappa par Zappa (The Real Zappa Book), p. 115, L'Archipel, 2000, (ISBN 2-8418-7226-2)
  9. Un album entier de la série live en six volumes You Can't Do That On Stage Anymore est extrait de cette période faste.
  10. Qui avoue dans son autobiographie Zappa par Zappa n'avoir jamais été capable de jouer de la guitare et de chanter en même temps.
  11. site officiel du "Zappa family trust"
  12. The Real Frank Zappa Book, chapitre 2
  13. The Real Frank Zappa Book, chapitre 8
  14. http://pages.infinit.net/jross/zappa/asteroid.htm

Liens externes[modifier | modifier le code]

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En anglais[modifier | modifier le code]

Wiki et annuaires[modifier | modifier le code]