Jazz modal

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Le jazz modal est un courant du jazz qui s'est développé à la fin des années 1950, et qui a exercé une certaine influence jusque dans les années 1970.

Descriptions[modifier | modifier le code]

Le jazz modal a puisé dans les idées des musiques orientales et exotiques : un morceau de jazz modal contient souvent trois ou quatre accords, rarement plus, d'où son nom (modal : qui s'apparente aux modes - types de gammes caractéristiques), ce qui permet à l'improvisateur une extraordinaire liberté d'expression et un jeu « out » souvent très apprécié.

À l’affût de nouvelles pistes d'improvisation, quelques musiciens se sont aventurés au-delà des gammes classiques majeures et mineures. Ils s’inspirèrent des modes de la musique religieuse médiévale, qui utilisaient des intervalles altérés entre les tonalités habituelles, ou encore (et surtout) des modes dits « grecs » (ionien, dorien, phrygien, lydien, mixolydien, éolien, locrien), ce qui en fait la musique modale par opposition avec la musique tonale.

Historique[modifier | modifier le code]

Les premières recherches autour du jazz modal débutent à la fin des années 1950, avec Miles Davis et John Coltrane. Milestones (1958) est construit sur les modes dorien et aéolien[1]. Mais c'est en 1959 qu'on trouve la première forme aboutie de jazz modal, avec Kind of Blue (disque de jazz le plus vendu dans le monde depuis sa parution[réf. nécessaire]) avec entre autres John Coltrane et le pianiste Bill Evans, qui apporte sa connaissance de la musique classique (Ravel, Debussy) à Miles[1]. On trouve sur cet album le morceau So What, construit à partir de deux accords (16 mesures de mineur, 8 de mi bémol mineur, 8 de mineur).

En 1960, John Coltrane enregistre My Favorite Things avec notamment le pianiste McCoy Tyner.

Le compositeur George Russell est l’un des premiers défricheurs du jazz modal, dès la fin des années 1940, et ensuite avec son ouvrage The Lydian Chromatic Concept Of Tonal Organization For Improvisation, publié en 1959.

On retrouve cependant quelques enregistrements plus anciens qui peuvent être considérés comme annonciateurs du jazz modal : Jungle Blues (1927) de Jelly Roll Morton, un blues basé sur un seul accord ; Koko (1940) de Duke Ellington oule pont de Bohemian After Dark (1955) d'Oscar Pettiford, qui utilise des modes indiens[1].

Le jazz modal, avec des thèmes écrits sur un ou deux accords, va se prolonger dans les années 1960-70. Citons les longues improvisations méditatives de John Coltrane (y compris, dans une certaine mesure, dans sa « période free jazz », McCoy Tyner, Herbie Hancock, Wayne Shorter, Pharaoh Sanders, Don Ellis[1]... Le jazz-rock, tel qu'on le retrouve sur Bitches Brew (1970) de Miles Davis, peut également être considéré comme une continué du jazz modal.

Citation[modifier | modifier le code]

« La musique modale, c'est sept notes à partir de chaque gamme, chaque note. Une gamme par note, une mineure. Le compositeur-arrangeur George Russell avait coutume de dire qu'en musique modale le do se trouve où le fa devrait être. Que tout le piano commence à fa. Ce que j'avais appris, c'était que quand on jouait en modal on pouvait continuer à l'infini.

Inutile de se soucier des grilles ou des trucs comme ça. On peut tirer davantage de la ligne musicale. Quand on travaille de façon modale, le défi, c'est de voir quelle inventivité on peut avoir alors sur le plan mélodique. Ce n'est pas comme quand on s'appuie sur des accords, quand on sait, au bout de trente-deux mesures, que les accords sont terminés, qu'il n'y a rien d'autre à faire qu'à se répéter avec des variantes. Je m'écartais de ce système, j'allais vers des approches plus mélodiques et l'approche modale me semblait plus riche de possibilités. »

— Miles Davis avec Quincy Troupe, Miles. L'autobiographie p. 240-241, Infolio, (2007)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Philippe Carles, André Clergeat, Jean-Louis Comolli, Dictionnaire du Jazz, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1994.