Zazou

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Les zazous sont un courant de mode de la France des années 1940. Il s'agissait de jeunes gens reconnaissables à leurs vêtements anglais ou américains, et affichant leur amour du jazz.

Veste à carreaux tombante, attitude dégingandée, parapluie fermé qu'il pleuve ou qu'il vente.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Le terme de zazou utilisé la première fois en France en 1938 dans la chanson de Johnny Hess je suis swing (refrain: je suis swing, je suis swing, zazou, zazou, zazou zazou dé) vient du morceau de jazz Zah Zuh Zaz enregistré le 2 novembre 1933 (Victor) par Cab Calloway.

Attitude pendant la guerre[modifier | modifier le code]

Pendant l'Occupation, les zazous exprimèrent leur non-conformisme et leur opposition au régime en organisant des concours de danse, qui les opposaient parfois aux soldats allemands. Lorsque les lois raciales de Pétain et des Nazis obligèrent les Juifs à porter l'étoile jaune, un certain nombre de zazous, par défi, s'affichèrent avec une étoile jaune marquée Zazou, Swing ou Goy[1]. Ils furent arrêtés et conduits au camp de Drancy avant d'être relâchés.

Par bravade, ils portaient des vêtements trop longs à une période où le tissu était rationné, ils gardaient les cheveux longs alors qu'un décret vichyste faisait des cheveux récupérés chez le coiffeur une matière première d'intérêt public pour la confection de pantoufles. Enfin, ils mettaient un point d'honneur à être toujours équipés d'un parapluie qu'ils n'ouvraient jamais.

Article détaillé : La mode sous l'Occupation.

L'existentialisme[modifier | modifier le code]

Les zazous étaient contemporains de l'existentialisme. Boris Vian avait adopté une attitude assez voisine de celle des zazous qu'il fréquentait parce qu'ils étaient d'abord « très très swing et qu'ils aiment le jazz[2] », sans pour autant en être un[3]. Voici la description qu'il faisait de la mode zazou : « Le mâle portait une tignasse frisée et un complet bleu ciel dont la veste lui tombait aux mollets (…) la femelle avait aussi une veste dont dépassait d'un millimètre au moins une ample jupe plissée en tarlatane de l'île Maurice[4]. »

Albert Camus, dans son roman L'Étranger de 1942, en donne la description suivante: « Un peu plus tard passèrent les jeunes gens du faubourg, cheveux laqués et cravate rouge, le veston très cintré, avec une pochette brodée et des souliers à bouts carrés. » (chap.II)

Ils sont zazous[modifier | modifier le code]

Ils sont zazous est une chanson de Johnny Hess et Maurice Martelier.

Les cheveux frisottés,
Le col haut de dix-huit pieds
Ah ils sont zazous !
Le doigt comme ça en l’air
Le veston qui traîne par terre
Ah ils sont zazous !
Ils ont des pantalons d’une coupe inouïe
Qui arrivent un peu en haut des genoux
Et qu’il pleuve ou qu’il vente, ils ont un parapluie,
De grosses lunettes noires,
Et puis surtout,
Ils ont l’air dégoûté.
(…)

Vichy et les zazous[modifier | modifier le code]

Comme après 1870, la France a réagi au désastre de 1940 par une réforme des institutions existantes et la création de nouvelles. Très préoccupé par l’éducation, la fibre morale et de la productivité de la jeunesse française, le régime de Vichy, qui avait créé un Ministère de la Jeunesse en 1940 ont vu le Zazous comme une influence rivale et dangereuse sur les jeunes, tandis que les zazous voyaient les chantiers de jeunesse mis en œuvre en juillet 1940 comme une tentative d’endoctrinement de la jeunesse française.

En 1940, la presse a publié 78 articles anti-zazous, neuf autres en 1941 et 38 en 1943. Les journaux de Vichy, qui déploraient la turpitude morale et la décadence qui affectait la morale française, considéraient les zazous comme des tire-au-flanc égoïstes et judéo-gaullistes.

En 1942, le régime de Vichy s’est rendu compte que la renaissance nationale, qu’il espérait voir réalisée sous sa direction par les jeunes, était sérieusement affectée par le rejet généralisé du patriotisme, de l’éthique du travail, de désintéressement, de l’austérité et de la masculinité exigés.

Les zazous sont devenus l’ennemi numéro un de l’organisation de la jeunesse fasciste des Jeunesses Populaires Françaises. « Scalpez les zazous ! » est devenu leur slogan. Des escouades de jeunes fascistes de la JPF, armés de tondeuses, attaquaient les zazous. Des rafles commencèrent à avoir lieu dans les bars et les zazous se firent tabasser dans les rues. Beaucoup furent arrêtés et envoyés à la campagne pour travailler aux champs.

À ce stade, les zazous entrèrent dans la clandestinité, se terrant dans leurs salles de danse et des clubs en sous-sol tandis que la résistance communiste officielle les soupçonnait d’adopter une attitude apathique, voire désinvolte, envers la guerre en général.

Le 21 avril 1944, lors de la réunion de la LVF au Vel'd'Hiv', Jacques Doriot déclare : "Avoir 20 ans, vivre à l'époque la plus grandiose de l'histoire humaine et faire le "zazou" physiquement, moralement...Quelle décrépitude, quelle déchéance !"[5]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

La chanson In the night (1986) du groupe Pet Shop Boys a pour thème les zazous.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Claude Loiseau, Les zazous, Paris : Le Sagittaire, 1977
  • Emmanuelle Thoumieux-Tioux, « Les zazous, enfants terribles de Vichy », in L'Histoire, 165, avril 1993, p. 32-39.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1] Exemples d'étoiles jaunes portées par les zazous, de coupure de presse de l'époque et de procès-verbal administratif
  2. Vian Arnaud, p. 132
  3. Il n'a jamais revêtu l'habit du zazou, comme le montre Claire Julliard dans sa biographie de Boris Vian (Gallimard, 2007).
  4. Vercoquin et le Plancton, p.47-48 cité par Boggio, p. 53
  5. http://www.ina.fr/video/AFE86002656 Images d'archive ina

Bibliographie[modifier | modifier le code]