Jazz manouche

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Pochette de disque de Django Reinhardt et Stéphane Grappelli.

Le jazz manouche est un style de jazz né en France dans les années 1930. Dans sa forme originelle, il se caractérise par l'absence de percussions, de cuivres et de bois – un « jazz sans tambour ni trompette[1] » – une section rythmique assurée par deux guitares et une contrebasse, ainsi qu'un violon. Le jazz manouche témoigne des apports stylistiques des musiques gitanes et d'Europe centrale (klezmer) ainsi que du musette et de la chanson française dans le jazz, qui, dès 1932, arrive des États-Unis en Europe[2].

Les initiateurs de ce style, d'abord caractérisé par les instruments à cordes, sont Django Reinhardt et Stéphane Grappelli, auxquels sont venus s'ajouter, au fil des années des accordéonistes, bassistes, clarinettistes. La nouvelle génération de musiciens a fait évoluer le jazz manouche dans plusieurs directions, notamment vers le jazz-rock de Boulou Ferré.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Très implantés dans le nord-est de la France, les Manouches sont la branche la mieux représentée de la migration rom en France. Ils ont combiné au début du XXe siècle la musique d'Europe centrale avec le musette, la musique de dancing et le jazz swing pour former une musique connue sous le terme générique de « musique manouche ».

En introduisant le jazz dans la musique manouche, le guitariste Django Reinhardt a réussi à créer un nouveau folklore. Depuis 1934, il est considéré comme l'inventeur du jazz manouche, avec le violoniste Stéphane Grappelli, tous deux leaders du Quintette du Hot Club de France. D'autres musiciens ont accompagné cette naissance, comme l'accordéoniste Gus Viseur, membre lui aussi du Hot Club de France[3], Matelo Ferret, inventeur de la valse-be-bop[4] et toute la dynastie Ferret[5].

Les musiciens manouches vouent un véritable culte à Django, dont la célébration se concrétise par un festival qui a lieu tous les ans à Samois-sur-Seine en Seine-et-Marne, vers fin juin. On va même jouer sur la tombe du guitariste pour lui rendre hommage.

Renouveau du genre[modifier | modifier le code]

Biréli Lagrène au Festival de granges de Laimont.
Thomas Dutronc, interprète de Comme un Manouche sans guitare.

Après la disparition de Django Reinhardt en 1953, la relève du style manouche est tout d'abord assurée par ceux qui le côtoyaient, comme Boulou et Elios Ferré. Après une période de diffusion relativement confidentielle, le jazz manouche revient devant le grand public au début des années 1990 grâce à des artistes comme Angelo Debarre, Raphaël Faÿs, Romane, Biréli Lagrène et beaucoup d'autres (voir plus bas : Musiciens). Un des plus connus de cette époque, Romane, a ouvert une école, la Swing romane académie[6], laquelle a contribué au renouveau du style qui a bénéficié de la vogue des « musiques du monde » et dont le « revivalisme » a culminé avec le cinquantième anniversaire de la mort de Django en 2003 et le centième de sa naissance en 2010.

Le jazz manouche ne cesse de gagner des adeptes, depuis les communautés nomades, jusqu'aux cabarets parisiens dont La Chope des puces de Saint-Ouen, cabaret-jazz manouche de Marcel Campion, est un des hauts lieux. Les gadjé[7] ne sont pas les moindres adeptes[2]. Parmi ceux-ci on trouve Henri Crolla, Francis Alfred Moerman, Rodolphe Raffalli[2]. Le label Le Chant du Monde a saisi l'occasion pour faire découvrir plusieurs artistes, notamment l'accordéoniste Marcel Loeffler et les violonistes roumains Florin Niculescu et Costel Nitescu[8]. Costel Nitescu se produit aussi avec Christian Escoudé (le Brassens d'Escoudé sextet)[9].

Aux Manouches se sont ajoutés des artistes plutôt identifiés à la musique de variétés française, tels que Sanseverino et Thomas Dutronc, fervent gadjé[note 1], qui s'est produit à l'Alhambra (Paris) en compagnie de Biréli Lagrène[10], Jean-Philippe Watremez[11] ou de jeunes musiciens comme Théo Girard, qui aborde le genre occasionnellement.

Il existe aussi un groupe Swing Gadjé[12] dont les musiciens n'appartient pas à la communauté Rom. Il est issu de la Compagnie du Tire-Laine[13]

Le 10 avril 2012, quatre jeunes musiciens ont reçu l'insigne de chevalier des Arts et des Lettres : Boulou & Elios Ferré, Biréli Lagrène et Thomas Dutronc. Le ministre de la culture[14] a rendu hommage « à une école très particulière du jazz français et européen, dont [ils sont] tous les quatre des représentants remarquables […][15]. »

Musique[modifier | modifier le code]

Instruments[modifier | modifier le code]

Guitares de type Selmer-Maccaferri et Selmer.

Les instruments de base sont la guitare acoustique, le violon et la contrebasse. Le jazz manouche utilise aussi fréquemment l'accordéon et la clarinette.

Les guitares sont généralement de type Selmer-Maccaferri. Ce sont en réalité les guitares françaises du début et du milieu du XXe siècle à cordes acier (le plus souvent le modèle Argentine de la marque Savarez). Un des grands luthiers spécialisés dans ce type de guitares fut Jacques Favino. Actuellement, on peut citer les luthiers Maurice Dupont, Jean Baptiste Castelluccia, Romuald Provost, Yohann Cholet, Cyril Morin (luthier), Gallato, John LeVoi, et Leo Eimers, qui fabriquent tous des répliques de Selmer Maccaferri.

Il existe deux types de Selmer-Maccaferri :

  • type Selmer-Maccaferri : caractérisée par une rosace en forme de « D » communément appelée « Grande bouche ». C'est ce modèle qu'a d'abord utilisé Django, jusqu'à ce que la fabrication soit abandonnée et remplacée par le modèle Selmer. Actuellement, elle est surtout utilisée pour la rythmique, car elle projette un son omnidirectionnel.
  • type Selmer : c'est la guitare à la forme la plus connue (grâce à Django). Elle se caractérise par une rosace en forme de « O » plutôt ovale communément appelée « Petite bouche ». Plus utilisée pour les solos, la petite bouche projette le son de manière plus concentrée avec une coloration medium aiguë.
  • type Selmer électrique : à partir de la fin de l'année 1950, Django utilise le micro ST48 des ingénieurs français Yves et Jean Guen[16].

Les musiciens, sous l'influence de la virtuosité du jeu de Django Reinhardt, cherchent généralement à jouer de manière extrêmement rapide sur de longues périodes (tandis que la guitare rythmique est appelée « pompe », qui a inspiré la chanson Michto la pompe de Sanseverino). D'autres influences sont à chercher du côté de la musique tzigane. Django a aussi voyagé aux États-Unis pour mélanger son style manouche avec le be-bop : c'est ainsi que la batterie s'est vue de temps à autre dans le jazz manouche.

Style[modifier | modifier le code]

Le jazz manouche utilise plusieurs types de rythmiques :

  • La valse, aux origines du style.
  • La pompe, la plus utilisée. On accentue les 2e et 4e temps dans la pompe dite hollandaise, les 1re et 3e temps dans la parisienne et tous les temps de manière égale dans l'alsacienne.
  • La bossa nova, appelée bossa par les Manouches. Il s'agit en réalité de rumba.
  • Le boléro.
  • Le tango.

La rythmique est souvent accompagnée de roulades, contretemps et autres figures de style pour mettre en valeur le soliste ou enrichir l'harmonie et le rythme du morceau.

La technique de jeu de guitare[17], comme la tenue du médiator, n'est pas du tout la même que pour d'autres styles de musique. En effet, elle se fait le poignet « cassé », pour pouvoir appliquer la technique dite « marteau » qui permet de gagner en vitesse et de minimiser les contacts entre la main et la table de la guitare, de sorte que celle-ci puisse vibrer avec un minimum d'interférences extérieures. C'est une technique qui vient du banjo et que Django Reinhardt avait apprise auprès de Poulette Castro.

Le style du jazz manouche ne proscrit rien et absorbe tout, même s'il existe certaines caractéristiques propres au style (gammes chromatiques, arpèges diminués).

Les morceaux sont souvent des reprises de Django ou de musique traditionnelle manouche. Outre Django, de nombreux compositeurs ont écrit des morceaux dans ce style, certains allant même jusqu'à réarranger des compositions classiques comme celles de Bach.

Quelques-uns des morceaux les plus connus sont Les Yeux Noirs, Minor Swing, Djangology, Nuages, Hungaria, Blues minor ou encore Manoir de mes rêves, Douce ambiance, Blues clair.

Festivals[modifier | modifier le code]

Samy Daussat sur scène au festival Django 2013 à Augsbourg.
  • Festival Django Reinhardt : lancé en 1968, ce festival est devenu annuel en 1984. Il se tient à la fin de chaque mois de juin à Samois-sur-Seine, en France.
  • Gypsy Swing Festival : créé en 1992 à Angers, il est devenu, au fil du temps, le Festival international des musiques tsiganes. Il a lieu chaque année au mois de mai.
  • Django à Liberchies : depuis 2003, ce festival en plein air est organisé chaque année en mai à Liberchies, le village natal de Django Reinhardt, dans la commune de Pont-à-Celles, en Belgique.
  • En Loir-et-Cher, le festival Swing41 a lieu depuis 2002 à Salbris, ville où Django s'était marié pour la seconde fois en 1943. Il se tient chaque année au début du mois de juin, sur les bords de la Sauldre.
  • Le Festival jazz manouche de Zillisheim (Haut-Rhin) a été créé en 2012 en hommage à Mito Loeffler, disparu en 2011. Il a lieu chaque année, sur le 2e week-end du mois de juin.
  • Le Festival des Puces[18] : depuis 2004, cette manifestation entièrement gratuite née de la passion de Didier Lockwood et Serge Malik pour le jazz manouche ranime la tradition d’une époque où guitaristes et accordéonistes gitans jouaient dans les bistrots, les brocantes et les rues. Marque de fabrique du festival, la « tournée des bars » permet de côtoyer les plus grands musiciens. Enraciné sur le site des Puces de Saint-Ouen, le festival a accueilli plus de 25 000 visiteurs en 2013. S'étalant sur tout un week-end du mois de juin, des dîners-spectacles ont lieu dès le vendredi soir, des orchestres s'installent sur les places tandis que des découvertes, un concours de jeunes talents et des expositions complètent la fête qui se termine par un grand bal swing le dimanche soir[19].

Exposition récente[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Quelques groupes et musiciens célèbres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Bien que le singulier du mot gadjé soit gadjo, les Roms emploient fréquemment le terme gadjé pour les désigner individuellement, ce qui recouvre le féminin et le masculin : Comolli et al p.819. Voir aussi : l'Express

Références[modifier | modifier le code]

  1. Stéphane Grappelli, Mon violon pour tout bagage, Calmann-Lévy, 1992 ; in chapitre VII : « Django ».
  2. a, b et c Comolli et al 2011, p. 819
  3. Comolli et al 2011, p. 1309.
  4. Comolli et al 2011, p. 425.
  5. (en)The Ferret Dynasty.
  6. Swing Romane Academy.
  7. Le terme de gadjo (gadji au féminin, gadjé au pluriel) désigne un individu n'appartenant pas à la communauté rom.
  8. Comolli et al 2011, p. 820.
  9. Costel Nitescu et Escoudé.
  10. Biréli Lagrène, Thomas Dutronc à l'Alhambra sur l'express.fr.
  11. Jean-Philippe Watremez à l'atelier Charonne sur paristribu.com.
  12. écouter sur you tube
  13. Tire-Laine
  14. Frédéric Mitterrand.
  15. Communiqué du ministère.
  16. Attestation officielle émanant des Établissements Guen Frères, 28 décembre 1950.
  17. Éléments techniques sur le doigté, le placement de la main droit et de la main gauche.
  18. Le Festival des Puces, site officiel
  19. Festival Jazz Musette des Puces, Que faire à Paris?
  20. Voir sur le site de la Cité de la musique.
  21. Programmation.
  22. Bernard Génin et Vincent Remy, « critique d'Accords et Désaccords », sur telerama.fr,‎ 22 novembre 2008 (consulté le 8 mai 2013).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Djangostation, le site d'information sur Django Reinhardt et le jazz manouche, contient des informations précises et la biographie de nombreux musiciens.
  • Jérôme Chivard, « Le jazz manouche », publié le 8 janvier 2008 sur le site de l'Acim, portail des bibliothécaires musicaux.