Billie Holiday

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Billie Holiday

Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait de Billie Holiday dans le magazine Down Beat (vers février 1947).

Informations générales
Surnom Lady Day
Nom de naissance Eleanora Fagan
Naissance 7 avril 1915
Drapeau des États-Unis Baltimore, États-Unis
Décès 17 juillet 1959 (à 44 ans)
Drapeau des États-Unis New York, États-Unis
Activité principale Chanteuse
Genre musical Jazz, Blues, swing
Instruments Voix
Années actives 1933 - 1959
Labels Columbia Records (1933 - 1942, 1958)
Commodore Records (1939 - 1944)


Decca Records (1944 - 1950)
Verve Records (1950 - 1959)

Site officiel www.billieholiday.com

Billie Holiday, de son vrai nom Eleanora Fagan, née à Baltimore le 7 avril 1915 et morte à New York le 17 juillet 1959[1], est une chanteuse de jazz américaine considérée comme l'une des plus grandes chanteuses que le jazz ait connues.

Biographie[modifier | modifier le code]

Portrait par Carl van Vechten, 1949.

Quand Eleanora Fagan naît à Baltimore en 1915, sa mère, Sadie Fagan, a 15 ans et son père, Clarence Holiday, 17. Dans Lady Sings the Blues[2], Billie Holiday, réécrivant son histoire, ajoute quelques années à son père, plus encore à sa mère, et en fait un couple marié. C'est l'une des nombreuses déformations de la réalité que Billie elle-même entretenait et dont son autobiographie a prolongé les effets. La réalité est un peu moins idyllique. Clarence et Sadie ne se sont jamais mariés. Clarence Holiday ne reconnaît pas l'enfant, il est guitariste de jazz, et passe sa vie dans les clubs la nuit, sur les routes le jour.

Sa mère la fait venir à New York en 1928. Billie se prostitue, elle est arrêtée, passe quelques mois à la prison de Welfare Island[3] A sa sortie de prison, elle est auditionnée au Log Cabin de Harlem, où elle est engagée comme chanteuse rémunérée au pourboire. Elle travaille ainsi dans plusieurs clubs et rencontre John Hammond qui lui trouve du talent et qui organise un enregistrement avec Benny Goodman[4].

Billie Holiday vers 1917

Premiers succès[modifier | modifier le code]

Un peu grâce à son père, mais surtout grâce à son talent, Billie croise bien des musiciens, notamment Bobby Henderson avec qui elle tourne dans plusieurs clubs de Harlem, et dont elle devient bientôt la compagne. La vie n'est pas rose dans l'Amérique de la crise : Billie se contente des pourboires, qui s'accumulent lorsqu'elle entonne Trav'lin' All Alone ou Them There Eyes.

En 1933, John H. Hammond, producteur pour Columbia, découvre Billie dans un club où elle chante par hasard, à l'occasion d'un remplacement. Immédiatement convaincu de son talent, il lui ouvre les studios de Columbia pour une session avec un autre jeune musicien sous contrat avec la firme, le clarinettiste Benny Goodman : ce jour-là, elle enregistre Your Mother's Son-in-Law et Riffin' the Scotch, et y gagne trente-cinq dollars. L'année suivante, elle chante avec Bobby Henderson à l'Apollo Theater, la salle à la mode où l'on vient applaudir les jeunes talents. Leur liaison cesse peu de temps après, Bobby étant déjà marié. Billie rencontre d'autres musiciens prometteurs : parmi eux, Lester Young, engagé par Fletcher Henderson. La chanteuse et le saxophoniste se lient immédiatement d'amitié. Lester la surnomme Lady Day, Billie le surnomme President, ou plus brièvement Prez. Elle et lui sillonnent les clubs après leurs engagements respectifs, du soir au matin.

Au sommet[modifier | modifier le code]

Billie chante également avec Duke Ellington qui la choisit pour son court-métrage Symphony in Black, dans lequel elle interprète Saddest Tale. À la même époque, elle entame une liaison avec le jeune saxophoniste Ben Webster. John Hammond programme le 2 juillet 1935 un enregistrement pour la firme Brunswick, avec Billie, Ben Webster, ainsi que Benny Goodman, le pianiste Teddy Wilson, le trompettiste John Truehart, le contrebassiste John Kirby et le batteur Cosy Cole. What a Little Moonlight Can Do et Miss Brown to You en ressortent, gravés à la perfection, et figurent dans les meilleures ventes de l'année. Tout va bien pour Billie, qui enchaîne les aventures sentimentales et installe sa mère à la tête d'un petit restaurant où, souvent, elles se retrouvent après la nuit pour le petit déjeuner.

Elle devient dès lors l'une des vedettes du jazz new-yorkais, à travers de nombreux engagements qu'elle partage régulièrement avec Teddy Wilson. Le style de Billie, intimiste, s'adapte mal aux plus grands shows, réservés à Bessie Smith et à ses imitatrices. Peu importe : ses disques avec Lester Young se vendent bien et Billie chante bientôt avec le grand orchestre de Count Basie, puis avec celui d'Artie Shaw. Une chanteuse noire dans un orchestre blanc ! La tournée avec ce dernier est pourtant écourtée, à cause du racisme des États du sud, où elle ne peut pas chanter, ni même réserver une chambre d'hôtel ou entrer dans un restaurant avec les musiciens de l'orchestre.

Strange Fruit[modifier | modifier le code]

Les arbres du Sud portent un « étrange fruit »
Articles détaillés : Strange Fruit et Gloomy Sunday.

Rentrée à New York, Billie continue de chanter dans les clubs grâce aux engagements que lui trouve John Hammond, en particulier au Café Society. C'est à cette époque qu'on la voit boire de plus en plus, et fumer de la marijuana. C'est à cette époque aussi qu'elle enchaîne des liaisons féminines et qu'on la surnomme « Mister Holiday ».

En mars 1939, un jeune professeur de lycée, Abel Meeropol sous le pseudonyme Lewis Allan, écrit un poème et propose ensuite à Billie Holiday de mettre en musique et d'interpréter Strange Fruit. Cette métaphore du lynchage des noirs dans la brise du sud devient la chanson-phare du Café Society et de Billie. La chanson déchaîne la controverse, et l'enregistrement qui en est bientôt tiré rencontre un immense succès. Elle tenait aussi à chanter cette chanson car un membre de sa famille avait été tué par un groupe de personnes qui tuaient uniquement des personnes de couleur noire.Les tueurs enlevaient leurs victimes, les pendaient par le cou (voir photo), puis leurs lançaient des pierres, et enfin mettaient le feu à leur cadavre.

La reprise par Billie de Gloomy Sunday en 1941, une chanson de désespoir sur le thème du suicide traduite du hongrois à l'anglais dans les années 1930, prolonge ce succès dans un registre similaire, bien que moins engagé.

La drogue et la disparition de « Duchess »[modifier | modifier le code]

Les années suivantes voient Billie Holiday multiplier les enregistrements, les engagements, les succès, avec des musiciens de la stature de Roy Eldridge, Art Tatum, Benny Carter, Dizzy Gillespie… Mais elle entame également une liaison avec Jimmy Monroe, pour qui elle quitte le domicile de sa mère, avant qu'ils ne se marient précipitamment. Son nouveau compagnon est un escroc, doublé d'un drogué. Il l'habitue à l'opium, puis à la cocaïne, avant de se retrouver en prison.

Billie divorce de Monroe et enchaîne de nouveau les aventures, jusqu'à sa rencontre avec Joe Guy, un trompettiste bebop qui la fournit en héroïne. À l'époque même où elle est la première artiste noire à chanter au Metropolitan Opera, où elle signe un contrat en or chez Decca, elle se retrouve sous la coupe de Joe Guy, dépendante à l'héroïne… Billie en parle sans concession :

« Je suis rapidement devenue une des esclaves les mieux payées de la région, je gagnais mille dollars par semaine, mais je n'avais pas plus de liberté que si j'avais cueilli le coton en Virginie[5]. »

Dans les clubs, il se murmure qu'elle ne respecte pas ses engagements, qu'elle est souvent en retard, qu'elle se trompe dans les paroles. En 1945, Joe Guy monte une grande tournée pour Billie : Billie Holiday and Her Orchestra. La tournée est déjà bien entamée lorsque Billie apprend la mort de sa mère Sadie, « Duchess », comme l'avait surnommée Lester. Billie est effondrée, elle sombre dans la dépression, elle se réfugie un peu plus dans l'alcool, la drogue, et écourte sa tournée.

La prison[modifier | modifier le code]

Au lendemain de la guerre, Billie Holiday est au plus haut, elle entame sa collaboration avec le pianiste Bobby Tucker, ses disques se vendent bien (elle a signé en 1944 chez Decca, elle triomphe au Town Hall de New York en février 1946, et son répertoire s'élargit à quelques chansons indissociables de son personnage : Lover Man, Good morning Heartache (écrite pour elle par Irene Wilson), et ses propres compositions : Fine and Mellow, Billie's Blues, Don't Explain et God Bless the Child). Elle tourne aussi dans le film New Orleans d'Arthur Lubin, un long-métrage qui réunit de grands jazzmen, dont Louis Armstrong et Woody Herman.

À la même époque, elle renoue avec Joe Guy et adopte le LSD. Son imprésario Joe Glaser lui impose une cure de désintoxication dans une clinique privée, début 1947. En vain : quelques semaines plus tard elle est arrêtée en possession de stupéfiants et condamnée à un an de prison. Billie fait scandale, et se trouve de plus dans une situation financière difficile : ses royalties ont disparu dans la drogue et les poches des hommes qui l'entourent… Elle sort de prison le 16 mars 1948, pour bonne conduite, mais ruinée. Le 27, elle chante à Carnegie Hall, plus belle que jamais, la voix épanouie, ses éternels gardénias dans les cheveux. Elle chante jusqu'à l'épuisement : vingt et une chansons, plus six pour les rappels. Un triomphe.

John Levy, les dettes et toujours la drogue…[modifier | modifier le code]

Après sa sortie de prison, Billie se voit retirer sa carte de travail pour avoir enfreint les critères de « bonne moralité ». Elle ne peut plus chanter dans les clubs de New York (ou tout endroit vendant de l'alcool). Seule alternative, les grandes salles de concert : difficile d'en remplir les travées plus d'un ou deux soirs de suite. Par ailleurs, elle est impliquée dans une bataille d'agents, entre Joe Glaser et Ed Fishman, qui s'occupe désormais d'elle.

Malgré tout, Billie se produit avec Lionel Hampton à la radio, et avec Count Basie au Strand Theatre. Elle sort désormais avec John Levy, gangster de seconde zone, que l'on surnomme par dérision « Al Capone ». À l'époque, elle entretient également une relation amoureuse avec Tallulah Bankhead, comédienne de bonne famille[6]. Cependant, Billie est toujours plongée dans l'héroïne, et le retrait de sa carte la force à chanter hors de New York, des engagements moins intéressants et moins bien rétribués. En outre, John Levy récupère désormais tout ce qu'elle gagne et la terrorise. Elle se fait prendre en possession de stupéfiants à San Francisco. En réplique, Tallulah Bankhead fait jouer ses relations, dont J. Edgar Hoover, alors directeur du FBI, grâce à quoi Billie est acquittée. Malgré cela, les ennuis persistent : elle subit toujours les violences de John Levy, son accompagnateur et ami Bobby Tucker l'abandonne, la police la suit de près et elle manque plusieurs fois de se faire prendre en possession d'héroïne… La presse ne manque pas une occasion de titrer sur elle, comme Down Beat en septembre 1950 : « Billie, de nouveau dans les ennuis ».

Lors d'un enregistrement en 1949 pour Decca, avec notamment Horace Henderson, Lester Young et Louis Armstrong, Billie a bien du mal à tenir le rythme, elle se fait remarquer par ses retards, ses excès, et une diction de plus en plus empâtée par l'alcool[7]. Decca ne renouvelle donc pas son contrat en 1950, Billie est plongée dans les dettes jusqu'au cou : John Levy, qui encaisse ses cachets, n'a payé aucune facture. Lorsqu'elle le quitte, elle perd beaucoup d'argent, mais retrouve une certaine liberté. Billie reste toutefois contrainte à faire de longues tournées puisqu'elle ne peut toujours pas chanter à New York. Fin 1950, elle renoue avec le succès à Chicago, en partageant l'affiche du Hi-Note avec le jeune Miles Davis.

Louis McKay et le retour au succès[modifier | modifier le code]

Billie Holiday, portrait par Carl van Vechten, 1949

En 1951, Billie Holiday trouve une petite maison de production, Aladdin, pour laquelle elle enregistre quelques disques, mal reçus par les critiques. Elle rencontre également à Détroit un de ses anciens amants, Louis McKay, qu'elle avait connu à Harlem quand elle avait 16 ans. Marié et père de deux enfants, Louis McKay devient néanmoins son nouveau protecteur et contribue à relancer sa carrière. Elle s'installe sur la côte ouest, et signe un contrat pour le label Verve de Norman Granz. Elle retrouve alors des partenaires dignes d'elle : Charlie Shavers à la trompette, Barney Kessel à la guitare, Oscar Peterson au piano, Ray Brown à la contrebasse, Alvin Stoller à la batterie et Flip Philips au saxophone. Résultat : le disque Billie Holiday sings obtient un franc succès et est suivi de plusieurs autres sessions. Billie se voit néanmoins de nouveau refuser son permis de travail et alterne les tournées fatigantes et les grands concerts (à l'Apollo, à Carnegie Hall).

En 1954, Billie réalise un vieux rêve : elle fait sa première tournée en Europe. Accompagnée de Louis McKay et de son pianiste Carl Drinkard, elle se rend en Suède, au Danemark, en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas, à Paris, en Suisse. Elle repasse par Paris en touriste, avant de rejoindre l'Angleterre où ses concerts sont couronnés de succès. Une tournée fructueuse et l'un des meilleurs souvenirs de Billie. De retour au pays, malgré la drogue, malgré l'alcool, elle se surpasse. Elle se produit à Carnegie Hall, au festival de jazz de Newport, à San Francisco, à Los Angeles, et continue d'enregistrer pour Verve. Down Beat lui décerne un prix spécialement créé pour elle. Elle embauche aussi une nouvelle accompagnatrice, la jeune Memry Midgett. Leur relation est plus qu'amicale, et Memry aide Billie dans ses tentatives pour décrocher de la drogue. En vain. Son influence ne plaît d'ailleurs pas à McKay qui la fait déguerpir.

Le 2 avril 1955, Billie Holiday retrouve Carnegie Hall où elle participe au grand concert en hommage à Charlie Parker, mort le 12 mars. Aux côtés de Sarah Vaughan, Dinah Washington, Lester Young, Billy Eckstine, Sammy Davis, Jr., Stan Getz, Thelonious Monk… Billie clôt le concert, aux alentours de quatre heures du matin. En août 1955, elle enregistre un nouvel album pour Verve : Music for Torching, un chef-d'œuvre qu'elle réalise en compagnie de Jimmy Rowles au piano, Sweets Edison à la trompette, Barney Kessel à la guitare, Benny Carter à l'alto, John Simmons à la basse et Larry Bunker à la batterie. Puis, elle retrouve les clubs de la côte ouest.

Lady in Satin[modifier | modifier le code]

En 1956, Billie est arrêtée avec Louis McKay en possession de drogue : un nouveau procès est prévu. Elle effectue une nouvelle cure de désintoxication, à l'époque où sort son autobiographie Lady Sings the Blues, pour l'essentiel une compilation de toutes ses anciennes interviews réunies par le journaliste William Dufty, admirateur de la diva. Cette autobiographie est cependant considérée comme « fausse »[8] La santé de Billie se dégrade de plus en plus. Sa nouvelle pianiste, Corky Hale, témoignera plus tard du calvaire de Billie : son épuisement, les ravages de la drogue et de l'alcool, les longues manches pour cacher les traces de piqûres qui lui couvrent même les mains, la fatigue, la perte de poids, l'ivresse avant les concerts. La perspective de son procès avec McKay la terrorise. Enfin, ce dernier se consacre moins à elle…

Elle apparaît au festival de Newport, ainsi qu'à la télévision, dans l'émission The Sound of Jazz, sur CBS, en compagnie, entre autres, de Lester Young, Coleman Hawkins, Ben Webster, Gerry Mulligan et Roy Eldridge, mais aussi du jeune Mal Waldron, son nouvel accompagnateur.

Louis McKay et Billie se marient le 28 mars 1957 au Mexique, pour ne pas avoir à témoigner l'un contre l'autre lors de leur procès. Mais leur histoire est bel et bien terminée. Une fois le jugement prononcé (une mise à l'épreuve de douze mois), McKay quitte définitivement Billie et celle-ci engage une procédure de divorce. Elle enregistre Lady in Satin en février 1958, avec des chansons entièrement nouvelles et un orchestre dirigé par Ray Ellis, auteur des arrangements. Un album poignant, de même que son tout dernier, simplement intitulé Billie Holiday, enregistré début 1959. Elle fait également une apparition au festival de jazz de Monterey en octobre 1958, et effectue une nouvelle tournée européenne au mois de novembre. Elle est sifflée en Italie, où sa prestation est abrégée. À Paris, elle assure à grand-peine un concert à l'Olympia, exténuée. Sa tournée prend l'eau. Elle accepte de jouer au Mars Club avec Mal Waldron et Michel Gaudry à la contrebasse : le public est tout acquis à Billie qui y retrouve le succès. On se bouscule dans le Mars Club, on y retrouve les célébrités de l'époque : Juliette Gréco, Serge Gainsbourg, ou encore Françoise Sagan qui écrira :

« C'était Billie Holiday et ce n'était pas elle, elle avait maigri, elle avait vieilli, sur ses bras se rapprochaient les traces de piqûres. […] Elle chantait les yeux baissés, elle sautait un couplet. Elle se tenait au piano comme à un bastingage par une mer démontée. Les gens qui étaient là […] l'applaudirent fréquemment, ce qui lui fit jeter vers eux un regard à la fois ironique et apitoyé, un regard féroce en fait à son propre égard. »

— Françoise Sagan, Avec mon meilleur souvenir, Gallimard, 1984

Lady, après Prez[modifier | modifier le code]

Depuis plusieurs années déjà, Billie est malade. Elle a des œdèmes aux jambes, mais aussi et surtout une cirrhose avancée. Pourtant elle ne modère pas ses excès. Elle boit du matin au soir. Épuisée par sa deuxième tournée européenne, elle repart quelques mois plus tard à Londres pour participer à une émission de télévision, Chelsea at Nine. Le retour est difficile. Billie apprend le 15 mars 1959 le décès de son ami, Lester Young. Elle est effondrée. Le 7 avril suivant, elle fête ses 44 ans. Elle assure des engagements dans le Massachusetts, puis le 25 mai, elle chante au Phoenix Theatre de New York, pour un concert de bienfaisance. Dans les coulisses, ses amis ne la reconnaissent même pas. Certains, dont Joe Glaser, veulent la faire hospitaliser : elle refuse. Le 30 mai, elle s'effondre chez elle et est admise au Metropolitan Hospital de Harlem.

Outre sa cirrhose, on diagnostique une insuffisance rénale. Elle est traitée sous méthadone et se remet peu à peu. On lui interdit l'alcool et la cigarette, mais Billie trouve toujours un moyen de fumer en cachette. Voire pire : le 11 juin, on découvre un peu de poudre blanche cachée dans une boîte de mouchoirs. Billie Holiday est arrêtée et sa chambre mise sous surveillance policière pendant plusieurs jours. On prévoit de la juger après sa convalescence. Celle-ci semble se passer au mieux, mais le 10 juillet, son état s'aggrave. On décèle une infection rénale et une congestion pulmonaire. Louis McKay et William Dufty sont à son chevet. Elle reçoit les derniers sacrements le 15 juillet. Le 17 juillet, à trois heures dix du matin, Billie Holiday meurt à l'hôpital.

La cérémonie funèbre se déroule le 21 juillet 1959 en l'église St-Paul. Trois mille personnes sont présentes et se bousculent jusque dans Columbus Avenue. Elle est enterrée au cimetière St. Raymond, dans le Bronx, dans la même tombe que sa mère. Louis McKay fait déplacer son cercueil dans une tombe séparée en 1960. À sa mort, Billie laisse à son ex-mari et seul héritier, mille trois cent quarante cinq dollars et ses droits. À la fin de 1959 (en seulement six mois) les royalties sur ses ventes de disques s'élèvent à cent mille dollars. Ce qui donne une idée de ce que Billie a pu dépenser aussi bien que de tout ce dont elle a pu être spoliée.

La voix[modifier | modifier le code]

À vingt ans, Billie s'émancipe de ses modèles, notamment Bessie Smith et Louis Armstrong. Son articulation un peu traînante est compensée par un sens du rythme unique, jouant avec les imperceptibles retards, les phrasés décontractés qui créent le swing si particulier de ses prestations. Elle possède un timbre un peu enroué allié à une diction claire et un vibrato discret. Billie Holiday ne chante pas, elle joue dans tous les sens du terme, elle est à la fois enfant et actrice. Déjà dans les années 1930, cette sonorité si particulière et intimiste s'impose, quitte à se priver d'un plus grand succès populaire : tout le long de sa carrière, Billie manque de la puissance d'une Bessie Smith et de l'agilité d'une Ella Fitzgerald. Heureusement, Billie rencontre un contexte favorable grâce à deux éléments : la généralisation du micro et la mode des chansons lentes, refrains d'amour et blues. Le fait d'avoir pu chanter très jeune avec les meilleurs jazzmen de l'époque n'a pu que stimuler ce talent, et l'entente entre Billie et Lester Young frôle le mimétisme sans jamais tomber dans l'imitation.[réf. nécessaire]

Les excès de Billie ne sont pas sans conséquence sur sa voix. Dès les années 1940, elle peine souvent à se lancer au début des concerts et des séances d'enregistrement, elle a besoin d'un verre de gin ou de cognac « pour s'éclaircir la voix »… Elle a également beaucoup de mal à renouveler son répertoire et ne retient qu'à grand-peine les paroles de nouvelles chansons. Au fil des ans, sa diction si réputée devient pâteuse, son timbre légèrement enroué devient rauque, râpeux. La fatigue physique s'ajoute à tout cela. À quarante ans, Billie souffre quand elle chante, et cela s'entend. On entend aussi qu'elle n'a plus confiance en cette voix vacillante, qui la trahit si souvent.

L'album Lady in Satin, est un épuisement pour l'arrangeur et chef d'orchestre, Ray Ellis. Mais quelque temps plus tard, en entendant l'album, en constatant l'infinie tristesse qui caractérise des chansons comme I'm a Fool to Want You ou You've Changed, Ray Ellis comprend la portée artistique d'un tel témoignage, et accepte d'enregistrer avec Billie son album-testament, Billie Holiday. Le musicien a évoqué plus d'une fois le souvenir de l'enregistrement de Lady in Satin :

« Je dirais que le moment le plus intense en émotion fut de la voir écouter le playback de I'm a Fool to Want You. Elle avait les larmes aux yeux. Quand l'album fut terminé, j'ai écouté toutes les prises dans la salle de contrôle. Je dois admettre que j'étais mécontent de son travail, mais c'est parce que j'écoutais la musique, pas l'émotion. Ce n'est qu'en entendant le mixage final, quelques semaines plus tard, que j'ai compris que sa performance était vraiment formidable[9]. »

L'influence[modifier | modifier le code]

De Billie Holiday, Frank Sinatra, qui l'admirait tant, retiendra sa décontraction. Il est devenu l'un de ses amis les plus proches à la fin de sa vie. Dans les années soixante-dix, la chanteuse Diana Ross joue son personnage dans l'adaptation cinématographique du livre Lady Sings the Blues. Esther Phillips ou encore Nina Simone assument sans complexe leur filiation à Lady Day. Macy Gray reconnaît cette influence, « Billie Holiday m’a beaucoup influencée. C’est la première chanteuse que j’ai vraiment étudiée », déclarait-elle en 1999.

En France[modifier | modifier le code]

En Europe, Billie Holiday a fait une tournée en 1954[3]. À Paris elle a donné un concert le 1er février 1954 à la salle Pleyel. Elle s'est également produite la même année au Mars Club, au Ringside et Aux Trois Mailletz[10]. Elle est revenue à Paris une deuxième fois en 1958, le 12 novembre, en vedette à l'Olympia[11].

Enregistrements[modifier | modifier le code]

Sessions[12][modifier | modifier le code]

Discographie sélective[modifier | modifier le code]

En France, les enregistrements de Billie Holiday sont désormais dans le domaine public. Il est donc facile de trouver des disques de Billie Holiday à bas prix. Cependant, leur qualité est variable, les informations sur les enregistrements inexistantes… Les amateurs privilégieront donc les éditions « officielles », qui ont été remasterisées ces dernières années.

Attention : cette liste n'est pas exhaustive, il y manque notamment la plupart des enregistrements live, souvent de qualité médiocre. On connaît à ce jour plus de 660 enregistrements de Billie Holiday. Pour plus de détails consulter la liste des sessions ci-dessus.

  • Lady Day & Pres, intégrale Billie Holiday - Lester Young, 1937-1941, Frémeaux & Associés
  • Billie Holiday, New York - Los Angeles, 1935-1944, Frémeaux et associés, 2 vol.
  • Commodore Master Takes, 1939-1944, Commodore
  • Lady Day: The Complete Billie Holiday on Columbia (1933-1944), Columbia
  • Billie's Blues, Blue Note, 1954
  • Billie Holiday at Storyville, Black Lion, 1954
  • The Complete Billie Holiday on Verve, 1945-1959, Verve
  • Lady Sings the Blues, Verve, 1954
  • Music for Torching, Verve, 1955
  • All or Nothing at All, Verve, 1955
  • Songs for Distingué Lovers, Verve, 1957
  • Body and Soul, Verve, 1957
  • Solitude, Verve
  • Lady in Satin, Columbia, 1958
  • Last Recording, Verve, 1959
  • I'am Fool To Want You by Billie Holiday

Hommage[modifier | modifier le code]

  • En 1973, Lou Reed dans son album Berlin, écrit une chanson à sa mémoire, Lady Day.
  • En 2006, Oxmo Puccino s'est inspiré de la vie de la chanteuse pour son album Lipopette Bar afin de lui rendre hommage.
  • En 2007, AaRON reprend le morceau "Strange Fruit" sur l'album Artificial Animals Riding on Neverland.
  • En 2009, le groupe Warpaint chante son premier single "Billie Holiday".
  • En 2010, un jardin du Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire, parcelle no 2, lui rend hommage sous le nom de Hommage à Lady Day avec la diffusion de la chanson Body and Soul[13].
  • En 2012, Serge Lutens rend hommage à Billie Holiday avec le parfum Une Voix Noire, avec des notes de gardénia en référence à celui qu'elle avait dans les cheveux, de rhum, de tabac et de bois.
  • En 2012, Eric-Emmanuel Schmitt met en scène Viktor Lazlo pour un théâtre musical intitulé simplement Billie Holiday au théâtre Rive Gauche à Paris, à partir de fin novembre 2012.
  • En novembre 2012, Dominique Magloire tient le rôle de Billie Holiday dans Neige Noire, un spectacle opéra jazz biographique[14],[15],[16].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Meg Greene, Billie Holiday: A Biography, Greenwood,‎ 2007 (ISBN 9780313336294, lire en ligne), p. 3, 107-109
  2. Son autobiographie Lady Sings the Blues, publiée en 1956 par le journaliste William Dufty, à partir de vieilles interviews.
  3. a et b Clergeat, Carles et Comolli 2011, p. 601
  4. Clergeat, Carles et Comolli 2011, p. 600
  5. Billie Holiday & William Dufty, Lady Sings the Blues, 1956
  6. Sylvia Fol, p. 199-201. Bien qu'ayant vécu cette relation ouvertement, Tallulah Bankhead, fille d'un élu au Congrès, aurait fait pression auprès de Billie pour qu'elle supprime les passages à ce sujet, lors de la parution de son autobiographie.
  7. Ibid., p. 216.
  8. « Elle est l'exemple de la « fausse » autobiographie chapeautée par un « autre », en l’occurrence le peu scrupuleux William Dufty... » — Raphaël Imbert, « Jazz en vies. De l'exemplarité du fait spirituel et maçonnique chez les musiciens de jazz. », L'Homme, no 200, octobre-décembre 2011, EHESS, Paris, p. 142
  9. Ray Ellis, liner notes pour la réédition de Lady in Satin, mai 1997
  10. légende de la photo de Billie Holiday qui s'est produite au Ringside, au Mars Club
  11. vidéo Billie Holiday à l'Olympia le 12 novembre 1958
  12. Billie Holiday : Sessionographie par Alberto Varela
  13. Domaine de Chaumont-sur-Loire
  14. « L’ex-artiste de « The Voice » chante Billie Holiday », sur leparisien.fr,‎ 10 novembre 2012 (consulté le 2 mars 2013)
  15. Olivier Sudrot, « Dominique Magloire (The Voice) devient animatrice sur AB1 », sur programme-tv.net,‎ 12 septembre 2012 (consulté le 2 mars 2013)
  16. « Dominique Magloire, soprano », sur ogo-france.com (consulté le 2 mars 2013)[PDF]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]