Âge des Vikings

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
La carte du Vinland, document (peut-être un faux), censé dater du XVe et être fondé sur un original du XIIIe siècle. Il donne les contours du Vinland, en plus des trois continents connus jusque lors. La carte rapporte les découvertes de voyages menés au XIe siècle. Quoique l'authenticité du document soit controversée, avec les travaux d'al-Idrissi en Sicile normande, les contributions nordiques à la connaissance géographique dépassent largement celles de l'Occident chrétien, qui s'en tiennent à perpétuer le schéma en T d'Isidore de Séville.

L’Âge des Vikings est le nom de la période définie selon l'historiographie traditionnelle entre 793 et 1066 de notre ère en Scandinavie et Angleterre, suivant l'Âge du fer Germanique (l'Âge de Vendel en Suède), mais selon l'archéologie elle commence à l'âge du fer romain (en). Pendant cette période, les Vikings, guerriers et marchands scandinaves, ont pillé et exploré une grande partie de l'Europe, sud-ouest de l'Asie, le nord de l'Afrique et ont atteint le nord-est de l'Amérique du Nord. Hormis l'exploration de l'Europe par ses océans et rivières grâce à leurs connaissances avancées de navigations et l'extension de leurs routes de commerce à travers de vastes parties du continent, ils se sont aussi engagés dans des guerres, ont pillé et mis en esclavage de nombreuses communautés chrétiennes de l'Europe médiévale pendant des siècles, contribuant ainsi au développement du système féodal en Europe, qui inclut les châteaux et barons (servant de défenses contre les raids vikings).

Société viking[modifier | modifier le code]

Les Vikings ayant envahi l'Europe occidentale venaient principalement du Danemark, de Norvège et de Suède. Ils ont ensuite colonisé de nombreuses contrées tel la Normandie, les îles Féroé, l'Islande, le Groenland et peut-être brièvement une partie de l'Amérique du Nord.

Carte présentant les aires de colonisation scandinave au VIIIe (rouge brique), neuvième (rouge) et dixième (orange). NB : La coloration jaune (XIe siècle) du sud de l'Angleterre et de l'Italie résulte d'une confusion Vikings / Normands de Normandie. Les zones vertes sont les zones ayant été soumises à de fréquents raids vikings.Modèle:Imagefact

Les contrées scandinaves étaient alors largement divisées. Au Danemark, des royaumes de taille moyenne, capables de négocier avec l'empire franc, se sont succédé dès le VIIIe siècle, mais ce n'est qu'à partir du règne d'Harald Ier du Danemark dit « à la dent bleu » qu'on peut parler d'une véritable unification du Danemark. La Norvège fut divisée en dizaines de petits royaumes pendant la majorité de l'époque viking, malgré une éphémère unification du sud et des côtes du pays par Harald Ier de Norvège, dit « belle chevelure », une véritable unification n'intervenant qu'à partir du XIe siècle. En Suède, l'unification ne commença qu'à partir du XIIe siècle, à une époque où le christianisme s'était déjà largement développé dans la région.

La société viking était fondée sur l'agriculture et le commerce avec d'autres peuples et insistaient beaucoup sur le concept d'honneur aussi bien dans le combat que dans leur système de justice criminelle. Leur langue, le vieux norrois, est l'ancêtre des langues scandinaves actuelles.

Causes de l'expansion des Vikings[modifier | modifier le code]

Parmi les causes ayant provoqué le phénomène viking, le philologue Rudolf Simek suggère un argument religieux : « Une des causes de l’émergence de l’âge viking peut avoir été la progression du christianisme ». « Ce n’est pas un hasard si le début de l’activité viking s’est produit sous le règne de Charlemagne. La menace militaire franque, soumission des Frisons et des Saxons, à la frontière du Danemark, aurait provoqué un changement soudain de l’attitude des Scandinaves [...] La montée du christianisme constituait une menace en soi. Bien que les monastères aient été interressant à piller et mal gardés, si l'on considère cette hypothèse il apparaît clair que le premier raid « officiel » viking se soit porté sur l’ile de Lindisfarne, et qu’il ait visé un monastère (bien que l'attraît d'un butin mal protégé soit à envisager ), l protagoniste sans défense de la nouvelle foi, qui constituait une menace politique et idéologique pour la Scandinavie»[1].

Une autre raison, l'adoucisement du climat ayant entraîné une augmentation de la population, enjoignant à trouver de nouveaux espaces.

Un autre facteur serait la destruction de la flotte frisonne par Charlemagne vers 785, qui interrompit le flux de nombreux commerces de biens avec l'Europe centrale vers la Scandinavie et força les Vikings à aller les chercher eux-mêmes. Un facteur important à tout cela, particulièrement pendant les périodes de colonisation et de conquêtes qui ont suivi les premiers raids, est aussi les conflits internes en Scandinavie, qui résultèrent dans la centralisation des pouvoirs entre quelques mains. Butins, nourriture et territoires ou encore la religion, ce faisceau d'indices peut être considéré pour avoircontribué à la naissance de l'Âge des Vikings.

Panorama historique[modifier | modifier le code]

La première référence traditionnelle historique à un raid viking date de 787 lorsque, d'après la chronique anglo-saxonne, ils tuèrent un officier anglais qui, les prenant pour des marchands, voulait leur faire payer des taxes commerciales. Néanmoins, on s'accorde plutôt pour dater le début des raids vikings dans les îles Britanniques le 8 juin 793, quand cette même chronique rapporte le pillage du grand monastère de Lindisfarne[2].

Cet effet de source dans l'historiographie masque l'archéologie viking qui met en évidence que si l'on entend par phénomène viking des raids par la mer de peuples germaniques de Scandinavie, il commence à la fin du IIe siècle à l'âge du fer romain (en), correspondant selon la terminologie archéologique à la période VIII de Montelius[3],[4]. De plus, des sources écrites mentionnent des attaques vikings avant 793 : Grégoire de Tours note dans son Decem Libri Historiarum[5] l'attaque menée entre 512 et 520 par le roi danois Chlochilaïc en Austrasie[6].

Les années 794 et 795 furent marquées, d'après les annales d'Ulster, par d'importants raids vikings sur les côtes septentrionales de l'Irlande, et notamment sur l'île d'Iona.

La fin des raids vikings en Angleterre est traditionnellement datée par la tentative ratée d'invasion du pays par Harald III de Norvège, qui fut battu par le roi saxon Harold Godwinson à la bataille de Stamford Bridge en 1066, puis par un descendant viking, Guillaume le Conquérant. En Irlande, elle prit fin avec la prise de la ville viking de Dublin par Strongbow et ses troupes hiberno-normandes en 1171. En Écosse enfin, ce fut la défaite du roi Håkon IV de Norvège par les troupes royales d'Alexandre III d'Écosse à la bataille de Largs.

Un navire viking

Le royaume des Francs de Charlemagne fut particulièrement touché par ces attaques, les Vikings remontant la Seine sur leurs navires (appelés langskip soit "longs navires", et non drakkar). Ces raids se succédèrent jusqu'à ce que le roi Charles le simple décide, en 911, de nommer le chef viking Rollon, d'origine danoise ou norvégienne, duc héréditaire de ce qui deviendra la Normandie, étymologiquement le "pays (-ie) des hommes (-man-) du Nord (Nor-...-d-)". En échange, il obtint de lui un serment de fidélité, sa conversion au christianisme et la promesse de défendre le Nord du royaume contre les incursions des autres groupes vikings. Quelques générations plus tard, les descendants vikings, complètement intégrés au peuple roman local, ayant adapté leur langue et leur culture, se lancèrent sous l'égide du duc d'alors, Guillaume II de Normandie, à la conquête de l'Angleterre, où ils formèrent une aristocratie francophone qui influença grandement l'évolution culturelle et linguistique de ce pays insulaire.

À l'Est, des Vikings d'origine danoise et surtout suédoise écumèrent le réseau fluvial de l'actuelle Russie, commerçant et pillant avec les peuples slaves locaux. Nommés Varègues ou Rus, ces Scandinaves fondèrent de nombreuses villes le long de la Volga, et y formèrent peu à peu des principautés indépendantes, comme le prince Riourik à Novgorod, qui formèrent le berceau de la future principauté de Kiev et, rétrospectivement, de la nation russe. Ces États rus persistèrent jusqu'à l'invasion mongole de 1240.

Certains de ces Vikings continuèrent jusqu'à la mer Noire et Constantinople et mirent en place d'importants liens commerciaux avec l'empire byzantin à travers le fleuve Volga.

Dans les pays scandinaves, la fin de l'ère viking est généralement datée par l'établissement d'une véritable autorité royale et l'établissement du christianisme.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Carey, Brian Todd. “Technical marvels, Viking longships sailed seas and rivers, or served as floating battlefields,” Military History 19, no. 6 (2003): 70-72.
  • Forte, Angelo. Oram, Richard. Pedersen, Frederik. Viking Empires. Cambridge: Cambridge University Press, 2005.
  • Henry, Francoise. Irish Art in the Early Christian Period. London: Methuen & Co. Ltd., 1940.
  • Hudson, Benjamin. Viking Pirates and Christian Princes: Dynasty, Religion, and Empire in North America. Oxford: Oxford University Press, 2005.
  • Maier, Bernhard. The Celts: A history from earliest times to the present. Notre Dame, Indiana: University of Notre Dame Press, 2003.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rudolf Simek, « L'émergence de l'âge viking : circonstances et conditions », dans Régis Boyer, Les vikings, premiers Européens VIIIe-XIe siècle - Les nouvelles découvertes de l'archéologie, Autrement, 2005, p.24-25
  2. Jean Mabire, Les Vikings à travers le monde, Ancre de Marine Editions,‎ 1992, p. 16
  3. (de) Lena Thunmark-Nylén, Die Wikingerzeit Gotlands, Volumes 3, Almqvist & Wiksell International,‎ 1995, p. 5
  4. (en) Angelo Forte, Richard D. Oram, Frederik Pedersen, Viking Empires, Cambridge University Press,‎ 2005, p. 14
  5. Grégoire de Tours , « Decem Libri Historiarum III 3 », Bibliothèque latine
  6. Lucien Musset, Les invasions : le second assaut contre l'Europe chrétienne, Presses Universitaires de France,‎ 1971, p. 116

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]