Völva

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Une prophétesse d'après une illustration d'une édition suédoise de l'Edda poétique du XIXe siècle.

Les anciens Germains appelaient völva, vala ou wala en vieux haut allemand. Les termes seiðkona, spákona en norrois, spaewife ou wicce (terme générique pour sorcière) en vieil anglais sont utilisés pour les femmes pratiquant ou moins l'une des magies nordiques. Elles sont des personnages récurrents de la mythologie germanique.

Terminologie[modifier | modifier le code]

Le mot « völva » viendrait vǫlr, quenouille. Ce mot est à rapprocher du proto-germanique *walwōn, qui donnera wand en anglais. La völva (masculin völvo, pluriel völur) serait donc une porteuse de quenouille[1].

Les völur, entre autres disciplines ésotériques traditionnelles, pratiquaient le seydr (enchantement), le spá (prophétie) et le galdr (magie runique, chamanisme). Dans ce cas, ils/elles étaient appelé(e)s fjölkunnig, ceux dont le savoir (kunne) est entier ou plein (fjol)[2].

Pour ceux qui pratiquent que le spá, on parle de spákona ou spækona[3], c'est un vocable vieux norrois désignant une femme qui s'adonne à la prophétie ou à la prédiction de l'avenir. En vieil anglais, on parle aussi de spæwīfe.

Ce mot viendrait du proto-germanique *spah- et une racine proto-indo-européenn *(s)peḱ (regarder, observer, voir) et par conséquent lié au latin specio (« (je) vois ») et au sanskrit spáçati et páçyati (« (il/elle) voit », etc.)[4]. Les hommes pratiquant cette dernière discipline étaient appelés spámaðr. De même pour le seiðr, on parle de seiðkona (femme) ou seiðmaðr (homme).

Selon la mythologie et les récits historiques, les völur étaient censées posséder des pouvoirs tels qu'Odin lui-même, le père des dieux, faisait appel à leurs services pour connaître l'avenir des dieux : c'est notamment ce que rapporte la Völuspá, dont le titre lui-même, « völv-s-spá », se traduit par « chant de la prophétesse ».

La quenouille est appelé seiðstafr, « bâton de seydr » (baguette magique en somme). C'est l'un des attributs de Freyja et un outil de la völva.

L'utilisation du féminin, les hommes devins[modifier | modifier le code]

Au cours de la christianisation de la Norvège, le roi Olaf Tryggvason fit ligoter les devins et les fit précipiter d'un rocher à marée basse.

On a tendance à utiliser le féminin völvas quand on parle de völur, car cet art était, depuis l'arrivé du christianisme, essentiellement pratiqué par les femmes, même s'il y avaient des hommes et femmes qui pratiquaient au moins une de ces arts jusqu'au XIe siècle[5].

En effet avec l'arrivé du christianisme, les hommes qui pratiquaient la sorcellerie ou la magie ne bénéficiaient pas du même respect, parce qu'ils auraient eu un comportement efféminé. La pratique était depuis lors réservée aux femmes. Le spá, en particulier, fut interdit dès le début du christianisme aux hommes car il exigeait en principe l’ergi (la féminité ou plutôt la non-masculinité). Avec l'arrivé des valeurs chrétiennes, même pour les païens le fait de pratiquer le seiðr ou le spá était considéré comme peu viril voire déshonorant. Plusieurs sagas et écrits attestent de ce sexisme.

On peut lire par exemple dans le Vatnsdœla saga :

«  Illa bíta þig vopnin Hrolleifur og alls konar er þér illa farið, bæði fjölkunnigur og þó að öðru illa siðaður.

Que les armes te mordent durement Hrolleif, tous tes agissements sont honteux, fjölkunnigur tu es et déchéance. »

— Vatnsdœla saga Chap. 19

En fait, la justification avec l'assimilation à la féminité peut être trouvé dans la Saga des Ynglingar, où Snorri Sturluson explique que la pratique du seiðr rend faible et vulnérable, donc peu viril. Avec l'arrivé du christianisme, on y ajoute même une connotation homosexuelle (voir Ergi).

Les hommes qui s'occupent de la « sorcellerie nordique » ne sont pas punis de la même façon une fois le christianisme installé. La femme est brûlée comme sorcière, mais les hommes sont traités comme des bêtes et souvent torturés à mort car ils s'occupaient du « domaine des femmes »[6],[7].

Dans la Saga d'Erik le Rouge, le personnage Ragnvaldr Rettilbein, un fils d'Harald à la Belle Chevelure, vit chez la Saami Snöfrid, il est seiðmaðr. Le roi le fit immoler par le feu dans une hutte avec quatre-vingts de ses compagnons à cause de cela.

Témoignages[modifier | modifier le code]

Récits historiques[modifier | modifier le code]

Une Völva sur un timbre des îles Féroé.
Article détaillé : Bateau-tombe.

« Lorsque César demanda aux prisonniers pourquoi Arioviste n’avait pas livré un combat à outrance, il apprit que la raison en était la suivante : c’était chez les Germains une coutume que les mères de famille décident, après avoir consulté les signes et rendu les oracles, s’il convenait ou non d'engager un combat ; or elles disaient que le destin ne permettrait pas aux Germains de vaincre, s’ils engageaient le combat avant la nouvelle lune. »

— Commentaires sur la Guerre des Gaules, livre 1, ch. 50

  • Les écrits de Tacite (Ier et IIe siècles après J.-C.) :
    • Les premières mentions de ces prophétesses germaniques nous viennent des historiens latins évoquant l'exode des Cimbres : sous la plume de Tacite, ces « prêtresses » sont des femmes âgées ; elles sont vêtues de blanc. Elles immolent les prisonniers de guerre et consacrent le sang versé (cérémonie dite Blót), fluide indispensable à la divination.
    • Tacite décrit également les prophétesses des Germains dans ses Histoires (livre 4, chap. 61), et notamment une certaine Veléda :
    • […] usage ancien chez eux, les Germains attribuaient le don de prophétie aux femmes, et même, la superstition se développant, un statut divin.
  • Paul Diacre décrit au VIIIe siècle comment, pendant une guerre entre Vandales et Lombards, les Vandales s'adressent à Odin (Godan) pour obtenir la victoire. La mère, Gambara, des deux chefs de clan Lombards, Ibor et Aio, s'adresse par contre à Frea (Freyja/Frigg). Alors Frea, grâce aux bonnes relations qu'entretiennent la déesse et sa Völva, aida Gambara à tromper Odin et c'est ainsi que son peuple gagna la guerre[8].
  • Une description détaillée d'un sacrifice humain par une völva est due au diplomate arabe Ahmad ibn Fadlan qui raconte une de ses missions auprès des Bulgares de la Volga en 921 : au cours des funérailles d'un chef varègue, une esclave se sacrifie pour être inhumée avec son maître. Après dix jours de festivités, elle est poignardée par une prêtresse (le diplomate arabe l'appelle Ange de la mort) puis son corps est incinéré avec celui de son maître dans un navire[9].
  • Dans le Landnámabók, on mentionne une Völva nommée Þuríðr Sundafyllir qui remplit un fjord de poisson pour contrer une famine. Cela est considéré comme un fait historique dans le Landnámabók.

Témoinages archéologiques[modifier | modifier le code]

On a retrouvé une quarantaine de tombes contenant des quenouilles. Cela n'indique pas forcément des tombes de Völur, mais certaines de ces tombes méritent d'être mentionnées.

La Tombe de Frytkat (Danemark)[10][modifier | modifier le code]

C'est l'une des tombes les plus riches connues dans cette région. C'est une tombe à char contenant un corps féminin. Outre les bijoux d'orteils et la boucle de ceinture de Gotland on a trouvé dans la tombe des objets finnois et russes. À ses pieds se trouvait une boite avec une pelote de réjection d'un hibou, des ossements divers de petits mammifères et d'oiseaux et un sachet de graines de la jusquiame noire. Quand ces graines sont jetées dans un feu elles produisent une fumée hallucinogène qui donne l'impression de voler.

Une amulette d'argent trouvée dans la tombe semble confirmer sa position de völva. L'amulette est en forme de chaise taillée dans un tronc et fait probablement référence à la plate-forme utilisée pour le seiðr sur laquelle la völva faisait ses rituels ou elle peut aussi faire référence au Hlidskjálf ; le trône depuis lequel Odin regardait le monde.

La tombe d'Oseberg (Norvège)[10][modifier | modifier le code]

Cette façon somptueuse d'enterrement a été utilisée pour deux tombes. Toutes les deux étaient occupées par des corps féminins. Dans la première tombe, on a trouvé une quenouille en bois. Dans la seconde, 4 graines d'une plante de cannabis, plante qui a probablement été utilisée pour remplir les coussins qui soutenaient le corps, et des graines de chanvre dans une petite pochette en cuir.

La tombe de Flöksand (Hordaland, Norvège)[modifier | modifier le code]

On y a trouvé une couteau en os sur lequel on a gravé en écriture runique « linalaujaR », c'est-à-dire lin, alau (alu, « bendiction » ?) auja (aire sacré) et laujar (Laukr, « herbe sacré, liliacée » ?) Le lin et le laukR sont liés à la divination[11].

La tombe d'Hagebyhöga ou d'Aska (Östergötland, Suède)[12][modifier | modifier le code]

Cette tombe date de l'âge du fer. La femme qui y est enterrée ne fut pas seulement ensevelie avec une quenouille, mais aussi avec ses chevaux et son char. Elle fut enterrée sous 6 mètres de feuilles de roses blanches et des bijoux à breloques en or et argent. Une des pendentifs est particulière, il représente une dame avec un grand collier. Ce type de collier fut surtout porté par des dames de haut rang a cette époque. On a tendance a l'interpréter comme Brísingamen. Le personnage représenté pourrait symboliser Freyja, déesse des Völvur.

La tombe de Birka (Suède)[modifier | modifier le code]

À Birka, on a trouvé une tombe mixte dont on pense que l'une des corps est une Völva et l'autre celui d'un Chef de Guerre. Par-dessus les deux corps était mise une lance pour dédier les deux corps à Odin. La femme a été enterrée avec sa quenouille et donc dédiée à Freyja.

Dans le folklore scandinave[modifier | modifier le code]

Dans la société scandinave ancienne, la völva était une femme âgée ayant rompu avec les pesantes attaches familiales qui étaient le lot des femmes dans cette civilisation clanique. Elle errait à travers le pays, suivie traditionnellement d'un aréopage de jeunes gens. On faisait appel à ses services dans les situations graves. Son autorité était absolue et elle était largement rémunérée pour ses services.

Parmi les plus célèbres völvas de la littérature scandinave, il y a lieu de citer la Heidi de la Völuspá et la sorcière Gróa (Croissance) du lai de Svipdag (Svipdagsmál). Dans l’Hyndluljóð, la déesse Freyja (déesse des Völur) rencontre la Völva Hyndla et elles vont ensemble au Walhalla. Néanmoins, d'autres sagas mentionnent des Völvi dont Þórbjörgr dans le Saga d'Eric le Rouge et Huld dans l’Ynglinga saga.

Dans Baldrs draumar, on consulte une Völva (morte) (Hel ou Garmr ?) pour expliquer le rève de Baldr.

Le Galdr et le Spà finiront le jour du Ragnarök[13].

Tisseuses de paix (et de guerre)[modifier | modifier le code]

Dans le roman ancien anglais Beowulf, les femmes sont appelées « tisseuses de paix » (freothuwebbe ou fríÞwebbe), c'est probablement une allusion cette capacité des sorcières d’arrêter les armées déjà mentionnée, mais aussi comme femmes mariés qui tissent les liens entre familles[14]. Le collier appelé Brosinga mene' (une version du Brísingamen, symbole de Freyja) est donné par la reine Wealhþeow à Beowulf pour avoir tué Grendel. La reine est donc celle qui possède le collier et, en tant que tel, agit donc bien comme Völva.

Une description très macabre du travail de tisseuses de paix, mais dans leur rôle de tisseuses de guerre, est donnée dans le Darraðarljóð qui se trouve vers la fin de la Saga de Njáll le Brûlé (XIe siècle). Elles préparent la bataille de Clontarf.

Dörrud vint à la maison, et regarda par une fente qui était là. Il vit que c'étaient des femmes qui étaient dedans, auprès d'un métier à tisser. Ce métier avait des têtes d'hommes en guise de poids, et des boyaux humains, pour trame et pour fil. Les montants du métier étaient des épées, et les navettes, des flèches. Et les femmes chantaient :

« Voyez, notre trame est tendue pour les guerriers qui vont tomber. Nos fils sont comme une nuée d'où il pleut du sang. Nos trames grisâtres sont tendues comme des javelots qu'on lance ; nous, les amies d'Odin le tueur d'hommes, nous y ferons passer un fil rouge.
« Notre trame est faite de boyaux humains, et nos poids sont des têtes d'hommes. Des lances arrosées de sang forment notre métier, nos navettes sont des flèches, et nous tissons avec des épées la toile des combats.
« Voici Hild qui vient pour tisser, et Hjörthrimul, Sangrid et Svipul[Note 1] ; comme leur métier va résonner quand les épées seront tirées ! Les boucliers craqueront, et l'arme qui brise les casques entrera en danse.
« Tissons, tissons la toile des combats. Tissons-la pour le jeune roi. Nous irons de l'avant, et nous entrerons dans la mêlée quand viendront nos amis, pour frapper de grands coups.
« Tissons, tissons la toile des combats. Combattons aux côtés du roi. Les guerriers verront des boucliers sanglants, quand Gunn et Göndul[Note 2] viendront pour le protéger.
« Tissons, tissons la toile des combats, là où flotte la bannière des braves. N'épargnons la vie de personne ; les Valkyres ont le droit de choisir leurs morts.

Tâche héréditaire[modifier | modifier le code]

Dans certains textes, la Völva est supposée descendre directement (comme être humain) des anciennes entités du Jötun, comme les dieux. Par exemple, Heiðr est, selon le Völuspá hin skamma[15], un enfant du Jötun Hrímnir. On peut y lire aussi dans le Hyndluljóð :

Eru völur allar
frá Viðolfi,
vitkar allir
frá Vilmeiði,
en seiðberendr
frá Svarthöfða,
Sont Tous les Völur
issus de Witolf,
Tous les sachants (magiciens)
issus de Willharm,
Tous ceux qui chantent les seid
sont issus de Svarthöfða (« tête noire »).

Le Völuspá hin skamma est un poème dont on n'a que des fragments cités dans le Hyndluljóð de l'Edda poétique et le Gylfaginning de l'Edda en prose de Snorri Sturluson[16],[17].

Le rituel[modifier | modifier le code]

L'initiation[modifier | modifier le code]

Dans Grógaldr (« L'incantation de Gróa »), on mentionne les conditions d'une initiation comme Volvo. Svipdagr est envoyé pour une tâche impossible par son marâtre Skaði, il doit trouver l'accès à la salle de Menglöd (Menglöd veut dire « celle qui possède un joyau », un kenning pour Freya, propriétaire du Brisingamen). Svípdagr demande alors de l'aide à sa mère décédée Groa, une Völva (« Éveille-toi, Gróa, Éveille-toi, excellente femme, Je t'éveille aux portes de la mort, […] »). Elle se réveille du monde des morts pour incanter neuf formules de protection et dit que même Skuld, l'une des Nornes, sera satisfaite de cela. Les neuf incantations sont chantées du « rocher de la terre ferme ». Elles consistent en :

  • la liberté de toute pression, va ton propre chemin sans culpabilité (chant du bonheur que Rane chanta pour Rind) ;
  • la maitrise de soi aux coups de tonnerre d'Urd (les vicissitudes de la vie) ;
  • l'insensibilité aux courants puissants qui mènent au royaume des morts, les vagues iront à Hel (l'Enfer) ;
  • l'aptitude de changer des ennemies en amis et de changer des traits de caractère négatif en positif ;
  • l'épée magique qui brise toutes les chaînes ;
  • l'aide des éléments de la nature ;
  • la résistance au « froid glacé de la haute montagne » ;
  • la protection contre l'ombre d'une femme chrétienne (Svipdagr est un homme) ;
  • la connaissance des mots d'émotion pour un échange avec « le géant à la lance ».

Rituel du seiðr[modifier | modifier le code]

Dans la saga d'Erik le Rouge[18], on raconte comment la Völva Þórbjörgr, ou Þorbjörg Lítilvölva, procède à un seiðr. Avant son arrivé, la maison est nettoyée de fond en combles. La grande chaise, habituellement réservée au maître des céans ou sa femme, était agrémentée de coussins. Quand la Völva entre la pièce, elle est saluée avec révérence par la maisonnée et conduite au haut siège. Là on lui présente un repas préparé pour elle uniquement. C'est un porridge de céréales et de lait de chèvre, et un ragoût fait avec le cœur d'un représentant de tous les animaux de la maison. Elle mange les plats avec une cuillère en cuivre et un couteau épointé.

La Völva est hébergée pour la nuit et le lendemain était réservé à sa danse. Pour danser le seiðr, elle a besoin de certains outils. D'abord, on lui a construit une plate-forme spéciale. Un groupe de jeunes femmes se mettent assises autour d'elle. Les jeunes femmes chantent une chanson spéciale pour appeler les pouvoirs avec laquelle la Völva désire communiquer.

Dans une loi islandaise du XIIIe siècle, on parle du seiðr comme útiseta at vekja tröll upp ok fremja heiðni (« útiseta (assis dehors) pour réveiller les trolls et pratiquer des rituels païens »)[19]. Cette activité y est punie par la peine de mort. Encore en 1854, on parle d'« une sorcellerie spécifique […] où le mage passe la nuit à l'air libre […] surtout pour prédire l'avenir[20]. »

La tenue rituelle[modifier | modifier le code]

Dans la saga d'Erik le Rouge, qui a lieu au Groenland, la Völva apparaît dans un manteau bleu ou noir avec des pierreries incrustées sur le bord. Le manteau tombe jusqu'aux pieds. Dans sa main, elle tient le seiðstafr, celui-ci est en cuivre couverts de pierres semi-précieuses sur le haut. Dans le Örvar-Odds saga, la seiðkona porte aussi un manteau bleu ou noir et porte aussi un seiðstafr.

Dans la saga d'Erik le Rouge, on mentionne aussi un collier de perles de verre et un couvre-chef en peau de mouton noir et de chat blanc. Elle porte une ceinture avec un pochette contenants les outils du seiðr.

Elle porte des souliers de cuir de vachette et des lacets aux bouts cuivrés ; Elle porte des gants de peau de chat blanc, fourrure tourné vers l'intérieur.

Le seiðstafr[modifier | modifier le code]

Le seiðstafr est une quenouille, symbolique ou effective, en cuivre ou en bois. Cette quenouille est le bâton symbole du pouvoir magique du Völva. Celui qui est frappé avec ce bâton trois fois sur la joue perd ses souvenirs[21].

Des liens invisibles pouvaient être tissés entre le baume du métier à tisser et un être humain (guerrier par exemple). Quand une sorcière défaisait un nœud dans son œuvre, elle pouvait par exemple délier un membre d'un héros-guerrier (bras ou jambe)[22]. Cela fait aussi référence au « nouage de l'aiguilette » où l'on immobilise le membre viril[23],[24]. Quand elle faisait un nœud, elle pouvait arrêter l'avancé de l'armée ennemie, car, dans la mythologie nordique, c'est Freyja qui commença la première guerre. Il appartient donc aux völur de décider du début ou fin de la guerre par leur magie. C'est probablement la raison pourquoi Harald Ier de Danemark, en guerre contre l'empereur romain d'orient garde auprès de un völva à Fyrkat[25].

La quenouille fait ici référence aux Nornes et leurs pouvoirs magiques. Dans le Helgakviða Hundingsbana I, des femmes généralement interprétées comme des Nornes arrivent au berceau de Helgi Hundingsbane et lui tissent un avenir de Héros. Il est possible que ces personnages ne soient pas des Nornes, car elles ne sont jamais nommées comme telles, mais des Völur[26]. Beaucoup de quenouilles trouvés dans les tombes on une espèce de petit panier au sommet qui sert peut être pour le filage du lin. Si l'on tient compte que le mot seiðr pourrait être traduit par « fil tissé avec une quenouille », pratiquer la magie peut être considéré comme tisser des fils spirituels[26].

La notion de « coté quenouille » (distaff side) était utilisée en Angleterre jusqu'au XIXe siècle pour indiquer le lignage maternel (fille de X, fille de Y). Pour le coté paternel on parlait de « coté de l'épée » ou « coté de la lance ».

Les dieux dédiés des Völur[modifier | modifier le code]

Freya[modifier | modifier le code]

La déesse qui s'occupe de magie est avant tout Freyja[27]. C'est la déesse auquel on fait le plus référence quand on parle de Völur.

Freyja est identifiée ainsi dans la saga des Ynglingar et il y est aussi que c'est elle qui l'enseigna à Oðinn :

"Dóttir Njarðar var Freyja. Hon var blótgyðja. Hon kenndi fyrst með Ásum seið, sem Vǫnum var títt."[28]
« Fille de Njǫrðr était Freyja. Elle présidait les sacrifices. Ce fut elle qui en premier présenta le seiðr aux Æsir car elle était déjà connu par les Vanir. »

Sif[modifier | modifier le code]

Dans le prologue de l'Edda en prose[29], une Völva explique l'origine de la déesse Sif, femme de Thor. On y explique qu'elle fut une spákona (voir plus haut).

Odin[modifier | modifier le code]

C'est Freyja qui a enseigné le seiðr à Odin. Même en tant que dieu guerrier, il est plus faible que Freyja dans la magie de la guerre. Dans le récit de Paul Diacre (plus haut), les Vandales s'adressent à Odin (Godan) pour obtenir la victoire mais les Lombards qui s'adressent par contre à Frea (Freyja/Frigg), à travers la reine mère, gagnent. Par contre, dans le Rúnatal, une section du poème Hávamál, la découverte des runes (et leur propriétés magiques) est attribuée à Odin. C'est donc un mage à part entière.

Disparition[modifier | modifier le code]

La disparition des prophétesses germaniques est liée à la christianisation : l'Église catholique romaine, l'Église d'Angleterre, l'Église luthérienne et l'Église réformée, secondées en cela par les autorités civiles, prirent diverses mesures à leur encontre, comme le montre cet extrait du Droit canon[30] :

« Toute sorcière, toute conjureuse, tout nécroman ou toute prostituée manifestement infectée trouvée sur le territoire sera expulsée. »
« Nous demandons à chaque prêtre d'éradiquer le paganisme et d'interdire la wilweorthunga (culte des sources), la licwiglunga (nécromancie), la hwata (divination), la galdra (magie), l'idolâtrie et toutes les abominations pratiquées par les hommes comme sorcellerie, et frithspottum (culte des bosquets) avec des ormes et autres arbres, des alignements de pierre, et toute sorte de fantômes[Note 3]. »

Elles furent persécutées au cours de la christianisation, qui conduisit d'ailleurs à un confinement extrême du rôle des femmes dans les sociétés germaniques dès le XIe siècle.

De nos jours[modifier | modifier le code]

Ásatrú[modifier | modifier le code]

Il y aurait une renouveau des traditions liés aux Völva dans les milieux Ásatrú (néopaganiste germaniques). Ces traditions liées aux Völur sont décrites par les écrivains américains Yngona Desmond, Diana Paxon, et Kari Tauring.

Médias[modifier | modifier le code]

Le titre Spaewife a été utilisé pour plusieurs écrits :

  • Robert Louis Stevensons a fait un poème intitulé The Spaewife.
  • John Galt a écrit un roman historique intitulé The Spaewife: A Tale of the Scottish Chronicles.
  • John Boyce a écrit un roman historique intitulé The Spaewife, or, The Queen's Secret (sous le pseudo Paul Peppergrass).
  • Francis Melville décrit un être féerique appelé spae-wife dans son livre The Book of Faeries.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

En islandais, le mot pour ordinateur est tolva, elle a été créée à partir des mots tala (nombre) et völva. L'ordinateur est donc la « sorcière des nombres ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en)Mercatante & Dow 2004, II:893.
  2. Vatnsdœla saga Chap. 19 voir plus haut
  3. Nornagests þáttr
  4. Hellquist 1922:851
  5. Vatnsdœla saga Chap. 19.
  6. Steinsland, G. & Meulengracht Sørensen, p. 1998:81
  7. Blain, J. (2001): Nine Worlds of Seid-magic. Routledge ISBN 0415256518, p. 61 et suivantes
  8. (en)Harrison & Svensson 2007:74
  9. Le récit d'Ibn Fadlân est traduit en français dans Les religions de l'Europe du Nord de R. Boyer (cf. infra) et cité assez longuement dans Les Vikings, rois des mers d'Yves Cohat, coll. Découvertes Gallimard (1987).
  10. a et b (en)Harrison & Svensson (2007) 56-57
  11. (de)Jana Krüger: Zur archäologischen und runologischen Interpretation der sog. Schrap- bzw. Schabmesser (norw. kjøttkniv). Symposium Oslo 2010, Oslo: Online-Publikation 2010, S. 1, page 3
  12. (en)Harrison & Svensson (2007) 58
  13. Sigrdrífumál 19 (jouir des runes jusqu'au Ragnarök)
  14. (en)Ellen Amatangelo and Dr. Rick McDonald, [1], "Peace Weavers", Utah Valley University
  15. (en)Hyndluljoth Translation and commentary by Henry A. Bellows
  16. (en)Hyndluljóð Guðni Jónsson's edition with normalized spelling
  17. (en)Edda Snorra Sturlusonar Old Norse text, Guðni Jónsson's edition.
  18. 1955 Maurice Gravier : La Saga d'Eric le Rouge, le Récit des Groenlandais, Texte islandais, avec introduction, traduction, notes, glossaire et quatre cartes, Aubier-Montaigne, coll. Bibliothèque de Philologie Germanique, tome XVII, 226 p.
  19. (en) Blain, J. (2001): Nine Worlds of Seid-magic. Routledge ISBN 0415256518
  20. (en) Keyser, R. (1854): The Religion of the Northmen
  21. Örvar-Odds saga
  22. Par exemple la jambe expliqué dans Harrison & Svensson 2007:72
  23. Claude Seignolle (édi.) : Les Évangiles du diable. Le Grand et le Petit Albert, Paris, Robert Laffont, coll. "Bouquins", 1999, 1050 p.
  24. p. 687-806 (Le Grand Albert), 807-895 (Secrets merveilleux de la magie naturelle et cabalistique du Petit Albert).
  25. Snorri Sturluson, Histoire des rois de Norvège (Tome I) de traduite et présentée par François-Xavier Dillmann Gallimard Paris (2000) (ISBN 2070732118).
  26. a et b Harrison, D. & Svensson, K. (2007): Vikingaliv. Fälth & Hässler, Värnamo. ISBN 978-91-27-35725-9
  27. Harrison & Svensson 2007:55
  28. Price 2002. p. 108.
  29. Régis Boyer, L'Edda Poétique, Fayard, 1992, 685 p. (ISBN 2-213-02725-0)
  30. source : décret canonique du XVIe siècle pris au Xe siècle par le roi Edgar.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Tous ces noms (sauf celui de Sangrid) sont des noms de Valkyries mentionnées dans le Nafnaþulur qui est une section de la partie Skáldskaparmál de l'Edda de Snorri.
  2. De nouveau ces noms sont des noms de Valkyries mais mentionnées dans le Völuspá cette fois-ci
  3. Reverend Robert Kirk dans La République mystérieuse, des elfes, faunes, fées et autres semblables, assimile fées et fantômes, ils sont, selon lui, tous issus de l'autre monde.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

  • Régis Boyer, Éveline Lot-Falck, Les religions de l'Europe du Nord. Eddas, sagas, hymnes chamaniques (1973), éd. Fayard et Denoël, coll. « Le trésor spirituel de l'humanité », Paris, 754 p.
  • Steinsland, G. & Meulengracht Sørensen, P. (1998): Människor och makter i vikingarnas värld, ISBN 9173245917
  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Völva » (voir la liste des auteurs).

Liens externes[modifier | modifier le code]