Völva

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Une prophétesse d'après une illustration d'une édition suédoise de l'Edda poétique du XIXe siècle.

Les anciens Germains appelaient völva, vala, wala (Vieux haut-allemand), seiðkona, spákona (norrois), spaewife ou wicce (vieil anglais) les prêtresses et prophétesses. Elles sont des personnages récurrents de la Mythologie germanique.

Terminologie[modifier | modifier le code]

Les völvas, entre autres disciplines ésotériques traditionnelles, pratiquaient le seydr (chamanisme), le spá (l'enchantement) et le galdr (la divination). Le seydr, en particulier, exigeait en principe l' ergi (la féminité), bien qu'il ait eu quelques adeptes mâles, les seiðmaðr (ou Wicca en vieil anglais). Spákona est un vocable vieux norrois désignant une femme qui s'adonne aux spæ ou au spá, c'est-à-dire à la prophétie ou à la prédiction de l'avenir. Les hommes pratiquant cette dernière discipline étaient appelés spámaðr.

Selon la mythologie et les récits historiques, les völvas étaient censées posséder des pouvoirs tels qu'Odin lui-même, le père des dieux, faisait appel à leurs services pour connaître l'avenir des dieux : c'est notamment ce que rapporte la Völuspá, dont le titre lui-même, « völv-s-spá », se traduit par « chant de la prophétesse ».

Parmi les plus célèbres völvas de la littérature scandinave, il y a lieu de citer la Heidi de la Völuspá et la sorcière Gróa du lai de Svipdag (Svipdagsmál).

Témoignages[modifier | modifier le code]

Récits historiques[modifier | modifier le code]

Une Völva sur un timbre des îles Féroë.

Les premières mentions de ces prophétesses germaniques nous viennent des historiens latins évoquant l'exode des Cimbres : sous la plume de Tacite, ces « prêtresses » sont des femmes âgées ; elles sont vêtues de blanc. Elles immolent les prisonniers de guerre et consacrent le sang versé (cérémonie dite Blót), fluide indispensable à la divination.

Dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules Jules César, à propos de la lutte contre le chef germain Arioviste (58 av. J. Chr.), écrit ceci :

« Lorsque César demanda aux prisonniers pourquoi Arioviste n’avait pas livré un combat à outrance, il apprit que la raison en était la suivante : c’était chez les Germains une coutume que les mères de famille décident, après avoir consulté les signes et rendu les oracles, s’il convenait ou non d'engager un combat ; or elles disaient que le destin ne permettrait pas aux Germains de vaincre, s’ils engageaient le combat avant la nouvelle lune. »

— Commentaires sur la Guerre des Gaules, livre 1, ch. 50

Tacite décrit également les prophétesses des Germains dans ses Histoires (livre 4, chap. 61), et notamment une certaine Veleda:

[...] usage ancien chez eux, les Germains attribuaient le don de prophétie aux femmes, et même, la superstition se développant, un statut divin.

Jordanès fait état dans ses Gétiques (XXIV:121) de völvas Gothes appelées Aliorumnas. Elles furent exilées sur ordre du roi Filimer, lorsque les Goths se sédentarisèrent à Ojum (Ukraine). Ce nom est sans doute une corruption du gotique Halju-runnos, c'est-à-dire catabantes ou « celles qui descendent aux Enfers » (allusion aux transes des chamans). Ces völvas trouvèrent refuge chez les Huns.

Une description détaillée d'un sacrifice humain par une völva est due au diplomate arabe Ahmad ibn Fadlan qui raconte une de ses missions auprès des Bulgares de la Volga en 921 : au cours des funérailles d'un chef varègue, une esclave se sacrifie pour être inhumée avec son maître. Après dix jours de festivités, elle est poignardée par une prêtresse (le diplomate arabe l'appelle Ange de la mort) puis son corps est incinéré avec celui de son maître dans un navire[1] (cf. article Bateau tombe).

Dans le folklore scandinave[modifier | modifier le code]

Dans la société scandinave ancienne, la völva était une femme âgée ayant rompu avec les pesantes attaches familiales qui étaient le lot des femmes dans cette civilisation clanique. Elle errait à travers le pays, suivie traditionnellement d'un aréopage de jeunes gens. On faisait appel à ses services dans les situations graves. Son autorité était absolue et elle était largement rémunérée pour ses services.


Les devins[modifier | modifier le code]

Au cours de la christianisation de la Norvège, le roi Olaf Tryggvason fit ligoter les devins et les fit précipiter d'un rocher à marée basse.

Les hommes qui pratiquaient la sorcellerie ou la magie ne bénéficiaient pas du même respect, parce qu'ils s'adonnaient à une pratique réservée aux femmes. La Saga d'Erik le Rouge indique qu'un fils qu'Harald à la Belle Chevelure eut d'une femme Saami du nom de Snöfrid était devin. Le roi le fit immoler par le feu dans une hutte avec quatre-vingts de ses compagnons.

Disparition[modifier | modifier le code]

La disparition des prophétesses germaniques est liée à la christianisation : l'Église catholique romaine, l'Église d'Angleterre, l'Église Luthérienne et l'Église Réformée, secondées en cela par les autorités civiles, prirent diverses mesures à leur encontre, comme le montre cet extrait du Droit canon :

« Toute sorcière, toute conjureuse, tout nécroman ou toute prostituée manifestement infectée trouvée sur le territoire sera expulsée. »
« Nous demandons à chaque prêtre d'éradiquer le paganisme et d'interdire la wilweorthunga (culte des sources), la licwiglunga (nécromancie), la hwata (divination), la galdra (magie), l'idolâtrie et toutes les abominations pratiquées par les hommes comme sorcellerie, et frithspottum (culte des bosquets) avec des ormes et autres arbres, des alignements de pierre, et toute sorte de fantômes[2]. »

Elles furent persécutées au cours de la Christianisation, qui conduisit d'ailleurs à un confinement extrême du rôle des femmes dans les sociétés germaniques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le récit d'Ibn Fadlân est traduit en français dans Les religions de l'Europe du Nord de R. Boyer (cf. infra) et cité assez longuement dans Les Vikings, rois des mers d'Yves Cohat, coll. Découvertes Gallimard (1987).
  2. source: décret canonique du XVIe siècle pris au Xe siècle par le roi Edgar.

Source[modifier | modifier le code]

  • Régis Boyer, Éveline Lot-Falck, Les religions de l'Europe du Nord. Eddas, sagas, hymnes chamaniques (1973), éd. Fayard et Denoël, coll. « Le trésor spirituel de l'humanité », Paris, 754 p.
  • Steinsland, G. & Meulengracht Sørensen, P. (1998): Människor och makter i vikingarnas värld, ISBN 9173245917

Liens externes[modifier | modifier le code]