Vinland

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Carte à l'origine controversée dont l’extrémité gauche montre le Vinland.

Vinland est le nom donné par le Viking islandais Leif Ericson au territoire qu’il explora le premier autour de l’an 1000. Des fouilles ont permis de retrouver des traces de la présence des Vikings à L'Anse aux Meadows à Terre-Neuve (Canada). On continue à débattre s’il s’agit là du Vinland de Leif Ericson (ou s'il s'agit plutôt de la colonie fondée par Þorfinnr Karlsefni), dont certains ont situé les divers emplacements possibles sur une aire géographique allant du Labrador à la Floride.

Les spécialistes s'accordent toutefois pour penser que le Vinland doit se situer dans la région du golfe du Saint-Laurent et guère plus bas que la Nouvelle-Écosse. Les Vikings n’ont pas perçu, à l’origine, l’exploration et la colonisation du Groenland et du Vinland comme différentes de la fondation et de la colonisation de l’Islande. Il ne s’agissait pour eux que de prolonger leur territoire. Il faudra la rencontre des autochtones amérindiens, très différents des moines d’Irlande, pour que s’impose à eux la notion de découverte.

Histoire[modifier | modifier le code]

Leiv Eriksson oppdager Amerika (« Leif Erikson découvre l'Amérique ») par Christian Krohg (1893)
Reconstitution des longères vikings, L'Anse aux Meadows, Terre-Neuve, Canada
La carte de Skálholt (1570)

Le Vinland est mentionné pour la première fois par le géographe et historien allemand Adam de Brême dans son livre Descriptio insularum Aquilonis (Description des îles septentrionales) rédigé vers 1075. « Praeterea unam adhuc insulam recitavit a multis in eo repertam occeano, quae dicitur Winland, eo quod ibi vites sponte nascantur, vinum optimum ferentes » (Par ailleurs, il a également signalé une île découverte par de nombreux marins dans cet océan, qui est appelé Vinland, pour la raison que les vignes y poussent par elles-mêmes, produisent le meilleur vin). Pour l’écrire, il a rendu visite au roi Sven II de Danemark qui avait connaissance des terres nordiques. La source principale d’informations sur les voyages des Vikings au Vinland provient de deux sagas islandaises, la Saga d'Erik le Rouge et la Saga des Groenlandais rédigées approximativement deux siècles et demi après la colonisation du Groenland. La combinaison de ces deux sagas semble montrer qu’il y eut quelques tentatives séparées de colonisation norvégienne du Vinland, y compris par Þorfinnr Karlsefni, dont aucune n’a duré pendant plus de deux ans. Il y a probablement plusieurs causes au départ de la petite colonie viking. Les sources écrites font mention de désaccords parmi les hommes au sujet des quelques femmes faisant partie de l’expédition ainsi que de conflits avec les populations autochtones (amérindiennes) auxquelles les sagas prêtent le nom de Skrælings.

L’histoire raconte qu’après la colonisation du Groenland par les Vikings, un négociant du nom de Bjarni Herjólfsson, en chemin du Groenland vers l’Islande, découvrit accidentellement la côte est de l’Amérique en 985 ou 986 après avoir été détourné par une tempête. Il raconta ensuite son histoire et vendit ses vaisseaux à Leif Ericson qui partit à son tour vers ces régions. Comme c’était la fin de l’été, il partit pour le Groenland qu’il réussit à atteindre avant l’hiver, mais renonça à débarquer au Vinland, ne voulant pas passer l’hiver dans cette nouvelle terre, qu’il décrivit ensuite comme couverte de forêts. L’approvisionnement en bois au Groenland étant très restreint, les colons étaient attirés par la richesse de cette nouvelle terre. Quelques années plus tard, Leif Ericson explora cette côte et y établit une colonie de courte durée sur une partie qu’il appela Vinland.

La première découverte faite par Leif était, selon les histoires, le Helluland (« terre de la pierre plate »), probablement l’île de Baffin. Ensuite, le Markland (« terre du bois »), probablement le Labrador, fut découvert (il existe des preuves de réduction ou d’amoindrissement de la limite des arbres dans le nord du Labrador aux environs de l’an 1000) et pour finir, le Vinland (généralement traduit par « terre de la vigne » en référence à la découverte éventuelle de vigne des rivages, la vitis riparia, mais interprété par d’autres comme « terre de pâturage »). Comme les autres dénominations des terres découvertes, le Vinland recouvre une aire géographique assez vaste, correspondant aux terres situées autour du golfe du Saint Laurent. L’expédition comprenait des familles et du bétail en vue d’entamer une nouvelle colonisation. Deux colonies auraient, selon les textes, été fondées au Vinland. Une au Nord, sans doute celle de l'Anse aux Meadows à Terre-Neuve, qui fut appelé Straumfjörð par Þorfinnr Karlsefni, en raison des forts courants qu'on y trouvait (ce qui correspondrait assez aux courants du détroit de Belle-Isle). Plus au sud, la seconde colonie est nommée Hop par les sagas. Cette dernière aurait en fait été fondée en premier et correspondrait au lieu d'implantation de Leif, c'est-à-dire au "véritable" Vinland. C'est ce site qui reste à découvrir aujourd'hui. Les recherches les plus récentes proposent, entre autres hypothèses, de l'identifier avec le site actuel de Bay St Lawrence au nord de l'île du Cap Breton en Nouvelle-Écosse (cette hypothèse reste à confirmer par l'archéologie, il n'a en effet jamais été entrepris de fouilles à cet endroit). Trois chefs Vikings hivernèrent réellement au Vinland, le deuxième étant Thorvald Ericsson, le frère de Leif, qui fut tué au cours du second été et le dernier Þorfinnr Karlsefni. En ne se fiant qu'aux sagas dont le but n'était pas d'établir la chronique d'un pays mais de magnifier les faits et gestes d'une grande famille, on pense traditionnellement que l’idée de colonisation fut néanmoins rapidement abandonnée en raison des conflits avec les Skrælings (peut-être des Béothuks, des Dorset ou plus vraisemblablement des Micmacs). Pourtant en 1121, l'évêque Érik Gnuppson partit du Groenland pour le Vinland et, en 1347, un navire groenlandais fut directement poussé par la tempête du Markland jusqu'en Islande où il aborda, ce qui laisse supposer des relations longtemps maintenues, vraisemblablement pour s'approvisionner en bois.

Avant le début du XIXe siècle, l’idée d’une colonisation viking de l’Amérique du Nord fut considérée par les historiens comme relevant du folklore, jusqu’à l’élaboration en 1837 d’une première hypothèse sérieuse par l’historien de la littérature et archéologue danois Carl Christian Rafn dans son ouvrage Antiquitates Americanæ où il concluait, après une étude en profondeur des sagas, ainsi que des lieux possibles de colonisation de la côte nord-américaine, que le Vinland était un endroit réel d'Amérique du Nord qui avait été colonisé par des Norvégiens.

Carte du Vinland et des îles de l’océan Atlantique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Carte du Vinland.

Cette célèbre carte marine montrant les côtes nord-américaines et les îles de l’Atlantique fut l’objet d’études multiples. Elle est déposée actuellement à la Bibliothèque Beinecke de livres rares et manuscrits de l'université Yale. D’aucuns[Qui ?] y virent une carte authentique datant toutefois du début du XVe siècle d’après un portulan du XIIIe siècle, alors que d’autres y virent une supercherie du XXe siècle.

En 1995, des chercheurs de l’université d’Arizona et de la Smithsonian Institution se rendirent à l'université Yale pour analyser ce parchemin avec un spectromètre accélérateur de masse. Le résultat donna une date assez précise de 1434 ± 11 années, soit entre 1423 et 1445. Néanmoins, cette analyse publiée en 2002[1], ne donne aucune certitude quant à la carte elle-même[2]. Elle est en effet considérée comme un faux par certains chercheurs qui estiment que si le parchemin est bien médiéval, l'encre est de composition moderne[3]. À noter que ce débat sur le sujet de la modernité des encres utilisées demeure ouvert et animé entre chercheurs[4].

La carte indique précisément, en latin, le Vinland au nord-ouest de l'océan Atlantique ainsi que l'île de Saint-Brandan au milieu de l'océan. Le continent nord-américain présente distinctement l'estuaire et le Golfe du Saint-Laurent (nord-est/sud-ouest), ainsi que la baie d'Hudson et le détroit d'Hudson[5].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sagas islandaises (textes traduits, présentés et annotés par Régis Boyer, d'après Islendingasögur), Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade » no 338, Paris, 1991, LXX-1993 p., (ISBN 2-07-011117-2). Voir notamment, parmi un ensemble de textes : Saga d'Eirikr le Rouge, Saga des Groenlandais et Dit des Groenlandais, groupées sous le titre « Sagas du Vinland ».
  • Régis Boyer, Islande, Groenland, Vinland, Paris, Les Éditions Arkhê, 2011
  • (en) George Mackay Brown, Vinland, éditions J. Murray, Londres, 1992, 232 p., (ISBN 0-7195-5149-8).
  • Jared Diamond, Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (traduit de l'américain par Agnès Botz et Jean-Luc Fidel), Gallimard, coll. « NRF essais », Paris, 2006, 648 p., (ISBN 9782070776726). Titre d'origine : Collapse: how societies chose to fail or succeed.
  • Paul Gaffarel, Le Vinland et la Norombega, Dijon, Darantière, 1890.
  • Daniel Lacotte, Les Conquérants de la Terre verte, Hermé, 1985.
  • Charles Alphonse Nathanael Gagnon, « La question du Vinland », Bulletin de la Société de géographie Québec, Québec, 1918.
  • René Guichard, Les Vikings, créateurs d’États : Islande et Norvège ; découvreurs de nouveaux mondes : Érik le Rouge au Groenland en l’an 982, Leif l’Heureux au Vinland en l’an 1000, éditions A. et J. Picard, Paris, 1972, 196 p.
  • Charles A. Martijn, Andrée Faton, Le Canada depuis l’origine : villages esquimaux, indiens iroquois, les Vikings et l’énigme du Vinland, les Français en Acadie, fouilles à Québec, les forteresses, Dijon, Archéologia, 1978.
  • William Pettigrew, Le Mystère du Vinland, Montréal, ONF, 1994, 1984.
  • Laurence C. Witten II, article « Vraie ou fausse ? la saga de la Carte du Vinland », pages 287-313, dans Bulletin du bibliophile no 2, éditions Promodis, Paris, 1990. Traduit de l'américain depuis l'article paru sous le titre « Vinland's saga recalled », en octobre 1989, dans The Yale University Gazette.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir la revue Science Daily July 2002
  2. Voir pages 49-51 in Quaternary Dating Methods: An Introduction, Mike J. C. Walker, John Wiley & Sons, 2005
  3. « L'utilisation de la micro-spectrométrie Raman a permis d'identifier de façon sûre les matériaux mis en œuvre pour produire deux documents historiques d'importance, la carte du Vinland et les Récits Tartares. Quoique les encres utilisées dans les Récits Tartares soient en accord avec la période à laquelle ils ont été écrits, une des encres utilisées pour la carte du Vinland ne l'est pas. La présence [NDT: sur cette carte] d'une ligne jaune contenant de l'anatase, étroitement associée à une encre de Chine stable, indique que la carte du Vinland est un faux d'une époque moderne. (Traduction de Y.D. CNRS, France). »
  4. Voir Amazing discoveries in ancient dyes, inks and pigments de l'Association for Asian Research (AFAR)
  5. Scientists Determine Age of New World Map