Carte du Vinland

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La « carte du Vinland » est une mappemonde qui représenterait le monde connu en incluant des terres présumées inconnues au XVe siècle, notamment le Groenland, le Japon et une île, le Vinland, dénommée Vinlanda Insula et rappelant les contours approximatifs de l'Amérique du Nord. L’authenticité de cette carte conservée à l'université Yale est controversée. Elle est considérée par certains comme un OOPArt.

La mappemonde avec à l'ouest la carte du Vinland.

Description[modifier | modifier le code]

La carte, conservée à la Bibliothèque Beinecke[1] de Yale, daterait du XVe siècle et serait la copie d'un original du XIIIe siècle. Son importance résiderait dans le fait que, outre la présence de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, elle montre une portion de terre au-delà de l'Atlantique Nord, appelé Vinland, qui confirmerait le fait que les Européens auraient eu connaissance des voyages des Vikings au XIe siècle, anticipant de quatre siècles la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb (1492).

La carte indique un certain nombre d'îles fantômes, notamment une île nommée Beati Brandani (la légendaire île de Saint-Brendan) et une île nommée Branziliae rappelant étrangement le mot Brésil, mais déjà représentée sur d'autres cartes marines sous le nom d'Île de Brasil.

Une île située à l'ouest, dénommée Vinlanda Insula, représente à la fois les contours d'un large estuaire qui rappelle celui du golfe du Saint-Laurent et au nord, une grand lac accessible par une voie d'eau qui donne une représentation approximative de la baie d'Hudson et du détroit d'Hudson.

Découverte[modifier | modifier le code]

La carte fut proposée en 1957 (trois ans avant la découverte du site de l'Anse aux Meadows) à l’université Yale par Laurence C. Witten II, ancien élève devenu antiquaire spécialisé en livres anciens. Elle était fixée à un authentique codex, Historia Tartarorum (Histoire des Mongols appelés par nous Tartares), version ancienne du texte du franciscain Jean de Plan Carpin, lui-même autrefois relié en appendice au Speculum historiale de Vincent de Beauvais[2]. Le prix étant trop élevé et Witten refusant de révéler sa provenance, l’université hésita. Un autre élève, Paul Mellon, l’acheta, se proposant de l’offrir à son alma mater si elle se révélait authentique. Il la fit expertiser par deux conservateurs du British Museum et un bibliothécaire de Yale, mais en secret, procédure controversée[3]. Ils aboutirent après plusieurs années à la conclusion de son authenticité. La carte fut offerte à Yale et révélée au monde en 1965, accompagnée d’une publication de l’équipe de recherche[4]. Une conférence sur la question eut lieu l’année suivante à la Smithsonian Institution, dont le compte rendu fut publié cinq ans plus tard[5]. Yale émit en 1995 une publication affirmant l’authenticité de la carte[6].

Question de l’authenticité[modifier | modifier le code]

L’authenticité du document est un sujet de débats permanents. Le contenu, l’encre et le papier ont fait l’objet de recherches de plus en plus poussées au fur et à mesure des avancées techniques.

Comme la controverse a fait rage autour de la carte presque depuis son acquisition par l'université Yale, les autorités de cette université ont choisi de ne pas commenter l'authenticité de ce document sur parchemin. Néanmoins les autorités universitaires suivent le débat avec un intérêt inhabituel. « Nous nous considérons comme les gardiens d'un document extrêmement intéressant et controversé », a déclaré la bibliothécaire de Yale, Alice Prochaska, en 2002, « et nous lisons avec attention le travail d'érudition sur cette carte avec un grand intérêt »[7].

Contenu[modifier | modifier le code]

La première équipe qui examina le document remarqua la ressemblance avec une carte des années 1430 due au navigateur italien Andrea Bianco ; l’Afrique est coupée là où la carte de Bianco était pliée. Elle en diffère aux confins est et ouest, en particulier dans le cas du Groenland qui est représenté comme une île, fait pourtant ignoré des géographes scandinaves de l’époque[8].

Leif Eriksson est appelé Erissonius, ce qui ne devient la norme qu’au XVIIe siècle et supposerait une transmission italienne ou française. La graphie æ, qui apparaît plusieurs fois, était hors d’usage à l’époque où la carte est censée avoir été produite, hormis quelques textes italiens transcrits délibérément à l’antique, et n'est jamais utilisée en écriture gothique qui est celle du document.

L’évêque Eirik est mentionné en latin « du Groenland et des régions voisines » (regionumque finitimarum). Or, cette expression avait déjà attiré plusieurs années avant la découverte de la carte l’attention du chercheur allemand Richard Hennig : on ne la trouvait que dans les ouvrages du franciscain Luka Jelic (1863–1922), et Henning voulait savoir de quelle source il la tenait. Il pensait avoir prouvé qu’elle venait de sources françaises citées par Jelic dans sa première édition (en français). « Évêque régionnaire des contrées américaines » aurait été retraduit en latin dans les éditions ultérieures. Il ne s’agirait donc pas d’un titre ancien de l’évêque de Groenland et sa présence sur la carte permet de soupçonner une fraude s’inspirant de Jelic, qui fut lui-même un moment mentionné comme l’auteur possible de la carte. Kirsten Deaver proposa pour sa part le jésuite allemand Josef Fischer (1858-1944)[9],[3].

Le paléographe et bibliothécaire P. Saenger a aussi émis plusieurs doutes sur l’authenticité de la carte et la validité de la seconde édition du livre de Yale, The Vinland Map and Tartar Relation[10]

Encre[modifier | modifier le code]

Le tracé est constitué de la superposition de deux lignes, une noire presque effacée au-dessus d’une jaunâtre[11]. En 1967, les chercheurs du British Museum remarquent la nature inhabituelle de l’encre pour un manuscrit. En 1974, l’expert légal Walter McCrone détecte la présence de dioxyde de titane, substance que la chimie ne sait produire que depuis le début des années 1920[12]. Ce composé étant utilisé pour les couleurs pâles, sa présence indique que la ligne jaune ne résulte pas du vieillissement d’une encre ancienne mais d'une fraude. Une analyse de juillet 1985 réalisée par Thomas Cahill et al. à l’université de Californie à Davis (technique PIXE), montre que le dioxyde de titane n’est présent qu’à l’état de traces (< 0,0062 % en poids) et résulte peut-être d’une contamination[13] ; McCrone prouve en 1991 par spectroscopie Fourier que le dioxyde est présent dans l’ensemble de l’encre et identifie par la même occasion le liant comme étant de la gélatine provenant probablement de peaux animales[14]. En juillet 2002, la présence de quantités non négligeables de dioxyde de titane est confirmée. Le pigment noir restant sur la carte est identifié comme étant du carbone et non du fer par diffusion Raman réalisée à l’University College de Londres[15]. Or c’est l’encre au fer, commune dans les manuscrits médiévaux et utilisée pour l’Historia Tartarorum, qui jaunit en vieillissant. Néanmoins, Jacqueline Olin, chercheuse retraitée de la Smithsonian Institution, publie en 2003 le résultat d’expériences qui pourraient expliquer qu’on obtienne ce résultat à partir d’une encre médiévale[16]. Son hypothèse est contestée par K.M. Towe en 2004[17].

Parchemin[modifier | modifier le code]

En 1995, des chercheurs de l’université d'Arizona et de la Smithsonian Institution se rendirent à l'université Yale pour dater ce parchemin par carbone 14 avec spectromètre de masse à accélérateur. Le résultat donna une date assez précise de 1434 avec plus ou moins 11 années, soit entre 1423 et 1445, mais cette date n'est valable que pour le parchemin.

Un pli prévu par le dessinateur - puisqu’il n’y avait placé aucune information importante - situé à l’endroit où la carte est reliée à l’Historia Tartarorum, s’est avéré cacher une division en deux feuilles. Si le parchemin est effectivement ancien, il pourrait s’agir de deux feuilles vides du Speculum Historiae utilisées par un fraudeur[3]. L’équipe de recherche qui a travaillé pour la seconde édition du livre de Yale a envisagé que ce pli pouvait être responsable d’erreurs d’analyses dues aux éléments externes qu’il aurait pu emprisonner. Elle y a en effet trouvé des particules n’appartenant pas au parchemin[18] et soupçonne que le chrome détecté par l’analyse de McCrone en 1988 serait le résultat d'une contamination[19].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Garman Harbottle, « The Vinland Map: a critical review of archaeometric research on its authenticity », Archaeometry, n° 50, p. 177-89.
  • (en) Kenneth Towe, Robin Clark and Kirsten Seaver, « Analysing the Vinland Map: a critical review of a critical review », Archaeometry, n° 50, 5, p. 887-893.
  • (en) Kirsten Seaver, Maps, Myths, and Men: The Story of the Vinland Map, Stanford University Press, 2004.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. ref MS 350A
  2. Beinecke Library MS 350
  3. a, b et c (en) Kirsten A. Seaver, Maps, Myths and Men, Stanford, CA, Stanford University Press,‎ 2004, poche (ISBN 978-0-8047-4963-3, LCCN 2004001197)
  4. Dr. Raleigh Ashlin Skelton et al., The Vinland Map and Tartar Relation
  5. (en) Wilcomb E. (ed.) Washburn, Proceedings of the Vinland Map Conference, Chicago, IL, University of Chicago Press,‎ 1971
  6. (en) Raleigh A. (et al.) Skelton, The Vinland map and the Tartar Relation, 2nd edition, New Haven, CT, Yale University Press,‎ 1995 (ISBN 978-0-300-06520-6, LCCN 95021114)
  7. Vinland Map Flap Redux, Yale Alumni Magazine, octobre 2002
  8. . Le géographe danois Claudius Clavus décrit en 1420 le Groenland comme une péninsule rattachée à la Russie.
  9. Peter Foote for the Saga Book of the Viking Society (vol. 11, part 1)
  10. Vinland, une relecture
  11. (en) A.D. Baynes-Cope, « The Scientific Examination of the Vinland Map at the Research Laboratory of the British Museum », Geographical Journal, vol. 140,‎ 1974, p. 208–211
  12. (en) Walter C. McCrone et Lucy B. McCrone, « The Vinland Map Ink », Geographical Journal, vol. 140,‎ 1974, p. 212–214
  13. (en) T.A. Cahill, R.N. Schwab, B.H. Kusko, R.A. Eldred, G. Moller, D. Dutschke, D. L. Wick et A.S. Pooley, « The Vinland Map, Revisited: New Compositional Evidence on Its Inks and Parchment », Analytical Chemistry, vol. 59, no 6,‎ 1987, p. 829–833 (DOI 10.1021/ac00133a009)
  14. (en) Walter McCrone, « Vinland Map 1999 », Microscope, vol. 47, no 2,‎ 1999, p. 71–74
  15. (en) Katherine L. Brown, Robin J. H. Clark, « Analysis of Pigmentary Materials on the Vinland Map and Tartar Relation by Raman Microprobe Spectroscopy », Analytical Chemistry, vol. 74, no 15,‎ 2002, p. 3658–3661 (DOI 10.1021/ac025610r, lire en ligne)
  16. (en) Jacqueline S. Olin, « Evidence That the Vinland Map Is Medieval », Analytical Chemistry, vol. 75, no 23,‎ décembre 2003, p. 6745–6747 (DOI 10.1021/ac034533c, lire en ligne)
  17. (en) Kenneth M. Towe, « The Vinland Map Ink Is NOT Medieval », Analytical Chemistry, vol. 76, no 3,‎ 2004, p. 863–865 (DOI 10.1021/AC0354488, lire en ligne)
  18. McNaughton, Douglas "Scientific Studies of the Vinland Map", Vikings: The North Atlantic Saga, p. 269, Smithsonian Books, Washington, D.C., 2000
  19. (en) Walter McCrone, « The Vinland Map », Analytical Chemistry, vol. 60, no 10,‎ mai 1988, p. 1009–1018 (DOI 10.1021/ac00161a013)

Source[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]