Sklavinies

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les Sklavinies (grec : Σκλαβινίαι, Latin : Sclaviniae) est un terme grec désignant les colonies slaves intercalées entre les « valachies » du bassin du bas-Danube, et dans l'empire byzantin aux VIIe et IXe siècles.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le peuplement slave au VIe siècle


Les plus anciens établissements slaves dans les Balkans sont localisés par l'archéologie en Moldavie et attesté dès la seconde moitié du VIe siècle, fait qui est corroboré par les écrits de Procope qui note vers 560 la présence des Sklavènes et les Antes au delà de l'Istros et en Scythie[1].

Les premières incursions slaves contre l'empire byzantin sont mentionnés en 517 en Macédoine et en Thessalie qu'ils pillent aux côtés des Koutrigours (Proto-Bulgares) ; les derniers atteignent Corinthe dans le raid de 539-540, qui semble ouvrir une brèche dans la défense byzantine. Les Sklavènes ravagent l'empire byzantin en 545-546 (Thrace), en 548 (Dyrrachium, Illyricum), en 550 (Thrace, Illyricum), 551 (Illyricum)[1]

Arrivés sur le bas-Danube en 562, les Avars vassalisent les tribus slaves au nord du Danube (Antes, Slovènes et Wendes). Ces peuples participent aux guerres entre les Avars et les Byzantins à partir de 568. Des incursions sklavène ont lieu en 570 ou 571 en direction de Naissus, puis à grande échelle dans les années 580-584 sans que l'on puisse s'assurer de la formation d'un établissement permanent[1]. Après la prise de Sirmium par les Avars en 582, le chemin de la Save est ouvert à leur installation dans les Balkans. Slaves et Avars repassent le Danube en 583, assiègent Thessalonique (586 ou 597). Après la mort de Bayan (602), les Slaves passent en masse au sud du Danube, déserté par les armées byzantines et avares.

La guerre reprend entre les Avars et l'Empire byzantin. Slaves et Avars assiègent de nouveau Thessalonique puis Constantinople (617-619). Les tribus slaves qui accompagnent les Avars occupent progressivement la péninsule des Balkans jusqu’au Péloponnèse et l’Égée, assimilant les Thraco-Romains de l'intérieur et poussant les Grecs vers les côtes et vers les îles, vers la Sicile ou la Calabre.

La défaite des Avars devant Constantinople en 626 est le signal de la révolte pour les tribus slaves soumises. Dans les Balkans, elles occupent déjà la Mésie, la Macédoine, la Thessalie et une partie du Péloponnèse. Serbes et Croates, venus des Carpates et de Bohême s’installent à l’ouest des Balkans et ne reconnaissent à l’empire qu’une autorité toute théorique. Byzance ne contrôle que la Thrace, la côte jusqu’à Thessalonique, l’est du Péloponnèse et les îles.

Dans l'empire, les envahisseurs slaves forment des « sklavinies », petites principautés indépendantes les unes des autres, qui s'intercalent entre les valachies existantes[2] et échappent plus ou moins complètement au pouvoir de l’empereur. Aucune région des Balkans n’est à l’écart de ce flux, même certaines îles grecques que les Slaves abordent sur leurs monoxyles. La densité du peuplement slave est forte en Macédoine mais moindre en Épire, en Thessalie, en Grèce-Centrale et dans le Péloponnèse où subsistent des communautés grecques qui servent de base à l’hellénisation finalement totale de ces populations. L’importance des toponymes slaves dans ces régions traduit cependant l’importance de leur implantation.

Organisation[modifier | modifier le code]

Les tribus slaves portent souvent les noms des anciens peuples qui les ont dominés. Ainsi les Serbes et les Croates portent le nom de peuples sarmates et il en est de même pour les Slovènes et les Slovaques qui portent le nom de peuples vénètes. Ils parlent des dialectes proches les uns des autres (« slave commun », en usage jusqu’au IXe siècle). Agriculteurs et éleveurs, ils connaissent l’araire et pratiquent une culture sommaire les conduisant à de fréquents changements de terroirs, auxquels s’ajoutent les déplacements pour des raisons de sécurité (ils ont tendance à se réfugier dans les forêts et les zones marécageuses). Ils utilisent les métaux (or, cuivre, argent, étain, fer) et fabriquent des poteries assez frustes. La société tribale est organisée sur la base de clans et repose sur la large famille — la zadruga — qui exploite collectivement le sol. La tribu est administrée par le conseil des chefs des zadrugas, en une sorte de démocratie (Procope). Le conseil élit toutefois un chef en cas de guerre ou de crise. Ils ont emprunté aux Scythes et aux Sarmates des éléments religieux, analogues à ceux de l’Iran ancien, aux Goths, l’art militaire et ont pratiqué le commerce avec les Romains, notamment celui de l’ambre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Vladislav Popovic, La descente des Koutrigours, des Slaves et des Avars vers la mer Égée : le témoignage de l'archéologie, Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, volume 12, pp. 596-648,‎ 1978 (lire en ligne)
  2. Jordanès, dans son œuvre Getica note par exemple : « ... Sclavini a civitate nova et Sclavino Rumunense et lacu qui appellantur Mursianus... » in : De rebus Geticis citant le manuscrit de Vienne ; même si et sclavino rumunense est une interpolation du XIe siècle comme cela a été supposé, elle n'en est pas moins significative.