Moulin à eau

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Moulin (homonymie).
Moulin à eau

Un moulin à eau, ou moulin hydraulique, est un moulin utilisant l'énergie du courant d'un cours d'eau ou, plus rarement, de la marée (on parle alors de moulin à marée).

Histoire[modifier | modifier le code]

La scie de Hiérapolis, la plus ancienne machine connue utilisant un système de bielles et manivelles[1],[2],[3]
Moulin à eau de Braine-le-Château (XIIe siècle)
Castanet-le-Haut (Hérault) - Moulin du Nougayrol. Remarquez la cuve pour stocker l'eau nécessaire au fonctionnement et la conduite pour amener cette eau.
Ancien mécanisme de moulin à eau
Moulin Saulnier (1872) de l'ancienne chocolaterie Menier à Noisiel, Seine-et-Marne.
Maquette d'un moulin à eau (Québec)
Maquette du mécanisme de transmission de la roue à aubes vers la meule à grains située à l’étage supérieur (Moulin des Jésuites).

Le moulin à eau, attesté en Europe depuis l'Antiquité (il est décrit dans le Traité d'architecture de Vitruve qui distingue les moulins à roues horizontales et à roues verticales[4]), est plus ancien que le moulin à vent. La plus ancienne machine à eau connue utilisant un système de bielles et manivelles est représentée sur un bas-relief du IIIe siècle après J.-C. à Hiérapolis en Turquie. La scierie de Hiérapolis actionnait une paire de scies destinées à couper de la pierre[1],[2],[3]. Au Moyen Âge, le moulin à eau se développe parallèlement à la disparition de l'esclavage, à partir du IXe siècle : l'utilisation de l'énergie hydraulique plutôt qu'animale ou humaine permet une productivité sans comparaison avec celle disponible dans l'Antiquité (chaque meule d'un moulin à eau peut moudre 150 kg de blé à l'heure ce qui correspond au travail de 40 esclaves et le moulin antique a encore des vitesses de meule lentes)[5]. Le passage à des moulins à rythme rapide (roue réceptrice devenue plus petite que la roue émettrice), à grande roue (grands rayons et grande pales assemblées se substituant aux pales monoxyles) caractérisent cette période médiévale, depuis les moulins à eau carolingiens (tel celui d'Audun-le-Tiche), jusqu'aux moulins du XIIIe siècle équipés d'arbres à cames qui permettent d'autres utilisations que le « moulin bladier » (pour la mouture des céréales : blé, seigle, orge), l'hydraulique étendant son domaine d'application à toutes les activités mécaniques (scie ou martinet hydraulique, métallurgie, foulon)[6].

Au moins jusque dans les années 1700, on appelait « orbillion » « les endroits où il y a des pieux, ou de vieux vestiges de pieux, dans une Riviere où il y a eu un moulin, ou quelque autre édifice que la suite des temps a ruinez »[7]. Les « huissiez de justice » pouvaient mettre en demeure les riverains ou propriétaires de les entretenir ou démolir pour qu'ils ne puissent pas « blesser les bateaux »[8].

Le moulin à eau, tout comme le moulin à vent, a été supplanté au XIXe siècle par l'arrivée de la machine à vapeur, puis par le moteur électrique.

Technique[modifier | modifier le code]

Dans la majorité des cas la roue à aubes est verticale (axe horizontal) :

  • Dans un moulin au fil de l'eau, c'est le courant du cours d'eau ou du bief passant par l'abée qui entraîne la roue à aubes par sa partie inférieure.
  • En conduisant l'eau au-dessus de la roue, c'est la chute de l'eau qui transmet son énergie à la roue ; l'usage de roues à godets permet un rendement supérieur.
  • L'eau peut aussi arriver sous la roue, pour lui transmettre une partie de son énergie cinétique.

À partir de la révolution industrielle, et plutôt au XXe siècle, certains moulins utilisent une roue horizontale (à axe vertical) également dite « turbine », en particulier dans le cas des moulins « à retenue », qui sont en général de taille modeste. Le niveau d'eau est maintenu à une hauteur suffisante en amont du moulin par un barrage ou un seuil muni d'un déversoir. Ce matériel est réputé pour blesser ou tuer les poissons, alors qu'ils franchissent sains et saufs les roues à aubes.

Dans tous les cas une grille protège la roue ou la turbine des branches, troncs ou objets amenés par le courant qui pourrait endommager ces pièces. Cette grille doit être nettoyée régulièrement.

Dans certaines installations, l'eau nécessaire au fonctionnement est amenée par une conduite dans une cuve attenante au moulin et stockant cette eau.

L'énergie produite par un moulin à eau est utilisée localement. Elle est transmise et éventuellement démultipliée mécaniquement à l'appareil à mouvoir, par l'intermédiaire d'engrenages ou de courroies.

Usages[modifier | modifier le code]

Les moulins à eau étaient utilisés pour de multiples usages avant l'ère industrielle, comme :

  • moudre des céréales, l'usage le plus ancien ;
  • pour extraire l'huile des oléagineux : noix, colza, etc
  • dans l'industrie forestière, les scieries ;
  • pour le textile : foulons, métiers à tisser ;
  • pour le travail des métaux : meules, forges, marteau-pilon ;
  • pour actionner des pompes.
  • moulin à papier : du XIIIe au XVIIIe siècle, l'énergie du moulin servait à défibrer les chiffons détrempés en pâte à papier en actionnant une pile à maillets, ensemble de pilons munis de pointes. Au XIXe siècle, elle actionne en outre la machine à papier en continu. Mais le terme moulin est alors abandonné au profit du terme papeterie.


Quelques exemples de sites qui utilisent (ou utilisaient) cette énergie hydraulique :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Inventaire des technologies
  • Jean Bruggeman, Moulins : maîtres des eaux, maîtres des vents, Paris, Rempart, coll. « Patrimoine vivant », 1997. L'auteur aborde ce sujet sous l’aspect technique, architectural, technique et humain.
  • Jean Orsatelli, Les Moulins à vent et à eau, Marseille, Lafitte, 1995, 4e éd., (1re éd. 1987), in-4 br., 196 p., 435 ill. dessin.
Hydrologie
  • Pierre-Louis Viollet, L'hydraulique dans les civilisations anciennes : 5 000 ans d'histoire, Paris, Presses de l'école nationale des Ponts et Chaussées (ENPC), 2005.
  • Maurice Chassain, Moulins de Bretagne, Spézet, éd. Keltia Graphic, 1993.
  • Art du Meunier, Ed FFAM, 120 pages illustrées de planches de l’Encyclopédie, n° spécial 18 de la revue Moulins de France, 2006, FFAM Route d'Avenay Cidex 22 - 14210 EVRECY
  • Glossaire de molinologie. Roland Flahaut. Ed. FFAM, 135 pages n° spécial 19 de Moulins de France, FFAM Route d'Avenay Cidex 22 - 14210 EVRECY
  • Écrits et archives Claude Rivals, Ed. FFAM, 230 pages, n° spécial 20 de Moulins de France, mai 2008, FFAM Route d'Avenay Cidex 22 - 14210 EVRECY
  • Restaurer le moulin, de Jean Bruggeman, Ed. FFAM - ARAM N/PdeC, mai 2008. 128 pages. 345 illustrations (photographies, plans, croquis). FFAM Route d'Avenay Cidex 22 - 14210 EVRECY
  • Roues hydrauliques, de Alain Schrambach, Ed. FFAM, mai 2009. 160 pages. n° spécial 22 de Moulins de France, illustrations, plans, croquis. FFAM Route d'Avenay Cidex 22 - 14210 EVRECY
  • Guide pour la réhabilitation des moulins hydrauliques en vue de la production d'électricité , de Michel Heschung. Master en Architecture et Développement durable, 2007, 112 pages, FFAM Route d'Avenay Cidex 22 - 14210 EVRECY
  • Moteurs autres que les roues hydrauliques, de Alain Schrambach, Ed. FFAM, avril 2010. 142 pages. n° spécial 23 de Moulins de France, illustrations, plans, croquis. FFAM Route d'Avenay Cidex 22 - 14210 EVRECY
  • Moulins de Seine normande de Vernon à la Manche, du XIIe au XVIIIe siècle, moulins ruraux et isolés, moulins à roue pendante, moulins bateaux, de Patrick Sorel, Ed. FFAM, avril 2010. 152 pages. n° spécial 24 de Moulins de France, illustrations, plans, croquis. Route d'Avenay Cidex 22 - 14210 EVRECY

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (de) Klaus Grewe, « Die Reliefdarstellung einer antiken Steinsägemaschine aus Hierapolis in Phrygien und ihre Bedeutung für die Technikgeschichte. Internationale Konferenz 13.−16. Juni 2007 in Istanbul », Bautechnik im antiken und vorantiken Kleinasien, Istanbul, Ege Yayınları/Zero Prod. Ltd., série Byzas, vol. 9,‎ 2009, p. 429–454 (429) (ISBN 978-975-807-223-1, lire en ligne)
  2. a et b (en) Tullia Ritti, Klaus Grewe et Paul Kessener, « A Relief of a Water-powered Stone Saw Mill on a Sarcophagus at Hierapolis and its Implications », Journal of Roman Archaeology, vol. 20,‎ 2007, p. 138–163 (161)
  3. a et b (es) Klaus Grewe (trad. Miguel Ordóñez), « La máquina romana de serrar piedras. La representación en bajorrelieve de una sierra de piedras de la antigüedad, en Hierápolis de Frigia y su relevancia para la historia técnica (traducteur Miguel Ordóñez) », Las técnicas y las construcciones de la Ingeniería Romana, série V Congreso de las Obras,‎ 2010, p. 381–401 (lire en ligne)
  4. Jean Gimpel, La révolution industrielle du Moyen Age, Paris, Seuil, 1975, p. 129-130.
  5. Jean Gimpel, La révolution industrielle du Moyen Age, Paris, Seuil, 1975, p. 149-150.
  6. Mireille Mousnier, Moulins et meuniers dans les campagnes européennes, IXe-XVIIIe siècle, Presses Universitaires du Mirail,‎ 2002, p. 21
  7. Memorial alphabetique des matieres des eaux et forêts, pesches et chasses ... Par Michel Noël (M.) voir p 460 de la version numérique
  8. Memorial alphabetique des matieres des eaux et forêts, pesches et chasses ... Par Michel Noël (M.) voir p 289 de la version numérique
  9. (fr) « Description technique », sur pompeaeau.jimdo.com (consulté en 1er septembre 2010)
  10. (fr) « La région de R'haouet s'accroche à ses derniers moulins à eau », sur www.lemaghrebdz.com (consulté en 1er septembre 2010)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Autres sources[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]