Toponymie normande

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On appelle toponymie normande l'étude de noms de lieux en Normandie ou dans les départements de Haute et de Basse-Normandie. La forte présence d'anthroponymes de Normands sur un substrat romanisé en fait la spécificité et l'intérêt.

Sommaire

[modifier] Historique

La toponymie normande est, pour commencer, basée sur un substrat celtique et gallo-roman conséquent, ainsi que sur une mince couche de toponymes et d'appellatifs empruntés au germanique westique notamment dans le pays de Bray. Cependant, on note comme ailleurs une prééminence des patronymes et matronymes germaniques dans la formation des noms de domaine basés sur des appellatifs romans au moyen-âge (pour toute cette partie, se référer à toponymie française ), sauf dans le pays de Caux, le Roumois, le Clos du Cotentin, les côtes ouest du Cotentin, la basse vallée de la Seine et les environs de Caen où les anthroponymes d'origine scandinave ou anglo-scandinave prédominent nettement. Dans certaines régions les appellatifs d'origine scandinave sont aussi nombreux que ceux d'origine romane (si l'on exclue les formations modernes bien évidemment). La densité de la colonisation par les Vikings/Normands a été notable dans ces pays du duché de Normandie, le reste du territoire ayant gardé un caractère autochtone pré-normand significatif.

[modifier] Noms en -ville

Noms de communes de France composés avec l'appellatif -ville

L'appellatif le plus répandu est le terme roman ville (domaine rural du haut Moyen Âge ), mot d'origine latine (villa ) sans rapport avec une colonisation proprement romaine. L'exemple le plus anciennement cité est celui de Bourville en 715 sous la forme latinisée Bodardi villa : le domaine de Bodard(us). Les premiers « Normands » en ont fait un large usage, tout comme les francs avant eux. Parfois, on rencontre plusieurs toponymes tirés du même nom de personne (même radical anthroponymique) sur le territoire de la même commune ou de deux communes voisines. Il arrive ainsi de voir associés : Gatteville et son étang de Gattemare ; Étoupeville (à Sotteville) et son bois d'Étoublon ; Honnaville et sa rivière de Honfleur ; Crémanville et sa rivière de Crémanfleur ; Muneville-sur-mer et son ruisseau Le Mulambec ; Cideville et Cidetot ; Hattenville et Hattentot ; Appeville et Aptot ; Iville et Vitot ; etc.

M. François de Beaurepaire a émis une hypothèse intéressante sur les liens familiaux entre propriétaires de domaines ruraux en -ville et d'autres éléments. En effet, on peut remarquer que dans quelques cas, des radicaux anthroponymiques germaniques analogues se trouvent dans des noms de domaines contigus, par exemple: Heudebouville, Fontaine-Heudebourg et Heudreville-sur-Eure. On constate que l'élément de base des anthroponymes ci-dessus est le germanique hild. Or, on sait par ailleurs que ces éléments linguistiques se transmettaient par filiation de génération en génération chez les germains. On peut donc supposer qu'il s'agissait de membres d'une même famille. Le même système de dérivation lexicale a peut-être existé chez les anglo-saxons, ce qui pourrait expliquer la proximité d' Allouville-Bellefosse, d'Alvimare et d'Alvimbusc, formés respectivement avec les noms Æthelwold et Æthelwin/ Alwin sur la base du même thème æthel.

Le même auteur[1]remarque que le nom de personne associé à l'appellatif -ville n'est jamais au cas régime, comme on peut le voir ailleurs. Par exemple, le nom d'homme germanique Boso extrèmement fréquent dans cette province, apparait toujours sous la forme « Beuze- » comme dans les nombreux Beuzeville, typiques de l'aire normande, alors qu'ailleurs on trouve Bouzonville, Bouzanville, etc. avec la désinence -on caractéristique du cas régime de ce type de nom de personne[2].

A noter également la rareté des noms en -ville, construit avec un adjectif ou un appellatif. On trouve bien quelques Neuville et Hauteville, formés avec les adjectifs romans « neuf » et « haut »[3], mais c'est à peu près tout.

On peut enfin souligner que la Normandie est avec la Lorraine francophone, la région où se concentre le plus grand nombre de toponymes en -ville (Cf. carte ci-dessus).

[modifier] Description de toponymes proprement normands

Dans les différents pays normands cités ci-dessus, on retrouve d'innombrables noms de communes ou de lieux-dits composés avec des appellatifs norrois ou vieil anglais caractéristiques.

Formes romanes issues du norrois
NB : Sans rapport avec le latin vicus qui a donné -vy ou -vic également et dont il n'existe qu'une seule occurrence en Normandie : Neuvy-au-Houlme. Ainsi, Vicques peut être expliqué par le vieil anglais wic, anglais dialectal wick (village, hameau, ferme ) lui-même d'origine latine, et qui explique le maintien de l'occlusive [k] dans Vicques.
  • noms d'arbres vieil-anglais et norrois en composition dans les toponymes

- aeppel (vieil anglais), « pomme », prob. collectif pour "pommiers" dans Auppegard (Appelgart v. 1160 ) et Épégard (jadis Alpegard), composé avec l'appellatif norrois gard (cf. Applegarth Town, Appelgard v. 1160, GB, Yorkshire) - epli en norrois, danois moderne æble, dans Yébleron (jadis Eblelont)

- boki (norrois) « hêtres » dans Bouquelon (nombreux toponymes) et plusieurs Bouquetot, très nombreux au nord-est de la Normandie ou cet arbre est plus commun qu'à l'ouest. En concurrence avec les types romans : Fy ; Fay ; Foutelaye de foutel « hêtre » en dialecte. Le nom de lieu « Hêtraie » est rare car « hêtre » est d'origine flamande et moderne.

- eiki (norrois) « chênes » dans Yquelon ; Iclon et Yquebeuf

- eski (norrois) « frênes » très fréquent, peut-être à cause de son importance dans la mythologie scandinave dans tous les Ectot (jadis Esketot) ; Hectot parfois (cf. Eastoft GB, jadis Esketoft) et Hecquemare à Illeville-sur-Montfort. Le type roman Frenay (e) est assez rare, relativement aux autres.

- lindi (norrois) « tilleuls » dans Lindebeuf et les Lintot

- pyriġ (vieil-anglais) « poirier » dans les Prétot

- selja (norrois) « saules » dans Seltot (Cf. Selletoft DK), Silleron, Sahurs

- weliġ, wiliġ (vieil-anglais) « saule » dans Villequier

Formes romanes issues d'un pluriel anglo-scandinave
Formes romanes issues du vieil anglais (ou anglo-saxon)
  • bourg (village) de buhr, burg. En Normandie le mot « bourg » n'a pas l'origine germanique continentale ou latine qu'il a ailleurs en France. Il peut remonter soit à l'installation des saxons au Ve et VIe siècle ou à la colonisation anglo-scandinave au Xe siècle. Cabourg (cf. Cadborough, Cadbury GB) ; Jobourg et Jerbourg à Guernesey (composé anglo-scandinave, d'après eorðburg, norrois jorð terre), Caillebourg (nom de personne scandinave Karli), Wambourg, ancien nom de Saint-Aubin-sur-Quillebeuf, etc.
  • broc ou bruque de broc (ruisseau, moderne brook) : Bruquedalle (anciennement Brokedale 1185-89, cf. Brookdale GB) ; ruisseau le Fouillebroc (cf. Fulbrook, GB) (« fouille » de ful sale. cf. Foulbec (Fulbeck, GB), Fultot…)
  • ham (maison, hameau) de hām. Existe ailleurs en France, mais ici d'origine anglo-scandinave. On le trouve dans des régions à forte densité de toponymes anglo-scandinaves. Le Ham, Ouistreham ; Etreham ; Huppain ; Surrain ; Hemevez, puis le Hamel ; Hamel-…, etc.
  • cotte (petite masure) de cot cf. cottage (peut aussi représenter le norrois kot) : Vaucotte (homonyme de la pointe Vaucotte à Omonville-la-Rogue, équivalent des Walcott anglais), Cottévrard, Caudecotte, Caudecôte, côte-côte (correspondant des Caldecott anglais), etc.
  • croc(q) ou crotte (quand ce n'est pas le français crotte = grotte) de croft (pièce de terre) : Bec-de-Croc (anciennement Bethecrot); Vannecrocq (Wanescrotum XIe siècle ; cf. Walshcroft GB), Roucrotte, le Crocq, etc.
  • -(h)us (maison) de hūs, peut représenter le norrois hus de même sens : Etainhus ; Sahurs (Salhus v. 1024 ; Cf. Salhouse, GB jadis Salhus et Salhus en Norvège.)
  • lan(d) (terrain) de land : Heuland; Etelan; Etelan (à Catz); Etolan.
  • e(s)ta(i)n (pierre), du vieil anglais stān, (moderne stone) ou du norrois steinn (scandinave stein) : Fatouville-Grestain (Cf. Garston, GB, jadis Grestan); Etalondes (Stanelonde 1059, Stenelunda 1119); Etainhus (Esteinhues fin XIIe siècle; Etaintot (Saint-Wandrille-Rançon); Etangval (aux Pieux); Mont Etenclin (Estenclif 1262 ); la Roche Gélétan (à Saint-Germain-des-Vaux ); Esteinvei v. 1320 (à Fresville); peut-être aussi dans les Etennemare et Tennemare; etc.
Adjectifs norrois et vieil anglais en composition dans les toponymes

Ils sont plus rares que les appellatifs et les noms de personne.

  • breidr « large, grand » dans Brestot (Breitot v. 1080, homonymie avec Bratoft, jadis Breitoft GB), Brétot, Bréhoulles, Bréhoulle, Brévy , Brévolle, Brébec et Brémare.
  • burning « brun » ou « bringe » en dialecte dans Brennetuit
  • djupr « profond » ou son équivalent vieil anglais deop dans Dieppe, Saint-Vaast-Dieppedalle, Dieppedalle (Canteleu) et Dipdal.
  • engelsk « anglais », adjectif à la fois scandinave et roman, forme normande -esque équivalent de l'ancien féminin français des adjectifs de nationalité en -ois, français -esche, -èche dans les Anglesqueville (jadis Englesqueville) et Englesqueville de Normandie, situés dans la zone de colonisation anglo-scandinave.
  • ful « sale » dans Fultot ; Foulbec et le Fouillebroc.
  • great vieil anglais pour « grand » dans Grétain.
  • hol « creux » dans les nombreux Houlbec et Houlgate (chemin creux), rue Catteholle (anc. à Caen)
  • kaldr « froid » dans Caudebec et Caudecotte
  • langr « long » dans Lanquetot (cf. Langtoft, GB) et Lanquetuit (nom de lieu-dit, conservé comme patronyme, par contre Longtuit contient l'adjectif roman équivalent), le Val Landal (jadis Lenguedale 1245, Cf. Langdal N et DK .)
  • litill « petit » dans Lilletot (Cf. Lilletofte DK) et Lislebec
  • raudh « rouge » dans le Robec, rivière de Rouen
  • stur « grand » dans Etretat et Eturqueraye

D'autres restent encore à déterminer.

Localisation

Ces appellatifs ne se retrouvent quasiment pas au sud de la Normandie, loin des centres côtiers, dans des régions boisées restées peu peuplées au Moyen Âge (sud du pays d'Auge, sud de l'Orne, pays d'Ouche, Bocage…). Bizarrement, le Bessin, qui a une importante façade maritime, présente une faible toponymie scandinave (sauf sur une étroite bande côtière), alors que les noms celtiques et de domaines gallo-romains en -acum (du celtique -(i)ako[6] , terminaison en -y , -ay ) y sont pléthoriques, seule la microtoponymie y a un caractère nettement anglo-scandinave. Il existe quelques exemples dans l'Avranchin, région très riche en toponymes celtiques et gallo-romans (suffixe -acum en -ey).

[modifier] Microtoponymes normands après l'an Mil

L'affermissement du dialecte normand dans l'ancien duché a fait évoluer les toponymes décrits ci-dessus jusqu'à leur forme actuelle. Il est à déplorer qu'une lecture parfois littéraliste de l'orthographe ancienne les déforme phoniquement : l'exemple de Cosqueville ou Isneauville, dont l' < s > ne se prononçait plus, ou encore Sauxemesnil qui se prononce /sosmeni/ ; Menesqueville dont l' < s > purement graphique indiquait la prononciation /ê/.

Les normands de l'époque ducale ont nommé les lieux avec les mots de leurs propres parlers, comme n'importe quel habitant de n'importe quelle région. C'est pourquoi, notamment au nord de la ligne Joret, on rencontre un certain nombre de toponyme du type :

Parmi les microtoponymes normands, on trouve :

  • le Becquet
  • la Brière
  • les Brûlins
  • le Camp
  • la Capelle
  • le Câtelet
  • la Cavée
  • la Croûte
  • la Cotte
  • la Delle
  • le Douet
  • le Ferrage
  • la Foëdre
  • la Haule
  • la Mielle
  • l'Oraille
  • le Quesnay
  • la Ramée
  • la Roque
  • la Roquette
  • le Tot
  • la Vente

[modifier] Toponymie normande et anthroponymie

La fréquence des anthroponymes scandinaves, anglo-scandinaves et anglo-saxons dépasse nettement le cadre des appellatifs de même origine, puisque la plupart des noms de personnes scandinaves, anglo-scandinaves ou anglo-saxons se trouvent associés à des appellatifs romans (type : -ville ; -mesnil- ; -val ; -mont ; etc.)

  • nom de personne scand. surnoms en [i] :

appellatif norrois / appellatif roman.

Api dans Aptuit, Aptot / Appeville

Boli dans Bolbec / Bolleville et Boulleville

Kari dans Cartot, Carbec / Carville

Karli/ Kalli dans plusieurs Caltot (Cf. Kaltoft, Schleswig-Holstein D), Caillebourg / Calleville , Cailleville

Kati dans Catelon, Cattehoule / Catteville

knapi dans plusieurs Canapville et Canappeville (Cf. Knapthorpe, GB.)

koli dans Colletot (Cf. Koltoft, Schleswig-Holstein, D) et Colmare / dans plusieurs Colleville; Colmoulin; Boscol…

Malti dans Motteville (Maltevilla 1059) et Mautheville

Runi dans Runetot [Cf. Rundhof (jadis Runætoft) Schleswig-Holstein, D. ] / Runneval , Reigneville-Bocage (jadis Runeville 1421.)

Saxi dans Sassetot-le-Mauconduit, Sassetot-le-Malgardé (Cf. Sakstoft, DK) , Saussetour (Sauxetorp fin XIIe siècle) et Sauxtour (Sauxetourp 1292) (Cf. Saustrup, Schleswig-Holstein D. jadis Saxtorppe et Saxtorf, jadis Saxtorpe 1538 idem) / Sasseville, Sauxemesnil

Soti uniquement avec appellatif roman 4 Sotteville, Sottevast (Cf. Satrup, D et DK, jadis Sotorp)

Toki dans Tocqueboeuf / Tocqueville (Cf. Tokkerup, DK.)

Pour ne citer que les plus fréquents.

  • Autres anthroponymes :

Asleikr dans Annebecq / tous les Anneville

Blakkr dans Blactot (peut-être contenu dans le lieu Blacktoft GB) / Blacqueville (jadis Blacrevilla XIe siècle) et Chamblac (devrait être écrit « Le Champ-Blaque » avec l'article selon l'usage local.)

Fotr dans les Fauville (jadis Fodvilla, Foville)

Grimr (souvent sous la forme Grinius en latin médiéval) dans les nombreux Grainville, Grimbosq et Mesnil-Grain, Grainval

klak dans Clasville, Mesnil-Claque (cf. Clacton GB et Harald Klak)

Sprot dans Epretot / plusieurs Epreville (cf. Sproatley et Sprotborough, GB)

D'autres noms de personne se trouvent presque exclusivement associés à des appellatifs romans.

  • anciens prénoms ayant donnés des noms de famille normands

Asketill : (noms de famille : Anquetil ; Anctil ; Anquetille ; Anquety ; Amptil ; etc.) dans Ancretteville-sur-Mer ; Anquetierville ; Ancourteville-sur-Héricourt ; Anctoville ; Ancteville… pour un seul Anquetot.

Asfrid (noms de famille Anfry, Lanfry, Anfray…) dans les Amfreville

Asgautr : (nom de famille Angot) dans les Angoville

Asulfr: (noms de famille Auzou, Auzout (Seine-Maritime), Osouf (Cotentin)) dans les Auzouville

Gunnulfr : (noms de famille Gounouf et Gounout) dans les Gonneville, Guenouville et Gonnetot

Ingulfr : (noms de famille Ingouf, Ygouf (Cotentin) et Ygout (Seine-Maritime)) dans Ingouville et Digosville jadis Dingouville pour "d'Ingouville".

Osbern anglo-scand. pour Asbjòrn : (nom de famille Auber sans < t >, avec < t > = forme populaire d'Albert) dans tous les Auberville ; Auberbosc ; Aubermesnil sauf Auberville-sur-Eaulne et Auberville-sur-Yères qui ont pour formes anciennes Albertivilla.

Osmund variation du scandinave Asmundr (noms de famille Osmont ; Omont ; Osmond…) dans tous les Omonville et Osmonville

Thorsteinn très peu répandu en toponymie alors qu'il est le nom de famille normand d'origine scandinave le plus fréquent (Toutain, Tostain, Toustain), sans doute parce qu'il existe un Saint-Toutain dans la Sarthe et qu'il a été donné comme nom de baptême ! dans Toutainville et dans un étrange lieu-dit près de Rouen : la pierre Toutain, Toutain signifiant « la pierre de Thor ».

Torold anglo-scandinave pour Thorvald (noms de famille Throude, Troude, Théroude, Thouroude, Touroude…) dans Turretot / les Trouville, Bourgtheroulde et Thérouldeville

Thorgisl « otage de thor » cf. norvégien Thorgisal (nom de famille Turgis , Tourgis) dans Tourgéville

Ulfr : (Nom de famille Ouf) dans Ouville ; par contre Oudalle contient plutot ulfr au sens littéral de « loup » cf. Croixdalle (jadis Craudalle) formé avec cràwe (corneille, mod. crow)

Il en existe quelques autres encore…

  • les noms de personne typiquement anglo-scandinaves ou anglo-saxons attestés dans la toponymie normande.

- composés avec l'élément stān (pierre)

Leodstan ou Leofstan , forme réduite Lestan dans Lestanville (Seine-Maritime) et Létantot.

ÆÞelstan, forme réduite Alestan dans Lestanville (Calvados) anciennement Alestanvilla 1195. cf. L'Etantot (Seine-Maritime), anciennement Alestantot

Dunstan dans Dénestanville

Winstan anglais mod. Winston dans Vénestanville

- composés avec l'élément man (homme) ou le scandinave maðr de même sens.

*Kirkeman dans Criquemanville

*Sidhiman dans Septimanville. Cf. Sidman (anciennement Syd-man, Manche)

*Helgiman dans Hecmanville

Floteman "viking" dans 2 Flottemanville (jadis Flotemanville, Cf. Flotmanby GB)

Wivar dans Viertot / Virville (Wivarevilla v. 1210) et Vierville (Manche, Calvados, Wiarevilla 1158) (cf. Weaverthorpe, jadis Wiveretorp v. 1110, GB et Wiverton, jadis Wivreton fin XIe siècle), variante du nom de personne norrois Vidhfari.

- noms en -a

Boia dans Bébec (Jadis Buibec) / Buglise ; les Biville ; Biéville...(cf. Boythorpe ; Boycott GB)

Hwita dans Vitot / Iville ; Yville-sur-Seine

Hwatta dans Vattetot-sur-Mer ; Vattetot-sous-Beaumont ; Vattecrist / Vatteville

Smala dans Saint-Sauveur-d'Émalleville et Émalleville

-différents composés

Hardekin dans Harcanville

Kenewald dans Canouville (Jadis Kenualdi villa 1025-26)

*Blacward dans Saint-Mards-de-Blacarville (Blacuardi villa XIe siècle)

Baeling dans Notre-Dame-de-Bliquetuit (jadis Belinguetuith) et peut-être Belintot… (Cf. Badlingham, jadis Belincgesham GB)

  • Noms de baptême associés à des appellatifs scandinaves.

Il en existe quelques-uns, mais ils sont beaucoup plus rares que les formules "nom d'homme norrois + appellatif roman". Peut-être résultent-ils du baptême d'hommes scandinaves ayant pris un autre patronyme comme Hrolfr (Rouf, Rou, Rollon), comte de Rouen, baptisé sous le nom de Robert.

Martin dans Martintot

Herbert dans Saint-André-d'Hébertot et Thuit-Hébert. Cf. nom de famille Hébert resté commun en Normandie.

Robert dans Robertot

Miquel (Michel) dans Miquetot

Certes, cette liste n'est pas exhaustive, mais elle donne un aperçu de l'importance de la colonisation anglo-scandinave en Normandie à partir du Xe siècle. De plus, la répartition de ces toponymes ne donne aucune idée du nombre de colons par rapport à la population autochtone. Toujours est-il que les régions du sud du pays ont toujours été peu peuplées, comparées à celles du nord ou se trouve la majorité de ces toponymes.

À noter l'absence de noms de lieux bretons que certains auteurs ont essayé de mettre en évidence, sauf quelques patronymes à la mode (Harscouët dans Saint-Hilaire-du-Harcouët ou Meurdrac dans Courtonne-la-Meurdrac) et des noms de saints (ex. : Saint-Thurien). Les nombreux Bretteville sont sans rapport avec une colonisation bretonne: ils sont tous localisés dans la seule Normandie et dans la zone des noms de lieux anglo-scandinaves (Il n'y en a aucun dans l'Avranchin, pourtant zone contigüe de la Bretagne ). Ils s'interprètent comme la "ville" de Brita ou Briti, colon originaire de Grande-Bretagne au Xe siècle, mais dont l'origine ethnique pouvait aussi bien être celtique, qu'anglo-saxonne ou scandinave.

[modifier] Notes et références

  1. François de Beaurepaire, in Les noms des communes et anciennes paroisses de la Seine-Maritime, éditions Picard.
  2. Certains auteurs ont d'ailleurs émis l'hypothèse que la fréquence de ce nom de personne a pu être renforcée par l'existence de son équivalent norrois Bosi. Le nom de famille Beux est fréquemment attesté dans le pays de Caux, par contre, jusqu'à époque récente les patronymes Boson, Bozon et Beuzon n'existaient pas en Normandie, à quelque exception près (ex: Nicole Bozon, écrivain anglo-normand, dont l'origine géographique n'est pas assurée).
  3. Il n'y a aucun exemple de nom en -ville associé à un adjectif norrois ou vieil anglais.
  4. L'élément -tonne fréquent dans le Roumois (Brotonne, Hautonne, Martonne ) est probablement d'origine norroise: tuna dans Sigtuna, Fjelltuna, Haugtuna, etc..
  5. Dans Escalleclif, il s'agit plutôt du nom d'homme scandinave Skalli, puisque l'on trouve le manoir d'Escolleville à côté. Cf. François de Beaurepaire, ouvrage cité.
  6. Pierre-Yves Lambert, La Langue gauloise, Ed. errance.

[modifier] Sources

  • François de Beaurepaire, Les Noms des communes et anciennes paroisses de la Seine-Maritime, Éditions Picard, 1979, ouvrage publié avec le concours du CNRS, (ISBN 2-7084-0040-1)
  • François de Beaurepaire, Les Noms des communes et anciennes paroisses de l'Eure, Éditions Picard, 1981, (ISBN 2-7084-0067-3)
  • François de Beaurepaire, Les Noms des communes et anciennes paroisses de la Manche, Éditions Picard, 1985, (ISBN 2-7084-0299-4)
  • Albert Dauzat et Ch. Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieu en France, Librairie Guénégaud, Paris, 1989, (ISBN 2-85023-076-6)
  • René Lepelley, Dictionnaire étymologique des noms de communes de Normandie, Presses Universitaires de Caen, 1996, (ISBN 2-905461-80-2)
  • L'Héritage maritime des Vikings en Europe de l'ouest, Colloque international de la Hague, sous la direction d'Elisabeth Ridel, Presses Universitaires de Caen, 2002, (ISBN 2-84133-142-3)
  • Jean Renaud, Les Vikings et la Normandie, éditions Ouest-France université, 1989, (ISBN 2-7373-0258-7)
  • Louis Guinet, Les Emprunts gallo-romans au germanique : du Ier à la fin du Ve siècle, éditions Klincksieck, 1982
  • T. F. Hoad, English Etymology, Oxford University Press, 1993, (ISBN 0-19-283098-8)
  • A. H. Smith, English Place-names Elements, 2 volumes, Cambridge, 1972
  • W. Laur, Historisches Ortsnamenlexikon von Schleswig-Holstein, Karl Wachholtz Verlag, 1992, (ISBN 3-529-02726-X)
  • Georges Bernage, Vikings en Normandie, Éditions Copernic, 1979, (ISBN 2-85984-046-X)

[modifier] Lien externe

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