Baïonnette (arme)

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Une baïonnette est une arme blanche conçue pour s'adapter au canon d'un fusil ou d'une arme similaire et destinée au combat rapproché.

Baïonnette prussienne de la fin du XIXe siècle

Histoire[modifier | modifier le code]

Baïonnette à douille, XIXe siècle
Vue éclatée d'une baïonnette M6, utilisable sur le fusil M14 et le M1A, sa version civile. Le logement de fixation est visible sur la garde.

Son origine remonterait à un événement fortuit. Au cours des conflits sporadiques qui agitèrent les campagnes françaises du milieu du XVIIe siècle, les paysans de Bayonne se trouvèrent à court de poudre et de projectiles. Ils fichèrent leurs longs couteaux de chasse dans les canons de leurs mousquets, confectionnant des lances improvisées. Cependant l'usage de ce type d'armes est déjà mentionné au début du XVIIe siècle chez des mousquetaires à pied qui introduisent le manche de leur « soie de cochon » (fine lame d'épée) dans l'embouchure de leurs mousquets. Le Régiment Royal-Artillerie fut le premier à en être doté en 1671[1].

Ainsi la nécessité donna naissance à l'arme auxiliaire qui allait influencer les techniques de l'infanterie européenne, équipant sous l'Empire toute la cavalerie armée et étant utilisée jusqu'au début du XXe siècle[2].

Les avantages d'une arme cumulant deux fonctions apparurent rapidement. Les premiers mousquets souffraient d'une faible cadence de tir (un tir par minute avec une poire à poudre et des balles) et d'un manque de fiabilité. Les baïonnettes devinrent un complément utile au système d'arme quand la charge de l'ennemi dans la zone de tir utile du mousquet (100 mètres dans le meilleur des cas) ne l'exposait qu'à une seule décharge avant qu'il n'atteigne les défenseurs. Une baïonnette de 30 centimètres de long (certaines tailles réglementaires atteignirent 43 cm lors de la période napoléonienne), sur un mousquet de près de deux mètres assurait une allonge comparable à la lance d'infanterie, et plus tard même de la hallebarde, utilisée auparavant.

Les premières baïonnettes étaient de type « bouchon ». Elles possédaient une poignée cylindrique qui s'ajustait directement à l'intérieur du canon du mousquet empêchant l'arme de tirer.

Plus tard, les baïonnettes à tenon effacent la lame de l'embouchure. La baïonnette se fixe sur l'extérieur du canon par un logement en forme d'anneau. Sur des modèles ultérieurs, elle sera fixée par un cran à ressort sur la bouche du canon du mousquet.

De nombreuses baïonnettes étaient triangulaires et offraient une meilleure stabilité latérale de la lame sans accroissement significatif du poids. Ce modèle ne comportait pas de poignée permettant de l'utiliser indépendamment du fusil.

Les tactiques militaires des XVIIIe et XIXe siècles intégraient diverses charges et défenses groupées utilisant la baïonnette. L'armée britannique était renommée pour son usage de la baïonnette, bien qu'au début du XIXe siècle où les techniques de guerre napoléoniennes se développent, la supériorité d'un tir de salve rapide et régulier permît aux Britanniques d'éclipser leurs adversaires dans les lignes.

Maniement[modifier | modifier le code]

Charge à la baïonnette pendant la Guerre de Sécession.
Soldat japonais s'exerçant à la baïonnette sur le cadavre d'un soldat chinois.

Des rumeurs circulent parmi les vétérans d'avant la Première Guerre mondiale, sur des techniques de combat à la baïonnette très élitistes, aussi complexes et exigeantes que l'escrime. On suppose qu'au-delà des blocages et frappes modernes simplifiées, il existait des coupes, des parades et des désarmements, pendant lesquels un blocage fluide devenait propice à attaquer ou désarmer. Ces techniques auraient aussi enseigné la frappe d'estoc et de taille ainsi que les vulnérabilités particulières que constituent les chevilles, les poignets, le cou, les artères brachiales et fémorales. On prétend aussi que les mouvements se pratiquaient dans toutes les orientations et positions des deux combattants grâce à des méthodes d'entraînement proches d'un haut niveau d'escrime. L'émergence de ces techniques fut rendue possible par les longues périodes d'entraînement continu que connurent les armées professionnelles avant cette période. De vieux manuels d'entraînement français des années 1850 en témoignent encore. Des copies reproduites sur internet semblent soutenir ces affirmations.

Au Japon, l'art du combat à la baïonnette est appelé juken jutsu.

En dehors des techniques de combat expliquées précédemment, la baïonnette se manie généralement en la pointant vers l'adversaire dans le but de l'embrocher. Une fois l'arme enfoncée, un mouvement de rotation est la plupart du temps nécessaire pour dégager la lame.

Types[modifier | modifier le code]

« Une photographie remarquable d'une réelle charge à la baïonnette des soldats français typique du courage et de l'esprit qu'ils affichent dans l'action. ». Épée-baïonnette modèle 1874 durant la Première Guerre mondiale.

La convention de Genève interdit l'usage des baïonnettes triangulaires, cruciformes ou dentelées. En effet, les blessures qu'elles entraînent cicatrisent difficilement et ces armes furent considérées comme inhumaines. Pourtant, il n'est pas rare de trouver de tels modèles aujourd'hui.

Cavalerie tibetaine dans les années 1930. Les mousquets sont équipés de baïonnettes fourchues.
Baïonnette pliante de la carabine SKS (comportant une gouttière).

La plupart des baïonnettes modernes ont une gouttière (visible sur la partie supérieure de la lame). C'est une dépression concave conçue pour réduire le poids. Elle permet aussi à l'air de rentrer dans la blessure, empêchant la création d'un vide, ce qui rend la baïonnette plus facile à retirer après pénétration et moins sujette à rester coincée. En aucun cas cette gouttière n'a vocation à canaliser le sang qui s'égoutte de la lame.

La baïonnette est encore utile à la guerre moderne. Bien que la plupart des combats aient lieu à distance, les opérations de « nettoyage » imposent d'approcher l'ennemi. La baïonnette est utile comme couteau et soutient le moral des troupes au combat. La plupart des armées équipent et entraînent leurs troupes à son maniement. La baïonnette moderne sawback U.S. M9, officiellement déployée en 1984, est fournie avec un fourreau spécial qui fait fonction de pince coupante, imitant en cela ce qui avait déjà été fait précédemment par les Russes avec le modèle équipant les AK-47 qui permet de sectionner du fil barbelé. Certaines éditions de la M9 ont une gouttière, d'autres non, selon le sous-traitant qui a fabriqué le lot et le cahier des charges du moment. La baïonnette M9 remplace la M7 des années 1960, bien que dans la pratique de l'US Marine Corp, le couteau de combat Ka-bar de la Seconde Guerre mondiale est toujours fourni. Depuis l'été 2004, l'US Marine Corp fournit une petite quantité de baïonnettes de conception différente du M9. Il s'agit d'une lame de 20 cm (8 pouces) sans gouttière adoptant la forme du couteau Bowie.

Les baïonnettes modernes ont souvent la forme d'un couteau avec une poignée et un tenon, ou sont fixées de façon permanente au fusil, comme dans le cas du SKS. Selon le lieu et la date de fabrication d'un SKS donné, il peut disposer d'une baïonnette fixe avec une lame de type couteau (Russie, Roumanie, Yougoslavie, Chine ancienne), cruciforme (Chine moderne) et triangulaire (Albanie)- ces deux derniers types interdits par la convention de Genève - ou d'aucune baïonnette.

Références historiques[modifier | modifier le code]

Au milieu du XVIIe siècle (1655), Pierre Borel indique « À présent on y fait (à Bayonne) de meilleures dagues qu’on appelle des bayonnettes ou des bayonnes tout simplement »[3].

De même, Antoine Furetière mentionne dans son dictionnaire, commencé dès 1650, « Bayonnette : dague, couteau pointu qui n’a que deux petites boutons pour garde et qui est venu originairement de Bayonne »[3].

Enfin Voltaire, dans La Henriade[4], écrit :

Au mousquet réuni, le sanglant coutelas
Déjà de tous côtés porte un double trépas.
Cette arme que jadis, pour dépeupler la terre,
Dans Bayonne inventa le démon de la guerre
Rassemble en même temps, digne fruit de l’enfer,
Ce qu’ont de plus terrible et la flamme et le fer.

Argot[modifier | modifier le code]

Entraînement à la baïonnette au sein de l'armée américaine moderne.
  • En France, de nombreux termes ont été utilisés en argot militaire pour la baïonnette : fourchette (aller à la fourchette : charger à la baïonnette), fourchette à une dent, Rosalie (« la Rosalie de Mlle Lebel »), Joséphine, Isabelle, cure-dents, cure-ongles, curette, aiguille à tricoter, aiguille à tricoter les côtes, clou, épingle à chapeau, tâchette, tourne-broche, tue-boches, tire-boches, bouillon-pointu, fourchettouse, taille-crayon, machine à boutonnière, etc. Le soldat qui « embroche » (ou qui « cloue ») l’ennemi avec sa « Rosalie » lui fait une « boutonnière »[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. François Noel, L. J. M. Carpentier, Puissant (M.), Nouveau dictionnaire des origines, inventions et découvertes dans les arts, les sciences, la géographie, l'agriculture, le commerce, etc., Janet et Cotelle,‎ 1833 (lire en ligne), p. 143
  2. (en) Howard Blackmore, Hunting Weapons : From the Middle Ages to the Twentieth Century, Courier Dover Publications,‎ 2000, p. 50
  3. a et b Olivier Ribeton, Un musée Gramont à Bayonne, Bayonne, coll. « Publication de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Bayonne »,‎ 1986
  4. La Henriade, chant VIII, vers 152 et suivants
  5. Delvau, Alfred « Dictionnaire de la langue verte ». C. Marpon et E. Flammarion, Paris, 1883, xxxiii + 562 pp. Sainéan, Lazare L'argot des tranchées d'après les lettres des poilus et les journaux du front E. de Boccard, ed., Paris, 1915, 165 pp.

Voir aussi[modifier | modifier le code]