Émile Coornaert

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Émile Coornaert (1886-1980) est un historien, syndicaliste et résistant français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Léon, Joseph, Émile Coornaert naît le 31 août 1886 à Hondschoote (Nord). Il est le treizième et dernier enfant d'une famille d'ouvriers agricoles. Après la mort de son père, il entre en 1898 au Petit Séminaire Saint-François d'Assise[1] d'Hazebrouck qu'il quitte en 1903. Profondément influencé par l'éducation reçue, Il y reviendra très régulièrement tout au long de sa vie. Après son baccalauréat, il se partage entre les études et le travail. Il est membre du mouvement Le Sillon de Marc Sangnier[2]

Licencié en lettres en 1906, journaliste, il poursuit des études d'histoire à l'Institut catholique de Lille puis à la Sorbonne où il obtient un diplôme d'études supérieures en histoire médiévale. Dispensé de service militaire, il s'engage en 1915[3]. Il combat d’abord au sein du 1er RI puis rejoint le 8e Régiment de génie jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. Il est sergent-fourrier travaillant à la section d'écoute en mettant à contribution sa connaissance de l'allemand[4].

Il épouse Alice Robert en 1921 et séjourne ensuite très régulièrement jusqu'à la fin de sa vie dans la maison familiale d’Allarmont (Vosges). Ils auront trois enfants.

Historien du travail[modifier | modifier le code]

Démobilisé en 1919, Émile Coornaert passe l'agrégation d'histoire en 1920 et enseigne à Alençon, Nancy et au Lycée Condorcet à Paris[3]. Docteur ès lettres en 1930, il est nommé directeur d'études d'histoire économique à École pratique des hautes études où il est préféré à Marc Bloch. Il collabore aux Annales depuis 1932[5].

Émile Coornaert est nommé à la chaire d’histoire de l’Université de São Paulo au Brésil (19341935), où il crée un département francophone[6].

En 1936, Émile Coornaert devient titulaire de la chaire d'histoire du travail au Collège de France où il remplace François Simiand. Il obtient le poste de préférence à Maxime Leroy et Maurice Halbwachs. Ce dernier estime que « Coornaert est un médiocre (…) Il a fait quelques recherches érudites sur les corporations au XVe siècle (…) Il a un fort accent belge, rien de caractéristique par ailleurs. Démocrate-chrétien, et actuellement très résistant, – mais bon catholique, et tenant à ce qu'on subventionne les écoles libres[5]. »

Émile Coornaert publie deux thèses sur La draperie-sayetterie d'Hondschoote (XIIIe- XVIIIe siècle) et L'industrie de la laine à Bergues-Saint-Winnoc (XIVeXVIIe siècle). Il écrit ensuite un ouvrage sur Les corporations en France avant 1789 (1941).

Dans la Résistance[modifier | modifier le code]

Émile Coornaert rejoint en 1941 le réseau de Résistance monté par Henri de Montfort, directeur des services de l’Institut de France[7].

Le réseau, composé notamment du diplomate Paul Petit, de l'écrivain Marietta Martin et de Suzanne Feingold publie La France continue à partir de 1941. Le journal est réalisé par l’imprimerie parisienne de Francisque Gay, située rue Cardinal[8]. Le ton de ce journal est considéré comme "très littéraire et parfois rude. Il porte alors sans ménagement des coups virulents à Pétain"[9].

La France continue est, avec L'Université libre et Témoignage chrétien un des rares journaux résistants à dénoncer la situation faite aux juifs[10]

Les membres du réseau sont d’inspiration chrétienne[11]. Après l'arrestation début 1942 d'une grande partie du réseau, plusieurs personnes en liberté se joindront au Mouvement Résistance de l’écrivain Jacques Destrées[12]. Émile Coornaert coopère avec divers réseaux et fait un travail d'information[4].

Après-guerre, La France Continue devient Ici Paris, le 13 juin 1945[13].

Militant syndical[modifier | modifier le code]

Émile Coornaert avait collaboré avant-guerre aux Écoles normales ouvrières de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC)[4].

Après-guerre, Émile Coornaert reste proche des milieux démocrates-chrétiens[14]. Il contribue à relancer le Syndicat général de l'Éducation nationale (SGEN), affilié à la CFTC avec Marcel Reinhard, professeur au Lycée Louis-le-Grand. Lors de la réunion du 26 octobre 1944, Émile Coornaert est élu président.

Il s’efforce de faire de son syndicat un « instrument de transformation sociale » qui continue l’œuvre de la Résistance dans « une révolution sans haine et sans violence, inspirée par une conception spiritualiste du monde[15]. » Il représente le syndicat au sein de la commission qui prépare la mise en œuvre du Plan Langevin-Wallon de réforme de l’enseignement[4].

Après le rejet d’une motion de politique scolaire qu’il avait présentée, Émile Coornaert démissionne de son poste de président du SGEN mais continue à intervenir dans la vie du syndicat. Le poste qu’il avait occupé ne sera plus pourvu[16].

Membre de l'Institut[modifier | modifier le code]

Ayant poursuivi son activité d’historien, Émile Coornaert publie des ouvrages sur Les Français et le commerce international d'Anvers, fin XVe - début XVIe siècle (1961) et Les compagnonnages en France du Moyen Âge à nos jours (1966). Son dernier ouvrage, en 1977, porte sur le métier d’historien (Destins de Clio en France depuis 1800).

En 1958, il devient membre de l'Institut (Académie des inscriptions et belles-lettres). Il est nommé au sein de la Commission d'histoire de la Révolution française du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS, 1969-1980).

Ce faisant, selon Henri Dubief, l’historien du Westhoeck (Flandre française), Émile Coornaert a été membre du Comité flamand de France[2]

Émile Coornaert meurt le 25 février 1980 à Paris. Il est enterré à Allarmont. Son épouse Alice est décédée en 1991 à 94 ans.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Émile Coornaert est titulaire de la Croix de guerre 1914-1918, de la médaille de la Résistance, est Officier de la Légion d'honneur et commandeur de l’Ordre Polonia Restituta.

Il est membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres (1958-1980).

Les écoles publiques maternelle et primaire de la commune d’Hondschoote (Nord) portent le nom d’Émile Coornaert.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Corporations en France, éditions ouvrières, Ivry-sur-Seine, 1989
  • Destins de Clio en France depuis 1800, éditions ouvrières, Ivry-sur-Seine, 1977
  • La Flandre française de langue flamande, éditions ouvrières, Ivry-sur-Seine, 1969
  • Les Français et le commerce international à Anvers. Fin du XV - XVIe siècle, Marcel Rivière et Cie, 1961
  • L'industrie de la laine à Bergues-Saint-Winoc, PUF, Paris, 1930
  • Un centre industriel d'autrefois : la draperie-sayetterie d'Hondschoote (XIV - XVIIIe siècle), 1930, recension
  • avec Jean Sauzeau, Les hommes au travail - de la pierre taillée au triomphe des machines, éditions Bourrelier, Paris, 1949
  • avec Jean Sauzeau, Travail et civilisation à travers les âges, éditions Bourrelier, Paris, 1938

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bulletin des Anciens de l'Institution St François d'Assise, Juillet 1966
  2. a et b Henri Dubief : nécrologie d’Émile Coornaert (1886-1980), in Revue d'histoire moderne et contemporaine (1954-) T. 27e, No. 4 (Oct. - Dec., 1980), p. 686-688, Societe d'Histoire Moderne et Contemporaine
  3. a et b Site de la mairie d'Allarmont
  4. a, b, c et d Madeleine Singer : Coornaert Émile, in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (Jean Maîtron, dir.), cinquième série (1945-1968), Tome 3, 2007.
  5. a et b Maurice Halbwachs : Ma campagne au Collège de France, in Revue d’histoire des sciences humaines, 1999/1 - no 1
  6. Jean-Paul Lefebvre : Les professeurs français des missions universitaires au Brésil (1934-1944), in Cahiers du Brésil Contemporain, 1990, no 12
  7. François Bédarida, Gabrielle Muc, Michel Trebitsch, Henry Rousso : Histoire, critique et responsabilité, Editions Complexe, Paris, 2003
  8. Jacques Duquesne : Les catholiques français sous l'occupation, B. Grasset, Paris, 1966
  9. http://www.cavi.univ-paris3.fr/phalese/desslate/dico0768.htm
  10. Renée Poznanski : Propagandes et persécutions. La résistance et le "problème juif", 1940-1944, Fayard, Paris, 2008
  11. François Marcot, Janine Ponty, Marcel Vigreux, Serge Wolikov, Université de Franche-Comté, Université de Bourgogne, Musée de la Résistance et de la déportation de Franche-Comté : La Résistance et les Français: lutte armée et maquis : colloque international de Besançon 15-17 juin, Les Belles Lettres, 1996
  12. Marie Ducoudray : Ceux de "Manipule": un réseau de renseignements dans la Résistance en France, Tirésias, 2001
  13. Claude Bellanger : Histoire générale de la presse française, Presses universitaires de France, Paris, 1969
  14. Marc Le Dorh : Les démocrates chrétiens français face à l'Europe: mythes et réalités, L'Harmattan, Paris, 2005
  15. École et éducation, no 1, décembre 1944
  16. Madeleine Singer, Histoire du S.G.E.N., 1937-1970: le Syndicat général de l'Éducation nationale, Presses universitaires du Septentrion, Lille, 1987