Agronomie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
La catégorie agronomie contient d'autres articles sur le sujet de l'agronomie.

L'agronomie est l'ensemble des sciences exactes, naturelles, économiques et sociales, et des techniques auxquelles il est fait appel dans la pratique et la compréhension de l'agriculture. Les sciences vétérinaires sont parfois exclues de cette définition. Le terme vient des mots grecs agro, campagne ou champs et nomos, loi ou règle. Dès son apparition en français à la fin du XVIIIe siècle, le mot agronomie désigne aussi bien l'étude des lois qui régissent les phénomènes naturels (comme dans astronomie), que la définition de règles que les agriculteurs peuvent appliquer pour améliorer leurs productions.

Agronome au travail
Un des défis de l'agronomie est de mieux comprendre les variations inter( et intra-parcellaires (ici mises en évicence par l'image satellitale fausses-couleurs pour mieux adapter la gestion du sol et des plantes aux conditions pédogéologiques et contextuelles locales, ainsi qu'à leurs évolutions temporelles (photo : NASA Earth Observatory)[1]

Agriculture et agronomie[modifier | modifier le code]

Les termes d'agriculture et d'agronomie sont souvent utilisés indifféremment, alors qu'il s'agit de deux concepts différents.
D'une façon générale, l'agronomie est la science visant à comprendre les mécanismes en jeu en agriculture et à les améliorer. Ceci explique que l'on parle parfois de sciences agronomiques. L'agriculture quant à elle est la pratique de l'activité agricole. Idéalement l'agriculture se nourrit des réflexions agronomiques. Dans son acception restreinte, l'agronomie embrasse la connaissance des techniques agricoles en interaction avec le milieu (date de semis, valeur des assolements, choix des semences, calcul de la minéralisation de la matière organique, techniques d'élevage…). Dans une acception plus large, l'agronomie comprend également la connaissance de l'organisation socio-économique de l'agriculture (forme sociale, financement, fonctionnement des marchés, structures familiales).

Histoire de l'agronomie[modifier | modifier le code]

Si dès la plus haute Antiquité les évocations des travaux ruraux sont présents dans l'iconographie (bas-reliefs égyptiens par exemple) et font l'objet de l'attention des élites dans certaines civilisations (rôle des paradeisias, palais et fermes impériales, dans l'Empire perse achéménide) il faut attendre l'agronome punique carthaginois (ancienne Tunisie) Magon (antérieur au iie siècle av. J-C mais sans qu'il soit aisé de le dater) pour que soit fait référence à un traité d'agronomie structuré. Sa valeur fut si bien reconnue que le Sénat romain en ordonna la traduction. D'une manière générale l'aristocratie romaine marqua un certain intérêt pour l'agronomie ce qui se traduisit par une succession d'auteurs : Caton l'Ancien, Varron, Columelle et Palladius. Au Moyen Âge, le progrès agronomique diffuse essentiellement au travers des abbayes notamment bénédictines. Dès la Renaissance, le regain général de l'écriture et de la lecture affectera également l'agronomie. Si dans un premier temps on se contenta essentiellement de publier en latin puis dans les langues vernaculaires les traités antiques, dans un deuxième temps furent produits des traités originaux (Bernard Palissy). Le plus connu en France est celui du gentilhomme Olivier de Serres auteur du Théâtre d'agriculture; néanmoins la diffusion de l'agronomie reste confidentielle. Ensuite dans la seconde moitié du xviiie siècle la diffusion et l'étude de l'agronomie se renouvelèrent par l'intermédiaire des sociétés royales d'agriculture et de savants tels que Duhamel du Monceau auteur des Éléments d'agriculture en 1762.

Agronomie : une science locale[modifier | modifier le code]

L'agriculture étant une mise en valeur d'un territoire donné ayant ses caractéristiques propres, l'agronomie replace des connaissances génériques dans un contexte local. Il s'agit en effet de comprendre un milieu pour en tirer le meilleur parti agricole. Dans sa partie concernant les pratiques agricoles proprement dites, l'agronomie est étroitement liée à la pédologie dans la mesure où elle est étroitement liée aux sols et aux climats, qui ne sont jamais les mêmes d'une région à l'autre. C'est la raison pour laquelle en France, par exemple, certaines spécialisations se font en agronomie tropicale, dont les spécificités ne sont pas comparables à l'agriculture de la métropole. On parle souvent de terroirs, lesquels doivent être traités différemment les uns des autres.

Évolution de l'agronomie[modifier | modifier le code]

L'agronomie a connu une rupture fondamentale au cours du XXe siècle. À l'origine elle visait essentiellement à optimiser les ressources et potentialités locales (sols, eau, espèces cultivées) en agençant mieux les productions dans le temps et dans l'espace et en améliorant les pratiques de travail du sol. À partir du début du XXe siècle l'essor de la chimie accéléré par les deux guerres mondiales conduit au développement des engrais et pesticides de synthèse, notamment grâce aux travaux du chimiste allemand Fritz Haber. Ceci conduisit à une industrialisation de l'agriculture (années 1960 à 1990), également connue sous le terme de révolution verte, étroitement liée aux progrès parallèles réalisés en matière de productions végétales et animales (sélection et amélioration), ainsi qu'en matière d'intrants (engrais et produits phytosanitaires). L'agronomie est alors devenue une science d'optimisation des intrants industriels : calcul et application optimale des doses d'engrais, choix des pesticides.

Toutefois, les dégradations environnementales, liées à l'agriculture industrielle, au développement industriel et au fort accroissement de la population mondiale, ont soulevé de nombreuses questions et entraîné le développement, voire l'apparition de nouvelles préoccupations pour la science agronomique (dépollution, traitement des déchets, aménagement rural, lutte biologique).

L'essor du concept de développement durable à partir de la conférence de Rio de 1992 marque un nouveau virage avec l'apparition de préoccupations concernant la dégradation des ressources naturelles (baisse de fertilité des sols, pollution des eaux, érosion, perte de biodiversité domestique…) occasionnée par l'industrialisation de l'agriculture. Dans cette perspective qui vise à terme une réduction drastique des impacts liés aux intrants, l'agronomie se fixe comme objectif de soutenir le développement d'une agriculture maintenant voire augmentant les rendements des cultures et des productions animales tout en respectant les équilibres naturels. L'agriculture est conçue comme un écosystème anthropisé - agrosystème - dont l'homme fait partie et qu'il doit maintenir en équilibre.

Dans ce contexte, l'essor des nouvelles technologies, biotechnologie et informatique, a ouvert de nouveaux champs d'études. Mais il existe un désaccord entre les agronomes sur la place à accorder à ces nouvelles technologies dans la résolution des problèmes actuels. Certains n'y voient que des moyens secondaires, susceptibles mêmes d'aggraver les effets pervers de l'agriculture industrielle quand d'autres en font le pilier d'une nouvelle révolution verte. La relation entre agronomie et nouvelles techniques reste donc une question ouverte.

Le couplage de l'agronomie et de l'informatique a permis avec l'essor de la biométrie d'apporter de puissants moyens de calcul statistiques désormais couramment utilisés lors des expérimentations.

Recherche agronomique[modifier | modifier le code]

En France, la recherche agronomique en milieu tempéré est réalisée principalement à l'INRA (Institut national de recherche agronomique) mais également à l'IRSTEA (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture), anciennement CEMAGREF (Centre national du machinisme agricole, du génie rural, des eaux et des forêts). En ce qui concerne la recherche agronomique tropicale française, elle est effectuée au CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) et à l'IRD (Institut de recherche pour le développement). Un E-dossier Agropolis International présente ces compétences de recherche à Montpellier [1].

Crises agricoles[modifier | modifier le code]

Les sciences agronomiques cherchent actuellement à nourrir l'homme, avec une plus grande sécurité, une bonne gestion des ressources naturelles et un respect pour l'environnement. Les fonctions économiques, environnementales et sociales de l'agriculture sont aujourd'hui au cœur d'un vaste débat de société. De récentes crises (vache folle, organismes génétiquement modifiés, en Allemagne bactéries mortelles sur les graines germées bio (2011)), ont bien montré la complexité et l'importance de ce débat, en mettant notamment en évidence le lien entre recherche agronomique et intérêts économiques : association extrêmement efficace pour accélérer l'innovation mais posant problème dès lors qu'il convient de l'évaluer objectivement. En effet, les spécialistes, impliqués dans des programmes industriels peuvent se retrouver juges et parties. C'est le problème plus général du conflit d'intérêt étendu aux chercheurs.

Compte tenu des importantes difficultés économiques du monde agricole et paysans au cours des années 1980-90 marquée par une chute constante du prix des matières agricoles, certains agronomes estiment indispensable de mettre à jour les mécanismes explicatifs de l'évolution de l'agriculture en les reliant à l'évolution de la demande sociale. L'approche agronomique purement locale est enrichie et complétée par une approche qui vise à replacer l'agriculture et les systèmes de production mis en place dans le contexte mondial. À l'heure de la mondialisation des échanges, il paraît impossible d'interpréter correctement les stratégies agricoles sans connaître les politiques agricoles et les accords internationaux notamment dans le cadre de Organisation mondiale du commerce qui conditionne le prix des matières premières et donc la rentabilité des productions.

Formation à l'agronomie[modifier | modifier le code]

En France, l'agronomie est enseignée dans différentes écoles, en premier lieu les grandes écoles agronomiques qui forment des ingénieurs agronomes : AgroParisTech (ancien Institut National Agronomique de Paris-Grignon) et les ENSA (Écoles nationales supérieures agronomiques), mais elle est aussi enseignée dans d'autres établissements d'enseignement supérieur tels Agrosup Dijon, les ENITA (Écoles nationales d'ingénieurs des travaux agricoles), l'ESITPA (École d'ingénieurs des Chambres d'Agriculture), les écoles de la FESIA (Fédération des écoles supérieures d'ingénieurs en agriculture), l'ISTOM (École supérieure d'agro-développement international), les Institut universitaire de technologie Génie biologique et les lycées agricoles (depuis les BEPA-CAPA jusqu'au BTSA (Brevet de Technicien Supérieur Agricole)). Depuis quelques années, des Licences Professionnelles, menées en partenariat avec des établissements du supérieur, sont apparues.

En Suisse, l'hepia, haute école du Paysage, d’Ingénierie et d'Architecture de Genève filière AGRONOMIE hepia.hesge.chprépare au diplôme d'ingénieur agronome grade Bachelor en 3 ans. Cette formation francophone de niveau universitaire à plein temps enseigne les productions biologiques. Les autres particularités de cette formation résident d'une part dans son enseignement qui a une forte dimension appliquée, d'autre part dans sa focalisation sur les cultures spéciales : horticulture, aspects vivriers, ornementaux et médicinaux, solutions horticoles pour l'environnement construit. Une formation universitaire, comprenant Bachelor et Master, est aussi proposée, en langue allemande, à l'École polytechnique fédérale de Zurich. Dès le Bachelor, les étudiants se voient offrir un vaste choix de cours et de modules et peuvent se spécialiser ensuite au Master dans l'une des trois directions suivantes : production animale, production végétale ou économie agraire agrl.ethz.ch.

Au Québec, le baccalauréat en agronomie est offert à l'Université McGill à Montréal, en anglais, et à l'Université Laval à Québec, en français. Les deux baccalauréats sont reconnus par l'Ordre des Agronomes du Québec.

En Belgique francophone, les ingénieurs agronomes, ou bioingénieurs, peuvent suivre leur formation dans trois universités, l'Université Catholique de Louvain (UCL) à Louvain-la-Neuve, l'Université libre de Bruxelles (ULB) et l'Université de Liège (ULg) sur son site de Gembloux - Agro-Bio Tech (anciennement la Faculté universitaire des sciences agronomiques de Gembloux). Ces formations comptent 3 ans de baccalauréat et 2 ans de maîtrise. Plusieurs écoles supérieures (notamment à ATH, Ciney, Liège, Huy…) donnent aussi accès à des diplômes d'agronomie en 3 ans Baccalauréat en agronomie ou 5 ans, dont le diplôme porte le titre d'ingénieur industriel en agronomie.Cette dernière formation (ISIa à Huy, Ath et Gembloux) compte également 3 ans de Baccalauréat et 2 ans de Maîtrise.

Au Maroc, la formation en agronomie et génie agricole est offerte par deux institutions: l'Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II à Rabat et l'École Nationale d'Agriculture de Meknès. Différentes spécialités sont offertes : génie agricole, agronomie, sciences de l'agroalimentaire, médecine vétérinaire et topographie. Les études sont généralement de 5 à 6 ans et le baccalauréat est obligatoire pour accéder à ces institutions.

Au Sénégal la formation d'agronomie est assurée par l'ENSA de Thiès (École Nationale Supérieure d'Agriculture).

En Côte d'Ivoire la formation des ingénieurs agronomes est assurée par l'ESA (École Supérieure d'Agronomie).

Au Cameroun, la formation a lieu à la Faculté d'Agronomie et des Sciences Agricoles (FASA)

Les entreprises[modifier | modifier le code]


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Precision Farming : Image of the Day », earthobservatory.nasa.gov (consulté le 2009-10-12)

Sources[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :