Bataille de la Hougue

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Bataille de la Hougue
Bataille de Barfleur-La Houge. Au centre, le Soleil Royal français entre un vaisseau hollandais et un vaisseau anglais. Tableau de 1693.
Bataille de Barfleur-La Houge. Au centre, le Soleil Royal français entre un vaisseau hollandais et un vaisseau anglais. Tableau de 1693.
Informations générales
Date 29 mai 1692
Lieu Au large du Cotentin
Issue Victoire anglo-néerlandaise
Belligérants
Drapeau du Royaume de France Royaume de France Drapeau de l'Angleterre Royaume d’Angleterre
Provinces-Unies Provinces-Unies
Commandants
Comte de Tourvilel Edward Russell
Forces en présence
45 navires de ligne
13 autres navires
3 240 canons
21 000 hommes[1]
88 navires de ligne
37 autres navires
6 750 canons
39 000 hommes[1]
Pertes
15 navires de ligne[1] 2 navires[2]
Notes
  1. a, b et c Corvisier 1997, p. 524
  2. Petitfils 1995, p. 505
Guerre de la Ligue d'Augsbourg
Batailles
Philippsburg · Sac du Palatinat · Baie de Bantry · Mayence · Walcourt · Fleurus · Cap Béveziers · Boyne · Staffarda · Coni · Mons · Leuze · Aughrim · La Hougue · Namur (1692) · Steinkerque · Lagos · Neerwinden · La Marsaille · Charleroi · Saint-Malo · Rivière Ter · Texel · Camaret · Bruxelles · Namur (1695) · Dogger Bank · Carthagène · Barcelone · Baie d'Hudson
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Coordonnées 49° 40′ 16″ N 1° 15′ 48″ O / 49.6711111111, -1.2633333333349° 40′ 16″ Nord 1° 15′ 48″ Ouest / 49.6711111111, -1.26333333333  

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(Voir situation sur carte : Manche)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de la Hougue.

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(Voir situation sur carte : France)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de la Hougue.

La bataille de la Hougue est une bataille navale pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg. En 1692, elle voit la victoire de la flotte anglo-hollandaise sur la flotte française du vice-amiral de Tourville, au large de la pointe du Cotentin.

Pour aider son cousin, le catholique Jacques II d'Angleterre, à retrouver son trône, Louis XIV lui propose une flotte et des hommes mis sous l'autorité de Tourville. L'embarquement est prévu en Cotentin avec 20 000 hommes et 70 vaisseaux pour débarquer près de l'île de Portland.

Après la victoire de Sir Drake sur l'Invincible Armada en 1588, cette nouvelle victoire de la Royal Navy confirme la suprématie navale de l'Angleterre. Elle durera jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

Préparatifs[modifier | modifier le code]

La guerre se poursuit depuis plusieurs années. Persuadé de la faiblesse de l'engagement anglais au sein de la coalition, le roi de France prépare une opération militaire visant à débarquer environ 20 000 hommes sur les côtes anglaises et de placer à nouveau Jacques II sur le trône[1].

Une des conditions de la réussite de ce plan est que Tourville doit entrer en Manche avec une force navale suffisante pour tenir tête à la flotte coalisée.

Les atermoiements français[modifier | modifier le code]

Bien qu'il commande à la flotte, Tourville ne possède aucun pouvoir décisionnaire. L'opération est placée sous le commandement de Jacques II, Bonrepaus et Bellefonds, ce dernier doit commander le corps expéditionnaire prévu à un effectif de 20 000 hommes concentré à Saint-Vaast-la-Hougue, dans le nord-Cotentin. Une flotte de protection et de transport basée à Brest doit venir à Saint-Vaast pour embarquer les troupes. En avril, les trois commandants de la force d'invasion s'installent à Saint-Vaast. Devant l'ampleur de la tâche pour rassembler les troupes, de nombreuses difficultés surviennent notamment entre l'armée de terre et la marine[2]. Le recrutement rencontre aussi des difficultés, à la date prévue du déclenchement de l'opération, environ 2 500 hommes, les 20 navires de Châteaurenault et l'escadre du Levant manquent encore. Alors qu'initialement, Tourville devait disposer de 70 vaisseaux, il n'en disposera que d'une quarantaine sous-armés en hommes et en équipement[3].

Le courrier du roi[modifier | modifier le code]

Portrait de Tourville avec une représentation du combat de La Hougue (fin du XVIIe siècle)

Le 26 mars, le roi adresse un courrier à Tourville. Ce dernier contient des directives quant au déroulement de l'opération. Il doit appareiller impérativement le 25 avril et aucun retard ne sera toléré quitte à laisser en arrière les vaisseaux non armés. Il doit envoyer la partie de sa flotte la plus rapide au Havre prendre contact avec Bonrepaus pour le prévenir de son arrivée ensuite, il doit se rendre à la Hougue pour embarquer l'infanterie puis attendre l'arrivée des navires emportant le reste des troupes. Par ce courrier, l'amiral apprend que le lieu du débarquement sera désigné par le roi Jacques II et qu'il lui obéira en tout point ainsi qu'à Bellefonds. Une fois le débarquement terminé, il renverra les bâtiments de transport dans leurs ports respectifs et restera en Manche. Toutefois, si Tourville rencontre les anglais avant d'arriver à la Hougue, le roi lui donne l'ordre de les combattre : « Sa majesté veut absolument qu'il parte de Brest ledit jour 25 avril, quand même il aurait avis que les ennemis seraient dehors avec un nombre de vaisseaux supérieurs à ceux qui seraient en état de le suivre. […] En cas qu'il les rencontre en allant à la Hougue, Sa Majesté veut qu'il les combatte en quelque nombre qu'ils soient […] et s'il a du désavantage, Sa Majesté se remet à lui de sauver l'armée le mieux qu'il pourra. »[4].

Première étape : la bataille navale[modifier | modifier le code]

Le 12 mai sous les ordre de Tourville, la flotte quitte Brest mais sans le renfort des 16 navires de l'escadre du Levant de l'amiral Victor Marie d'Estrées.

Le renfort de la flotte du Levant[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Flotte du Levant.

Cette dernière appareille de Toulon le 21 mars et capture deux navires anglais le 15 avril. Alors qu'elle s'apprête à passer Gibraltar le 18 avril, elle traverse une violente tempête qui détruit deux vaisseaux. L'amiral est contraint de faire demi-tour pour s'abriter à Malaga et réparer les avaries. C'est à ce moment qu'il apprend qu'un convoi anglais se trouve à proximité. Le 22 avril, il envoie 5 navires les attaquer. Pour éviter la capture, les Anglais incendient leurs bateaux[5]. La flotte ne franchira le détroit de Gibraltar que le 25 avril et mouillera à Bertheaume le 29 mai, jour de l'engagement de Tourville.

La bataille[modifier | modifier le code]

Le 29 mai 1692, la flotte de Tourville se dirige vers la Hougue, pour embarquer l'armée de Jacques II. Mais on annonce la flotte anglo-hollandaise au large de Barfleur. L'amiral n'est pas prévenu à temps que la flotte anglaise lui est supérieure (99 navires anglais avec 7 100 canons contre 44 vaisseaux français et 3 100 canons). Louis XIV ayant, en mars, donné l'ordre d'attaquer quelles que soient les circonstances, Tourville décide donc d'attaquer la flotte ennemie en plein centre, pendant près de 12 heures. La bataille est indécise, cependant la flotte française renonce à l'expédition projetée et tente de se mettre à l'abri. Celle-ci est contrainte à la fuite profitant de la nuit et de la brume.

Les Français n'ont perdu aucun vaisseau. Par contre les Anglais déplorent la mort du contre-amiral Richard Carter et la perte de deux navires.

Deuxième étape : le repli français[modifier | modifier le code]

Le Soleil Royal brûle pendant la bataille de la Hougue, Huile sur toile par Adriaen van Diest.

Faute de fortification sur la côte normande, ou d'une rade sûre, Tourville prévoit de rejoindre Brest ou Saint-Malo. Une majorité des navires (soit 27 navires) parvient à franchir le Cap de la Hague, mais treize ne peuvent franchir des courants du raz Blanchard. Ils sont alors contraints de revenir vers l'ennemi en se réfugiant dans la baie de la Hougue.

Le 1er juin, trois navires fortement touchés pendant la bataille de Barfleur dont le Soleil Royal navire amiral, s'échouent sur la côte à Cherbourg : le Triomphant près de l'embouchure de la Divette, l'Admirable sur les Mielles, et le Soleil royal à la pointe du Hommet. L'artillerie des fortifications de la ville tient pour quelque temps l'ennemi à distance. Les stocks de poudre du Soleil Royal et du Triomphant, en s'embrasant, explosent et les projections provoquent de gros dégâts matériels et humains dans la ville.

Les 2 et 3 juin, les Anglais, embarqués sur des chaloupes, incendient l'un après l'autre les navires en rade de la Hougue. Jacques II regarde sur les hauteurs de Quinéville, ce spectacle qui signifie la fin de ses ambitions. Louis XIV ne tient pas rigueur à Tourville qu'il nomme maréchal de France en 1694.

Cette sévère défaite révèle la nécessité de consolider la défense de la baie, avec deux tours similaires, l'une sur le fort de la Hougue et l'autre sur l'île de Tatihou. Elle révèle aussi amèrement l'erreur commise par les adversaires de Vauban, qui ont convaincu le Roi d'arrêter les travaux du port de Cherbourg et même de détruire ses fortifications. Malgré des pertes élevées, 15 navires de ligne, la proximité des côtes françaises permet de récupérer la quasi-totalité des équipages, ce qui relativise la perte subie. À l'époque, il est plus aisé de remplacer un navire qu'un équipage expérimenté[6].

Les épaves de la Hougue[modifier | modifier le code]

Pendant quelques décennies, les vestiges de la flotte de Tourville ont servi de mouillage pour les marins et de ressources en bois. Peu à peu oubliées, les épaves sont redécouvertes en 1985, donnant lieu à d'importantes recherches archéologiques, présentées en partie au musée maritime de Tatihou. Suite à la découverte de ces épaves est né le projet de l'Association Tourville visant à reconstruire l'un de ces vaisseaux faisant la fierté de la marine française du XVIIème siècle, le Jean-Bart, vaisseau de 1er rang contemporain du Saint-Philippe et du Magnifique, tous deux retrouvés parmi les épaves de La Hougue.

Les forces en présence[modifier | modifier le code]

  • Angleterre : 56 vaisseaux de lignes
  • Provinces-Unies : 26 vaisseaux de lignes
  • Total flotte alliée : 82 vaisseaux de lignes, plus de nombreux bâtiments auxiliaires
  • France : 44 vaisseaux de lignes, plus de nombreux bâtiments auxiliaires
Escadre blanche (Almonde)
(Provinces-Unies)
Canons Capitaine Sort Escadre bleue et blanche (d'Amfreville)
(France)
Canons Capitaine Sort
Noordholland 68 Bourbon 68 Capitaine Perrinet Brûlé à La Hougue
Zeelandia 90 Monarque 90 Chef d'escadre de Nesmond
Ter Goes 54 Aimable 70 Capitaine de Réals
Gelderland 64 Saint-Louis 64 Capitaine La Roche-Persin Brûlé à La Hougue
Veere 62 Diamant 60 Capitaine Feuqières
Conink William 92 ...
Eerste Edele 74 ...
Medenblick 50
Brandenburg 92
Westvriesland 88 Gaillard 68 Chevalier d'Amfreville Brûlé à La Hougue
Zeeland 64 Terrible 80 Capitaine Sébeville Brûlé à La Hougue
Ripperda 50 Merveilleux 90 Marquis d'Amfreville Brûlé à La Hougue
Slot Muyden 72 Tonnant 80 Capitaine de Septesmes Brûlé à La Hougue
Prins 92 Saint-Michel 60 Capitaine de Villars
Elswoud 72 Sans Pareil (Vermandois?) 62 Capitaine Ferville
Schaterschoeff 50
Leyden 64
Princes 92
Amsterdam 64 Sérieux 64 Capitaine Blénac
Stad es Land 50 Foudroyant 84 Chef d'escadre de Relingue Brûlé à La Hougue
Veluw 64 Brillant 62 Capitaine de Combes
Castel Medenblick 86
Ridderschap 72
Maegt van Doort 64
Captaen Generael 84
Zeven Provincien 76
Escadre rouge (Russell)
(Angleterre)
Canons Capitaine Sort Escadre blanche (Tourville)
(France)
Canons Capitaine Sort
St Michael 90 Fort 60 Capitaine La Rongère Brûlé à La Hougue
Lenox 70 Henri 64 Capitaine de La Roche-Allard
Bonaventure 50 Ambitieux 96 Capitaine Saujon
Marquis de Villette-Mursay
Brûlé à La Hougue
Royal Katherine 82 Couronne 76 Capitaine de Montbron
Royal Sovereign 100 Maure 52 Capitaine des Augiers
Captain 70 Courageux 58 Capitaine de La Luzerne
Centurion 50 ...
Burford 70 ...
Elizabeth 70 Perle 52 Capitaine de Forbin
Rupert 66 Glorieux 64 Capitaine de Châteaumorant
Eagle 70 Conquérant 84 Capitaine du Magnou
Chester 50 Soleil Royal 104 Capitaine des Nos
vice-amiral de Tourville
Brûlé à Cherbourg
St Andrew 96 George Churchill Saint-Philippe 84 Marquis d'Infreville Brûlé à La Hougue
Britannia 100 Admiral Russell Admirable 90 Capitaine de Beaujeu Brûlé à Cherbourg
London 96 ...
Greenwich 54 ...
Restoration 70 ...
Grafton 70 ...
Hampton Court 70 Content 68 Capitaine de Sainte-Maure
Swiftsure 70 Souverain 80 Capitaine de Langeron
St Albans 50 Illustre 70 Capitaine de Combes
Kent 70 Modéré 52 Capitaine d’Évry
Royal William 100 ...
Sandwich 90 ...
Oxford 54 ...
Cambridge 70 ...
Ruby 50 ...
Escadre bleue (Ashby)
(Angleterre)
Canons Capitaine Sort Escadre bleue (Gabaret)
(France)
Canons Capitaine Sort
Hope 70 Excellent 60 Capitaine du Rivau-Huet
Deptford 50 Prince 56 Capitaine de Bagneux
Essex 70 Magnifique 86 Marquis de Coëtlogon Brûlé à La Hougue
Duke 90 Laurier 64 Capitaine Hervault
Ossory 90 ...
Woolwich 54 ...
Suffolk 70 ...
Crown 50 ...
Dreadnought 64 ...
Stirling Castle 70 ...
Edgar 72 Brave 58 Capitaine Chalais
Monmouth 66 Entendu 60 Capitaine Ricoux
Duchess 90 Triomphant 76 Capitaine Machault-Belmont Brûlé à Cherbourg
Victory 100 Orgueilleux 94 Capitaine Courbon-Blénac
Gabaret
Vanguard 90 Fier 80 Capitaine Harteloire Brûlé à La Hougue
Adventure 50 Fleuron 56 Capitaine Montgon
Warspite 70 ...
Montague 62 ...
Defiance 60 ...
Berwick 70 ...
Lion 60 Courtisan 64 Colbert de Saint-Mars
Northumberland 70 Grand 84 Capitaine Pannetier
Advice 50 Saint-Esprit 74 Capitaine de La Galissonière
Neptune 96 Sirène 64 Duquesne, commandant
Windsor Castle 90 ...
Expedition 70 ...
Monck 60 ...
Resolution 70 ...
Albemarle 90 ...

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dessert 2002, p. 269.
  2. Dessert 2002, p. 271.
  3. Dessert 2002, p. 272.
  4. Dessert 2002, p. 274-275.
  5. Dessert 2002, p. 272-273.
  6. Corvisier 1997, p. 524.

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Meyer et Martine Acerra, Histoire de la marine française, Rennes, éditions Ouest-France,‎ 1994, 427 p. (ISBN 2-7373-1129-2)
  • Michel Vergé-Franceschi (dir.), Dictionnaire d'Histoire maritime, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 2002
  • Guy Le Moing, Les 600 plus grandes batailles navales de l'Histoire, Rennes, Marines Éditions,‎ mai 2011, 620 p. (ISBN 9782357430778)
  • André Corvisier, Histoire militaire de la France, t. 1 : des origines à 1715, Paris, PUF, coll. « Quadrige »,‎ 1997, 648 p. (ISBN 2130489060)
  • Daniel Dessert, La Royale, Vaisseaux et marins du Roi Soleil, Paris, Fayard,‎ 1996, 393 p. (ISBN 2213023484)
  • Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, Paris, Perrin pour le grand livre du mois, coll. « Tempus »,‎ 1995, 775 p. (ISBN 9782286020477), p. 505
  • Daniel Dessert, Tourville, Paris, Fayard,‎ 2002, 371 p. (ISBN 2213599807), p. 269 et suiv.
  • Bruno Robert (ill. Daniel Lordey, P. Téqui), L'enseigne du Soleil Royal. roman, Paris, coll. « Défi »,‎ 2007 (ISBN 978-2-7403-1386-2), p. 25
  • Stéphane Haffemayer et Ghislain Baury, « La bataille de La Hougue, de la Hollande aux Cévennes (1692) : Des galères méditerranéennes aux rivages normands. Recueil d'études en hommage à André Zysberg », Cahier des Annales de Normandie, Caen, CRHQ, no 36,‎ 2011, p. 507-525