Võ Nguyên Giáp

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Võ Nguyên Giáp
Image illustrative de l'article Võ Nguyên Giáp

Naissance 25 août 1911
An Xá (Province de Quảng Bình) en Indochine française
Décès 4 octobre 2013 (à 102 ans)
Hanoï, Viêt Nam
Origine Vietnamienne
Allégeance République démocratique du Viêt Nam
République socialiste du Viêt Nam
Grade Vietnam People's Army General.jpg Général d'armée
Années de service 19441991
Conflits Seconde Guerre mondiale
Guerre d'Indochine
Guerre du Viêt Nam
Commandement Commandant en chef de l'Armée populaire vietnamienne
Faits d'armes Bataille de Diên Biên Phu
Offensive du Tết
Offensive de Pâques
Chute de Saïgon
Autres fonctions Professeur d'Histoire, Ministre

Võ Nguyên Giáp, né le 25 août 1911 à An Xá (actuel Viêt Nam, alors en Indochine française) et mort le 4 octobre 2013 à Hanoï, à l'âge de 102 ans[1], est un général et homme politique vietnamien. Chef de l'Armée populaire vietnamienne pendant la guerre d'Indochine et ministre de la défense du Nord Viêt Nam durant la guerre du Viêt Nam, il est le seul général ayant vaincu à la fois l'armée française et l'armée américaine au cours de sa vie.

Il est connu pour être le vainqueur de la bataille de Ðiện Biên Phủ (1954), qui a sonné la défaite et le départ des Français d'Indochine.

Le général Vo Nguyên Giap est entré dans l’histoire militaire et les études militaires et stratégiques de son vivant, admiré par ses amis et ennemis, dont le général français Raoul Salan et le général américain William Westmoreland. « Général autodidacte », selon ses propres termes[2], il n'a suivi les cours d'aucune académie militaire[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Giáp et Hồ Chí Minh.

Né en 1911 à An Xá, dans la province de Quảng Bình, Võ Nguyên Giáp est un fils d'un mandarin pauvre et nationaliste[4]. À l'école maternelle, il apprend quelques rudiments de français[5]. En 1924, il fréquente la prestigieuse école Quốc Học à Huế (Ngô Dinh Diêm et Hô Chi Minh y ont été élèves). C'est là que commence son apprentissage politique[6]. Dès l'âge de 14 ans, il commence à militer contre la présence française. Il est expulsé de l'école à la suite de l'échec d'un mouvement de protestation contre l'interdiction des menées nationalistes[7]. Il reçoit l'éducation du lycée français Albert-Sarraut pour y préparer son baccalauréat puis enseigne l'Histoire dans une école privée de la capitale[8].

De 1930 à 1932, il est emprisonné[9] à la prison de Lao Bảo, où il rencontre Nguyễn Thị Quang Thái[10], qu'il épousera en 1939 et qui lui donnera une fille[11]. De 1933 à 1938, il poursuit des études d’histoire, de droit et d’économie à l'université de l'Indochine à Hanoï où il obtient sa licence en droit et en histoire[12]. Le poète réunionnais Raphaël Barquisseau est son professeur. En 1937, Giáp devient lui-même professeur d'histoire à l'école Thang-Long à Hanoï et adhère au Parti communiste vietnamien[9]. C'est un admirateur de Bonaparte — dont il étudie les campagnes et les tactiques, en particulier « l'effet de surprise » —, à tel point que ses élèves le surnomment « le général » ou « Napoléon »[9].

En 1939, il fuit en Chine à la déclaration de guerre qui voit l'interdiction du Parti communiste indochinois lié à l'Union soviétique, qui a signé un pacte de non agression avec l'Allemagne. Marxiste convaincu, il porte une véritable haine au capitalisme qu'il rend en particulier responsable des décès de sa première épouse morte en prison en 1941 et de sa belle-sœur Nguyén-Thi-Minh-Khaï arrêtée à la suite de « la révolution d'octobre 1940 » et guillotinée à Saïgon par l'Administration coloniale française[13]. Il prend part au Congrès de Tsin-Ti qui voit la fondation du Việt Minh, puis est chargé par Hồ Chí Minh de l'organisation de la guérilla contre les Japonais en Indochine. En 1944, il fonde l'Armée populaire vietnamienne (APV). Après le coup de force des Japonais du 9 mars 1945, il profite de la disparition de l'administration française pour intensifier le recrutement de membres du Viêt-Minh.

Le 8 mars 1946, le général Salan, commandant des forces françaises de l'Indochine du Nord, reçoit à sa demande, à Hanoï, Võ Nguyên Giáp qu'il ne connaît pas directement. Il vient discuter des conditions d’application, sous l'aspect militaire, de la convention franco-vietnamienne signée le 6 mars précédent. Ces discussions conduisent, le 3 avril, à la signature d'un accord entre le général Salan et Võ Nguyên Giáp. Les deux hommes se revoient le 7 avril 1946 au matin, quand Nguyên Giáp se rend au domicile du général Salan pour offrir à son épouse un petit paravent laqué (leur fille Dominique étant née trois semaines plus tôt), et, le soir, lors d’un dîner avec Hồ Chí Minh, dîner au cours duquel les différends relatifs à l'application des Accords de mars apparaissent au grand jour.

Au cours de la conférence préparatoire de Đà Lạt, du 17 avril au 11 mai 1946, le général Salan, alors chef de la mission militaire française, a pour principal interlocuteur Võ Nguyên Giáp avec lequel il noue des relations personnelles au cours des soirées suivant les séances officielles. Giáp aurait été alors jusqu'à offrir à Salan le commandement des troupes de la République démocratique du Viêt Nam. Bien des années plus tard, le général américain Westmoreland rendra hommage à Giáp dans un livre intitulé Võ Nguyên Giáp.

Giap retrouve Salan à Hanoï le 16 mai suivant, au cours d’un dîner informel, avant d’accompagner Hồ Chí Minh à la conférence de Fontainebleau avec Phạm Văn Đồng, le diplomate, resté alors à Paris. Quand le général Salan revient en Indochine le 19 mai 1947, c'est la guerre. Jusqu'à son retour en métropole le 28 mai 1953, il trouve face à lui un adversaire implacable en la personne de Võ Nguyên Giáp, le généralissime étant d'autant plus impitoyable depuis la mort de son père en 1947, torturé par les Français[14]. En son nom, un diplomate vietnamien viendra saluer au Val de Grâce en juillet 1984 la dépouille du général Salan, devenu entretemps l'ancien chef de l'OAS. Ainsi Raoul Salan occupa-t-il une grande place dans la vie de Võ Nguyên Giáp qui le tenait en haute estime.

Võ Nguyên Giáp devient ministre, chargé des forces de sécurité, du premier gouvernement Hồ Chí Minh, et à ce titre organise des « purges », dont sera victime en 1951 le lieutenant-général Nguyen Binh. En 1946, il est nommé ministre de la Défense nationale de la République démocratique du Viêt Nam. C'est lui qui dirige les actions militaires contre les Français. Il est notamment le vainqueur de la bataille de Ðiện Biên Phủ (mai 1954), qui entraîne la signature des accords de Genève, en juillet 1954, qui instaurent une partition du pays le long du 17e parallèle et à l'issue desquels la France quitte la partie nord du Viêt Nam.

Võ Nguyên Giáp en 2008.

En 1960, les combats recommencent au sud. Une insurrection communiste (les communistes sud-vietnamiens étant appelés en abrégé Viêt Cong) contre le gouvernement pro-occidental de Saïgon va se développer et bientôt être soutenue et armée par le Viêt Nam du nord. Giáp va y jouer un rôle déterminant. Il dirige les opérations de l'ensemble de la guerre durant quinze ans et forcera les Américains à quitter le sud du pays. Il obtient la victoire finale en 1975 à la suite de la « campagne Hồ Chí Minh » durant laquelle il lance ses célèbres mots d'ordre aux soldats communistes : « rapidité, audace et victoire sûre ». Le 30 avril, ses troupes entrent à Saïgon.

Giap, grâce à ses manœuvres souvent anticonformistes, a la réputation de n'avoir jamais connu la défaite. Il faut distinguer ici la légende de la réalité : en 1951 il a été battu à plusieurs reprises par le général de Lattre de Tassigny, d'abord à la bataille de Vĩnh Yên[15] (18 janvier 1951), puis à celles de Dong Trieu[16], Mao Khé (mars 1951)[16],[15], Ninh Binh (mai 1951), du Day (juin 1951) et de Nghia Lo (octobre 1951)[16]. Puis, en 1972, ses troupes subirent un grave revers à la bataille de Kon Tum — l'homme par qui Giap fut défait cette fois-là était un stratège civil américain, John Paul Vann, ancien lieutenant-colonel exclu de l'armée pour ses positions critiques face à la stratégie du général Westmoreland. Mais, s'il lui est arrivé de perdre des batailles, comme d'autres chefs militaires, il est vrai qu'il gagna deux guerres, contre les Français puis contre les Américains.

En 1976, il participe à la réunification du Viêt Nam et devient vice-Premier ministre du gouvernement de la République socialiste du Viêt Nam, mais il perd le commandement des forces armées[9]. Il démissionne du poste de ministre de la Défense en 1980[9]. En 1982, il n'est pas réélu au bureau politique du Parti communiste vietnamien (PCV)[9], officiellement pour des raisons d'âge et de santé, mais on parle de divergences avec les deux hommes forts du Viêt Nam, le secrétaire général du PCV Lê Duẩn et le chef de la commission d'organisation du PCV, Lê Đức Thọ[réf. nécessaire]. Cependant, il reste vice-premier ministre jusqu’en 1991 et il est réhabilité lors du 6e congrès du PCV en 1986. Võ Nguyên Giáp vivait retiré à Hanoï, mais s'exprimait régulièrement sur l'évolution politique de son pays.

Võ Nguyên Giáp meurt le 4 octobre 2013 dans l'après-midi, selon une source gouvernementale, à l'âge de 102 ans.

Điện Biên Phủ[modifier | modifier le code]

Localisation de Điện Biên Phủ au Viêt Nam

Võ Nguyên Giáp fut le commandant en chef de l'Armée populaire du Viêt Nam durant trente ans et l'un des principaux acteurs de la Bataille de Điện Biên Phủ. À propos de cet événement décisif de la Guerre d'Indochine, plusieurs ouvrages publiés affirment que le général Henri Navarre, le commandant en chef du corps expéditionnaire français, a, lors de l'opération Castor, largué ses parachutistes sur Ðiện Biên Phủ en se fiant à des renseignements qui signalaient le mouvement vers le nord-ouest d'unités de l'armée vietnamienne ayant franchi la Da (rivière Noire). Dans ses Mémoires, le général Giáp explique que l'occupation de Ðiện Biên Phủ au cours de l'hiver et du printemps 1953-1954 était intentionnelle et succédait à l'« Opération Mouette » dans le delta du Nord. Celle-ci devait permettre à Navarre d'avoir les mains libres pour pouvoir lancer l'opération Atlante visant à occuper les trois provinces libres de la Ve interzone, dans le Centre méridional. Il estime que c'était là une action raisonnable, une nécessité dans l'exécution du plan Navarre et que, par conséquent, il ne s'agissait pas, du moins initialement, d'une erreur de la part de Navarre. Cinquante ans après, le général Giáp raconte notamment comment il a réussi par deux fois à sauver ses troupes, s'abstenant même parfois de combattre en laissant Navarre se croire vainqueur.

Appréciation critique d'un adversaire[modifier | modifier le code]

En 1998, dans un entretien, le général américain William Westmoreland, critiquait les prouesses militaires de Giàp. Tout en reconnaissant qu'il fut un « adversaire formidable » Westmoreland déclarait que, si celui-ci avait « été formé aux tactiques de guérilla en petites unités, il avait persisté dans une guerre de grandes unités avec des pertes terribles pour ses propres hommes. De son propre aveu, au début de 1969 je crois, il avait perdu, quoi, un demi-million de soldats ? Il a déclaré cela. Maintenant, un tel mépris pour la vie humaine peut en faire un adversaire formidable, mais cela n'en fait pas un génie militaire. Un commandant américain perdant des hommes comme cela n'aurait guère duré plus de quelques semaines »[17].

Décès et funérailles[modifier | modifier le code]

Le 4 octobre 2013, un responsable gouvernemental a annoncé que Võ Nguyên Giáp était mort à l'hôpital militaire central 108 à Hanoï où il était hospitalisé depuis 2009. Il avait 102 ans (103 selon la façon de compter l'âge en Asie). Des funérailles nationales ont eu lieu les 12 et 13 octobre en présence des principaux dirigeants vietnamiens. Elles ont été retransmises en direct dans tout le pays par la chaîne de télévision nationale Vietnam Television et la radio nationale Voix du Vietnam. Võ Nguyên Giáp a été enterré dans sa province natale de Quang Binh le 14 octobre[18],[19].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Les deux livres importants de Võ Nguyên Giáp sont :

  • L'Expérience du peuple vietnamien dans la lutte armée ;
  • les trois tomes des Mémoires, dans de nombreuses éditions et rééditions.

Il est aussi l’auteur de Guerre du Peuple - Armée du Peuple, Éditions François Maspero, « Petite Coll. Maspero », Paris, 1968, 190 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Vietnam : le général Giap, héros de l'indépendance, est mort », sur lepoint.fr, Le Point,‎ 4 octobre 2013 (consulté le 4 octobre 2013).
  2. Stanley Karnow, Vietnam : a History, Penguin Books, 1997, p. 153.
  3. Tom Pendergast, The Vietnam War, Omnigraphics, 2007, p. 166-169.
  4. Jean Lacouture, « Giap, l'éternel révolté », Jeune Afrique,‎ 17 octobre 2013 (ISSN 1950-1285)
  5. (en) Stanley Karnow, « Giap remembers », The New York Times, 24 juin 1990 : « At the village kindergarten Giap was taught elementary French, but at home his parents spoke only Vietnamese. »
  6. Stanley Karnow, « Giap remembers », op. cit. : « In 1924, he went to the old imperial capital of Hue to attend the prestigious Quoc Hoc Academy, whose alumni included Ho Chi Minh and Ngo Din Diem, later the anti-Communist president of South Vietnam. Then, barely 13, he began his political education. »
  7. Stanley Karnow, « Giap remembers », op. cit. : « the youths protested openly against a French ban on nationalist activities. The protest fizzled, and Giap was expelled from school. »
  8. Gérard Lê Quanǵ, Giap ou la guerre du peuple, Paris, Denoël, coll. « Grands reportages »,‎ 1973, 252 p. (lire en ligne), p. 23.
  9. a, b, c, d, e et f Jean-Claude Pomonti, « Le général Giap, héros de l'indépendance vietnamienne, est mort », sur lemonde.fr, Le Monde,‎ 4 octobre 2013 (consulté le 5 octobre 2013).
  10. (en) Cecil B. Currey, Victory at Any Cost: The Genius of Vietnam's Gen. Vo Nguyen Giap, 2005, p. 25.
  11. Phillip B. Davidson, Vietnam at war:The history, p. 7.
  12. Bernard B. Fall, Le Viet-Minh – La République Démocratique du Viet-Nam 1945-1960, Paris, Colin,‎ 1960, 376 p. (lire en ligne), p. 183.
  13. Gilbert David, Chroniques secrètes d'Indochine (1928-1946) : la cardinale, t. II, Paris, Éditions L'Harmattan, coll. « Mémoires asiatiques »,‎ 1994, 861 p. (ISBN 978-2738424631, lire en ligne), p. 602.
  14. Gabriel Georges Marcel Bonnet, La Guerre révolutionnaire du Vietnam – Histoire, techniques et enseignements de la guerre américano-vietnamienne, Payot, 274 p. (lire en ligne), p. 40.
  15. a et b « Jean de Lattre de Tassigny », sur ordredelaliberation.fr, ordre de la Libération,‎ 2 juin 2013 (consulté le 5 décembre 2013).
  16. a, b et c René Gilli, « La « Marque » du général de Lattre en Indochine », sur Saint-Cyr.org, archivé par wikixwix,‎ 2002 (consulté le 13 décembre 2013).
  17. Entretien avec William Westmoreland, par W. Thomas Smith, Jr. (en), dans George, novembre 1998.
    Cet entretien fait partie d'un dossier sur la guerre du Vietnam comportant également l'entretien avec le général Giàp, réalisé par John F. Kennedy, Jr, texte d'origine : « Of course, he [Giap] was a formidable adversary. Let me also say that Giap was trained in small-unit, guerrilla tactics, but he persisted in waging a big-unit war with terrible losses to his own men. By his own admission, by early 1969, I think, he had lost, what, a half million soldiers? He reported this. Now such a disregard for human life may make a formidable adversary, but it does not make a military genius. An American commander losing men like that would hardly have lasted more than a few weeks. »
  18. (en) AFP, « Vietnam honours military genius Vo Nguyen Giap who beat France, US », The Australian,‎ 7 octobre 2013 (lire en ligne).
  19. Vietnam : funérailles nationales pour le général Giap, RFI, 6 octobre 2013.

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