Yacef Saâdi

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Saadi (homonymie).
Yacef Saâdi
Yacef SaâdiPhotographié ici par la police zurichoise, lors de son arrestation en 1955
Yacef Saâdi
Photographié ici par la police zurichoise, lors de son arrestation en 1955

Surnom Si Djâffer, Réda Lee, El Kho
Naissance 20 janvier 1928
Casbah d'Alger
Origine Drapeau de l'Algérie Algérie
Allégeance FLN
Grade Colonel
Années de service 19451962
Conflits Drapeau : Algérie Guerre d'Algérie Drapeau : France
Commandement Zone autonome d'Alger
Faits d'armes Bataille d'Alger
Crise de l'été 1962
Autres fonctions Sénateur au Conseil de la nation
Président des anciens combattants de la zone autonome d'Alger
Famille Saadi habite à Alger avec sa femme Baya depuis 42 ans.

Yacef Saâdi, né dans la Casbah à Alger le 20 janvier 1928, écrivain, cinéaste, sénateur au Conseil de la nation[1] et un ancien combattant du FLN dont il était le chef de la zone autonome d'Alger lors de la bataille d'Alger en 1957, pendant la guerre d'Algérie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille originaire de Azeffoun (Kabylie), Yacef Saâdi commence sa vie professionnelle comme apprenti boulanger dans la Casbah. En 1945, il rejoint le Parti du peuple algérien (PPA), parti nationaliste interdit par les autorités françaises auquel succéda le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). De 1947 à 1949, Yacef Saadi sert dans l'aile paramilitaire du MTLD, l'Organisation Spéciale.(OS). Après le démantèlement de l'OS, Yacef Saadi se rend en France où il vit jusqu'en 1952, puis retourne en Algérie, où il reprend son métier de boulanger dans la Casbah.

En 1954, il est présenté à Rabah Bitat, un des responsables du CRUA, qu'il héberge. Par ce canal il rencontre Amar Ouamrane et Krim Belkacem. Leur mission consiste à la création du réseau de la zone autonome d'Alger en tant que conseillers politique et militaire de toute la zone algéroise.

En 1955, il est expédié par Ramdane Abane en Suisse où il doit rencontrer des Algériens du Caire, ceux de l' « extérieur », et notamment Boudiaf, parce que l' « intérieur » à besoin d'armes, d'argents, de postes radios, etc. Abane charge Yacef d'un autre message : « ceux qui tiennent le maquis de l'intérieur auront priorité sur ceux qui logent dans les hôtels. », à l'étranger. Expulsé en avril 1955 par les autorités helvétiques, arrêté à son arrivée à Orly par la DST, transféré début juin à la prison de Barberousse à Alger, puis libéré en septembre contre la promesse d'informer la DST sur les activités du FLN à Alger[2], il va « donner » aux services français tous les messalistes notoires de la Casbah rivaux du FLN[3]. Ensuite il parvient à se défaire de ce double jeu risqué en plongeant dans la clandestinité.[réf. nécessaire]

Constitution du premier commando FLN de la zone algéroise[modifier | modifier le code]

Après avoir réussi à prouver sa bonne foi aux membres du CRUA, ces derniers le chargent de constituer un groupe de commando prêt à entrer en action dès qu'Abane et Ouamrane jugeraient cela utile. Avec H'Didouche, son beau-frère, et Chaïb Ahmed, dit le Corbeau, Yacef crée son premier réseau qui compte vingt et un membres dont Amar Aïdoune et Salah Bouhara. Pour respecter le cloisonnement, Yacef adopte le système pyramidal de cellules de trois membres. Dans chaque cellule, un militant connait son supérieur mais ignore tout du troisième. Ce système a l'avantage d'éviter des bavardages, toujours dangereux, et aussi qu'un homme arrêté ne dévoile, sous la torture, les détails de l'organisation. Un chef intermédiaire ne connait jamais que trois hommes : deux sous ses ordres et un à l'échelon supérieur. Il ne sait rien des hommes de la base ni de ceux du sommet.

Rencontre avec Ali la Pointe[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources. Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.

En octobre 1955, Yacef enrôle une nouvelle recrue dont la présence au sein des commandos FLN va influer sur le déroulement de ce que l'on appellera, en janvier 1957, la bataille d'Alger. Cet homme s'appelle Ammar Ali. On le connaîtra sous le nom d'Ali la Pointe. Yacef Saadi a été averti par un informateur de la Casbah qu'un dur, un « prêt-à-tout », voulait s'engager dans les rangs du FLN d'Alger. « C'est un ancien mac » , avait ajouté l'informateur, mais il est « tombé » et vient de s'évader. Un type bien « malgré tout. » Yacef Saadi s'était méfié. Un souteneur qui s'évade et qui veut rejoindre le Front, il sentait la machination policière destinée à noyauter les commandos. Yacef est bien placé pour savoir combien la police est désireuse de se glisser dans les rangs du FLN. « Ce type doit être manœuvré » conclut-il. Il accepte pourtant de le rencontrer, mais dans la rue, au milieu de la foule, pour éviter une éventuelle souricière. Yacef repère tout de suite son homme : grand, beau garçon, habillé à l'européenne d'une façon un peu trop voyante qui soulignait son physique d'ancien boxeur. Il l'aborde et tout de suite le mit en confiance. Il lui fait comprendre que le FLN l'acceptait.

Assainissement de la Casbah et l'élimination des indics[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources. Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.

Après avoir contribué à la prise en main de la population par le FLN, Yacef Saadi se résout à « assainir » la Casbah de ses éléments troubles. Il s'ouvre de son projet à Abane Ramdane. Celui-ci, réticent, souhaite « asseoir » sa politique, multiplier les réseaux, implanter une organisation politico-administrative avant de passer à l'action. Et pour parvenir à ce but, explique-t-il, il a besoin du calme à Alger. Yacef, qui ne partage pas les idées de son chef, le contre violemment. Il tient à passer rapidement à l'action.

« Si je parviens à nettoyer la Casbah », dit-il, « ta tâche politique en sera facilitée. En revanche, si tu ne bouges pas, tes « politiques » seront données les unes après les autres à la police. Les indicateurs se multiplient dans la Casbah. Il faut les abattre et f... la trouille aux autres! » Alger doit rester tranquille, insista Abane; « c'est notre refuge et c'est le centre de ravitaillement de toute l'Algérie et des maquis. » « Ça ne le restera pas longtemps si tu laisses se développer ces réseaux d'indics. On se fera tous coffrer. Toi le premier! En revanche, la Casbah nettoyée, on pourra, à partir de ce véritable maquis en plein cœur d'Alger, lancer des actions sur la capitale. Ce sera notre bastion, notre camp retranché! »

Abane réfléchit. Il vient d'entrevoir ce que serait sa politique - mise au point avec Larbi Ben M'Hidi - sur le plan national et international. Yacef ajoute :

« Pour qu'on nous prenne au sérieux, il faut qu'Alger bouge. Qu'on parle de nous. Un pétard rue Michelet fera plus de bruit qu'une embuscade meurtrière en Kabylie. Ici, tout le monde en parlera. La presse fera des titres. Il y aura la radio, le cinéma. C'est ici que tout devra se passer. »

Convaincu, Abane cède. Yacef, aidé d'Ali la Pointe, doit assainir la Casbah. Il a carte blanche. La décision que venait de prendre Abane conduira un an plus tard à la bataille d'Alger. Pour l'heure[style à revoir], c'est au « milieu» algérois que Yacef et Ali a décidé de s'attaquer. Dans cette tâche, Ali la Pointe va lui être d'une aide considérable. Dès lors, il n'y a d'autre autorité que celle du FLN sur les 80 000 habitants de la Casbah.

Pour l'écrivain Manuel Gomez, la mission de Yacef Saâdi est plus prosaïque[3]:

« Il était chargé par le FLN de rallier les truands d’Alger et d’éliminer ceux qui refusaient. Une bonne douzaine d’entre eux sont tombés sous les balles de son tueur assermenté, son bras droit Ali la Pointe. »

En mai 1956, Yacef Saâdi est désigné comme chef FLN de la zone autonome d'Alger (ZAA) et le bras droit de Larbi Ben M'Hidi, chef du FLN pour la zone militaire d'Alger[2].

Les négociations de paix[Lesquelles ?] sont rompues, et le gouvernement de Guy Mollet (SFIO) met alors un terme à la politique des négociations. Larbi Men M'Hidi décide d'étendre les actions terroristes à la ville européenne, afin d'atteindre les couches urbaines, en particulier la bourgeoisie arabe, et de faire d'Alger une caisse de résonance pour toucher l'opinion publique métropolitaine et internationale. Après l'envoi à la guillotine de responsables FLN, ce dernier[Qui ?] donne comme instructions : « Descendez n'importe quel Européen de dix-huit à cinquante-quatre ans. Pas de femmes, pas d'enfants, pas de vieux. ».

Contre terrorisme de la Main rouge[modifier | modifier le code]

Article détaillé : La Main rouge (groupe armé).

Les plus radicaux des militants de l'Algérie française furent très vite au courant des projets de Yacef Saadi. Ils s'organisent en groupuscules paramilitaires, sous la direction d'André Achiary, ex-officier du SDECE qui fut sous-préfet dans le Constantinois au moment du massacre de Sétif (1945). Avec des membres de l'Union française nord-africaine, créée par Robert Martel[réf. nécessaire], Achiary monte l'attentat de la rue de Thèbes, dans la Casbah d'Alger, dans la nuit du 10 août 1956, qui fait 16 morts et 57 blessés, et marque un tournant dans la guerre d'Algérie[2]. Le scénariste Patrick Rotman souligne ainsi, dans L'Ennemi intime (2002), qu'« à Alger, le contre-terrorisme a précédé le terrorisme »[2]. Yacef Saâdi déclarera plus tard à la journaliste Marie-Monique Robin[réf. nécessaire] :

« Jusqu'au massacre de la rue de Thèbes, nous ne faisions des attentats à Alger qu'en réponse à des arrestations massives ou à des exécutions. Mais là, nous n'avions plus le choix : fous de rage, les habitants de la Casbah ont commencé à marcher sur la ville européenne pour venger leurs morts. J'ai eu beaucoup de mal à les arrêter, en les haranguant depuis les terrasses, pour éviter un bain de sang. Je leur ai promis que le FLN les vengerait. »

Attentats à la bombe du FLN[modifier | modifier le code]

Pour rassurer la population musulmane et plus particulièrement celle de la Casbah, pour lui prouver que le FLN est capable de venger ses martyrs, Larbi Ben M'hidi et Yacef Saadi créent les filières de conception, de réalisation, de stockage et de distribution de bombes (réseau bombes) et organise les séries d’attentats à la bombe dans Alger entre l’automne 1956 et l’été 1957. Ces attentats, perpétrés par de très jeunes femmes d’allure européenne dans les lieux publics (bars et restaurants, hôtels, avenues et boulevards, transports en commun, stades, dancings) font des dizaines de morts.

Le 24 décembre 1956, Amédée Froger, un ultra, président de l'Association des maires de l'Algérois est assassiné. Selon Saâdi, cet assassinat a été commandité par les ultras de l'armée française pour déstabiliser le pouvoir civil et provoquer la prise du pouvoir des militaires (Saâdi, La Bataille d'Alger, 1997), mais Marie-Monique Robin affirme que « ce point n'est toutefois pas du tout établi »[4].

La bataille d'Alger[modifier | modifier le code]

Le 7 janvier 1957, 8 000 hommes de la 10e DP de retour d’Égypte, où ils ont participé à la campagne de Suez, pendant laquelle l'armée s'est sentie humiliée[évasif], entrent dans Alger avec pour mission de « pacifier » la ville. La division est commandée par le général Jacques Massu, à qui Robert Lacoste vient de donner les pleins pouvoirs, assisté des colonels Marcel Bigeard, Roger Trinquier, Fossey-François et Yves Godard.

Le FLN lance ensuite un mot d’ordre de grève générale pour le 28 janvier. Les parachutistes brisent la grève en quelques jours, ouvrant les magasins de force, allant chercher à domicile avec des camions les travailleurs et les fonctionnaires absents au travail.

Larbi Ben M'hidi, arrêté le 23 février 1957 par les parachutistes, refuse de parler sous la torture avant d'être pendu extra-judiciairement par le commandant Aussaresses dans la nuit du 3 au 4 mars 1957. Yacef Saadi le remplace à la tête de la zone autonome d'Alger.

Yacef Saadi est maintenant un homme seul. Profitant de la relative accalmie dont bénéficie la Casbah, il tente de remettre sur pied, avec les moyens du bord, une organisation plus légère et aussi plus efficace. On y trouve Zohra Drif, sa compagne, Djamila Bouhired, responsable de son secrétariat, Ali la Pointe, qui fait équipe avec Hassiba Ben Bouali, Petit Omar qui sert d'agent de liaison, Kamel, l'adjoint militaire et Si-Mourad, responsable du « réseau bombes ». Au printemps, Yacef Saafi saisit l'opportunité de la campagne contre la torture lancée par le PCF et de l'absence des paras pour reprendre l'initiative et relancer la resistance urbaine.

Rencontre avec Germaine Tillion[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources. Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.
Germaine Tillion, elle rencontre clandestinement Yacef Saadi et son adjoint Ali la Pointe, au 3, rue Caton dans la Casbah au plus fort de la bataille d'Alger.

Quand Yacef Saadi apprend que l'ancienne résistante Germaine Tillion, déportée à Ravensbrück, ethnologue, ancien membre du cabinet de Jacques Soustelle, vient d'arriver à Alger dans le cadre d'une commission d'enquête internationale sur le régime concentrationnaire, il décide de la rencontrer. L'idée paraît invraisemblable. Pourtant Germaine Tillion et Yacef Saadi se verront deux fois, le 1er juillet et le 9 août 1957, au plus fort de la bataille d'Alger. Avec un luxe inouï de précautions, l'ancienne résistante sera conduite secrètement à la Casbah rue Caton, le repaire de Yacef, où il se cache, bardé de mitraillettes et de grenades, derrière une cloison de carrelage.

Germaine Tillion n'ignore rien des souffrances dont Yacef est le responsable. Mais rien non plus des exactions par l'armée française. Dans la cour de la prison Barberousse, les exécutions capitales des militants FLN s'enchaînent. Elle veut arrêter ça. Et Yacef a confiance en elle. Il lui fait la plus surprenante des propositions :

« Je m'engage à mettre fin au terrorisme contre les civils si la France accepte d'arrêter les exécutions capitales. »

Porteuse de ce message, Germaine Tillion alerte les plus hautes autorités de l'État. On lui fait croire un temps qu'elle a été entendue. Yacef continue de faire éclater des bombes, mais pendant quelques mois ne tue plus de civils. La presse s'interroge sur les raisons de cette « étrange accalmie ». Yacef tiendrait-il parole? Germaine Tillion en est convaincue. Mais de retour à Alger elle apprend que l'on continue à guillotiner. Au moins aura-t-elle tenté l'impossible. Quand Yacef Saadi est arrêté le 24 septembre 1957, elle se battra pour le sortir des mains des parachutistes. Elle témoignera en sa faveur lors d'un de ses trois procès - où il sera par trois fois condamné à mort, puis interviendra pour obtenir qu'il ait la vie sauve. Une étrange amitié[évasif] est née entre eux, qui n'a jamais cessé depuis. « Mademoiselle Germaine a tout fait pour moi, et je la respecte infiniment », dit Yacef Saadi.

L'arrestation au 3, de la rue Caton dans la Casbah[modifier | modifier le code]

L'insigne régimentaire du 1er REP
Casbah d'Alger, le 25 septembre 1957, Yacef Saadi le chef de la Zone autonome d'Alger, présenté à la presse juste après son arrestation. Interdiction pour les journalistes de lui poser des questions, interdiction pour lui de dire un mot. À ses côtés, en civil, l'OR du 1er REP, le capitaine Allaire.
Au premier plan, la maison où fut arrêté Yacef Saadi par les paras du 1er REP le 28 septembre 1957, située au 3, rue Caton, dans la Casbah

Les forces parachutistes demandent comment elles vont se saisir de Yacef Saadi. En exploitant rapidement les interrogatoires, les parachutistes démantèlent la pyramide terroriste de la zone autonome d'Alger. C’est alors qu’elles réussissent à mettre la main sur un de ses amis nommé Ghandriche Hacène, plus connu sous le pseudonyme de Zerrouk : c’était le chef de la région 3 de la zone d’Alger. Après plusieurs jours de palabres et de marchandages, les services du Groupe de renseignements et d'exploitation (GRE) dirigé par le capitaine parachutiste Paul-Alain Léger sous le commandement du colonel Yves Godard d'Alger Sahel font basculer Zerrouk dans le camp français. Ils l'incorporent dans l'équipe des « bleus-de-chauffe », qui sont des anciens combattants FLN faits prisonniers, et qui ont été « retournés ». Ces hommes étaient particulièrement efficaces[évasif] car ils connaissaient parfaitement les groupes auxquels ils appartenaient quelques mois auparavant.

Zerrouk ne parle à personne de son revirement et évite de mettre sa femme au courant de sa nouvelle situation. Le capitaine Léger pensait qu’il possédait maintenant un élément important pour la capture de Yacef Saadi. Léger imagine de mettre en contact Houria, une jeune femme brune trompée, avec Zerrouk. Ce dernier envoie la jeune femme porter un message à son épouse. Dans cette lettre, il affirme que Houria est sa collaboratrice et qu’il faut la cacher dans sa maison. C’est ce qui se passe et Houria, une fois dans la place, peut observer à loisir les gens qui se présentent chez Zerrouk. Un jour, elle réussit à faire passer un message à Léger : elle décrit un homme qui venait très souvent sonner chez son hôte, il est facile à reconnaitre car il se promène toujours en tenant une petite fille de cinq ans par la main. Grâce à ce renseignement, le visiteur est rapidement identifié, et son domicile repéré no 4 rue Caton dans la Casbah. Mais cela ne signife pas que Yacef Saadi se cache à cette adresse.

Le 23 septembre, les gendarmes d’Alger arrêtent un homme nommé Djamel. Celui-ci est interrogé par le GRE : il avoue connaître Yacef Saadi et ajoute qu’il l’a rencontré rue Caton. Ces deux renseignements, qui se recoupent, donnent la conviction que Yacef Saadi loge bien dans cette rue. Le lendemain, mardi 24 septembre, à h 30, une opération est lancée ; les paras du 1er REP sous le commandement du colonel Jean Pierre et les « bleus » du capitaine Léger bouclent totalement la rue Caton. Les hommes pénètrent dans la maison au no 3. La propriétaire proteste énergiquement contre cette intrusion et prétend être une informatrice des services français. Mais quelques « bleus » la reconnaissent : c’était la veuve d’un chef FLN nommée Fatiah Bouhired ; elle participait également à la chaine de soutien aux hommes de la ZAA.

La fouille de la maison commence. Yacef Saadi est effectivement présent dans l’immeuble avec sa compagne et sa collaboratrice Zohra Drif. Ils se cachent dans un petit réduit au fond d’une salle de bain. Les paras repèrent la planque. Yacef Saadi a sans doute compris qu'il avait été trahi. Pour les faire reculer, il lance une grenade dans le couloir. Les éclats blessent le colonel Jeanpierre. Les paras disposent d'une importante quantité d’explosifs dans les couloirs afin de faire sauter l’immeuble si Yacef Saadi ne se rend pas.

Informé de la situation, le colonel Godard arrive sur les lieux à h 40 et prend la direction des opérations. Il faut encore de longues heures de négociation avec Saadi qui veut bénéficier du statut de prisonnier de guerre.

Il faut attendre jusqu'à 6 heures du matin pour que Yacef Saadi et Zohra Drif, qui partage la cachette, se rendent et sortent du réduit enfumé où se consument des documents de la zone autonome d'Alger. Fatiah Bouhired sert un dernier café à ses amis, puis ceux-ci réclament des vêtements et jettent leurs armes par la lucarne, avant de se rendre au colonel Godard. Ils font alors des aveux détaillés couvrant plus de cent pages. Ils sont condamnés à mort.

Le général Paul Aussaresses a prétendu [réf. nécessaire] que, pendant sa détention, Yacef Saadi a fourni aux forces françaises l'endroit où se cachait son adjoint, Ali la Pointe. Cette version est cependant démentie par Marie-Monique Robin, qui affirme qu'Ali la Pointe a été repéré par les « bleus-de-chauffe » grâce à Zerrouk[5].

Durant sa détention, Yacef Saadi écrit ses mémoires de la bataille, qui seront publiés en 1962 sous le titre Souvenirs de la Bataille d'Alger.

Sa peine de mort est commuée[Comment ?] après le retour de Charles de Gaulle au pouvoir, en 1958. Proche de Ben Bella, il est libéré après les accords d'Évian du 18 mars 1962.

Après l'indépendance[modifier | modifier le code]

En juillet 1963, Yacef Saâdi est nommé par Ahmed Ben Bella président du Centre national d’amitié avec les peuples (CNAP), destiné à faire connaître à l'étranger les réalisations du socialisme algérien.

Il fonde Casbah Films, une société de production cinématographique financée par des capitaux algériens et yougoslaves[6]. En parallèle, il crée une affaire d’import-export.

En 1966, Saadi produit le film de Gillo Pontecorvo La bataille d'Alger, dans lequel il joue son propre rôle.

Le 6 janvier 2001, Yacef Saâdi est nommé sénateur par le président Bouteflika sur le contingent de 29 nominations qui lui est réservé.

Selon le quotidien algérien L'Expression, Yacef Saâdi a été approché, en 2003, par le FBI et la CIA dans le but de s'inspirer de sa guérilla urbaine du temps de la prestigieuse Bataille d´Alger, pour combattre la résistance irakienne sans collaboration de ce dernier[7].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

« Je revendique les choses les plus horribles. Les morts, à cette époque, je m'en foutais, Ce qui me poursuivait, c'était l'image des mutilés. Je me demandais pourquoi Dieu m'avait choisi pour libérer mon pays de cette façon-là. »

Nouvel Observateur, no 2085, du 21 au 27 octobre 2004.

Bibliographie[modifier | modifier le code]