Ali la Pointe

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Ali la Pointe
Ammar Ali
Ali la Pointe
Ali la Pointe

Naissance 14 mai 1930
Miliana, Algérie
Décès 9 octobre 1957 (à 27 ans)
Casbah d'Alger, Algérie
Mort au combat
Origine Algérie
Allégeance Drapeau de l'Algérie FLN
(Zone autonome d'Alger)
Grade Commandant en chef
Années de service 19551957
Conflits Guerre d'Algérie
Commandement Zone autonome d'Alger
(Durant 32 jours, de septembre à octobre 1957)
Faits d'armes Bataille d'Alger
Statue de Ali la Pointe sur la place éponyme à Miliana

Ali la Pointe (1930-1957), de son vrai nom Ammar Ali, est un combattant algérien du FLN pendant la guerre d'Algérie, principalement connu pour sa participation à la bataille d'Alger, aux côtés de Hassiba Ben Bouali, Zohra Drif, Petit Omar et Yacef Saadi chef de la Zone Autonome d'Alger (ZAA).

Biographie[modifier | modifier le code]

Ali voit le jour le 14 mai 1930 à El Annasser en contrebas de la ville de Miliana en Algérie. Fils d'Ahmed Ben Abdelkader et de Talakhir Fatma Bent ahmed, il est le dernier-né de sa famille dont le père, paysan sans terre qui était déjà dans les rangs du Parti du Peuple Algérien, travaille comme khammès (métayer au quint) dans les fermes des colons.

Il est vite connu pour son caractère turbulent et rebelle. Très tôt, il lui faut se démener pour survivre dans des conditions difficiles, aggravées par la grande misère. À treize ans, il connaît déjà les maisons de redressement. Libéré, de Pointe-des blageurs (Miliana). C'est de là que va lui venir son surnom d'"Ali la Pointe". Ses parents sont bien trop pauvres et l'enfant ne peut pas aller à l'école. Il vit de petits métiers dans la Casbah, dans le vieux quartier de la Marine, propose des chewing-gums, des peignes dans les rues des quartiers européens. Rapidement, Ali fait partie de l'un de ces gangs de « yaouleds », exploités par des Algériens sans scrupules comme Tahar Cherif (abattu plus tard par les commandos de Bouchafa) qui dirigeait une bande d'enfants, de mendiants, de soi-disant aveugles, de marchands de billets de loterie, avec la complicité de la police à qui il servait d'indicateur précieux. Il connut les principes du nationalisme du feu Mohamed Bouras Fondateur des Scouts Musulmans Algériens, lui aussi natif de la ville historique de Miliana, et du même quartier celui des Annassers. À dix-huit ans, son analphabétisme lui reste comme un handicap, il s'inscrit dans un club de boxe de Bab El-Oued, tout en suivant une formation en maçonnerie.

Il est grand, beau, costaud et d'un physique avantageux que ses tatouages mettent en valeur  : il porte l'inscription « marche ou crève » sur le pectoral gauche et « Tais-toi » sur le dessus du pied droit. Il devient joueur de bonneteau. D'un caractère changeant, irritable, Ali la Pointe acquiert vite la réputation d'un homme redoutable dans le milieu de la vieille ville d'Alger. Poursuivi à plusieurs reprises, il n'hésite pas à tirer sur les policiers.

Découverte du FLN[modifier | modifier le code]

En 1954, arrêté pour bagarre, il écope de deux ans de prison. Son séjour à Barberousse va changer sa vie. Il est mis dans une cellule où l'on entasse les Algériens à trente ou trente-cinq. Il va y découvrir la Révolution en faisant la connaissance des militants du FLN. Les premiers qui ont été arrêtés, en novembre 1954, n'étaient pas considérés comme des « prisonniers politiques » mais comme des « droit commun ». À ce titre, ils se retrouvent mêlés aux voleurs, proxénètes et malandrins de toute sorte. Ils profitent des longues journées d'inaction pour se transformer en enseignants. Ils éduquent Ali la Pointe. Ils ont décelé dans ce jeune homme impulsif, révolté, courageux mais sans réflexion, un terrain de choix  :

« Tu es victime du colonialisme, lui expliquent-ils. Si tu ne sais ni lire ni écrire, c'est leur faute. Si tu as fait tout cela, le bonneteau, les filles, les cambriolages, c'est qu'on ne t'a jamais rien appris d'autre. Maintenant, tout va changer. Le FLN accueille toutes les bonnes volontés : tu vas lutter pour ton pays. Viens avec nous.[réf. nécessaire] »

Lorsqu'il quitte la prison Barberousse pour la ferme-prison modèle de Damiette dans les environs de Médéa, Amara Ali, le petit malfrat multirécidiviste, n'est plus[réf. nécessaire]. Il a fait place à Ali la Pointe, militant FLN, qui n'a plus qu'une idée en tête : s'évader et rejoindre le Front. Projet qu'il met à exécution.

Il s'évade le 2 avril 1955 en compagnie d'un camarade de cellule, Morane Guenaoui, et se rend à Blida puis à Alger. Il entre dans la clandestinité dans la Casbah.

Rencontre avec Yacef[modifier | modifier le code]

En octobre 1955, Yacef Saadi futur chef de la Zone autonome d'Alger l'enrôle au sein des commandos FLN qui va influencer le déroulement de ce que l'on appellera, en janvier 1957, la bataille d'Alger. Yacef Saadi a été averti par un informateur de la Casbah qu'un dur, un « prêt-à-tout », «ancien mac », veut s'engager dans les rangs du FLN d'Alger. Yacef bien que craignant qu'Ali la Pointe puisse être un indicateur de la police l'engage.

Yacef Saadi-Ali la Pointe. Le tandem le plus terrible de l'histoire de la guerre d'Algérie vient de naître.

Opérations dans les milieux criminels d'Alger[modifier | modifier le code]

Fiche signalétique d'un avis de recherche sur Ali la Pointe, émise par la police de la préfecture d'Alger en 1957.

Après avoir contribué de la manière que l'on sait à la prise en main de la population par le FLN, Yacef Saadi décide d'assainir la Casbah de ses traîtres. Il s'ouvre de son projet à Abane Ramdane : « Si je parviens à nettoyer la Casbah, dit-il, la tâche politique en sera facilitée. En revanche, si tu ne bouges pas, tes « politiques » seront donnés les uns après les autres à la police. Les indicateurs se multiplient dans la Casbah. Il faut les abattre et f… la trouille aux autres! » [réf. nécessaire] Convaincu, Abane donne carte blanche à Saadi : aidé d'Ali la Pointe, il doit assainir la Casbah. La décision que venait de prendre Abane conduira un an plus tard à la bataille d'Alger.

Ali connaît bien le monde du milieu que l'on trouve au sein de la Casbah. Ses informations vont aider considérablement la réalisation des projets de Yacef. Il a été en rapport avec toutes les bandes importantes. Depuis Hacène le Bônois jusqu'aux frères Hamiche en passant par les Européens Vincent la Rascasse et Jo Menella. Il les connaît tous et tous le connaissent sans avoir pu s'attacher les services de cet homme redoutable et dont le sang-froid est exceptionnel[réf. nécessaire].

Pour l'heure, c'est au milieu algérois que Yacef et Ali ont décidé de s'attaquer. Utilisant la persuasion puis la violence, il règle ce problème. Dès lors, il n'y a plus d'autre autorité que celle du FLN sur les 80 000 habitants de la Casbah.

Pour l'écrivain Manuel Gomez, ces événements sont plus prosaïques. Yacef Saadi est chargé par le FLN de rallier les truands d’Alger. Ceux qui refusaient sont éliminés par Ali la Pointe, « son tueur assermenté ». Une dizaine aurait été éliminé[1].

Plastiquage de la cache d'Ali la Pointe au 5, rue des Abdérames[modifier | modifier le code]

Le chef direct d'Ali la Pointe, Yacef Saadi, est arrêté le 24 septembre 1957 par les paras du 1er REP dans une cache de la rue Caton, en haute Casbah, en compagnie de Zohra Drif, après avoir résisté. Conduit dans une villa d'El-Biar occupée par le régiment, il est mis au secret le plus absolu. Les deux prisonniers sont étroitement gardés par le 1er REP. Aucun contact ne leur est permis avec l'extérieur car Yacef et Zohra n'ignorent plus rien du double jeu d'un ex FLN, Hassan Ghendriche alias Zerrouk, retourné secrètement par le capitaine Léger, chef du GRE qui l'intègre dans l'équipe des « bleus de chauffe » ; il faut que ce double jeu se poursuive pour mettre le GRE sur la piste d'Ali la Pointe. Très vite, Zerrouk prend contact avec Ali, par une boîte aux lettres de secours. Léger apprend ainsi qu'Ali la Pointe se trouvait tout près de Yacef Saadi, le 24 septembre, et qu'il a rejoint une autre cache avec Hassiba Ben Bouali, Petit Omar (douze ans, agent de liaison et neveu de Yacef) et Mahmoud, autre agent de liaison. Ali la Pointe a sur lui de l'argent, quatre bombes complètes, et il désire que Zerrouk - qui pour lui est toujours le responsable militaire de la zone autonome - relance une vague d'attentats pour venger le grand frère. Lentement, Léger reprend la filature du courrier. Il lui faudra trois semaines pour arriver à localiser la planque d'Ali la Pointe au 5, rue des Abdérames en haute Casbah.

Le soir du 8 octobre 1957, l'opération est déclenchée de façon classique  : quartier cerné, îlot contenant la cache investi par les paras du 1er REP. Les militaires ont fait évacuer la population des maisons comprises dans l'îlot. Le régiment est, à cette époque, sous les ordres du commandant Guiraud, adjoint du colonel Jeanpierre, blessé lors de l'arrestation de Yacef, le 24 septembre. Ali la Pointe possède, dans sa cache, de l'armement et quatre bombes. Les officiers des parachutistes essayent d'abord de parlementer avec lui. Finalement, le commandant Guiraud décide de faire sauter la cache en plaçant des charges de plastic aux angles. Une dernière fois, le capitaine Allaire tente en vain d'obtenir une réponse d'Ali la Pointe en lui parlant au mégaphone. L'explosion a lieu. Des gravats de toute sorte vont retomber jusque sur les jeeps P.C. stationnées rue Randon. La maison a disparu, littéralement soufflée.

Lors des opérations de déblaiement, on relève de nombreux corps de civils et, parmi eux, des femmes et des enfants victimes de l'explosion. C'est dans les derniers jours que seront trouvés les corps d'Ali la Pointe, de Hassiba Ben Bouali et de Mahmoud puis, quelque temps après, le corps du Petit Omar qui a été propulsé au travers de toute la maison, pour s'arrêter sur le porche en pierre. Un mètre de plus, et il tombait sur le lieutenant Gillet[réf. nécessaire]. Tous les corps étaient parfaitement identifiables.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Le personnage d'Ali la Pointe a été incarné par Brahim Haggiag dans le film italo-algérien la Bataille d'Alger de Gillo Pontecorvo ; la musique du film est l'œuvre du célèbre compositeur italien Ennio Morricone.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Germaine Tillon au Panthéon de la naïveté !, Manuel Gomez, bvoltaire.fr, 23 février 2014