Roger Trinquier

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Roger Trinquier
Image illustrative de l'article Roger Trinquier

Naissance 20 mars 1908
à La Beaume, France
Décès 11 janvier 1986 (à 77 ans)
à Vence, France
Origine Flag of France.svg Française
Allégeance Armée française
Grade Colonel
Années de service 1928 –
Conflits Seconde Guerre mondiale
Guerre d’Indochine
Guerre d’Algérie
Distinctions Commandeur de la Légion d'honneur

Roger Trinquier (1908-1986) était un officier supérieur parachutiste, ayant participé à la guerre d'Indochine, à la crise de Suez et à la guerre d'Algérie. En tant que membre de l'état-major de la 10e division parachutiste de Jacques Massu, il prend part, dans un rôle de premier plan, à la bataille d'Alger en 1957. Commandeur de la légion d’honneur, titulaire de 14 citations dont 10 à l’ordre de l’armée, le colonel Trinquier est l’auteur de plusieurs ouvrages

Auteur de La Guerre moderne (éditions de la Table Ronde, 1961), il est un des théoriciens de la « guerre subversive » et sera abondamment cité dans les écoles de guerre, en particulier à l'École militaire des Amériques, située au Panama ainsi qu'à Fort Benning en Georgie (États-Unis).

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales[modifier | modifier le code]

Roger Trinquier est né le 20 mars 1908 dans une famille de paysans à La Beaume dans les Hautes-Alpes. Il fait ses études à l’école communale de son village natal où il obtient son certificat d’études en 1920. En 1925, il entre à l’école normale d’Aix-en-Provence.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Élève officier de réserve en 1928 lors de son service militaire, il prend le commandement d’une section de tirailleurs sénégalais à sa sortie de l’école à Fréjus dans le Var.

À la fin de son service, Roger Trinquier s’engage dans l’armée et intègre l’école des officiers d’active de Saint-Maixent d’où il sort sous-lieutenant en 1933. Affecté un temps à Toulon au 4e RTS, il embarque le 11 mai 1934 à destination de l’Indochine où il rejoint Kylua, au Tonkin, à proximité immédiate de Langson. Il prend ensuite le commandement du poste de Chi Ma, à la frontière de la Chine.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En poste à Pékin à la veille de la Seconde Guerre mondiale, il est replié en janvier 1940 dans la concession française de Chang-Haï[1], ou un petit bataillon mixte (Européens et Annamites) maintient la présence militaire française malgré l'occupation de la ville de Chang-Haï par les troupes japonaises. Mais, en mars 1945, à la suite du coup de force japonais en Indochine, le bataillon, depuis longtemps coupé de la Métropole et dont il est devenu l'adjoint du chef de corps, sera interné dans ses propres casernements, le drapeau est maintenu... Lors de la capitulation japonaise, les Français récupèreront les armes qui ont échappé aux fouilles et reprendront une certaine autonomie, vivant à crédit jusqu'à l'arrivée des autorités "gaullistes". Objet de suspicions et considérés comme "collaborateurs" des Japonais, les officiers du bataillon devront remplir un questionnaire détaillé au sujet de leurs activités durant la période 40/46... Trinquier, à la suite du suicide de son chef de corps et moralement affecté, refusera et même posera sa démission. Le général Salan le convainc de rester et il se porte immédiatement volontaire pour l'Indochine. De ce fait son avancement sera compromis durant quelques années[2].

Guerre d'Indochine[modifier | modifier le code]

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, il participe, toujours avec le grade de capitaine, à la reconquête de l'Indochine au sein du groupement parachutiste Ponchardier. Au sein du groupement, rapidement, après quelques combats et en dépit de la méfiance réciproque, l'amalgame se fait entre les Anciens (ceux de Chine) et les Nouveaux (ceux de Leclerc). En fin de séjour, le commandant Ponchardier le propose à l'avancement mais le fameux questionnaire ressort et Roger Trinquier refuse de le remplir. Il reste capitaine... À la mi 1946, il est muté à Tarbes comme adjoint du commandant Dupuis pour former le 2e BCCP (bataillon colonial de commandos parachutistes). Ce bataillon est engagé de 1947 à 1949 en Indochine dans des opérations de contre-guérilla. Le capitaine Trinquier en reçoit le commandement après la mort du chef de bataillon Dupuis jusqu'à son retour en Métropole et sa dissolution[3].

Enfin promu chef de bataillon, il repart en Indochine en 1951 où il prend, pour le compte du SDECE [4](service de la documentation extérieure et du contre-espionnage) la tête du "service action" du Tonkin, puis de l'ensemble de ces mêmes services pour toute l'Indochine. À ce titre, il dirigeait le fameux GCMA (groupement mixte de commandos aéroportés, devenus, plus tard, le GMI - groupement mixte d'intervention) qui organisait les différents maquis sur les arrières du Vietminh[5]. Il rentre en Métropole en janvier 1955 après la défaite de Điện-Biên-Phủ... Lieutenant-colonel, il est affecté à Paris à l’état-major du général Jean Gilles, commandant les troupes aéroportées.

Guerre d'Algérie[modifier | modifier le code]

En août 1956, il rejoint l’Algérie et prend le commandement de la Base Aéroportée d’AFN, puis devient l'adjoint du général Massu, commandant la 10e division parachutiste (10e DP), lors de la bataille d’Alger. Il est à l’origine de la création du « dispositif de protection urbaine » (DPU).

De juin 1957 à mars 1958,il commande la Base École des Troupes Aéroportées (BETAP) à Pau. En mars 1958 il remplace le colonel Bigeard à la tête du 3e RPC (régiment de parachutistes coloniaux) qui deviendra 3e RPIMa (régiment de parachutistes d'infanterie de marine).

Putschiste et membre du Comité de salut public d’Alger du 13 mai au 11 juin 1958, il reprend le combat à la tête de son régiment dans le sud et en Kabylie où il capture le commandant Azzedine. Le premier semestre 1959, il prend part aux opérations du plan Challe en Oranie et l’Ouarsenis.

En juillet 1959, il prend le commandement du secteur d’El Milia dans le Constantinois avec son chef d’état-major le capitaine Dabezies.

Roger Trinquier entretient une correspondance suivie avec le général Salan et fait part de son désenchantement, puis de sa défiance vis-à-vis de la politique algérienne du général de Gaulle.

Après 1960[modifier | modifier le code]

En juillet 1960, Roger Trinquier, très engagé dans la défense de l'Algérie française est alors rappelé en métropole et affecté en décembre à l’état-major du général commandant le groupe de subdivisions à Nice.

En janvier 1961, Roger Trinquier, est sollicité pour une intervention au Katanga, il rend compte immédiatement et est reçu par Pierre Messmer, ministre des Armées. À la demande du ministre et en toute confiance car c'est l'usage en de pareilles circonstances, il signe en blanc une demande de retraite anticipée, au cas où[2]... Rue89 affirme que Pierre Messmer a alors proposé à Roger Trinquier de partir pour le Katanga avec pour mission de monter la première armée indépendante du KATANGA,["notre guerre au Katanga" de J. DUCHEMIN] à la demande de son président Moïse TSHOMBÉ. L'assassinat de Patrice LUMUMBA par les gendarmes katangais, met fin à la coopération officieuse de la France. Roger Trinquier rentre à Paris à la fin du mois[6]. Quelques officiers Français resteront, on les appellera les "affreux". Le 26 janvier 1961, le ministre des Armées ressort la demande de mise à la retraite anticipée et le met d’office en position de retraite[2].

Fin avril 1961, en route pour le Katanga par la Rhodésie, il apprend à Athènes la nouvelle de la révolte d’Alger. Revenu en France, il se consacre désormais à la réflexion et à l’écriture d’ouvrages inspirés de son expérience, tout en restant fidèle à ses compagnons d’armes impliqués dans la révolte des généraux, improprement appelée putsch d'Alger, l'objectif des révoltés n'était, de toute évidence, pas la conquête du pouvoir...

Il a participé à la création de l'Union nationale des parachutistes avec le colonel Buchoud et en est le premier président de 1963 à 1965.

Il meurt de façon accidentelle le 11 janvier 1986 à Vence.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Commandeur de la Légion d'honneur

Citations[modifier | modifier le code]

14 citations dont 10 à l'ordre de l'armée

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Principaux ouvrages[modifier | modifier le code]

La Guerre moderne (1961)[modifier | modifier le code]

La Guerre moderne de Trinquier a été considéré comme l'un des manuels de la guerre contre-insurrectionnelle, soulignant l'importance du renseignement, de la guerre psychologique et du volet politique des opérations armées[7]. Il a été abondamment cité par le général britannique Frank Kitson, qui a travaillé en Irlande du Nord et est l'auteur de Low Intensity Operations: Subversion, Insurgency and Peacekeeping (1971).

Selon un entretien du colonel américain Carl Bernard avec la journaliste Marie-Monique Robin, Paul Aussaresses, qui travaillait alors à Fort Bragg, centre d'entraînement des forces spéciales américaines, lui a montré un brouillon de ce livre[7]. Aussaresses et Bernard ont alors envoyé un résumé du livre à Robert Komer, un agent de la CIA qui deviendra l'un des conseillers du président Lyndon Johnson pour la guerre du Viêt-nam [7]. Selon C. Bernard, c'est « à partir de ce texte que Komer a conçu le programme Phoenix, qui est en fait une copie de la bataille d'Alger appliquée à tout le Viêt-nam du Sud. (...) Pour cela, on retournait des prisonniers, puis on les mettait dans des commandos, dirigés par des agents de la CIA ou par des bérets verts, qui agissaient exactement comme l'escadron de la mort de Paul Aussaresses. » [7].

Le coup d’État du 13 mai (1962)[modifier | modifier le code]

Dans Le coup d’État du 13 mai, Roger Trinquier démontre comment la Cinquième République s'est établie par un coup d'État, le putsch d'Alger de 1958.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Les erreurs dues à la bonté d’âme sont (...) la pire des choses. Comme l’usage de la force physique n’exclut nullement la coopération de l’intelligence, celui qui en use sans pitié et ne recule devant aucune effusion de sang prendra l’avantage sur son adversaire. »[8].
  • « Ces exactions systématiques sont l’expression d’une révolution dans l’art de la guerre censée répondre à la "guerre totale" menée par les rebelles par une politique de terreur dont l’enjeu est le ralliement des populations » [citation nécessaire]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Orthographe la plus courante à cette époque...
  2. a, b et c Roger Trinquier, Le temps perdu, Paris, Albin Michel,‎ 1978, 442 p. (ISBN 2-226-00620-6)
  3. Roger Trinquier, Le premier bataillon de bérets rouges - Indochine 1947-1949, Paris, Plon,‎ 1984, 259 p. (ISBN 978-2259011938)
  4. « Service de documentation extérieure et de contre-espionnage », sur Wikipedia
  5. Roger Trinquier, Les maquis d'Indochine, Paris, Albatros,‎ 1976, 261 p. (lire en ligne)
  6. (fr) Quand la CIA sous-traitait la traque d'Al Qaeda, Rue89, David Servenay, 23 août 2009, 23H35
  7. a, b, c et d Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], 2008, p.254 (entretien de l'auteur avec Carl Bernard)
  8. Roger Trinquier, Guerre, subversion, révolution, Robert Laffont, Paris, 1968