Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient

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Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient
Insigne du CEFEO
Insigne du CEFEO

Période 1945 – 28 avril 1956
Pays Drapeau de la France Union française
Guerres Guerre d'Indochine
Commandant historique Général Leclerc
Général de Lattre
Général Salan
Insigne d'épaule du CEFEO.
Combat au FM 24/29 en 1952.
Parachutistes français en Indochine en mai 1952.
Hommes de la 1re compagnie étrangère parachutiste de mortiers lourds en 1953/1954 avec 2 mortiers mortier Brandt 120 mm type A.M. 50.

Le corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (ou CEFEO) est une force des armées françaises prévue initialement pour combattre l'Empire du Japon en Indochine durant la Seconde Guerre mondiale, mais qui ne fut déployée qu'après la capitulation de ce dernier et participa surtout à la guerre d'Indochine.

Origines (1943-1945)[modifier | modifier le code]

En juillet 1943, le Comité français de la Libération nationale d'Alger décide d'une participation des Forces françaises combattantes à la Guerre du Pacifique avec, dans l'esprit du général de Gaulle, un double objectif : participer à la guerre contre le Japon aux côtés des Alliés et rétablir l'autorité française sur ses colonies indochinoises, que les Japonais avaient envahies en 1940 (puis mettront sous leur coupe en 1945). Sa mise sur pied est laborieuse et la France manque d'équipements et de bateaux pour l'acheminement et doit faire appel aux Américains.

En juin 1945, Leclerc est placé à la tête de ce corps expéditionnaire. Son prestige va être utilisé en France pour contribuer au recrutement de volontaires. Mais, la capitulation du Japon est annoncée le 15 août 1945 alors que ce corps expéditionnaire n'a pas encore quitté la France. Déjà, en métropole certains se font écho des doutes sur les objectifs de ce corps expéditionnaire et des changements intervenus depuis la guerre dans l'Empire français. Ainsi, le journal Le Monde du 21 août 1945 indique-t-il que : « La France n'a pas été la dernière à constater que la politique coloniale ne pourrait être menée après la guerre dans les mêmes conditions qu'auparavant. » et de ce qui est perçu comme une reconquête.

Pourtant, la fameuse affiche de recrutement des Forces Expéditionnaires Françaises d'Extrême-Orient (FEFEO) ne présente pas la campagne indochinoise comme une guerre coloniale, mais comme la poursuite de la libération du territoire français, faisant écho au « devoir de guerre » dont parlait le général de Gaulle dans son allocution du 25 août 1944 lors de la libération de Paris, seulement quelques mois plus tôt. Ainsi, les Français qui se sont portés volontaires pour le corps expéditionnaire pouvaient lire sur l'affiche en question : « Hier Strasbourg, demain Saïgon, engagez-vous dans les FEFEO » ; le héros national qu'était alors le général FFL Leclerc y était représenté sur un char Sherman de la prestigieuse 2e DB[1].

L'Empire du Japon annonce sa capitulation à la mi-août, prenant de court le gouvernement français et permettant en Indochine une prise de pouvoir par les indépendantistes vietnamiens. Leclerc, arrivé à Kandy le 22 août pour préparer le débarquement de ses troupes, s'entend dire par Lord Mountbatten qu'en application des accords de Potsdam, Britanniques et Chinois pénètreront les premiers en Indochine. Leclerc demande à Charles de Gaulle d'obtenir que Harry Truman revienne sur cette décision, mais, les États-Unis ne souhaitent pas mécontenter Tchang Kaï-chek[2]. Les premiers éléments du corps expéditionnaire, le Corps Léger d'Intervention, peuvent finalement pénétrer en Indochine à la mi-septembre et participent, avec les Britanniques et les Chinois, au désarmement des troupes japonaises. Le gros des troupes du corps expéditionnaire ne peut débarquer que début octobre, Leclerc lui-même débarquant le 5 octobre. Le corps expéditionnaire est ensuite bientôt engagé dans les combats contre le Việt Minh. Les commandos français de la DGER (constitués d'anciens Jedburgh), parachutés par la Force 136, sont déjà sur place depuis plusieurs mois luttant contre l'occupant nippon avec le concours de tribus montagnardes Hmong du Laos. Le génocide des Hmongs qui se poursuit de nos jours, comme en atteste le reportage de Grégoire Deniau pour Envoyé Spécial[3], résulte de ce soutien apporté à la France contre les Japonais, puis les communistes.

Guerre d'Indochine (1945-1954)[modifier | modifier le code]

Guerre secrète franco-américaine en Indochine (1954-1956)[modifier | modifier le code]

L'appellation de corps expéditionnaire pour les troupes françaises en Indochine va perdurer jusqu'au 28 avril 1956 jour de « la liquidation et à la dissolution du corps expéditionnaire » opérée par le général Jacquot.

En effet, bien que les accords de Genève soient signés en juillet 1954, marquant le cessez-le feu officiel et la partition du Viêt-Nam, l'évacuation des troupes françaises en Indochine n'est effective que le 28 avril 1956[4]. Durant ce laps de temps, le corps expéditionnaire fort de plus de 100 000 hommes complète la formation de l'Armée nationale vietnamienne créée en 1949 et dont les cadres sont majoritairement pro-français, à l'image de son chef, le général Nguyễn Văn Hinh, qui rejoindra la Légion étrangère en 1956[5]. France et États-Unis se livrent alors à une lutte d'influence qui débouche sur une guerre secrète par Service d'Action interposés où les GCMA restent actifs (Opération X)[5].

Commandement du CEFEO[modifier | modifier le code]

Les commandants en chef[modifier | modifier le code]

  • 15 août 1945 - 19 juillet 1946 : général Leclerc,
  • 19 juillet 1946 - février 1948 : général Valluy,
  • 10 février 1948 - avril 1948 : général Salan (intérim),
  • avril 1948 - septembre 1949 : général Blaizot,
  • septembre 1949 - décembre 1950 : général Carpentier,
  • 6 décembre 1950 - 31 décembre 1951 : général de Lattre (Il est également haut-commissaire),
  • 1er janvier 1952 - 27 mai 1953 : général Salan[6]
  • 8 mai 1953 - 8 juin 1954 : général Navarre[7],
  • 9 juin 1954 - juin 1955 : général Ély,
  • juin 1955 - février 1956 : général Jacquot.

Les commandants du Tonkin[modifier | modifier le code]

  • mai 1947 - février 1948 : général Salan,
  • août 1948 - septembre 1949 : général Chanson,
  • septembre 1949 - novembre 1950 : général Marcel Alessandri,
  • février 1951 - mai 1953 : général de Linarès,
  • juin 1953 - octobre 1954 : général Cogny.

Les commandants du Sud[modifier | modifier le code]

  • décembre 1946 - février 1948 : général Nyo,
  • février 1948 - septembre 1949 : général Boyer de la Tour,
  • septembre 1949 - juillet 1951 : général Chanson,
  • septembre 1951 - juin 1953 : général Bondis.

Composition et statistiques[modifier | modifier le code]

Le CEFEO a été constitué d'unités provenant de l'ensemble de l'Union française, aidées par les forces des États associés d'Indochine. En 1954, le CEFEO comprenaient 177 000 hommes dont 59 000 autochtones. Les soldats coloniaux représentaient une part très importante des effectifs. Entre 1947 et 1954, 122 900 Maghrébins et 60 340 Noirs d'Afrique débarquèrent en Indochine soit 183 240 Africains au total. Le 1er février 1954, ils représentaient 43,5 % des 127 785 hommes des Forces terrestres (autochtones non compris)

De septembre 1945 au cessez-le-feu en juillet 1954, 488 560 hommes et femmes débarquèrent en Indochine[8] :

  • 223 467 Français de métropole,
  • 122 920 Algériens, Tunisiens ou Marocains,
  • 72 833 Légionnaires,
  • 60 340 Africains
  • 8 000 militaires déjà basés en Indochine en 1945, non rapatriés.

Les premières unités[modifier | modifier le code]

Le premier détachement français, constitué d'une compagnie du 5e RIC/CLI, débarque à Saigon le 12 septembre 1945, dans le cadre du Corps Léger d'Intervention, avec les troupes britanniques du major général Gracey (20e division indienne)[9].

Le 21 septembre, les troupes valides du 11e RIC (1 400 hommes), emprisonnées dans leur caserne depuis le coup de force japonais du 9 mars 1945, sont libérées et réarmées.

Le 3 octobre, le commando Ponchardier et le reste du 5e RIC débarquent à leur tour en Indochine.

Les gros des troupes, endivisionné ou non, arrive ensuite :

  • du 15 au 21 octobre : GM/2e DB (groupement de marche de la 2e DB) aux ordres du lieutenant-colonel Massu (2 000 hommes)[10],
  • décembre 1945 : 9e DIC du général Valluy[11],
  • fin décembre 1945, BEO (brigade d'Extrême-Orient, 1 200 hommes)[12],
  • décembre 1945, 3e REI,
  • février 1946 : 3e DIC du général Nyo[13],
  • février 1946, 1er bataillon de parachutistes SAS du chef d'escadron Mollat,
  • mars 1946, 13e DBLE,
  • 19 juin 1946, 2e bataillon de parachutistes SAS du chef de bataillon Mollat.

Évolution des effectifs et pertes[modifier | modifier le code]

Évolution et pertes annuelles[modifier | modifier le code]

Allée dans le mémorial des guerres en Indochine
Années Effectifs Pertes[14]
1945 19 400 367
1946 68 400 2 828
1947 88 625 4 081
1948 86 800 4 821
1949 98 550 4 872
1950 122 785 7 150
1951 142 008 3 443
1952 200 993 ??
1953 190 000 ??
1954 245 000 ??
1955 ?? ??

Les valeurs de 1945 à 1951 de ce tableau sont issues du Journal Officiel du 21 mars 1952[15]. Celles de 1952 à 1954 proviennent de l'ouvrage Guerre d'Indochine[16].

La nécropole des guerres d'Indochine se trouve à Fréjus ; environ 34 000 noms y sont inscrits.

Pertes globales durant le conflit[modifier | modifier le code]

L'ouvrage Guerre d'Indochine estime le nombre de tués et disparus, hors Indochinois, à 47 674 hommes répartis comme suit[17]:

Origine Tués Pourcentage
Métropolitains 20 524 43 %
Nord-Africains 12 256 26%
Légionnaires 11 493 24%
Africains 3 401 7 %
TOTAL 47 674 100 %

Jacques Dalloz[18], annonce un total des pertes du CEFEO égal à 37 800 réparties comme suit :

Origine Tués Pourcentage
Métropolitains 18 000 48%
Nord-Africains 8 000 21%
Légionnaires 9 000 24%
Africains 2 800 7 %
TOTAL 37 800 100 %

Compositions des effectifs[modifier | modifier le code]

Effectifs en 1946-1949[modifier | modifier le code]

Origine Effectifs Pourcentage
Métropolitains 43 700 38 %
Nord-Africains 13 800 12 %
Africains 8 050 7 %
Indochinois 35 650 31 %
Légionnaires 13 800 12 %
TOTAL 115 000 100 %

Effectifs en 1954[modifier | modifier le code]

Le 1er février 1954, les soldats d'Afrique (Maghrébins et noirs) engagés dans le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient représentaient 43,5 % des 127 785 hommes des Forces terrestres (autochtones non compris)[19].

Maurice Vaïsse donne les effectifs suivants en juin 1954[20] :

Origine Effectifs Pourcentage
Autochtones 59 000 33 %
Métropolitains 50 000 28 %
Nord-Africains 35 000 20 %
Africains 19 000 11 %
Légionnaires 14 000 8 %
TOTAL 177 000 100 %

Personnalités ayant servi au sein du CEFEO en Indochine[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Guerre d'Indochine - 1945-1954, éditions Trésors du Patrimoine, 2004.
  • Dalloz Jacques , Dictionnaire de la guerre d'Indochine, éditions Armand Colin, 2006.
  • de Folin Jacques, Indochine 1940-1955 - La fin d'un rêve, éditions Perrin, 1993.
  • Henri Navarre, Agonie de l'Indochine (1953-1954), éditions Plon, 1956.
  • Salan Raoul, Mémoires - Fin d'un empire (Tomes 1 à 4), éditions Presses de la Cité, 1970.
  • Michel Bodin, Les Africains dans la guerre d'Indochine 1947-1954, l'Harmattan, 2000.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Affiche de recrutement
  2. Jacques Dalloz, La Guerre d'Indochine, Seuil, 1987, page 79
  3. Envoyé Spécial: Guerre secrète au Laos
  4. Philippe Franchini, Les mensonges de la guerre d'Indochine, Perrin, Paris 2005, (ISBN 2-262-02345-X)
  5. a et b 1954, la guerre secrète franco-américaine en Indochine, Patrick Pesnot, France inter, samedi 12 mars 2005
  6. In Mémoires - Fin d'un empire, Raoul Salan, tome 2, pages 285 et 412.
  7. In Agonie de l'Indochine (1953-1954), pages 3 et 278.
  8. Les Forces Françaises en Extrême-Orient
  9. In Leclerc et l'Indochine, page 95
  10. Le GM/2e DB comprend : 4e bataillon du RMT, 1re compagnie du 501e RCC, 7e escadron du 1er RSM et éléments du 71e bataillon du génie, Cf. hors série n°1 de la revue Bataille, page 33.
  11. La 9e DIC comprend : le 6e RIC, le 21e RIC, et le 23eRIC, Cf. hors série n° 2 de la revue 39-45 Magazine, Indochine 1945-1954, 1. La reconquête, page 67.
  12. Constituée à Madagascar, elle comprend après divers remaniements 1 000 Européens et 200 Indochinois (Cf. hors série n°1 de la revue Bataille pages 29 à 33) et finit par atteindre l'effectif de 4 000 hommes à son arrivée en Indochine grâce à des compléments venant de France (Cf. Leclerc et l'Indochine, page 98).
  13. La 3e DIC (ex 2e DICEO) : comprend le 22e RIC, le 43e RIC, et le 2e REI, Cf. hors série n° 2 de la revue 39-45 Magazine, Indochine 1945-1954, 1. La reconquête, page 67.
  14. Le terme pertes comptabilise les tués et disparus.
  15. JO du 21/3/1952, page 1396, retranscrit dans le livre Jean de Lattre mon mari de Simone de Lattre, éditions Presses de la Cité, page 307.
  16. In Guerre d'Indochine, page 198, hors Armée des États associés et supplétifs.
  17. In Guerre d'Indochine, page 200. Les pertes comprennent les tués au combat, les décès en Indochine ainsi que les disparus au 1/09/54
  18. In Dictionnaire de la guerre d'Indochine, page 194
  19. Michel Bodin, LES AFRICAINS DANS LA GUERRE D'INDOCHINE 1947-1954, l'Harmattan, 2000, p.10
  20. Maurice Vaïsse, L'Armée française dans la guerre d'Indochine (1946-1954): adaptation ou inadaptation?, Éditions Complexe, 2000, p.146
  21. Stephen Smith, Oufkir, un destin marocain, Hachette Littératures, 2002

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]