Thierry Maulnier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Maulnier.
Thierry Maulnier
Description de l'image defaut.svg.
Nom de naissance Jacques Louis André Talagrand
Alias
Thierry Maulnier
Dominique Bertin
Jacques Darcy
Naissance
Alès, Gard
Décès (à 78 ans)
Marnes-la-Coquette, Hauts-de-Seine
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture français
Genres

Œuvres principales

  • Racine (1934)
  • Introduction à la poésie française (1939)
  • Lecture de Phèdre (1969)
  • Les vaches sacrées (1979)

Thierry Maulnier, de son vrai nom Jacques Talagrand[1], né le à Alès et mort le à Marnes-la-Coquette, est un écrivain français et journaliste engagé, passé de L'Action française au Figaro.

Essayiste de droite « ultra »[2], c'est à dire moins extrême[3] qu'un Lucien Rebatet, il a incarné durant les années trente un courant des Non conformistes parallèle à la Jeune droite mais affranchi des instances catholiques qui durant l'Occupation, tout en voulant éviter la Collaboration, a œuvré à la Révolution nationale. Critique littéraire attaché au langage classique et opposé au théâtre engagé comme à la littérature existentialiste, c'est aussi un auteur dramatique à la prosodie austère. Proche des Hussards, sans succès populaire, il est élu en 1964 à l'Académie française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Étudiant maurrassien (1909-1930)[modifier | modifier le code]

Thierry Talagrand est le fils d'une sévrienne et d'un normalien, condisciple de Charles Péguy et de Louis Gillet mais athée et voltairien[4]. Il grandit avec son frère, qui deviendra procureur, à Alès, où son père, professeur de lycée, un « hussard » de la République laïque, assure lui même son éducation à domicile. A seize ans, ses parents divorcés, il intègre le système scolaire à Nice, où un lycée porte aujourd'hui son nom.

Brillant élève quoique dandy désinvolte, il est admis en terminale[4] puis en khâgne au lycée Louis le Grand, à Paris, où il est logé par ses grands parents maternels. Il a pour amie une étudiante en anglais de deux ans plus âgée, Anne Desclos, qui n'hésite pas pour s'amuser à déambuler dans Les Halles déguisée en prostituée. Il a pour camarades Robert Brasillach, José Lupin et Roger Vailland, avec lesquels il écrit des pastiches[4] et un canular de roman fantastique qui met en scène un Fantomas féminin évoluant entre des vierges éventrées jusqu'au triomphe de la flotte afghane sur l'Empire britannique et qui trouve toutefois à être publié en feuilleton dans un obscur journal de province[5]. Les trois potaches entrent à l'École normale supérieure en 1928. Ils appartiennent à la même promotion que Maurice Bardèche, Claude Jamet, Georges Pelorson, Henri Queffélec, Jacques Soustelle, Maurice Merleau-Ponty, Robert Merle, Paul Gadenne, Julien Gracq et Simone Weil.

Encore étudiant, Thierry Maulnier admire le talent de Charles Maurras que son professeur de lettres en hypokhâgne, André Bellessort, chroniqueur au Temps et au Journal des débats, a fait découvrir à ses meilleurs élèves. Lors des conférences qui sont organisées au sein de la Sorbonne ou que donne André Bellessort lui même à l'Institut d'Action française, il côtoie le milieu de cette association royaliste. C'est un mouvement politique mais aussi une école idéologique traversée par la question de la tradition catholique quand triomphe une science positiviste. Ses membres ont été excommuniés et ses publications ont été mises à l'Index depuis décembre 1926 par une Curie restée marquée par la crise moderniste. Désormais en rupture avec le néothomisme de Jacques Maritain, on y rejette le darwinisme et y professe le fixisme.

Au printemps 1930, Thierry Talagrand se propose pour remplacer avec Maurice Bardèche, José Lupin et Robert Brasillach l'équipe de rédaction du journal que le mouvement édite à destination des étudiants, L'Étudiant français[4]. Sur l'invitation d'Henri Massis, il rejoint aussitôt l'équipe de la maison mère[6], si bien qu'il échoue l'année suivante à l'agrégation de lettres qui lui aurait ouvert une carrière de professeur dans l'enseignement du second degré.

La Jeune droite (1931-1935)[modifier | modifier le code]

Au quotidien L'Action française, Thierry Maulnier est soutenu par Pierre Drieu la Rochelle et Robert Brasillach , qui siègent au comité de rédaction, et passe rapidement de la chronique littéraire à la rubrique politique. Marxien, il est conduit à la suite de La Tour du Pin par une réflexion originale, qui lui vaut le surnom de l'Anguille[4], à rechercher des arguments contre l'idéologie marxiste dans la remise en cause de ce qui dans le capitalisme même se prête à la déshumanisation puis la contestation du Lumpenprolétariat et à proposer un nouvel ordre social, qu'il qualifie d'humaniste, qui fasse de la liberté personnelle et du partage des biens spirituels, et non du travail ou de l'argent, sa condition centrale. Cet engagement idéologique s'inscrit dans un groupe d'intellectuels que l'historiographie repèrera sous le nom qu'ils se sont donné de Non conformistes. Il se traduit dans les années 1930-1934 par sa collaboration à La Revue française et à l'éphémère Réaction pour l'ordre, auxquelles succède en avril 1933 La Revue du siècle, et par la publication d'un premier livre, La crise est dans l'homme. C'est à cette occasion qu'il adopte le pseudonyme de Thierry Maulnier.

Avec Jean-Pierre Maxence, bientôt suivi par les représentants de la nouvelle génération tel Claude Roy, il incarne au sein de la Jeune droite une ligne dissidente, plus radicale, opposée à la compromission de la droite catholique, actée par les accords du Latran, avec le fascisme de Mussolini. Il juge celui ci affadi par des préoccupations sociales et le qualifie de « collectivisme autoritaire » inadapté au salut d'une France où l'individu ne renoncerait pas « à se faire valoir comme être humain autonome »[7]. Son conservatisme libertaire, comme chez Jacques Chardonne, est celui d'un réactionnaire qui ambitionne la restauration par une révolution d'un ordre social traditionnel[8], corporatiste, qui n'asservirait pas l'individu[7] et sa morale, comme chez Friedrich Nietzsche, se veut aristocratique[9]. Il met à profit son service militaire pour rédiger un essai sur celui ci.

Irreligieux, il inaugure en 1933 une relation libertine avec Anne Desclos en instance de divorce, liaison dont celle ci s'inspirera en partie pour écrire après guerre Histoire d'Ô. Le 6 février 1934, il défile dans les rangs des Croix de feu. À la suite de cet épisode insurrectionnel, il publie avec Jean-Pierre Maxence et le frère de celui ci, Robert Francis, un ouvrage programme, Demain la France. Il est de ceux qui voit dans le jeune Comte de Paris, par lequel il est reçu à Bruxelles[10] ainsi que bien d'autres qui ne sont pas tous pour autant des Camelots du Roi, un possible recours face à une Troisième République qu'il juge décadente.

En mai 1935, il représente avec Jean de Fabrègues les Jeunes droites au Congrès sur les corporations qui se tient à l'Institut fasciste de la culture, à Rome. Il s'y rend en compagnie de Robert Aron, Claude Chevalley et René Dupuis, délégués d'Ordre Nouveau, de Georges Roditi, Paul Marion, de la revue L'Homme Nouveau, d'Emmanuel Mounier, André Ullmann, Louis-Émile Galey, de la revue Esprit, Pierre Gimon, délégué des Jeunesses patriotes, Pierre Ganivet, cégétiste de la revue L'Homme réel [11]. À l'automne, il soutient l'annexion de l'Éthiopie par l'Italie fasciste en signant parmi les premiers le Manifeste des intellectuels français pour la défense de l'Occident et la paix en Europe.

Armer la droite (1936-1938)[modifier | modifier le code]

En janvier 1936[12], Thierry Maulnier crée avec Jean de Fabrègues une revue mensuelle qui approfondisse la réflexion idéologique, Combat, qui paraîtra jusqu'à la guerre. Ses articles secondaires sont signés Dominique Bertin[13]. D'emblée les dissensions apparaissent entre son équipe et celle de Jean de Fabrègues, au sein de laquelle on ne croit pas à une révolution nationaliste[14] mais à l'émergence d'une forme de néothomisme, qualifiée par beaucoup de spécieuse[15], qui transcende marxisme et libéralisme. S'il s'emploie à surmonter les clivages avec la droite catholique[13], il essaie de bousculer les conservateurs qui « ont défendu l'ordre établi [...], la démocratie [...] sociale, le capitalisme [...] il faut en finir. [...] Ce que nous appelons Ordre, c'est précisément la subversion totale de cet ordre-là »[16].

Le 19 mars 1936, il fonde avec Robert Castille, conseiller juridique du député antisémite Xavier Vallat qui a été condamné à six mois de prison pour avoir agressé Marc Sangnier , un éphémère Comité de vigilance des jeunes mobilisables[17], qui se réunit au Magic City pour soutenir la réintégration de la Rhénanie à l'Allemagne hitlérienne et dénoncer une éventuelle réaction militaire « des juifs et des communistes ». Se déclarant par avance insoumis, il fait applaudir Louis Darquier de Pellepoix, choisi pour présider le CNVJ.

Le 13 janvier 1937, il fonde avec Jean-Pierre Maxence et Maurice Blanchot un hebdomadaire satirique[18], L'Insurgé politique et social. La ligne éditoriale, fixée par Pierre Monnier[19], veut concilier l'esprit de révolte de Jules Vallès, auquel le titre est emprunté, et l'antisémitisme d'Édouard Drumont[20]. Les fonds ont été apportés par Jacques Lemaigre Dubreuil[12], président des Huiles Lesieur. Le siège du journal est abrité au 31 rue Caumartin par le Parti national révolutionnaire et social fondé par Eugène Deloncle.

Dès mars, Thierry Maulnier est poursuivi en correctionnelle avec cinq autres journalistes pour avoir affirmer dans un article que la troupe a tiré sur des ouvriers[21]. Il fait paraître dans L'Insurgé les critiques littéraires de sa maîtresse sous un pseudonyme androgyne, Dominique Aury. Lui même, à sa table du café de Flore, rédige des articles dans lequel il abuse de violence verbale contre le Front populaire et Léon Blum pour fustiger le parlementarisme sinon ses « dérives » et défendre un patriotisme proche du courant fascisant[22]. Ces positions se retrouveront enrobées dans l'essai Au-delà du nationalisme, recueil et synthèse d'articles qui paraitra en février 1938. Charles Maurras s'en émeut[23] et l'aventure cesse au quarante deuxième numéro le 27 octobre 1937. Jean-Pierre Maxence, toujours chroniqueur littéraire à Gringoire qui s'engage dans Solidarité française[24], et Pierre Andreu sont écartés de Combat[19].

Thierry Maulnier rentre dans le rang et redevient en 1938 un collaborateur régulier de l’Action française. Avec les autres membres de la rédaction de Combat, qui compte désormais parmi ses contributeurs deux camarades du cercle La Tour du Pin, Jean-François Gravier et François Mitterand[25], il organise à Paris et en province quatre conférences militantes qui prolongent ses articles[26]. En octobre 1938, il applaudit les Accords de Munich et soutien l'annexion des Sudètes non par pacifisme mais parce qu'il voit dans le régime nazi le meilleur rempart contre le communisme. À la chute de la République d'Espagne, il soutient la dictature de Franco dans son projet de régénérer la nation[27].

Déçu du maréchalisme (1939-1944)[modifier | modifier le code]

Aux premiers jours de septembre 1939, déclenchement de la guerre, Thierry Maulnier est mobilisé au grade de lieutenant[28]. Myope et héméralope, il est démobilisé dès novembre[29]. Jusqu'à la défaite, il souhaite la victoire francoanglaise[29]. Durant la débâcle, la direction de Je suis partout, Charles Lesca, Alain Laubreaux, Robert Brasillach, Lucien Rebatet, est convoquée par la police pour atteinte à la sûreté de l'état ainsi que nombre d'intellectuels fascistes. L'édition du dernier numéro est confiée en urgence à Thierry Maulnier et Pierre Varillon. Celui là refuse d'y faire mention des arrestations et de publier un article de Robert Brasillach dénonçant une violation de la liberté de la presse.

Il retrouve ses fonctions auprès de Charles Maurras, qu'il rejoint durant l’Exode à Limoges, et à l'Action française, qui transfert son siège à Lyon. Dès les débuts de l'Occupation, il prédit, en privé, l'échec à un terme plus ou moins lointain du projet irréaliste d'Hitler, note l'hostilité des passants aux soldats de la Wehrmacht et incite François Sentein à diffuser de la propagande clandestine contre les Allemands. Le Cri du peuple, journal de Doriot, l'accuse, lui et Pierre Varillon, d'avoir été « au service de tous les criminels mensonges de Mandel et Reynaud », autant dire des acteurs de la défaite. En novembre 1940, il est à Vichy pour rencontrer le chef de cabinet et le secrétaire général du Maréchal, l'inspecteur des finances Henry du Moulin de Labarthète et l'amiral Jean Fernet, ainsi que le secrétaire d'état de Laval, Paul Baudouin, qui vient de signer le statut des Juifs et devient un mois plus tard, en tant que Secrétaire d'état à l'information, son ministre de tutelle.

Il publie aussi dans la Revue universelle et à partir de janvier 1941, sous le pseudonyme de Jacques Darcy, au Figaro[30], que dirige Pierre Brisson. Quand le 7 février 1941 Je suis partout reparait, il y est décrié comme un « monument de la jobardise pédantesque » et un « gaulliste honteux et anglophile à la solde de l'Intelligence Service ». Les insultes ne cessent que quand son ami Robert Brasillach rentre de l'Oflag, le 25 avril, et prend la direction du journal collaborationniste. Thierry Maulnier se fait chroniqueur militaire mais aussi apologue de la Révolution nationale[30]. Fidèle au slogan de Maurras « la France seule », il s'accommode aussi bien de l'Occupation que de l'éventuelle victoire de l'Angleterre[30], à laquelle il n'appelle donc pas, pourvu que ce soit l'occasion pour la France de « se régénérer »[31].

Il donne aussi des articles à La Légion, mensuel illustré publié sous la présidence directe de Pétain à partir de juin 1941. Quand, en janvier 1942, est créé sous la direction d'Yves Urvoy l'Institut national de formation légionnaire pour endoctriner les cadres de la Légion française des combattants, il est nommé responsable des programmes. Il y donne lui même des conférences et fait intervenir entre autres Paul Marion et François Perroux. François Mitterand, ex collègue de Combat bientôt engagé dans le réseau d'Antoine Mauduit-Larive, y fait un passage. Au terme d'un an est créé au sein de la LFC la Milice, dont l'école des cadres évince l'École des cadres d'Uriage, foyer des « vichysto résistants », et en accapare les locaux dans le Château d’Uriage.

Thierry Maulnier bénéficie du soutien de René Vincent, ex rédacteur en chef de Combat qui est entré au Secrétaire général à l'information et qui lui confie la rédaction d'un nouvel hebdomadaire, Demain. C'est un organe de presse de la Fédération nationale catholique fondé en février 1942[32] par Jean de Fabrègues à la demande pressante de l'épiscopat français désireux de rallier les démocrates chrétiens hostiles à la cause du Maréchal[32] et de s'impliquer dans le redressement moral de la jeunesse.

Il y travaillera jusqu'en 1944, sous la supervision de René Vincent, relayant les consignes du ministère de Paul Marion et la propagande vichyste. Quand les Alliès débarquent en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942 et que la la zone libre est envahie, il refuse de continuer à soumettre sa chronique militaire à la censure allemande et donc de la produire. Le Figaro se saborde à l'image de la flotte de Toulon.

Resté à Lyon, Charles Maurras est rudoyé par des hommes de la Milice, à la création de laquelle il avait applaudi. À Paris durant l'année 1943, Thierry Maulnier se consacre à la vie du théâtre, que pilote son ami Jean-Louis Vaudoyer, et à la carrière de Marcelle Tassencourt, actrice de trente ans qu'il a rencontré dans le train en 1940 alors qu'elle était mariée à un avocat. Au printemps 1944, il met en scène pour elle une Antigone de Robert Garnier, auteur renaissant que lui a fait découvrir son ancienne maîtresse, Dominique Aury, avec laquelle il a conservé un lien bien qu'elle soit passée dans le camp adverse et travaille pour la Résistance aux côtés de Jean Paulhan puis Marguerite Donnadieu. Alain Laubreaux raille un Thierry Maulnier en « gaulliste forcené », lui reprochant ainsi de vouloir par cette Antigone, qui est un plaidoyer contre la tyrannie, donner des gages au futur vainqueur.

Le 25 novembre 1944, Thierry Maulnier épouse Marcelle Tassencourt dans Paris libéré. Demain n'est pas autorisé à reparaître et Jean de Fabrègues, muté à France catholique, porte seul l'infamie d'avoir non pas collaborer mais d'avoir été vichyste.

Le fédéralisme européen contre le communisme (1945-1967)[modifier | modifier le code]

Après la Libération, Thierry Maulnier, secondé par sa femme, se démène pour faire signer la pétition qui sauverait Robert Brasillach de la peine de mort, en vain. Il se consacre à sa carrière d'écrivain, essayiste, dramaturge et critique dramatique et reprend avec François Mauriac la direction d'une revue fondée par Roland Laudenbach à la fin de l'Occupation, La Table ronde[33], avant que celle ci ne soit rachetée par Plon et ne devienne le point de ralliement des Hussards. La maison d'édition homonyme l'édite en 1946 sous son pseudonyme de Jacques Darcy[34] aux côtés de ses camarades vichystes, Paul Baudouin, Gabriel Jeantet, Jacques Isorni, le Colonel Groussard. François Mauriac et Pierre Brisson, engagés dans l'anticommunisme de la guerre froide et l'atlantisme, en font, tout comme Vladimir d'Ormesson, un collaborateur régulier du Figaro. Thierry Maulnier y poursuivra sa carrière de journaliste jusqu'à sa mort.

Son engagement politique se fait plus discret mais alors que s'ouvre le procès d'Henri Martin, marin et ancien résistant militant contre la guerre d'Indochine, il exprime à l'automne 1950 sa sympathie pour l'armée française prise dans la piteuse défaite de Long Son. En 1953, convaincu de la faiblesse de la procédure menée contre les époux Rosenberg, il se prononce contre leur exécution, contrairement à Raymond Aron, et met en garde contre l'effet néfaste pour la cause atlantiste qu'aurait la révélation ultérieure de leur innocence[35].

Il donne sa dernière contribution à La Table ronde en novembre 1955[36]. Il défend le projet colonial de la France comme un œuvre civilisatrice, en particulier durant la guerre d'Algérie. Il honore la mémoire des soldats français impliqués dans celle ci en publiant un recueil de leurs lettres. C'est à Thierry Maulnier, au sujet de l'indépendance de l'Algérie et du maintien dans la France des Territoires du Sud, devenus le Sahara algérien, que Raymond Aron répond en publiant en avril 1957 La Tragédie algérienne.

Avec certains non conformistes des années trente, Robert Aron, Daniel-Rops, Jean de Fabrègues, Alexandre Marc, Denis de Rougemont, il travaille au sein l'Union des fédéralistes européens à la reconstruction d'une Europe politique[37]. Cet engagement pro-européen se traduit de 1956 à 1971[38] par une collaboration épisodique au mensuel Le XXe siècle fédéraliste édité par le groupe d'influence[39] La Fédération[40].

En 1959, l'ensemble de sa carrière littéraire est honorée du grand prix de littérature de l'Académie française et le 13 février 1964, quatre ans après Henri Massis, il est élu à l'Académie française au fauteuil d'Henry Bordeaux.

Le Nouvelle droite (1968-1988)[modifier | modifier le code]

À la fin des années soixante, Thierry Maulnier participe avec Dominique Venner à l’Institut d'études occidentales, éphémère dissidence du GRECE d'Alain de Benoist qui se veut un contre feu au gauchisme de mai 1968. Les analyses et travaux de l'institut seront reprises dix ans plus tard par la Nouvelle Droite. Gendre d'une citoyenne américaine, il préside l'Association France États-Unis et en 1970 il participe au comité d'honneur de la Nouvelle École, succursale de la Nouvelle Droite.

En janvier 1975, il signe aux côtés de la veuve du Maréchal Juin, de celle du Maréchal de Lattre de Tassigny, Simonne, du Colonel Rémy, de Maurice Druon, de Michel de Saint Pierre, de Jean Cau, de Louis Pauwels, de Michel Droit, de François Brigneau et de trente trois parlementaires, le Contre appel des deux cents lancé par Joël Dupuy de Merri, un des dirigeants du PFN, pour s'opposer à la syndicalisation des militaires[41]. En mai 1977, il signe une pétition dénonçant l'arrestation de Philippe Cuignache et Serge Rep[42], militants du GUD restés proches du PFN et camarade d'Alain Escoffier, qui, à vingt sept ans, s'est immolé le 10 février précédent, huit ans après Richard Sivietch, Yan Palach et Yan Zaïtch, devant le siège parisien de l'Aéroflot, avenue des Champs Élysées, au cri de « Communistes assassins ! »[43]. Cette année 1977, il participe au XIIe colloque du GRECE.

À l'âge de la retraite, Thierry Maulnier se fait metteur en scène assistant de sa femme, Marcelle Tassencourt. Courageusement, il présente au festival de Versailles de juin 1980 une pièce de Jean Racine méprisée, La Thébaïde[4]. En 1986, il siège dans le jury du Cercle Montherlant, association de deux cent membres qui décerne chaque année un prix à un artiste ayant contribué au rayonnement de la France.

En quête d'une spiritualité humaniste dépassant le christianisme sans le renier[44], il meurt sans avoir fait retour au catholicisme mais sa dépouille reçoit des obsèques religieuses, présidées par le père Ambroise-Marie Carré[45]. A l'Académie, c'est Jean d'Ormesson, qu'il avait été chargé d'accueillir en 1973, qui lui rend hommage. Un lycée général et technologique de Nice porte son nom.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Roman[modifier | modifier le code]

Avec R. Brasillach, R. Vailland, P. Gadenne, F. Semach, J. M. Pin, P. Frémy & A. Fabre, Fulgur, grand roman d'aventures de police et d'épopée., La Tribune de l'Yonne, Sens, 1927.

Rééd. dir. J. Servière, préf. F. Lacassin, coll. La Seconde chance, Julliard, Paris, 1992, 367 p. (ISBN 9782260009757)

Essais idéologiques[modifier | modifier le code]

  • La crise est dans l'homme, 1932.
  • Avec J. P. Maxence & R. Francis, Demain la France, Grasset, Paris, 1934.
  • Mythes socialistes, 1936.
  • Au-delà du nationalisme, 1937.
  • La pensée marxiste, 1938.
  • La France, la guerre et la paix, Lyon, 1942.
  • Violence et conscience, 1945.
  • Arrière-pensées, 1946.
  • L'honneur d'être juif avec Gilbert Prouteau, 1970.
  • Lettres aux Américains, 1968.
  • Le Sens des mots, 1976.
  • Dialogue inattendu, avec le communiste Jean Elleinstein, Flammarion, 1979.

Études historiques[modifier | modifier le code]

Études littéraires[modifier | modifier le code]

La pompe liturgique du langage, son inentamable dignité, qui refuse, dans le théâtre de Racine, la description réaliste de la douleur ou de la joie, bannit de la scène l'élan trop spontané, le réflexe brut et n'admet le cri même que réduit à sa plus stricte bienséance. Voilà les éléments plastiques de l'office théâtral, qui est aussi souverain exercice de la catharsis! Jamais les héros de Racine ne s'abaissent à la vulgaire spontanéité de la mimique naturelle. Ils ne trahissent, ils ne libèrent leurs émois que transformés en signes clairs et, par ce passage à travers la pensée, définis, ordonnés, intelligibles. Dans la plus grande brutalité, le chantage le plus cynique, dans la honte, dans le sadisme, ils gardent ce contrôle et cette vigilance suprêmes qui composent le visage et contraignent les gestes.[46]
Thierry Maulnier
à propos d'un théâtre classique à l'heure du cinématographe.
  • Racine, 1935, rééd. 1988.
  • Introduction à la poésie française, 1939.
  • Poésie du XVIIème siècle, 1945.
  • Langages, 1946.
  • Esquisses littéraires, 1948.
  • Introduction à Colette, 1954.
  • Lecture de Phèdre, 1967.

Pièces de théâtre[modifier | modifier le code]

Adaptations dramatiques[modifier | modifier le code]

Essais philosophiques et moraux[modifier | modifier le code]

  • Nietzsche, 1933.
  • Le Signe du feu, 1960.
  • L'homme qui n'avait rien fait, 1970.
  • Les Vaches sacrées, 1977.
  • Celui qui n'avait rien fait, 1980.
  • L'étrangeté d'être, 1982.
  • Le Dieu masqué, 1985.
  • Les matins que tu ne verras pas, 1989.

Prix[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire des intellectuels français, Éd. du Seuil, p. 768.
  2. P. Milza, « L'ultra- droite des années trente », in M. Winock, Histoire de l'extrême droite en France, Seuil, Paris, 1993.
  3. V. Auzépy-Chavagnac, « La Jeune Droite Catholique (années 1930 et 1940) : histoire d'une différence », in Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle., vol. XIII, n° 1, p. 97, Paris, 1995 (ISSN 1146-1225).
  4. a, b, c, d, e et f M. Achard, « Réponse au discours de réception de Thierry Maulnier », Académie française, Paris, 20 janvier 1966.
  5. An., Fulgur, La Tribune de l'Yonne, Sens, 1927.
  6. Th. Maulnier, « Réalisme de Racine », in L'Action française, Paris, 1er avril 1930.
  7. a et b Th. Maulnier, « Le déclin du marxisme », in L'Action française, n° 194, p. 3, Paris, 13 juillet 1933.
  8. R. Paxton, « Au fond de l'abime », in R. Paxton, O. Corpet & C. Paulhan, Archives de la vie littéraire sous l'Occupation, p. 14, Tallandier, Paris, avril 2009, (ISBN 978-2-84734-585-8).
  9. Th. Maulnier, contr. J. Guéhenno, « Un humanisme aristocratique », in Bulletin, Union pour la Vérité, Paris, mai 1936.
  10. V. Auzépy-Chavagnac, « La Jeune Droite Catholique (années 1930 et 1940) : histoire d'une différence », in Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle., vol. XIII, n° 1, p. 91, Paris, 1995 (ISSN 1146-1225).
  11. Ph. Burrin, La dérive fasciste. Doriot, Déat, Bergery (1933-1945)., p. 88-90 & 340-341, n. 58-62, Seuil, Paris, 1986 (ISBN 2-02-058923-0).
  12. a et b D. Peschanski, Vichy 1940-1944: quaderni e documenti inediti di Angelo Tasca., p. 617, Feltrinelli, Milan, 1986 (ISBN 9788807990441).
  13. a et b V. Auzépy Chavagnac, préf. R. Rémond, Jean De Fabrègues et la jeune droite catholique : Aux sources de la Révolution nationale., p. 261, coll. Histoire et civilisations (ISSN 1284-5655), PUS, Villeneuve-d'Ascq, 2002 (ISBN 9782859397746).
  14. V. Auzépy-Chavagnac, « La Jeune Droite Catholique (années 1930 et 1940) : histoire d'une différence », in Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle., vol. XIII, n° 1, p. 93-94, Paris, 1995 (ISSN 1146-1225).
  15. Ch. Roy, « "Véronique Auzépy-Chavagnac. Jean de Fabrègues et la Jeune Droite Catholique. Aux sources de la Révolution nationale. Préface de René Rémond, Villeneuve d’Ascq (Nord), Presses universitaires du Septentrion, 2002. 464 p.." », in Mens, n° LI, p. 198, Université d'Ottawa, Outaouais, 2004.
  16. Th. Maulnier, « Les conservateurs », in Combat, n° 5, Paris, mai 1936.
  17. L. Joly, Vichy dans la « solution finale ». Essai français., Grasset, Paris, 2006 (ISBN 9782246638490).
  18. P. Monnier, À l'ombre des têtes molles, p. 191, La Table ronde, Paris, 1987.
  19. a et b V. Auzépy Chavagnac, préf. R. Rémond, Jean De Fabrègues et la jeune droite catholique : Aux sources de la Révolution nationale., p. 274, coll. Histoire et civilisations (ISSN 1284-5655), PUS, Villeneuve-d'Ascq, 2002 (ISBN 9782859397746).
  20. P. H. Dioudonnat, L'Argent nazi à la conquête de la presse française, p. 189, Jean Picollec, Paris, 1981.C
  21. Th. Maulnier, L'Insurgé, Paris, 10 mars 1937.
  22. A. Chebel d'Appollonia, L'Extrême droite en France. De Maurras à Le Pen, p. 220 , Complexe, Bruxelles, 1996.
  23. É. de Montety, Thierry Maulnier, p. 128, Juillard, Paris, 1994.
  24. V. Auzépy-Chavagnac, « La Jeune Droite Catholique (années 1930 et 1940) : histoire d'une différence », in Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle., vol. XIII, n° 1, p. 88, Paris, 1995 (ISSN 1146-1225).
  25. R. Pasquier, « La régionalisation française revisitée : fédéralime, mouvement régional et élites modernisatrices (1950-1964). », in Revue française de science politique, vol. LIII, p. 106, Presses de Sciences Po, Paris, 2003 (ISSN 0035-2950).
  26. V. Auzépy Chavagnac, préf. R. Rémond, Jean De Fabrègues et la jeune droite catholique : Aux sources de la Révolution nationale., p. 294, coll. Histoire et civilisations (ISSN 1284-5655), PUS, Villeneuve-d'Ascq, 2002 (ISBN 9782859397746).
  27. Th. Maulnier, « La guerre d'Espagne s'achève. Il faut que la révolution espagnole commence. », in Combat, Paris, avril 1938.
  28. L. Rebatet, « Première semaine de guerre à Paris », in Je suis part partout, n° 459, p. 1, Paris, 8 septembre 1939.
  29. a et b V. Auzépy Chavagnac, préf. R. Rémond, Jean De Fabrègues et la jeune droite catholique : Aux sources de la Révolution nationale., p. 326, coll. Histoire et civilisations (ISSN 1284-5655), PUS, Villeneuve-d'Ascq, 2002 (ISBN 9782859397746).
  30. a, b et c V. Auzépy Chavagnac, préf. R. Rémond, Jean De Fabrègues et la jeune droite catholique : Aux sources de la Révolution nationale., p. 360, coll. Histoire et civilisations (ISSN 1284-5655), PUS, Villeneuve-d'Ascq, 2002 (ISBN 9782859397746).
  31. Th. Maulnier, « L'avenir de la France », in Revue universelle, Paris, 10 mai 1941.
  32. a et b « Notices sur les auteurs, journaux et périodiques », in I. Galster, Sartre devant la presse d’Occupation : Le dossier critique des Mouches et Huis clos., p. 347, PUR, Rennes, 2005 (ISBN 9782753546431).
  33. R. Paxton, O. Corpet & C. Paulhan, Archives de la vie littéraire sous l'Occupation, p. 426, Tallandier, Paris, avril 2009, (ISBN 978-2-84734-585-8).
  34. J. Darcy, Histoire de la guerre : septembre 1939-août 1945., La Table ronde, Paris, 1946, 278 p.
  35. Th. Maulnier, « Toujours les Rosenberg », in Dernières Nouvelles d’Alsace, p. 1, Strasbourg, 12 juin 1953.
  36. « La Table Ronde (1948-1969) 2e série », in L. Autret, Revues litteraires, Paris, août 2015.
  37. J. L. Loubet del Bayle, « Le mouvement personnaliste français des années 1930 et sa postérité. », in Politique et Sociétés, vol. XVII, n° 1 & 2, p. 233, Société québécoise de science politique, Montréal, 1998 (ISSN 1203-9438).
  38. « Maulnier », in Archives historiques de l'Union européenne, Institut universitaire européen, Florence, [s.d.]
  39. « Fonctionnement, activités, implantation des mouvements et groupements français ou internationaux favorables ou hostiles à l'Unité européenne (classement par mouvements intéressés), 1955-1978 », Sous-direction information sociale, économique et financière de la DCRG, Paris, 1978 (AN 19850087/107 MI 26704).
  40. « Mouvements et groupements européens », in Courrier hebdomadaire, vol. 416-417, n° 28, p. 7, CRISP, Bruxelles, septembre 1968 (ISSN 0008-9664).
  41. H. P. Gautier, Les extrêmes droites en France de 1945 à nos jours, p. 346, coll. Mauvais Temps, Syllepse, Paris (ISBN 9782849505700).
  42. F. Chatillon, Th. Lagane, J. Marchal & al., Les Rats maudits Histoire des étudiants nationalistes 1965-1995, p. 88, Éditions des Monts d'Arrée, Paris, 1995 (ISBN 2-911387-00-7).
  43. F. Chatillon, Th. Lagane, J. Marchal & al., Les Rats maudits Histoire des étudiants nationalistes 1965-1995, p. 87, Éditions des Monts d'Arrée, Paris, 1995 (ISBN 2-911387-00-7).
  44. Th. Maulnier, Le Dieu masqué, 1985.
  45. V. Auzépy Chavagnac, préf. R. Rémond, Jean De Fabrègues et la jeune droite catholique : Aux sources de la Révolution nationale., p. 170, coll. Histoire et civilisations (ISSN 1284-5655), PUS, Villeneuve-d'Ascq, 2002 (ISBN 9782859397746).
  46. Th. Maulnier, Racine, p. 74, Librairie de la Revue française, Paris, 1935

Voir aussi[modifier | modifier le code]