Esprit (revue)

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Esprit  
Image illustrative de l'article Esprit (revue)

Discipline Philosophie, Histoire, Arts et Politique
Langue français
Directeur de publication Olivier Mongin
Rédacteur en chef Anne-Lorraine Bujon
Publication
Maison d’édition Éditions Esprit (France)
Période de publication de 1932 à aujourd'hui
Fréquence mensuel
Indexation
ISSN 0014-0759
Liens

Esprit, sous-titrée « Revue internationale », est une revue d'idées française fondée en 1932 par Emmanuel Mounier. Elle œuvre à la recherche d'une troisième voie entre l'individualisme libéral et le marxisme. Après la Seconde Guerre mondiale, elle se distingue par un soutien aux dissidents du bloc de l'Est et les critiques du totalitarisme qui s'y développent. Elle contribue à l'apparition de la deuxième gauche en France.

Historique[modifier | modifier le code]

Avant 1940[modifier | modifier le code]

Fondée en 1932 par Emmanuel Mounier, la revue est marquée par le krach de 1929, envisagé comme un révélateur de la fragilité du capitalisme et de la vision libérale de l'individu qui lui est associée. Dénonçant l'enrôlement des masses dans le communisme et le fascisme tout en refusant la posture esthète associée aux auteurs de la Nouvelle Revue française, la revue est inspirée par les idées de Péguy et de Bergson[1] et s'inscrit alors au sein de la nébuleuse des non-conformistes des années 30, aux côtés d'Ordre Nouveau et de la « Jeune Droite ». Elle rompt néanmoins avec Ordre nouveau à l'occasion de la crise du 6 février 1934 , sur fond de désaccord quant à l'importance de l'opposition au fascisme – de manière significative, le numéro de janvier 1934 est déjà intitulé « Des pseudovaleurs spirituelles fascistes ».

Après 1934, Esprit approfondit les conséquences sociales et philosophiques du personnalisme, dont il devient l'expression la plus connue, tandis que se crée autour de la revue un réseau national et international de groupes destinés à diffuser ses idées. Un débat à lieu au sein de la revue entre Mounier et l'un de ses principaux inspirateurs, le philosophe Jacques Maritain. Ce dernier souhaite en effet faire de cette dernière l'organe d'une refondation du catholicisme, tandis que Mounier souhaite la maintenir à l'écart de toute dimension institutionnelle, en dépit de sa foi catholique et de son attachement à l'héritage intellectuel chrétien. Lors de la Guerre d'Espagne, la revue prend le parti des républicains, ce qui l'oppose aux représentants du catholicisme français.

Sous le Régime de Vichy[modifier | modifier le code]

La défaite militaire de 1940 est interprétée par les animateurs d'Esprit comme la phase terminale de la « crise de civilisation » diagnostiquée par eux dès les débuts de la revue. Après l'armistice de 1940, Esprit reparaît, Mounier s'installant à Lyon (en zone libre) pour relancer la revue[2]. Après avoir manifesté de l'intérêt pour certaines des orientations initiales de la Révolution nationale du Régime de Vichy, la revue exprime des opinions de plus en plus critiques qui aboutissent à son interdiction en août 1941. Mounier, d'abord emprisonné sans jugement, puis acquitté, se retire à Dieulefit.

De la libération à la naissance de la deuxième gauche[modifier | modifier le code]

À la Libération, Mounier relance la revue. Celle-ci emménage en même temps que les éditions du Seuil rue Jacob, dans le 6e arrondissement – une collection « Esprit » est crée au sein de la maison d'édition. Les animateurs de la revue participent activement aux débats et controverses de l'après-guerre, manifestant jusqu'en 1949 une certaine orientation « philocommuniste », en lien avec leur défiance vis-à-vis du modèle américain. De nombreux rédacteurs de la revue prennent notamment part au rassemblement démocratique révolutionnaire fondé par David Rousset et Jean-Paul Sartre. La publication d'un article de François Fejtö, dénonçant les procès staliniens à l'occasion de l'« affaire Rajk », marque cependant une rupture avec les communistes français solidaires des politiques menées en URSS et dans les États satellites.

Après la mort de Mounier en 1950, la direction de la revue est assurée par Albert Béguin, critique littéraire et ancien directeur des Cahiers du Rhône, ce jusqu'à qu'il décède lui-même en 1957 et soit remplacé par Jean-Marie Domenach. Durant cette période, la revue s'engage plus en avant dans les débats concernant la laïcité (dans l'enseignement notamment), la psychiatrie, et la modernisation des institutions politiques et sociales. Elle contribue à l'émergence de la nouvelle gauche (New Left), dans le sillage des mouvements de décolonisation et de la crise hongroise de 1956. À partir de 1958, Esprit est également proche du club Jean MoulinGeorges Suffert, qui dirige le club à partir de 1949, a régulièrement contribué revue entre 1952 et 1956 – et manifeste un intérêt accru pour les activités de planification. Les écrits relatifs à sociologie et au droit du travail, déjà présents dans la revue du fait des liens existants entre celle-ci et la CFTC, se nourrissent notamment des travaux Georges Gurvitch et de Michel Crozier.

Lors de la guerre d'Algérie, la revue soutient les indépendantistes tout en étant plus proche du Mouvement national algérien que du Front de libération nationale – aucun des animateurs de la revue ne signe le Manifeste des 121 sur le droit à l'insoumission. Domenach et Thibaud dénoncent aux côtés de Pierre Vidal-Naquet la torture et les exécutions sommaires.

Progressivement, l'identité personnaliste de la revue s'atténue tandis que s'affirme son rôle de carrefour intellectuel. Le philosophe Paul Ricœur y écrit régulièrement et devient l'une des principales références de la revue, à côté notamment d'Hannah Arendt et de Maurice Merleau-Ponty. Au cours des années 1960, Esprit substitue progressivement au dialogue privilégié avec le marxisme une attention aux pensées structuralistes émergentes, de Lévi-Strauss à Althusser en passant par Lacan.

Mai 1968 et l'antitotalitarisme[modifier | modifier le code]

La publication de L'Archipel du Goulag de Soljenitsyne aux Editions du Seuil en 1973 permet à la revue d'approfondir l'analyse et la critique du totalitarisme en germe depuis la fin des années 1960.

À partir de 1977, la revue est dirigée par Paul Thibaud.

Après 1989[modifier | modifier le code]

Esprit a été dirigée de 1989 à 2012 par Olivier Mongin, qui a laissé sa place en 2013 à Marc-Olivier Padis.

En 1995, la revue est à l'origine d'une pétition de soutien au plan Juppé de réforme des retraites et de la sécurité sociale, qu'avait approuvé la CFDT[3].

La revue tire aujourd'hui à presque 10 000 exemplaires (deux fois plus qu'à la fin des années 1980)[4].

Esprit, les arts et la culture[modifier | modifier le code]

La revue a compté parmi ses contributeurs réguliers André Bazin, Alfred Simon et Chris Marker.

Au début des années 1990, une série de dossiers sont consacrés à l'art contemporain.

Édition[modifier | modifier le code]

La revue Esprit est éditée par les éditions Esprit. Le service à l'édition est assuré par la société Transfaire. La revue n'est pas liée juridiquement aux éditions du Seuil, même si ces deux espaces éditoriaux sont historiquement proches.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Esprit : une revue dans l'histoire : 1932-2002., Esprit, (ISBN 2909210286, OCLC 628602340, lire en ligne)
  2. La revue Esprit à Lyon
  3. Duval, Julien (1972- ). et Raisons d'agir éditions., Le "décembre" des intellectuels français, Liber-Raisons d'Agir, (ISBN 2912107024, OCLC 932178607, lire en ligne)
  4. « Entretien avec Olivier Mongin et Marc-Olivier Padis », Bastien Engelbach et François Quinton, nonfiction.fr, 27 juin 2008

Liens externes[modifier | modifier le code]