Emmanuel Mounier

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Emmanuel Mounier
Emmanuel mounier 1905–1950.jpg

Photo tirée de l'édition Longmans de A personalist manifesto (1938, Londres).

Naissance
Décès
Nationalité
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École/tradition
Principaux intérêts
foi, Europe
Idées remarquables
Influencé par
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Célèbre pour

Emmanuel Mounier, né à Grenoble le , mort à Châtenay-Malabry le , est un philosophe français, fondateur de la revue Esprit et à l'origine du courant personnaliste en France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Emmanuel Mounier est issu d'un père pharmacien et d'une mère qui s'occupe du foyer. Il fait des études de philosophie à l’université de Grenoble de 1924 à 1927, il suit alors les cours de Jacques Chevalier. Il acquiert auprès de Jacques Chevalier une impulsion [1] et une méthode de recherche qui est selon lui le sentiment qu'il y a toujours quelque chose à chercher[2]. Le rôle joué par Chevalier pendant la guerre ne doit pas faire oublier le professeur de philosophie qu'il a su être [3]. Il sera secrétaire après Jean Guitton du « groupe de travail en commun » créé par Chevalier et subventionné par le Lyonnais Victor Carlhian. Le jeune Mounier à 22 ans, présente le 23 juin 1927 avec succès son Diplôme d'Études Supérieurs intitulé : « Le conflit de l'anthropocentrisme et du théocentrisme dans la philosophie de Descartes. » Ce travail du disciple de Chevalier constituera la première œuvre philosophique d'Emmanuel Mounier [4]. Dès lors il part à Paris pour passer l’agrégation en 1927-1928 à la Sorbonne, il reste imperméable à l’idéalisme de Léon Brunschvicg, visite Henri Bergson, fréquente le Père Pouget qu'il est allé voir sur la recommandation de Jacques Chevalier en novembre 1927, et rencontre Jacques Maritain qui, détaché de l’Action française, cherche la voie d’un engagement civique démocratique. Il sera reçu second à l’agrégation derrière Raymond Aron[5].

Au début des années 1930, l'engagement de Mounier et de la revue Esprit pour faire face à la « crise de l'homme au XXe siècle », prend place – à côté de celui du mouvement l'Ordre Nouveau (Robert Aron, Alexandre Marc, Denis de Rougemont) – dans le courant de réflexion et de recherches d'orientation personnaliste regroupant ceux que l'historiographie désigne aujourd'hui sous l'expression de non-conformistes des années 30. Jusqu'à la guerre, Mounier s'attache à approfondir les orientations de la révolution « personnaliste et communautaire » qu'il souhaite voir se réaliser pour remédier au « désordre établi », sans tomber dans les impasses totalitaires du fascisme ou du stalinisme. Intéressé par certaines des premières orientations du régime de Vichy (politique de la jeunesse, à laquelle il inspire l'idée de Jeune France), il fait reparaître Esprit, mais s'en détourne à partir de 1941 et prend contact avec le mouvement de Résistance Combat, tandis que la revue est interdite en août 1941. Arrêté, il est libéré après une éprouvante grève de la faim et se réfugie dans la Drôme où se poursuit son activité intellectuelle.

Après la guerre, il multiplie les voyages et les contacts. Il participe à la réconciliation franco-allemande, le vrai point de départ de la re-création de l’Europe. En 1948, il crée le Comité français d’échanges avec l’Allemagne nouvelle. « Avec le recul, témoigne Alfred Grosser, alors jeune secrétaire général de ce comité, on s’aperçoit que c’est ce travail d’échanges qui a créé une sorte d’infrastructure humaine permanente pour les rapports franco-allemands et qui a contribué dans une large mesure à leur donner la spécificité sans laquelle la politique européenne des années 1950 comme celle des années 1960 ne saurait être expliquée. »

Le personnalisme, nommé aussi personnalisme communautaire, de Mounier n’est ni un système ni une doctrine. C’est une « matrice philosophique », suggère Jean-Marie Domenach, ancien directeur d’Esprit. C’est, propose Guy Coq, « un espace de rencontres autour de quelques points d’appui, où chrétiens, musulmans, agnostiques, juifs et incroyants peuvent se retrouver dans une réflexion sur le monde que nous avons à construire ». Même si c’est bien sa foi chrétienne qui l’inspire, il n’entend pas faire œuvre confessionnelle. Esprit ne sera donc pas une revue catholique, mais une revue où des croyants et des incroyants se fréquentent, discutent, s’expriment. Il veut créer une fraternité fondée sur un socle de valeurs communes et sur une méthode qui privilégie la discussion et la pluralité des points de vue.

Emmanuel Mounier est mort, à 44 ans, d’une crise cardiaque mais, grâce à la revue et à ses livres, traduits en plusieurs langues, l’influence du personnalisme se répand dans l’Europe entière. Esprit continue, une nouvelle génération de philosophes (Étienne Borne, Jean Lacroix, Gabriel Madinier, Joseph Vialatoux...) assure le relais, prolonge et élargit la réflexion. « L’affirmation de la dignité inaliénable de la personne humaine gagne du terrain, et permet de fonder la pensée des droits de l’homme. »[réf. nécessaire]

D'après Gian Maria Vian, Mounier aurait été le premier à évoquer le « silence » de Pie XII[réf. souhaitée] (en l'occurrence concernant l'invasion de l'Albanie par l'Italie) et aurait ainsi contribué à créer la « légende noire » sur ce pape.

Mounier a été professeur au lycée du Parc à Lyon, puis au lycée Robin à Vienne durant la seconde guerre mondiale. Des lycées portent son nom à Grenoble, Angers et à Châtenay-Malabry.

Henri Bergson et Charles Péguy ont eu une profonde influence sur Emmanuel Mounier, voir sur ce point : Le personnalisme et la crise politique et morale du XXe siècle. Vie et œuvre d’Emmanuel Mounier 1905-1950, étude effectuée en 1965 par Paul Arnaud sous la direction de Rose-Marie Mossé-Bastide et publiée en 1988.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Éditions originales[modifier | modifier le code]

  • La pensée de Charles Péguy, Plon, coll. « Roseau d'Or »,‎ .
  • Révolution personnaliste et communautaire, Paris, Éd. Montaigne,‎ .
  • De la propriété capitaliste à la propriété humaine, Desclée de Brouwer, coll. « Questions disputées »,‎ .
  • Manifeste au service du personnalisme, Éd. Montaigne,‎ .
  • Pacifistes ou Bellicistes, Paris, Éditions du Cerf,‎ .
  • L'affrontement chrétien, Neuchâtel, Éditions de la Baconnière,‎ .
  • Montalembert (Morceaux choisis), Fribourg, L.U.F., coll. « Le Cri de la France »,‎ .
  • Liberté sous conditions, Paris, Éditions du Seuil,‎ .
  • Traité du caractère, Paris, Éditions du Seuil,‎ .
  • Introduction aux existentialismes, Paris, Denoël,‎ .
  • Qu'est-ce que le personnalisme ?, Paris, Éditions du Seuil,‎ .
  • L'éveil de l'Afrique noire, Paris, Éditions du Seuil,‎ .
  • La Petite Peur du XXe siècle, Paris, Éditions du Seuil,‎ .
  • Feu la Chrétienté, Paris, Éditions du Seuil,‎ .
  • Les certitudes difficiles, Paris, Éditions du Seuil,‎ .
  • Mounier et sa génération. Lettres, carnets et inédits, Paris, Éditions du Seuil,‎ .

Œuvres complètes (1961-62)[modifier | modifier le code]

Œuvres, 4 volumes, Paris, éd. du Seuil, 1961-1962 (épuisé) :

  • I. 1931–1939 (Livres et choix d’articles).
  • II. Traité du caractère.
  • III. 1944-1950 (Livres).
  • IV. Recueils posthumes et correspondances (avec bibliographie complète des livres et articles de Mounier).

Ré-éditions modernes disponibles[modifier | modifier le code]

  • L'Engagement de la foi, textes choisis et présentés par Paulette Mounier (1re éditions du Seuil, 1968), introduction de Guy Coq, Paris, Éditions Parole et silence, 2005.
  • Le Personnalisme, PUF, coll. « Que Sais-je ? », no 395, 2001 (1re édition : 1949).
  • Refaire la Renaissance, préface de Guy Coq, Éditions du Seuil, collection « Points-Essais », 2000.
  • Écrits sur le personnalisme, préface de Paul Ricoeur, Éditions du Seuil, collection « Points–Essais », 2000 (Ces deux recueils reproduisent la plupart des textes du premier volume des Œuvres).
  • Mounier et sa génération. Lettres, carnets et inédits, Paris, Parole et Silence,‎ . Ré-édition de l'ouvrage de 1956.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Par ordre chronologique de parution :

  • Jean-Louis Loubet del Bayle, Les non-conformistes des années 30 : Une tentative de renouvellement de la pensée politique française, Paris, Seuil,‎ . Réédition : Seuil, collection « Points », 2001.
  • Jean-Marie Domenach, Emmanuel Mounier, Paris, Seuil, coll. « Écrivains de toujours »,‎
  • (it) Giuseppe Limone, Tempo della persona e sapienza del possibile : Valori, politica, diritto in Emmanuel Mounier, t. 1, Napoli, ESI,‎ , 424 p..
  • (it) Giuseppe Limone, Tempo della persona e sapienza del possibile : Per una teoretica, una critica e una metaforica del personalismo, t. 2, Napoli, ESI,‎ , 556 p..
  • M. Winock, « Vichy et le cas Emmanuel Mounier », L'Histoire, no 186,‎ , p. 52-59.
  • Gérard Lurol, Emmanuel Mounier : Genèse de la personne, Paris, Éditions L'Harmattan,‎ en deux tomes. (Première édition du volume 1 aux Éditions universitaires, 1990.)
  • Didier Da Silva et Ronan Guellec (dir.), La Personne à venir : Héritage et présence d'Emmanuel Mounier, Au Signe de la Licorne,‎ , 217 p. (ISBN 978-2-913034-01-3).


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Je suis toujours sous votre signe et sous votre impulsion. L'esprit que vous m'avez insufflé creuse en moi et grandit. » Lettre à Jacques Chevalier, du 16 mai 1929, Œuvres, tome IV, p. 446.
  2. In article de Mounier paru dans la Vie catholique du 3 avril 1926 sous le titre " Un penseur français : Jacques Chevalier "
  3. Le 13 mars 1946, alors que Chevalier est en prison, Mounier lui écrit : « Comment n'avez vous pas gardé ce beau rôle d’éveilleur d’âmes qui eut suffi à votre gloire, et à votre joie ? » (in Œuvres, T. IV, p. 804)
  4. Gérard Lurol, Genèse de la personne p. 33
  5. Les amis d'Emmanuel Mounier

Liens externes[modifier | modifier le code]