José Cabanis

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José Cabanis
José Cabanis 1962.jpg
José Cabanis en 1962.
Fonction
Juge
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 78 ans)
BalmaVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Joseph Marie CabanisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Père
Gaston Cabanis (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Françoise Cabanis (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Autres informations
Religion
Membre de
Distinctions
Œuvres principales
Les Profondes Années (d) (), Les Cartes du temps (), La Bataille de Toulouse ()Voir et modifier les données sur Wikidata

José Cabanis, né le à Toulouse et mort le à Balma, est un écrivain et avocat français. Auteur d'essais et de romans, il est élu mainteneur de l'Académie des Jeux floraux en 1965 [1] et membre de l'Académie française en 1990. Il obtient le prix Renaudot en 1966 pour son roman La Bataille de Toulouse et le Grand Prix de Littérature de l'Académie française en 1976 pour l'ensemble de son œuvre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Joseph Marie (dit José) Cabanis est le fils de Françoise [2] et Gaston Cabanis [3], d'une famille toulousaine « environnée de l'estime publique ». Son grand-père, Jean Guillaume Gaston Cabanis (1813 -1847), fut maire de Toulouse et député de la Haute-Garonne [4].

De 1930 à 1939, il étudie chez les jésuites de Toulouse, au collège du Caousou. Renvoyé alors qu'il est en terminale, il redouble sa classe de philosophie au lycée Pierre-de-Fermat, où il aura la chance d'avoir pour professeur Georges Canguilhem. Plus tard, menant de front des études de licence en droit et de philosophie, il suivra les cours de Vladimir Jankélévitch [5].

En 1943, il est réquisitionné et part en Allemagne au titre du STO : il se retrouve ouvrier dans une usine d’armement jusqu’en 1945. La correspondance qu'il échangea avec ses parents durant cette période parut en 1999 sous le titre de Lettres de la Forêt-Noire [6]. Rentré en France, il poursuit ses études et rédige en 1948 successivement un mémoire de diplôme d'études supérieures en philosophie sur La Pitié (Schopenhauer, Nietzsche, Max Scheler, Dostoïevski), et une thèse de doctorat en droit sur « L’organisation de l’État d’après la République de Platon et la Politique d’Aristote ». Il devient avocat et expert à la cour d'appel de Toulouse, mais ces activités ne l’épanouissent pas. Il se réfugie dans l’écriture qui occupe une bonne partie de ses nuits.

Après avoir publié une dizaine de romans et plusieurs essais littéraires et historiques, il est élu à l’Académie française, le 21 juin 1990, pour y occuper le 20e fauteuil, succédant à Thierry Maulnier. Son épée d’académicien était aux armes de Balma. Dans le discours de réception où, selon l'usage, il prononça l’éloge de son prédécesseur, il lui plut de rappeler « cette prière de Tolstoï que Montherlant citait et admirait : « Mon Dieu, donnez-moi la simplicité du style » [7].

Les romans d'un seul roman[modifier | modifier le code]

« Homme secret et grand écrivain », selon Pierre de Boisdeffre, « la seule histoire qui le passionne et qu'il ose à peine raconter, c'est celle de son amie Gabrielle, l’obsédante Gabrielle des Jeux de la nuit (1964), retrouvée et interrogée dans les Carnets de Gabrielle [8]. Pourtant le romancier avait observé : « Raconter l'histoire de Gabrielle, sans doute, mais mieux vaudrait être heureux » [9]. Car, ainsi qu'il l’écrit lui-même dans sa présentation du roman : « L'amour est une apparition nocturne, qui se plaît dans les ténèbres, qui fuit et se refuse, qui n'a que faire de la clarté du jour ».

On retrouve la belle Gabrielle dans les deux romans qui allaient suivre : La Bataille de Toulouse (1966), « la peau la plus dorée que j'eusse jamais vue » (p. 148) et Des Jardins en Espagne (1969), « des yeux bruns qui vous regardaient avec insistance, doux comme du velours » (p. 187) [10], puis dans Le Crime de Torcy (1990), un dernier roman qui « constituait la conclusion de tous ses romans, conçus pour n’en être qu’un seul » [11].

À l’écrivain pris dans les jeux de l'amour et de la nuit, qu'il recevait à l’Académie française, Jacques de Bourbon Busset pouvait dire : « Le même souci d'unité vous fait aimer à la fois Dieu et les femmes. (...) Je crains que vous n'ayez été effleuré par l'hérésie cathare et que vous ne voyiez dans la chute de l'âme dans le corps la catastrophe majeure. (...) Au fond, je vous crois un mystique voluptueux » [12].

Le 12 octobre 2000, dans l'hommage prononcé à l'occasion de sa mort, Marc Fumaroli déclara : « Il avait reçu, avec le grand talent, les dons les plus rares : l’esprit d’enfance et la douceur. Ni l’un ni l’autre n’émoussaient son acuité et son humour de moraliste, ni son sixième sens, quasi théologique, de la puissance des ténèbres » [13].

Angelo Rinaldi, qui lui succéda à l’Académie française en 2001, rappelle dans son discours de réception : « José Cabanis, dont j’ai scrupule, aujourd’hui, à occuper la place (...), lui-même parvenu à l’âge où nul n’élude plus la fameuse question : « Avons-nous assez aimé ceux qui nous aimaient ? », répond sans complaisance dans le commentaire des lettres qu’il avait envoyées aux siens, quand il était un jeune homme réquisitionné par le S.T.O., en Allemagne. Si le remords n’abolit pas le passé, si la pénitence ne vient pas à bout de la névrose, la mélancolie n’est pas moins, en nous, le seul sentiment qui pense. José Cabanis, classe 1942, lui doit quelques-unes de ses meilleures pages » [14].

« Cet admirateur de Julien Green (il est son préfacier en Pléiade), écrit Michel Crépu, aimait la littérature comme un péché exquis, le plus pardonnable de tous. Le fait est qu'il lui a tout donné » [15]. Et « si tu n’écris pas, lui dira Gabrielle, tout est perdu » [16].

José Cabanis fut membre du jury du Prix Renaudot (1986 - 2000) où il succéda à l'historien Henri Amouroux. Il est Chevalier (1972) puis Officier (1999) de la Légion d’honneur [17] et Commandeur dans l' Ordre des Arts et Lettres [18].

Son épouse, née Andrée Depeyre, est décédée le 3 mars 2012 à Toulouse à l'âge de 86 ans. Il est le père d'André Cabanis, historien du droit [19].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • La Pitié (Schopenhauer, Nietzsche, Max Scheler, Dostoïevski) (Gallimard, 1948)
  • L’Organisation de l’État d’après La République de Platon et La Politique d’Aristote (Gallimard, 1948)
  • L’Âge ingrat (Gallimard, 1952; "Édition définitive", Gallimard 1966; Folio n° 600, 1974)
  • L’Auberge fameuse (Gallimard, 1953)
  • Juliette Bonviolle (Gallimard, 1954)
  • Le Fils (Gallimard, 1956)
  • Les Mariages de raison (Gallimard, 1957)
  • Jouhandeau (Gallimard, 1959) (essais)
  • Le Bonheur du jour, (Gallimard, 1960) – Prix des Critiques
  • Les Cartes du temps, (Gallimard, 1964) – Prix des Libraires
  • Plaisir et Lectures. I. (Gallimard, 1964) (essais)
  • Les Jeux de la nuit (Gallimard, 1964)
  • Proust et l'Écrivain (Hachette, 1965)
  • La Bataille de Toulouse (Gallimard, 1966) – Prix Renaudot
  • Plaisir et lectures. II. (Gallimard, 1968) (essais)
  • Une vie, Rimbaud (Hachette, 1968)
  • Des jardins en Espagne (Gallimard, 1969)
  • Le Sacre de Napoléon (Gallimard, 1970)
  • Préface du Tome I des œuvres de Julien Green (Bibliothèque de la Pléiade, 1972)
  • Charles X, roi ultra (Gallimard, 1974) – Prix des Ambassadeurs
  • Saint-Simon, l’admirable (Gallimard, 1974) – Grand prix de la Critique littéraire
  • Saint-Simon, ambassadeur (Gallimard, 1974)
  • Les Profondes Années - Journal 1939-1945 (Gallimard, 1976)
  • Michelet, le Prêtre et la Femme (Gallimard, 1978)
  • Petit entracte à la guerre - Journal 1940-1943 (Gallimard, 1980)
  • Lacordaire et quelques autres (Gallimard, 1982)
  • Préface aux Conférences de Lacordaire à Toulouse (Éd. d'Aujourd'hui)
  • Le Musée espagnol de Louis-Philippe. Goya (Gallimard, 1986)
  • Préface aux Affaires de Rome, de Lamennais (La Manufacture, 1986)
  • L’Escaladieu (Gallimard, 1987)
  • Pages de journal (Éd. Sables, 1987)
  • Pour Sainte-Beuve (Gallimard)
  • Chateaubriand, qui êtes-vous ? (La Manufacture, 1988)
  • Préface de La Correspondance Lacordaire-Montalembert (Le Cerf, 1989)
  • L’Âge ingrat, réédition de l’ensemble du cycle (Gallimard, 1989)
  • Préface du Tome VI des Œuvres de Julien Green (Bibliothèque de la Pléiade, 1990)
  • Le Crime de Torcy, suivi de Fausses nouvelles (Gallimard, 1990)
  • En marge d’un Mauriac (Éd. Sables, 1991)
  • Mauriac, le roman et Dieu (Gallimard, 1991)
  • Préface à un choix de pages du Temps immobile, de Claude Mauriac (Grasset, 1993)
  • Préface à Dits et inédits, de Bussy-Rabutin (Éd. de l’Armançon, 1993)
  • Dieu et la NRF, 1909-1949 (Gallimard, 1994)
  • Le Diable à la NRF, 1911-1951 (Gallimard, 1996)
  • Autour de Dieu et le Diable à la NRF (Éd. Sables, 1996)
  • Jardins d’écrivains (en collaboration avec Georges Herscher) (Actes-Sud, 1998)
  • Julien Green et ses contemporains, le cas Mauriac (en collaboration à Littératures contemporaines, Julien Green) (Klincksieck, 1998)
  • Le Sacre de Napoléon (nouvelle édition) (Le Grand livre du mois, 1998)
  • Entretien (en collaboration à Chateaubriand aujourd’hui) (Éd. Cristel, 1998)
  • ''Magnificat, Témoignages (Éd. Sables, 1999)
  • Lettres de la Forêt-Noire, 1943-1998 (Gallimard, 2000)
  • Le jour, la nuit (Éd. Sables, 2001)
  • Carnets, 1954-1972 (Éd. Sables, 2007)

José Cabanis a fait, de son vivant, don de ses archives couvrant la période de 1954 à 1994 à la bibliothèque de Toulouse.

Hommages[modifier | modifier le code]

Académie française

  • Le 20 juin 1991, Jacques de Bourbon Busset prononce à l’Académie française sa Réponse au discours de réception de M. José Cabanis [20].
  • Le 12 octobre 2000, Marc Fumaroli, de l’Académie française, rend un Hommage à l’occasion du décès de M. José Cabanis [21].
  • Le 21 novembre 2002, Angelo Rinaldi, successeur de José Cabanis au 20e fauteuil, prononça à l’Académie française son Discours de réception où il fit, selon l'usage, l’éloge de son prédécesseur [22].

Autres

  • Il existe une Médiathèque José-Cabanis à Toulouse. À Balma, près de Nollet, propriété des Cabanis depuis un siècle et demi où l’écrivain passa son enfance et une grande partie de sa vie, le Groupe scolaire José Cabanis accueille plus de 400 élèves de maternelle et des classes élémentaires.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • José Cabanis, Livres de France, No 7, août - septembre 1966. Articles de Jean Grenier, Jacques Brenner et Philippe Sénart. La bataille de Toulouse par José Cabanis. José Cabanis répond au questionnaire Marcel Proust.
  • Jean-Claude Joye, L'Œuvre romanesque de José Cabanis : aspects thématiques et techniques (thèse de doctorat ès lettres remaniée), Delémont, Le Démocrate, 1978 (notice BnF no FRBNF35426997).
  • Françoise Bayle, Pour une topographie romanesque : incursion dans le monde de José Cabanis, Toulouse, Messages, 1981 (notice BnF no FRBNF34725158).
  • Alain Lanavère (dir. Jean Touzot), Entre roman et autobiographie spirituelle : l'œuvre romanesque de José Cabanis (thèse de doctorat ès lettres), Paris, université Paris-IV, , 836 p. (SUDOC 013317091).
  • Pierre Nouilhan, José Cabanis, Une vie d’écrivain, Bibliothèque de Toulouse, 2005. Publié à l'occasion de l'exposition "José Cabanis, une vie d'écrivain", organisée par la Bibliothèque de Toulouse à la Médiathèque José-Cabanis, 5 avril 2005 - 1er juin 2005. On trouve en appendice, un choix de textes de J. Cabanis, ainsi que des témoignages de divers auteurs.
  • Cahiers José Cabanis de la Société des amis de José Cabanis, 3 numéros parus en 2005-2007 (ISSN 1961-4330).
  • Michel Cabanac (préf. Christophe Penot), François Mauriac, José Cabanis : harmonies et dissonances, Saint-Malo, Christel, coll. « Mémoire littéraire », 2007 (ISBN 978-2-84421-049-4).
  • Roger Bichelberger, Le Maître de Nollet, Éditions Fates, Arsonval, 2008

Liens externes[modifier | modifier le code]

Documents

Sources et references

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. José Cabanis est élu en 1965 au 6e fauteuil. Son grand-père, Gaston Cabanis, fut élu en 1843 au 30e fauteuil. Son fils, André Cabanis, siège au 16e fauteuil depuis 2011. Voir : Site officiel de l'Académie des Jeux floraux
  2. Françoise de Bellomayre (1884 - 1957). Voir : Catalogue BnF - (lire en ligne). D'une famille de magistrats de Toulouse, anoblie sous Charles X, elle avait épousé en premières noces (1909) René Albert Joseph Taillefer de Laportaliere (né en 1882), capitaine au 10e régiment de dragons, mort pour la France aux Chemin des Dames le 21 octobre 1917, dont elle eut quatre enfants. L'un de ceux-ci, Arnaud Taillefer de Laportaliere (né en 1917), fut tué en 1940 à Dunkerque. Sur la famille Bellomayre, voir : Gustave Chaix d'Est-Ange - Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables - Tome III - Imprimerie de Charles Herissey - Evreux, 1904, page 305 (Lire en ligne)
  3. Mariage de Gaston Cabanis et Francoise de Bellomayre, en 1921, à Toulouse. Gaston Cabanis (1876 - 1953) avait épousé en premières noces (1907) Anne Marie Taillefer de Laportaliere (1879 - 1917)
  4. Voir : Éloge de M. Cabanis, par M. de Tauriac, 17 mars 1850 (Lire en ligne), in : Recueil de l’Académie des Jeux floraux - 1949, Imprimerie de Jean-Matthieu Douladoure, Toulouse, 1949, pages 215 et suiv.
  5. Pierre Nouilhan, José Cabanis, Une vie d’écrivain, Bibliothèque de Toulouse, 2005, page 18
  6. Daniel Rondeau , La Forêt-Noire de la mémoire, L'Express, 20 janvier 2000
  7. Discours de réception de José Cabanis, Académie française, 20 juin 1991
  8. José Cabanis, Les Carnets de Gabrielle, Les Nouvelles littéraires, 12 janvier 1967
  9. Pierre de Boisdeffre, Pour un portait de José Cabanis, La Revue des Deux Mondes, février 1991, page 133 et suiv.
  10. Les trois courts romans ont été réunis sous le titre de : Les Jardins de la nuit, Gallimard, Paris, 1973
  11. Biographie de José Cabanis, de l’Académie française (Lire en ligne). Sur le personnage de Gabrielle, voir : Alain Lanavère, La belle Gabrielle - À propos d'un personnage de José Cabanis (Lire en ligne), Travaux de Littérature, IX 1996, Klincksieck, Paris, page 279 et suiv.
  12. Jacques de Bourbon Busset, de l’Académie française, Réponse au discours de réception de M. José Cabanis, 20 juin 1991. Voir ci-dessous, dans la section Hommages
  13. Marc Fumaroli, Hommage prononcé à l’occasion du décès de M. José Cabanis, 12 octobre 2000. Voir ci-dessous, dans la section Hommages
  14. Angelo Rinaldi, Discours de réception à l’Académie française, 21 novembre 2002 (Lire en ligne). Angelo Rinaldi fut élu à l'Académie française, le 21 juin 2001, au fauteuil de José Cabanis (20e fauteuil)
  15. Michel Crepu, José Cabanis, la littérature comme un péché exquis, La Croix, 21 décembre 2000
  16. Voir : Louis Morin, José Cabanis : La Bataille de Toulouse, in : Esprit, Vol. 35, No 1, Février 1967, page 408
  17. Promotion du 14 juillet 1999, selon le décret du Président de la République, Jacques Chirac, du 13 juillet 1999
  18. Voir la notice du Comité des travaux historiques et scientifiques
  19. Cabanis raconte sa ville, La Dépêche, 23 février 2007
  20. Jacques de Bourbon Busset, Réponse au discours de réception de José Cabanis, 20 juin 1991 (Lire en ligne)
  21. Marc Fumaroli, Hommage prononcé à l’occasion du décès de M. José Cabanis, 12 octobre 2000 (Lire en ligne)
  22. Discours de réception de M. Angelo Rinaldi, 21 novembre 2002 (Lire en ligne)