Henri Guillemin

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Henri Guillemin
Description de cette image, également commentée ci-après
Portrait de Guillemin par Erling Mandelmann (1980).
Nom de naissance Henri-Philippe-Joseph Guillemin[1]
Alias
Cassius
Naissance
Mâcon, Saône-et-Loire, Drapeau de la France France
Décès (à 89 ans)
Neuchâtel, Drapeau de la Suisse Suisse
Activité principale
Distinctions
Prix Paul Flat (1936) pour Le Jocelyn de Lamartine
Prix Montyon (1942) pour Cette affaire infernale
Auteur
Langue d’écriture Français

Henri Guillemin, né le à Mâcon et mort le à Neuchâtel en Suisse, est un critique littéraire, historien, conférencier et polémiste français, connu pour ses talents de conteur historique et pour ses travaux sur les grands personnages de l'histoire de France et sur différents grands écrivains. Il publie aussi sous le pseudonyme de Cassius.

Spécialiste du XIXe siècle, qu’il aborde au départ par la littérature, Henri Guillemin s’intéresse autant à de grandes figures révolutionnaires qu’à de grands noms de la littérature, qu’il n'hésite pas à malmener. Dans la plupart de ses livres, il affirme prendre le contre-pied de ce qu’il appelle « l'histoire bien-pensante » héritée d’Ernest Lavisse.

Qualifiant ses ouvrages de pamphlets ou libelles, plusieurs historiens remettent en question sa méthodologie historique en soulignant sa partialité, son « manichéisme politique » et son inclination pour l'« histoire complot ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance, formation et débuts[modifier | modifier le code]

Fils de Philibert-Joseph « Philippe » Guillemin[2], agent voyer né en 1865, sous le Second Empire[3], et de Louise-Hortense Thenoz, née en 1871 pendant la Commune, mère au foyer, Henri vient au monde au no 7 (aujourd’hui 57), rue de Lacretelle, à Mâcon (en Bourgogne). Il eut un grand frère, Henri-Joseph Guillemin, né en 1893 à Lugny (et mort en bas âge), et une grande sœur, Marie Guillemin, née en 1895 en ce même village de Lugny et décédée en 1985.

Son père Philippe, orphelin très jeune, est un républicain convaincu et patriote, de surcroît très antireligieux, alors que sa mère, Louise, est une catholique pratiquante très pieuse. Henri dira plus tard avoir été peiné par ce conflit familial qu'il réussira à surmonter grâce à ses rencontres (notamment Marc Sangnier). Il a 11 ans lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale, mais son père alors âgé de 50 ans n'est plus mobilisable. La famille restera donc soudée.

Il est d’abord élève au lycée Lamartine de Mâcon avant d’entrer au lycée du Parc de Lyon, puis à l’École normale supérieure en 1924 (27e sur 30). En 1923, il devient le secrétaire de Marc Sangnier et s’engage résolument en faveur du catholicisme social. Rue d’Ulm, il se lie d’amitié avec Jean-Paul Sartre.

Agrégé de Lettres en 1927, il enseigne pendant huit ans au lycée tout en consacrant sa thèse (sous la direction de Daniel Mornet) au Jocelyn de Lamartine. À trente-trois ans, il est nommé professeur à l’université du Caire (d’octobre 1936 à juin 1938), puis à la Faculté des lettres de l’université de Bordeaux (1938-1941). La guerre et l’Occupation mettent fin à ce parcours jusque-là académique.

Vichy et la polémique sur Rousseau[modifier | modifier le code]

Proche de la Résistance[4], il est dénoncé comme gaulliste par un article d'Henri Poulain[5] publié dans Je suis partout, au moment de la publication de son livre sur Rousseau, Cette affaire infernale, qui traite de la rupture du philosophe avec Hume[4].

Selon le commentateur P. Pellerin, l'essai « trace un portrait de Rousseau qui l’identifie au juif français de 1942. [Il] dessine un chrétien hostile au pouvoir ecclésiastique, fidèle à la parole du Christ, porteur du message évangélique, incarnation de ce christianisme primitif englué dans ses origines sémitiques, tout ce que détestent l’extrême droite nationaliste et les nazis[4]. » Dans la Gazette de Lausanne, Guillemin rappelle ainsi un passage de Maurras de 1899, particulièrement virulent à l'égard de Rousseau, « possédé d’une rage mystique, aventurier nourri de révolte hébraïque, [...] un de ces énergumènes qui, vomis du désert [...] promenaient leurs mélancoliques hurlements dans les rues de Sion »[4]. Maurras répond alors, en 1942, qu'il aurait plutôt dû parler de « faux prophète », et que Rousseau représente « le cas-type de l’insurgé contre toutes les hiérarchies, le cas essentiel de l’individualisme anarchique »[4].

Guillemin fuit la France le et se réfugie à Neuchâtel en Suisse[6].

Après-guerre[modifier | modifier le code]

À la Libération, après avoir tenté, en vain, d’obtenir un poste à la Sorbonne, il devient attaché culturel à l’ambassade de France en Suisse à Berne (jusqu’à sa retraite, en 1962). Il partage ensuite sa vie entre la France et la Suisse.

« Brillant conférencier très apprécié dans le monde francophone[7] », Henri Guillemin enregistre plusieurs conférences historiques pour la Télévision suisse romande notamment Jean Jaurès en 1962 ; Napoléon Bonaparte (en 18 séquences vidéo dont 3 ont été perdues) en 1968 ; Léon Tolstoï et Céline qu'il défendait, en 1969 ; toujours en 1969, il rend un hommage à Charles-François Landry ; Jeanne d’Arc en 1970 ; la Commune de Paris (en 13 séquences) en 1971. En 1982, il enregistre une série de huit conférences (d’à peu près 30 min chacune) sur Pétain et le régime de Vichy, également pour la Télévision suisse romande, dans le cadre de l’émission Les dossiers de l’histoire. Radio-Canada a aussi diffusé en 1968 Napoléon vu par Guillemin, une série de 3 conférences sur Napoléon Bonaparte, sa vie, son œuvre. L'énigme Jeanne-d'Arc, série composée de plusieurs épisodes, a été diffusée en 1971 tandis que Portraits de révolutionnaires (Lénine, Staline, Trotsky) a été diffusée en 1983.

Mort[modifier | modifier le code]

D'une santé pulmonaire fragile (en 1926, alors à l'École normale, il est victime dans la rue d'une hémoptysie et on diagnostique alors une lésion pulmonaire) et de surcroît fumeur régulier, Henri Guillemin meurt le à Neuchâtel, en Suisse, où il possédait une maison avec son épouse depuis les années 1960. Il est enterré à Bray, dans le canton de Cluny (Saône-et-Loire), dans sa Bourgogne natale.

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Henri Guillemin était marié à Jacqueline Rödel, fille de Jacques Rödel, ancien secrétaire du mouvement politique Le Sillon, et était père de quatre enfants, dont l'ainé est Philippe. Son témoin de mariage était François Mauriac. Jacqueline Guillemin est morte en 2001.

Henri Guillemin possède une rue à son nom dans sa ville natale, à Mâcon.

Postérité[modifier | modifier le code]

Le à Paris, se déroule un colloque « Henri Guillemin et la Révolution française - Le moment Robespierre » (Institut Catholique de Paris). Les vidéos du colloque sont disponibles sur le site de l'association « Les ami(e)s d'Henri Guillemin ». D'autres vidéos de ses conférences sont remises en ligne, ainsi que les enregistrements audio[8], également sur le site Internet de l'association « Les Ami(e)s d'Henri Guillemin. »

Durant les années 2014 et 2015, Henri Guillemin connaît un regain d'intérêt grâce aux vidéos de ses conférences et ses émissions, postées sur Internet[9]. Le , se déroule à Paris un colloque « Henri Guillemin et la Commune - le moment du peuple ? ». Les vidéos du colloque sont disponibles sur le site de l'association « Les Ami(e)s d'Henri Guillemin ».

L'historienne marxiste-léniniste Annie Lacroix-Riz, militante au Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), évoque favorablement l'œuvre de Guillemin sur la Commune[10].

L'une des bibliothèques du service commun de documentation de l'Université Bordeaux-Montaigne, héritière de la Faculté de lettres de l'Université de Bordeaux, porte son nom[11].

Une œuvre éclectique[modifier | modifier le code]

Henri Guillemin en 1980.

Henri Guillemin est avant tout un spécialiste du XIXe siècle, qu’il aborde au départ par la littérature (sa thèse sur Alphonse de Lamartine en 1936, puis ses travaux sur Gustave Flaubert, Victor Hugo, Émile Zola ou Jules Vallès). Il poursuit ensuite ses recherches sur l’histoire du XIXe siècle, notamment sur la question sociale sous la IIe République et les relations entre l’Église et l’État (Histoire des catholiques français au XIXe siècle, 1947).

L'œuvre éclectique de Henri Guillemin s’intéresse autant à de grandes figures révolutionnaires qu’à de grands noms de la littérature, qu’il n’hésite pas à malmener (Benjamin Constant, Alfred de Vigny, André Gide). De ses coups de cœur, ressort le portrait d’un Guillemin anticlérical et chrétien de gauche. Il se définit lui-même comme un homme de gauche, patriote (mais pas nationaliste) et gaulliste de 1940 à 1947[12].

Il évoque dans ses interviews que ce besoin de « démystification » vient de sa colère à l'égard de l'histoire enseignée à l'école, qu'il considère comme trop éloignée de la vérité. Dans la plupart de ses livres (sa trilogie sur la guerre de 1870 ou encore son analyse de l’affaire Pétain), il affirme prendre le contre-pied de ce qu’il appelle « l’histoire bien-pensante » et revendique une passion sans faille pour la vérité, aussi bien littéraire qu'historique, qu'il résume par « lorsque j'apprends une vérité méconnue, je ne peux pas me taire ! »[12].

Ancien chargé de collection des livres religieux et historiques aux éditions du Seuil[13], Jean-Pie Lapierre affirme dans le Dictionnaire des intellectuels français que « (...) Parallèlement à son enseignement, [Guillemin] a été un critique et un conférencier infatigable dont la notoriété lui valut un public fidèle dans tous les pays francophones. Ses conférences, comme ses livres, rendent compte des enquêtes minutieuses du critique littéraire, dont l'érudition sert l'humeur. Méticuleux lecteur des œuvres, il inventorie toutes les archives des auteurs qu'il étudie : traqueur du mensonge et des silences, il les dévoile dans leurs rapports toujours révélateurs à l'argent, à l'amour, au pouvoir. Parmi d'autres, Rousseau, Robespierre, Lamartine, Hugo, Jaurès furent ses gloires ; Voltaire, Bonaparte, Constant, Vigny, ses victimes. Historien, il s'attache à Jeanne d'Arc, à Robespierre et surtout à la Commune. Ses portraits à l'emporte-pièce, non dénués d'injustice, ses raccourcis, non dénués d'humour, lui valent la férule des spécialistes et le succès du public[14]. »

Critiques de l'œuvre historique[modifier | modifier le code]

Parfois qualifié d'iconoclaste (qualificatif qu'il a rejeté[12]) ou d'« historien-pamphlétaire », Henri Guillemin est contesté par plusieurs historiens pour ce qu'ils jugent être des approximations, des erreurs et des partis-pris. Ainsi, dans certains ouvrages, il soutient la théorie de la responsabilité des élites politiques et financières (qu'il désigne sous le vocable « les gens de bien[15] ») lors de diverses crises politiques, notamment dans le cadre du coup d'État du 2 décembre 1851[16] ou des grandes défaites militaires contemporaines de la France. Selon l'auteur de Nationalistes et « nationaux », 1870-1940 (Paris, Gallimard, 1974), ces élites ont préféré l’ennemi extérieur en 1870 puis en 1940 afin de mieux écraser l’ennemi intérieur, autrement dit « le peuple. » Or « ces analyses relevant avant tout d'une histoire engagée, pour ne pas dire partisane, n'aident pas vraiment à saisir ce qui se joue en France entre 1940 et 1944 », avancent l'historien Jean-François Muracciole et le journaliste François Broche[n 1].

L'historien Christian Amalvi résume la pensée de Guillemin en observant que « ce catholique de gauche, dénonce surtout la lâcheté et la trahison permanentes de la bourgeoisie — incarnée par Guizot, Thiers, Jules Simon, Jules Ferry, etc. — qui, par haine des rouges et au nom de la défense de ses intérêts financiers et politiques exclusifs, n'aurait cessé de réprimer dans le sang les révoltes populaires et ouvrières du XIXe siècle, notamment la Commune de Paris, victime d'un complot des puissants et des possédants[7]. »

L'historien Jean-Noël Jeanneney remarque que chez Henri Guillemin, « homme de gauche, (...) les générosités, la solidarité instinctive avec les humbles, les emportements contre les possédants et le manichéisme politique ont puisé volontiers, sans assez de recul critique, chez Beau de Loménie. » Celui-ci, essayiste d'extrême droite, témoigne dans son œuvre Les responsabilités des dynasties bourgeoises d'une « obsessionnelle certitude : toute l'histoire de France — depuis la Révolution — s'explique[rait] lugubrement » par l'influence séculaire d'un « groupe très étroit de familles perpétuant avec efficacité, de père en fils ou de père en gendre, l'égoïsme de ses privilèges. » Une telle grille de lecture « condamn[e] à ne pas comprendre le jeu compliqué des forces qui s'affrontent sur les marches du pouvoir politique », observe Jean-Noël Jeanneney, avant de constater que Beau de Loménie « a trouvé, paradoxalement, une audience presque excessive chez des gens que tout aurait dû séparer de son univers mental », en particulier chez Henri Guillemin[19].

À propos de l'ouvrage Le Coup du 2 décembre (Paris, Gallimard, 1951), l'historien Jean-Baptiste Duroselle note que « M. Guillemin, dans un court Avant-Propos, déclare que son livre n'est pas impartial. (...) M. Guillemin n'a pas l'air de croire qu'il y a des gens sincères qui cherchent à faire de l'histoire impartiale (...). Pour lui, il existe un « gang » de l'Élysée, composé de gens peu recommandables, soutenu par la droite bourgeoise, monarchique, catholique, anti-ouvrière, qui croit faire une bonne opération en faisant élire ce personnage effacé qu'est le neveu de l'empereur, et qui en sera la dupe. L'ensemble est étayé par de copieuses références bibliographiques aux sources imprimées, mémoires notamment, non par les archives. La thèse, qui s'apparente donc à l'« histoire complot », est soutenue avec une vigueur, une ironie, un mordant, un talent littéraire, pour tout dire un éclat qui rendent l'ouvrage passionnant, d'un bout à l'autre. C'est du Guillemin, et du meilleur. Ce n'est pas de l'histoire[16]. »

Pareillement, les historiens Jean-Paul Brunet[20] et Samuel Hayat[21] remarquent que Henri Guillemin reconstruit la manifestation du 15 mai 1848 « avec les outils de "l'histoire complot" » en reprenant et systématisant la théorie d'un coup monté réactionnaire qui aurait été conçu par Armand Marrast puis réalisé par des « mouchards » de la police, conformément à la plaidoirie de la défense des chefs républicains traduits devant la Haute Cour de justice de Bourges en mars-avril 1849[22].

Au sujet du livre Jeanne, dite Jeanne d'Arc (Paris, Gallimard, 1970), l'historienne Régine Pernoud parle d’« anti-Histoire[n 2] » Elle souligne que Guillemin n'hésite pas à y évoquer un imaginaire « dossier Jeanne » supposément conservé dans les Archives du Vatican. De surcroît, Guillemin qualifie celles-ci d' « impénétrables » alors « qu'un an plus tôt, le même Henri Guillemin m'écrivait pour me demander si l'on avait jamais trouvé quelque chose sur Jeanne à Rome, et d'ailleurs si « ça existait encore », des archives du XVe siècle. Pour quelqu'un qui prétend faire œuvre d'historien, ignorer que nous possédons « encore » des archives du XVe siècle (...) est déjà en soi assez stupéfiant ; n'importe quel étudiant qui débute en histoire le sait. Mais se montrer aussi péremptoire sur un sujet dont on avouait quelques mois plus tôt qu'on le méconnaissait totalement, ce n'est plus de l'ignorance, c'est une méthode de travail - la méthode historique, ou plutôt la méthode anti-historique de tous les Henri Guillemin du monde[n 3]. »

Dans sa recension de l'ouvrage Robespierre, politique et mystique (Paris, Éditions du Seuil, 1987), L'Histoire note que Guillemin plaque comme grille d'analyse de toute l'histoire de la Révolution française « [son] combat [...] contre les « honnêtes gens », les propriétaires, les nantis, indifférents aux misères du peuple et soucieux seulement de défendre leurs propres privilèges. » De la sorte, l'auteur dépeint Robespierre « jouant à lui tout seul, dans un combat perdu d'avance, le rôle du défenseur des humbles et des opprimés » face à « tous ceux qui n'auraient cherché qu'à mettre des entraves à la marche victorieuse de la Révolution : de La Fayette et de Mirabeau à Hébert et Danton, même combat. » La revue juge que cette « lecture des années 1789-1794 [est] singulièrement simplificatrice et n'est rendue possible qu'au prix de bien des oublis et amalgames. » De surcroît, il n'est « guère démontré » que la foi de Robespierre en l'Être suprême ait « guidé toute sa politique », comme le pense Guillemin qui croit avoir « trouv[é] dans la pensée religieuse de [l'Incorruptible] la ligne directrice donnant sa cohérence au personnage[25]. »

Dans son autobiographie Parcours (Paris, Le Seuil, 1989), Henri Guillemin retrace la « déposition émiettée d'un témoin de notre temps. » L'historien Christian Amalvi évoque plutôt la déposition « d'un justicier et d'un pamphlétaire, [qui] fait entendre, comme du reste dans toute son œuvre, la voix perpétuellement indignée d'un homme en colère, d'un procureur passionné, trop souvent partial et injuste, mais toujours passionnant[7] ».

Patrick Berthier, professeur émérite de Littérature française du XIXe siècle et auteur de l'ouvrage Guillemin, une vie pour la vérité, pense « qu'Henri Guillemin acceptait l'étiquette d'historien, en sachant qu’il n'était pas un historien de métier, mais de passion et de conviction, et qu’il fallait réviser un certain nombre de versions officielles. Par sa formation, il est un littéraire, venu à l’histoire parce qu’il a fait une thèse sur Lamartine, et qu’il estimait que ce qu’on disait de Lamartine en 1848 ne correspondait pas à ce qu’il avait constaté en l’étudiant. » Berthier constate également que dans le cadre de la méthodologie historique, Henri Guillemin « prête le flanc [au] rejet de ses adversaires » historiens en pratiquant une « histoire d'humeur », qu'il s'agisse de sa « perception testimoniale » du document, de son pamphlet Silence aux pauvres ou de son « immense travail de compilation » Les Origines de la Commune, rédigé en vue d'« emporter l'adhésion, persuader par l'affect, toucher au cœur en entrant dans une forme de complicité avec son public[26]. »

Style[modifier | modifier le code]

Dans ses conférences, Guillemin maintient l'éveil de son auditoire par la vitesse de son débit, par une série de questions/réponses, parfois en cascade, mais aussi par une scansion qui lui est propre, donnant à ses phrases une respiration qui tranche sur le ton didactique classique en se rapprochant davantage de l'art du conteur[9].

L'historien Robert Schnerb remarque à ce sujet que « M. Henri Guillemin a du talent, il sait vous prendre et vous conduire où il veut. C'est une force qui, du point de vue de l'art, est un grand atout, mais dont il convient de se méfier[15] ».

Publications[modifier | modifier le code]

  • Le Jocelyn de Lamartine. Étude historique et critique avec des documents inédits, Paris, Boivin, 1936, 858 p.
  • Les visions. Poème inachevé de Lamartine (thèse complémentaire pour le doctorat ès-Lettres), Paris, Les Belles Lettres, 1936, 255 p.
  • Flaubert devant la vie et devant Dieu, Paris, Plon, 1939, 235 p. Préface de François Mauriac. Réédition Utovie.
  • Lamartine, l’homme et l’œuvre, Paris, Boivin, 1940, 166 p. Réédition Utovie.
  • Une histoire de l’autre monde, Neuchâtel, Ides et Calendes, 1942. Réédition Utovie.
  • Connaissance de Lamartine, Fribourg, Bibliothèque de l’université, 1942, 312 p. Réédition Utovie.
  • « Cette affaire infernale ». Les philosophes contre Jean-Jacques. L’affaire Rousseau-David Hume, 1766, Paris, Plon, 1942. Réédition Utovie.
  • Un homme, deux ombres (Jean-Jacques, Julie, Sophie), Genève, Au milieu du monde, 1943, 323 p. Réédition Utovie.
  • Les affaires de l’Ermitage, 1756-1757, Genève, Annales Jean-Jacques Rousseau, 1943.
  • La bataille de Dieu. Lamennais, Lamartine, Ozanam, Hugo, Genève, Au milieu du monde, 1944, 246 p. Réédition Utovie.
  • Les écrivains français et la Pologne, Genève, Au milieu du monde, 1945.
  • Sous le pseudonyme de Cassius : La vérité sur l’affaire Pétain, Genève, Au milieu du monde, 1945, 218 p. Réédition Utovie.
  • Rappelle-toi, petit, Porrentruy, Portes de France, 1945. Réédition Utovie.
  • La vérité sur l'affaire Pétain, Genève, 1945, 226p. Réédition Utovie
  • Lamartine et la question sociale, Paris, Laffont, 1946. Réédition Utovie.
  • Histoire des catholiques français au XIXe siècle (1815-1905), Genève, Au milieu du monde, 1947, 393 p. Réédition Utovie.
  • Lamartine en 1848, Paris, P.U., 1948. Réédition Utovie.
  • La tragédie de Quarante Huit, Genève, Au Milieu du Monde, 1948.
  • Cette nuit-là, Neuchâtel, Le Griffon, 1949. Réédition Utovie.
  • L’humour de Victor Hugo, Boudry, La Baconnière, 1951.
  • Victor Hugo par lui-même, Paris, Le Seuil, Collections Microcosme "Écrivains de toujours", 1951, 190 p.
  • Victor Hugo. Pierres (vers et prose), Genève, Éditions du Milieu du monde, 1951.
  • Le coup du 2 décembre, Paris, Gallimard, 1951. Réédition Utovie.
  • Victor Hugo et la sexualité, Paris, Gallimard, 1954.
  • M. de Vigny homme d’ordre et poète. N.R.F. Gallimard 1955, in- 12 de 202 pp. + 3 ff. non chiffrés. Fac-similé, en frontispice, d’une page du manuscrit de Vigny.
  • Claudel et son art d’écrire, Paris, Gallimard, 1955.
  • Les origines de la Commune. t. I : Cette curieuse guerre de 70. Thiers - Trochu - Bazaine, Paris, Gallimard, 1956, 266 p. Réédition Utovie.
  • À vrai dire, Paris, Gallimard, 1956, 214 p.
    Guillemin y reprend contre André Gide les accusations portées deux ans plus tôt dans son article « À propos du Journal de Gide », Journal de Genève, 9 janvier 1954, page 3. André Gide aurait, en 1946, dissimulé des passages collaborationnistes de son Journal publié en 1940. Mais comme le remarqua très vite Henri Massis, l’accusation ne tient pas.
  • Benjamin Constant muscadin, Paris, Gallimard, 1958. Réédition Utovie.
  • Madame de Staël, Benjamin Constant et Napoléon, Paris, Plon, 1959, 210 p.
  • Les Origines de la Commune. t. II : L’héroïque défense de Paris, Paris, Gallimard, 1959. Réédition Utovie.
  • Zola, légende et vérité, Paris, Julliard, 1960, 193 p. Réédition Utovie.
  • Les Origines de la Commune. t. III : La capitulation, Paris, Gallimard, 1960. Réédition Utovie.
  • Éclaircissements, Paris, Gallimard, 1961.
  • L’Énigme Esterhazy, Paris, Gallimard, 1962, 263 p. Réédition Utovie.
  • Présentation des Rougon-Macquart, Paris, Gallimard, 1964. Réédition Utovie.
  • L’Homme des Mémoires d’Outre-Tombe, Paris, Gallimard, 1965. Réédition Utovie.
  • L'Affaire Dreyfus documentaire, 1965
  • L’Arrière-pensée de Jaurès, Paris, Gallimard, 1966, 235 p. Réédition Utovie.
  • La Première résurrection de la République, 24 février 1848, Paris, Gallimard, 1967. Réédition Utovie.
  • Le « converti ». Paul Claudel, Paris, Gallimard, 1968, 242 p. Réédition Utovie.
  • Pas à pas, Paris, Gallimard, 1969.
  • Napoléon tel quel, Paris, Trévise, 1969, 153 p. Réédition Utovie.
  • Jeanne, dite Jeanne d’Arc, Paris, Gallimard, 1970. Réédition Utovie.
  • L’Avènement de Monsieur Thiers, suivi de Réflexions sur la Commune, Paris, Gallimard, 1971. Réédition Utovie.
  • La liaison Musset-Sand, Paris, Gallimard, 1972. Réédition Utovie.
  • Précisions, Paris, Gallimard, 1973.
  • Nationalistes et nationaux (1870-1940), Paris, Gallimard, « Idées », 1974, 476 p.
  • Regards sur Bernanos, Paris, Gallimard, 1976. Réédition Utovie.
  • Sulivan ou la parole libératrice suivi de Passez les passants par Jean Sulivan, Paris, Gallimard, 1977.
  • Victor Hugo, Paris, Le Seuil, 1978.
  • Charles Péguy, Paris, Le Seuil, 1981. Réédition Utovie.
  • L’Affaire Jésus, Paris, Le Seuil, 1982, 152 p.
  • Le Général clair-obscur, Paris, Le Seuil, 1984.
  • L’Engloutie. Adèle, fille de Victor Hugo, Paris, Le Seuil, 1985, 158 p.
  • Napoléon légende et vérité, Paris, Utovie/h.g., 1986, 159p.
  • Robespierre, politique et mystique, Paris, Le Seuil, 1987, 422 p.
  • Silence aux pauvres !, Paris, Arléa, 1989, 120 p.
  • Vérités complémentaires, Paris, Le Seuil, 1990, 386 p.
  • Du courtisan à l’insurgé. Vallès et l’argent, Paris, Arléa, 1990, 164 p.
  • La Cause de Dieu. Essai, Paris, Arléa, 1990, 215 p.
  • Regards sur Nietzsche, Paris, Le Seuil, 1991, 310 p.
  • Une certaine espérance. Conversations avec Jean Lacouture, Paris, Arléa, 1992, 186 p. Réédition Utovie.
  • Malheureuse Église, Paris, Le Seuil, 1992, 250 p.
  • Les Passions d’Henri Guillemin, Boudry, La Baconnière, 1994, 448 p.

Les Éditions d’Utovie sont devenues l’éditeur exclusif des œuvres de Henri Guillemin. Les conférences audio sont également éditées en livre + CD par le même éditeur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Une longue tradition d'historiographie militante, d'Henri Guillemin à Annie Lacroix-Riz, s'est efforcée d'établir des similitudes entres les épisodes de défaite militaire suivis d'une occupation étrangère (1814-1819 et surtout 1870-1873 et 1940-1944) pour dénoncer la tendance défaitiste, capitularde, voire purement et simplement « collaboratrice » des élites françaises qui auraient ainsi cherché dans les armées étrangères le rempart contre le péril de la subversion intérieure (de la Commune de Paris en 1871 à la poussée sociale du Front populaire en 1936). En 1974, dans un ouvrage devenu un classique[17], l'essayiste et critique littéraire Henri Guillemin (1902-1992), adepte d'une « contre-histoire », dressait le parallèle entre le comportement des élites françaises (« les gens de bien ») de 1870-1871 et celui de leurs héritières de 1936-1940 : dans les deux cas, un ultra-pacifisme tendant au défaitisme qui n'aurait été dicté que par la volonté de défendre l'ordre social intérieur menacé. Ces analyses relevant avant tout d'une histoire engagée, pour ne pas dire partisane, n'aident pas vraiment à saisir ce qui se joue en France entre 1940 et 1944. [...] En réalité, bien que le mot soit ancien, la collaboration du type de celle qui exista dans la France des années 1940-1944 demeure sans précédent dans notre histoire »[18].
  2. « On se trouve en effet, avec l'ouvrage intitulé Jeanne, dite Jeanne d'Arc, devant un donné intéressant en ce qu'il se situe à l'opposé de la méthode historique. Ce n'est plus hypothèse, ou légende, ou fable ; c'est l'anti-Histoire[23]. ».
  3. « Henri Guillemin ignore (la signification du mot pucelle), confond (Saint-Denis près de Paris et Saint-Rémi près de Reims), affabule (personne n'a jamais pu déterminer combien de soldats le duc de Bourgogne avait fourni au roi d'Angleterre pour le siège d'Orléans ; « trois cents Picards », affirme l'auteur, péremptoire), fantasme (du témoignage de Marguerite de la Touroulde, « Plusieurs fois, je l'ai vue aux bains et aux étuves », il déduit que Jeanne « s'offrait avec plaisir à la technique des masseuses »... »[24].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Acte de naissance de Henri Guillemin, sisyphe.com (consulté le 21 juillet 2018).
  2. [1]
  3. « Guillemin/Hugo »
  4. a, b, c, d et e Pascale Pellerin, « Anti-rousseauisme et antisémitisme sous l’Occupation », Christophe van Staen, Études sur le XVIIIe siècle : « Jean-Jacques Rousseau (1712-2012). Matériaux pour un renouveau critique », volume XXXX, Éditions de l'Université de Bruxelles, 2012, p. 59-65.
  5. Interview Guillemin intime
  6. Pascale Pellerin, « Rousseau, une dissidence spirituelle sous l’Occupation », sur rousseaustudies.free.fr
  7. a, b et c Amalvi 2004, p. 145.
  8. Enregistrements d'Henri Guillemin
  9. a et b « Sur YouTube, l’étonnant carton post-mortem d’un historien oublié », Marc Meillassoux, Rue89.fr, 17/08/2015 (consulté le 19 août 2015).
  10. Annie Lacroix-Riz, « Interview exclusive d'Annie Lacroix-Riz sur Henri Guillemin et la Commune », Mediapart.fr,‎ (lire en ligne)
  11. « Bibliothèque Henri Guillemin - Université Bordeaux Montaigne », sur www.u-bordeaux-montaigne.fr (consulté le 19 août 2017)
  12. a, b et c Henri Guillemin : Confidences
  13. http://data.bnf.fr/12570223/jean-pie_lapierre/
  14. Jacques Julliard et Michel Winock (dir.), Dictionnaire des intellectuels français : Les personnes, les lieux, les moments, Seuil, (EAN 9782020992053, présentation en ligne), p. 686
  15. a et b Robert Schnerb, « Henri Guillemin, Le coup du Deux décembre [compte rendu] », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, no 2, 8e année,‎ , p. 275-276 (lire en ligne).
  16. a et b Jean-Baptiste Duroselle, « Henri Guillemin, Le Coup du Deux décembre [compte rendu] », Revue française de science politique, Paris, Presses universitaires de France, vol. III, no 3,‎ , p. 654 (lire en ligne).
  17. Henri Guillemin, Nationalistes et « nationaux », 1870-1940, Paris, Gallimard, 1974.
  18. François Broche et Jean-François Muracciole, Histoire de la Collaboration, 1940-1945, Paris, Tallandier, , 619 p. (ISBN 979-10-210-2264-5).
  19. Jean-Noël Jeanneney, L'argent caché : milieux d'affaires et pouvoirs politiques dans la France du XXe siècle, Paris, Seuil, coll. « Points. Histoire » (no 70), , 2e éd. (1re éd. 1981, Fayard), 306 p. (ISBN 2-02-006728-5), « Les dynasties bourgeoises de Beau de Loménie », p. 265 ; 270-271.
  20. Jean-Paul Brunet, La police de l'ombre : indicateurs et provocateurs dans la France contemporaine, Paris, Éditions du Seuil, , 347 p. (ISBN 2-02-012497-1, présentation en ligne), p. 277.
  21. Samuel Hayat, Quand la République était révolutionnaire : citoyenneté et représentation en 1848, Paris, Éditions du Seuil, , 404 p. (ISBN 978-2-02-113639-5, présentation en ligne).
  22. Henri Guillemin, La Tragédie de quarante-huit, Genève, Milieu du monde, 1948, p. 257.
  23. Régine Pernoud, Jeanne devant les Cauchons, Paris, Éditions du Seuil, , 130 p., p. 85.
  24. Régine Pernoud, Jean Tulard et Jérôme Pernoud, Jeanne d'Arc, Napoléon : le paradoxe du biographe, Monaco, Éditions du Rocher, , 217 p. (ISBN 2-268-02476-8), p. 100-103.
  25. « Robespierre, politique et mystique, par Henri Guillemin, Paris, Le Seuil, 1987, 428 p., 130 F », L'Histoire, no 109,‎ , p. 74.
  26. « Henri Guillemin, intellectuel réfractaire Entretien avec Patrick Berthier », sur laviedesidees.fr, (consulté le 27 janvier 2017).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christian Amalvi, « GUILLEMIN, Henri (Mâcon, 1903 - Neuchâtel, 1992) », dans Christian Amalvi (dir.), Dictionnaire biographique des historiens français et francophones : de Grégoire de Tours à Georges Duby, Paris, La Boutique de l'histoire, , 286 p. (ISBN 2-910828-32-8), p. 144-145.
  • Henri Guillemin et Patrick Berthier, Le Cas Guillemin : dialogues, Paris, Gallimard, , 236 p. (ISBN 2-07-028737-8, présentation en ligne).
  • Collectif, Henri Guillemin historien et écrivain de la Révolution française : actes du colloque organisé les 21 et 22 novembre 2014 par l'Association présence d'Henri Guillemin et l'Institut d'histoire de la Révolution française, Bats, Utovie, coll. « HG », , 146 p. (ISBN 978-2-86819-789-4).
  • Maurice Maringue, Henri Guillemin le passionné, Éditions de l’Armançon, 1994, 152 p. Préface de François Mitterrand.
  • Patrick Berthier, Le cas Guillemin, Gallimard, coll. « Voies ouvertes », 1979, 248 p.
  • Patrick Berthier, Guillemin, légende et vérité, Utovie, coll. « HG », 2000 (1ère édition : 1982), 218 p.
  • Patrick Berthier, 60 ans de travail, Henri Guillemin, bibliographie, Bats, Utovie, coll. « Cahiers Henri Guillemin » (no 1), , 111 p. (ISBN 2-86819-067-7).
  • Patrick Berthier, « Retour au « cas » Guillemin », Revue historique neuchâteloise, no 4,‎ , p. 321-340 (ISSN 1422-5182, lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]