Louis Jouvet

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Louis Jouvet
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Louis Jouvet en 1947.
Nom de naissance Jules Eugène Louis Jouvet
Naissance
Crozon, Finistère
Décès (à 63 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de France Français
Profession
Conjoint
Else Collin
Descendants
Lisa Jouvet, Léa Jouvet[1]

Compléments

Louis Jouvet, né le à Crozon (Finistère) et mort le [2] (63 ans) à Paris 9e, est un comédien, metteur en scène et directeur de théâtre français, professeur au Conservatoire national supérieur d'art dramatique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Jules Eugène Louis Jouvet, orphelin de père à quatorze ans, part vivre avec sa mère chez son oncle, qui est apothicaire à Rethel dans les Ardennes. Influencé par sa famille, il s'inscrit à la faculté de pharmacie de Toulouse. À partir de 1904, il entame des études de pharmacie à la faculté de Paris, mais passe tout son temps libre dans les théâtres amateurs de l'époque : dans la troupe de Léon Noël, puis celle du Théâtre d'Action d'Art de 1908 à 1910 (il part alors en province jouer devant des auditoires populaires), ensuite celle du Théâtre des Arts, puis à l'Odéon, et au Châtelet. En parallèle, il se présente au concours d'entrée du Conservatoire d'Art dramatique de Paris, où il sera recalé plusieurs fois.

De la faculté au Vieux-Colombier[modifier | modifier le code]

En 1912, son diplôme de pharmacien en poche, Louis Jouvet se marie le avec Else Collin (1886-1967)[3], avec laquelle il aura trois enfants : Anne-Marie en 1914, Jean-Paul en 1917 et Lisa en 1924[4]. À cette époque il court les cachets et fera ainsi une courte apparition dans un film aux côtés de Harry Baur.

En 1913, il est engagé avec son ami Charles Dullin par Jacques Copeau, alors directeur du Théâtre du Vieux-Colombier. C'est un véritable tournant dans sa carrière : il y est régisseur, décorateur, assistant et enfin comédien.

En 1914, la Première Guerre mondiale éclate, Louis Jouvet est engagé volontaire. Il est ambulancier, puis médecin auxiliaire. Démobilisé en 1917, il retrouve la troupe du Vieux-Colombier.

En , la troupe du Vieux-Colombier s'installe pour deux saisons au Garrick Theatre de New York. Le succès obtenu n'est pas à la hauteur des attentes ; les relations entre Jouvet et Copeau se dégradent.

En 1920, c'est le retour à Paris : le Vieux-Colombier rouvre ses portes.

Entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

En 1922, Jouvet rompt avec Jacques Copeau. Engagé par Jacques Hébertot, qui dirige alors le théâtre des Champs-Élysées et la Comédie des Champs-Élysées, en qualité de directeur technique de ces deux salles, il participe à la scénographie du troisième théâtre, le Studio des Champs-Élysées, et se voit confier des mises en scène, en alternance avec Georges Pitoëff. L'année suivante, en , il remporte son premier grand succès avec Knock ou le Triomphe de la médecine[5] de Jules Romains, qu'il jouera 1 500 fois.

À la fin de 1924, plusieurs comédiens venus du Théâtre du Vieux-Colombier le rejoignent. Jacques Hébertot s'éloigne. Louis Jouvet devient directeur de la Comédie des Champs-Élysées, où il demeurera jusqu'en 1934.

En 1928, il rencontre Jean Giraudoux, dont il crée plusieurs pièces. Pendant deux années il dirige le théâtre Pigalle où il présente avec succès Donogoo Tonka de Jules Romains le 8 octobre 1930, puis en 1931 Judith de Jean Giraudoux. À partir de 1934, il dirige le théâtre de l'Athénée, où il donne la première de La guerre de Troie n'aura pas lieu (1935) et celle d'Ondine (1939).

Gaston Baty, Charles Dullin, Georges Pitoëff et Jouvet fondent le une association d'entraide, le « Cartel des Quatre », qui durera jusqu'en 1940. Leur objectif est de faire en sorte que le théâtre crée une poésie qui lui soit propre, et de jouer des auteurs contemporains.

On lui propose la direction de la Comédie-Française, qu'il refuse, car il est trop occupé par celle de son propre théâtre. À l'Athénée, il triomphe avec des pièces de Molière et de Giraudoux, et d'autres œuvres du répertoire classique.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il effectua une tournée en Amérique latine à la suite de l'occupation allemande. Entre 1941 et 1945, il se produit à Buenos Aires (Argentine), où est installé son cousin, l'acteur Maurice Jouvet (es). Il y représente Ondine, de son ami Jean Giraudoux, pièce qu'il a créée deux ans auparavant à Paris. Il emmène la pièce en tournée à Montevideo, São Paulo et à Rio de Janeiro. Il crée dans cette ville L'Annonce faite à Marie de Paul Claudel en 1942, dans laquelle joue l'actrice belge Madeleine Ozeray (1908-1989), comédienne de sa troupe devenue sa compagne.

À la Libération en 1945, il rentre en France pour diriger La Folle de Chaillot avec Marguerite Moreno (1871-1948) en hommage à Jean Giraudoux, décédé l'année précédente.

À la tête du théâtre de l’Athénée[modifier | modifier le code]

Louis Jouvet reprend la direction du théâtre de l’Athénée, qui deviendra plus tard le théâtre de l'Athénée-Louis-Jouvet. C'est là qu'il crée La Folle de Chaillot (1945). Le , il reçoit la Légion d'honneur.

Le , c'est lui qui lit la prière de Willette à la messe du mercredi des Cendres, célébrée en l'église Saint-Germain-l'Auxerrois en présence du nonce apostolique monseigneur Roncalli (le futur pape Jean XXIII), du cardinal Maurice Feltin, et d'une foule d'artistes. Cette messe et sa prière s'adressent à ceux qui vont mourir dans l'année. Sa disparition six mois plus tard marquera les esprits, au point que l'année suivante elle fut dite par trois récitants[6].

Il aide également les nouvelles figures du théâtre et de la décentralisation théâtrale, Maurice Sarrazin, André Barsacq, Jean-Louis Barrault et Jean Vilar notamment, et met en scène, au Théâtre Antoine à Paris, Le Diable et le Bon Dieu, pièce écrite par Jean-Paul Sartre en 1951. Le soir de la première il est à Toulouse, où il prodigue ses conseils au jeune directeur du nouveau Centre dramatique, M. Sarrazin.

Malade du cœur, il meurt d'un infarctus le [7], survenu dans son théâtre au 7 rue Boudreau, alors qu'il dirige une répétition de la pièce La Puissance et la Gloire, d'après Graham Greene[8]. Il repose au cimetière de Montmartre à Paris.

Distinction[modifier | modifier le code]

Jouvet et le cinéma[modifier | modifier le code]

Au cinéma, il joue dans trente-deux films, dont plusieurs chefs-d'œuvre passés à la postérité : Quai des Orfèvres d'Henri-Georges Clouzot, où il trouve, pour beaucoup, l'un de ses meilleurs rôles ; Hôtel du Nord, aux côtés d'Arletty, célèbre pour son fameux « Atmosphère, atmosphère », et Drôle de drame, dans lequel il donne à Michel Simon la réplique devenue célèbre : « Moi, j'ai dit : « Bizarre, bizarre » ? Comme c'est étrange… […] Moi, j'ai dit : « Bizarre ? », comme c'est bizarre. ». Knock ou Le triomphe de la médecine est porté à l'écran par l'acteur lui-même (avec Roger Goupillières) en 1933 ; Jouvet interprète à nouveau le personnage dans la version de Guy Lefranc en 1951, peu avant sa mort. Il joue dans deux films réalisés par Jean Renoir : Les bas-fonds en 1936, avec Jean Gabin, et La Marseillaise en 1937. Dans L'Alibi, sous la direction de Pierre Chenal, il rencontre pour un face-à-face Erich von Stroheim. Dans Copie conforme, il incarne le chef d'une bande de voleurs qui engage son sosie pour se faire innocenter. Aux côtés de Suzy Delair, Jouvet y tient un double rôle. En 1948, il joue l'inspecteur Carrel, qui enquête sur la mort du truand Vidauban, également son sosie, dans Entre onze heures et minuit d'Henri Decoin. Son ami et dialoguiste favori Henri Jeanson met en scène Lady Paname et reforme le duo Jouvet-Delair.

Jouvet aimait le théâtre plus que le cinéma. « Au théâtre on joue, au cinéma on a joué », disait-il. Cela ne l'empêchera pas de jouer, au cinéma, des adaptations théâtrales saluées par la critique et très appréciées du public : Volpone, avec Harry Baur et Charles Dullin, et les deux versions de Knock. Fidèle en amitié, il acceptait spontanément de jouer dans un film dont Jeanson avait signé les dialogues, ou encore exigeait un rôle pour ses amis dans les films où il figurait lui-même (cas de Charles Dullin dans Volpone et Quai des Orfèvres). Sa passion du théâtre l'a poussé à jouer dans Entrée des artistes de Marc Allégret, où il tient son propre rôle de professeur de théâtre du Conservatoire et qui est presque un reportage sur l'art de Jouvet ; La Fin du jour de Julien Duvivier, où il incarne un acteur de théâtre complètement habité par ses personnages et qui, confondant réalité et fiction, sombre dans la folie ; enfin Miquette et sa mère, où Clouzot lui a confié le rôle du pittoresque Monchablon, « grand premier rôle en tous genres » et directeur d'une troupe de théâtre ambulant.

"Plus l’écrin est noir plus la perle brille"

Réponse à Paul Gordeaux critique dramatique, à la question : "Pourquoi donc jouez-vous avec des acteurs de troisième zone ?"

Filmographie[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Comédien[modifier | modifier le code]

Théâtre du Vieux-Colombier[modifier | modifier le code]

Garrick's Theatre New York[modifier | modifier le code]

Théâtre du Vieux-Colombier[modifier | modifier le code]

Metteur en scène et comédien[modifier | modifier le code]

Théâtre du Vieux-Colombier[modifier | modifier le code]

Comédie des Champs-Élysées[modifier | modifier le code]

Théâtre Pigalle[modifier | modifier le code]

Comédie des Champs-Élysées[modifier | modifier le code]

Théâtre Pigalle[modifier | modifier le code]

Comédie des Champs-Élysées[modifier | modifier le code]

Théâtre de l'Athénée[modifier | modifier le code]

Comédie-Française[modifier | modifier le code]

Tournée en Amérique latine 1941-1945[modifier | modifier le code]

Théâtre de l'Athénée[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Louis Jouvet, Elvire Jouvet 40. Sept leçons de L. J. à Claudia sur la 2e scène d'Elvire du Dom Juan de Molière, tirées de Molière et la comédie classique de Louis Jouvet, BEBA éditeur, 1986, puis, Paris, Solin, 1992.
  • Louis Jouvet, Molière et la comédie classique; extraits des cours de Louis Jouvet au Conservatoire, 1939-1940, Paris, Gallimard, 1965 (réédition 1998).
  • Louis Jouvet, Témoignages sur le théâtre, Paris, Flammarion, coll. "Champs", 2009.
  • Louis Jouvet, Le comédien désincarné, Paris, Flammarion, coll. "Champs", 2009.
  • Louis Jouvet, Écoute, mon ami, Paris, Flammarion, 2001.

Discographie[modifier | modifier le code]

Albums
  • Louis Jouvet et sa Compagnie, L'École des femmes (3LP), Pathé PCX 5003 à 5005 ; et Pathé-Marconi 2C 161-12097 à 12099
  • Edwige Feuillère, Simone Valère, Jean Debucourt, Jean Desailly, Jean Deschamps, Pierre Renoir, Louis Jouvet, Visages de Giraudoux (LP), L'Encyclopédie sonore / Hachette 320E801
  • Louis Jouvet, Michel Bouquet, Jean Vilar, Hommage à Molière (2LP), Hachette 320E972 et 320E973
  • Hommage à Louis Jouvet (2LP) Radiodiffusion-Télévision Française TS 30LA549 ; et Disques Adès 7007 et 7008
  • Louis Jouvet joue Giraudoux (LP), Disques Adès 13.032
  • Grands moments de L'Athénée (2LP), Disques Adès / Radiodiffusion-Télévision Française 19.015
Singles & EPs
  • Louis Jouvet, Pourquoi j'ai monté Dom Juan, conférence faite le à l'université des Annales (EP), Pathé 45ED54
  • Jules Romains, Louis Jouvet, Knock - Acte II (78t), Columbia BF13
  • Louis Jouvet, Michel Simon & Armontel, Knock / Jean de La Lune (45t), Columbia ESJF1
  • Pierre Renoir, Louis Jouvet, Jean Deschamps, Edwige Feuillère, Giraudoux : La guerre de Troie n'aura pas lieu (EP), Siegfried / L'Encyclopédie sonore 190E122
  • Docteur Jacques Sourdille, Louis Jouvet, Albert Schweitzer, Friedrich Wilhelm, Viktor Albrecht, Paul Deschanel, Des médecins et des hommes en documents sonores (Flexi 45t), Tonus / Publications audiovisuelles Claude-Maxe
Compilations
  • Louis Jouvet, Hommage à Jean Giraudoux (LP), Disques Adès 10.053

Références à Jouvet[modifier | modifier le code]

  • Le critique gastronomique Anton Ego du film d'animation Ratatouille est une référence à l'acteur. En effet les animateurs de Pixar s'en sont inspirés pour créer le personnage.
  • Dans Alceste à Bicyclette, de Philippe Le Guay. Louis Jouvet est la référence du personnage principal interprété par Luchini.

Autour de Jouvet[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alisson Delpierre, « Portrait de Léa Jouvet », Journal télévisé 13h RTBF,‎ (lire en ligne)
  2. « Actes de naissance et de décès de Jules Eugène Louis Jouvet », sur CinéArtistes (consulté le 18 janvier 2018) - Note : Il est bien inscrit sur son acte de décès et en marge sur son acte de naissance qu'il est décédé le 17 août 1951.
  3. Else Jouvet sur Histoire-en-questions.fr
  4. Jean-Marc Loubier, Louis Jouvet, Ramsay,
  5. « Knock, acte 2 - "Scène de la Dame en noir" (Jules Romains) Louis Jouvet », sur Bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris (consulté le 13 décembre 2017)
  6. Père Propos recueillis par le Père Jacques Benoist pour son encyclopédie Catholicisme, du Père Roland Letteron, aumônier diocésain des artistes et du frère Jean-Marie Guillerm dit Godefroy
  7. "Le dix-sept août mil neuf cent cinquante et un, vingt heures dix, est décédé, 24 rue Caumartin, Jules Eugène Louis Jouvet, né à Crozon (Finistère) le vingt quatre décembre mil huit cent quatre vingt sept, artiste dramatique, commandeur de la Légion d'Honneur, domicilié à Paris 6e, 20 rue de Tournon, fils de Louis Jouvet et Eugénie Séjournet, époux décédés, époux de Else Vilhelmine Théodora Collin...(acte no 962 au registre des décès du neuvième arrondissement de Paris pour l'année 1951).
  8. Adaptation de Pierre Bost
  9. a et b Les Actes des Poètes, no 1, décembre 1910
  10. Les Actes des Poètes, no 4, mars 1910

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Catherine Valabregue, Pampa, Vaudou, Samba. En Amérique latine avec la tournée Louis Jouvet, Fasquelle, 1947 — publié sous le pseudonyme Catherine Moissan
  • Denise Bourdet, Louis Jouvet, dans: Pris sur le vif, Paris, Plon, 1957.
  • Léo Lapara, Dix ans avec Jouvet, autobiographie, Paris, France Empire, 1975.
  • Jean-Marc Loubier, Louis Jouvet - Biographie, Paris, Ramsay, 1986.
  • Jean-Marc Loubier, Louis Jouvet, le patron, Paris, Ramsay, 2001.
  • Denis Rolland, Louis Jouvet et le théâtre de l’Athénée, 1939-1945, « promeneurs de rêve » en guerre, Paris, IUF-L’Harmattan, 2000, 480 p.
  • Marie-Françoise Christout, Noëlle Guibert, Danièle Pauly, Théâtre du Vieux Colombier, 1913-1993, Norma, 1993.
  • Colette Godard, Noëlle Guibert, Jean-Paul Midant, Paul-Louis Mignon, Athénée Théâtre Louis-Jouvet, Norma, 1996.
  • Paul-Louis Mignon, Louis Jouvet : un homme de science du théâtre : les années d'apprentissage, Éditions de l'Amandier, 2009.
  • Claude Cézan, Louis Jouvet et le théâtre d'aujourd'hui, Paris, Émile-Paul Frères, 1948.
  • Marc Véron, Louis Jouvet ou le grand art de plaire : Histoire d'une société théâtrale, Éditions l'Entretemps, 2015 (ISBN 978-2-35539-197-2).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]