Louis Jouvet

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Louis Jouvet
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Louis Jouvet en 1950

Nom de naissance Jules Eugène Louis Jouvet
Naissance
Crozon, Finistère
Décès (à 63 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de France Français
Profession
Conjoint
Else Collin
Descendants
Lisa Jouvet, Léa Jouvet[1]

Compléments

Louis Jouvet est un acteur français, metteur en scène et directeur de théâtre, professeur au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, né le à Crozon (Finistère), mort le à Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Jules Eugène Louis Jouvet, orphelin de père à 14 ans, part vivre avec sa mère chez son oncle qui est apothicaire à Rethel dans les Ardennes. Influencé par sa famille, il s'inscrit à la faculté de pharmacie de Toulouse. À partir de 1904, il achève ses études de pharmacie à la faculté de Paris, mais passe tout son temps libre dans les théâtres amateurs de l'époque : dans la troupe de Léon Noël, puis celle du Théâtre d'Action d'Art de 1908 à 1910 (il part alors en province jouer devant des auditoires populaires), ensuite celle du Théâtre des Arts, puis à l'Odéon, et au Châtelet. En parallèle, il se présente au concours d'entrée du Conservatoire d'Art dramatique de Paris, où il sera recalé plusieurs fois.

De la faculté au Vieux-Colombier[modifier | modifier le code]

En 1912, son diplôme de pharmacien en poche, Louis Jouvet se marie le 26 septembre avec Else Collin (1886-1967)[2], avec laquelle il aura trois enfants : Anne-Marie en 1914, Jean-Paul en 1917 et Lisa en 1924[3]. À cette époque il court les cachets et fera ainsi une courte apparition dans un film aux côtés de Harry Baur.

En 1913, il est engagé avec son ami Charles Dullin par Jacques Copeau, alors directeur du Théâtre du Vieux-Colombier. C'est un véritable tournant dans sa carrière : il y est régisseur, décorateur, assistant et enfin comédien. Il masque alors son bégaiement par une diction syncopée qui le rendra célèbre par la suite[4].

En 1914, la Première Guerre mondiale éclate, Louis Jouvet est mobilisé comme ambulancier, puis comme médecin auxiliaire. Démobilisé en 1917, il retrouve la troupe du Vieux-Colombier.

En , la troupe du Vieux-Colombier s'installe à New York, au Garrick Theatre (en), pour deux saisons. Le succès obtenu n'est pas à la hauteur des attentes ; les relations entre Jouvet et Copeau se dégradent.

En 1920, c'est le retour à Paris : le Vieux-Colombier rouvre ses portes.

Entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

En 1922, Jouvet rompt avec Jacques Copeau. Engagé par Jacques Hébertot, qui dirige alors le théâtre des Champs-Élysées et la Comédie des Champs-Élysées, en qualité de directeur technique de ces deux salles, il participe à la scénographie du troisième théâtre, le Studio des Champs-Élysées, et se voit confier des mises en scène, en alternance avec Georges Pitoëff. L'année suivante, en décembre 1923, il remporte son premier grand succès avec Knock ou le Triomphe de la médecine de Jules Romains, qu'il jouera 1 500 fois.

À la fin de 1924, plusieurs comédiens venus du Théâtre du Vieux-Colombier le rejoignent. Jacques Hébertot s'éloigne. Louis Jouvet devient directeur de la Comédie des Champs-Élysées, où il demeurera jusqu'en 1934.

En 1928, il rencontre Jean Giraudoux, dont il crée plusieurs pièces. Pendant 2 années il dirige le théâtre Pigalle ou il y présente avec succès Donogoo Tonka de Jules Romains le 8 octobre 1930, puis en 1931 Judith de Jean Giraudoux. À partir de 1934, il dirige le théâtre de l'Athénée, où il donne la première de La guerre de Troie n'aura pas lieu (1935) et celle d'Ondine (1939).

Gaston Baty, Charles Dullin, Georges Pitoëff et Jouvet fondent le 6 juillet 1927 une association d'entraide, le « Cartel des Quatre », qui durera jusqu'en 1940. Leur objectif est de faire en sorte que le théâtre crée une poésie qui lui soit propre, et de jouer des auteurs contemporains.

On lui propose la direction de la Comédie-Française, qu'il refuse, car il est trop occupé par celle de son propre théâtre. À l'Athénée, il triomphe avec des pièces de Molière et de Giraudoux, et d'autres œuvres du répertoire classique.

Portrait de Louis Jouvet sur une médaille gravée par Raymond Delamarre en 1949
Revers de la médaille avec les grands rôles de l'acteur : Le Chiffonnier, Hector, Arnolphe, Don Juan, Le Mendiant, Le Chevalier Hans, Knock

À la tête du théâtre de l’Athénée[modifier | modifier le code]

Louis Jouvet reprend la direction du théâtre de l’Athénée, qui deviendra plus tard le théâtre de l'Athénée-Louis-Jouvet. C'est là qu'il crée La Folle de Chaillot (1945). Le 30 juillet 1950, il reçoit la Légion d'honneur.

Le , c'est lui qui lit la prière de Willette à la messe du mercredi des Cendres, célébrée en l'église Saint-Germain-l'Auxerrois en présence du nonce apostolique Monseigneur Roncalli (le futur pape Jean XXIII), du cardinal Maurice Feltin, et d'une foule d'artistes. Cette messe, et sa prière s'adressent à ceux qui vont mourir dans l'année. Sa disparition six mois plus tard marquera les esprits au point que l'année suivante, elle fut dite par trois récitants[5].

Il aide également les nouvelles figures du théâtre et de la décentralisation théâtrale, Maurice Sarrazin, André Barsacq, Jean-Louis Barrault et Jean Vilar notamment, et met en scène, au Théâtre Antoine à Paris, Le Diable et le Bon Dieu, pièce écrite par Jean-Paul Sartre en 1951. Le soir de la première, il est à Toulouse, où il prodigue ses conseils au jeune directeur du nouveau Centre Dramatique, M. Sarrazin.

Malade du cœur, il meurt d'un infarctus dans son théâtre au 7 rue Boudreau, alors qu'il dirige une répétition de la pièce La Puissance et la Gloire, d'après Graham Greene[6]. Il repose au cimetière de Montmartre à Paris.

Jouvet et le cinéma[modifier | modifier le code]

Au cinéma, il joue dans trente-deux films, dont plusieurs chefs-d'œuvre passés à la postérité : Quai des Orfèvres de Henri-Georges Clouzot, où il trouve, pour beaucoup, l'un de ses meilleurs rôles ; Hôtel du Nord, aux côtés d'Arletty, célèbre pour son fameux « Atmosphère, atmosphère », et Drôle de drame, dans lequel il donne à Michel Simon la réplique devenue célèbre : « Moi, j'ai dit : "Bizarre, bizarre" ? Comme c'est étrange… […] Moi, j'ai dit : "Bizarre ?", comme c'est bizarre. ». Knock ou Le triomphe de la médecine est porté à l'écran par l'acteur lui-même (avec Roger Goupillières) en 1933 ; Jouvet interprète à nouveau le personnage dans la version de Guy Lefranc en 1951, peu avant sa mort. Il joue dans deux films réalisés par Jean Renoir : Les bas-fonds en 1936, avec Jean Gabin, et La Marseillaise en 1937. Dans L'Alibi, sous la direction de Pierre Chenal, il rencontre pour un face-à-face Erich von Stroheim. Dans Copie conforme, il incarne le chef d'une bande de voleurs qui engage son sosie pour se faire innocenter. Aux côtés de Suzy Delair, Jouvet y tient un double rôle. En 1948, il joue l'inspecteur Carrel, qui enquête sur la mort du truand Vidauban, également son sosie, dans Entre onze heures et minuit de Henri Decoin. Son ami et dialoguiste favori Henri Jeanson met en scène Lady Paname et reforme le duo Jouvet-Delair.

Jouvet aimait le théâtre plus que le cinéma. Cela ne l'empêchera pas de jouer, au cinéma, des adaptations théâtrales saluées par la critique et très appréciées du public : Volpone, avec Harry Baur et Charles Dullin, et les deux versions de Knock. Fidèle en amitié, il acceptait spontanément de jouer dans un film dont Jeanson avait signé les dialogues, ou encore exigeait un rôle pour ses amis dans les films où il figurait lui-même (cas de Charles Dullin dans Volpone et Quai des Orfèvres). Sa passion du théâtre l'a poussé à jouer dans Entrée des artistes de Marc Allégret, où il tient son propre rôle de professeur de théâtre du Conservatoire et qui est presque un reportage sur l'art de Jouvet ; La Fin du jour de Julien Duvivier, où il incarne un acteur de théâtre complètement habité par ses personnages et qui, confondant réalité et fiction, sombre dans la folie ; enfin Miquette et sa mère, où Clouzot lui a confié le rôle du pittoresque Monchablon, « grand premier rôle en tous genres » et directeur d'une troupe de théâtre ambulant.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Comédien[modifier | modifier le code]

Théâtre du Vieux-Colombier
Garrick's Theatre New York
Théâtre du Vieux-Colombier

Metteur en scène et comédien[modifier | modifier le code]

Théâtre du Vieux-Colombier
Comédie des Champs-Élysées
Théâtre Pigalle
Comédie des Champs-Élysées
Théâtre Pigalle
Comédie des Champs-Élysées
Théâtre de l'Athénée
Comédie-Française
Tournée en Amérique latine 1941-1945
Théâtre de l'Athénée

Publications[modifier | modifier le code]

  • Louis Jouvet, Elvire Jouvet 40. Sept leçons de L. J. à Claudia sur la 2e scène d'Elvire du Dom Juan de Molière, tirées de Molière et la comédie classique de Louis Jouvet, BEBA éditeur, 1986, puis, Paris, Solin, 1992.
  • Louis Jouvet, Molière et la comédie classique; extraits des cours de Louis Jouvet au Conservatoire, 1939-1940, Paris, Gallimard, 1965 (réédition 1998).
  • Louis Jouvet, Témoignages sur le théâtre, Paris, Flammarion, coll. "Champs", 2009.
  • Louis Jouvet, Le comédien désincarné, Paris, Flammarion, coll. "Champs", 2009.
  • Louis Jouvet, Écoute, mon ami, Paris, Flammarion, 2001.

Autour de Jouvet[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alisson Delpierre, « Portrait de Léa Jouvet », Journal télévisé 13h RTBF,‎ (lire en ligne)
  2. Else Jouvet sur Histoire-en-questions.fr
  3. Jean-Marc Loubier, Louis Jouvet, Ramsay,
  4. L. Jouvet empruntera cette façon particulière de casser le rythme de la phrase à Louis Leloir, professeur au conservatoire
  5. Père Propos recueillis par le Père Jacques Benoist pour son encyclopédie Catholicisme, du Père Roland Letteron, aumônier diocésain des artistes et du frère Jean-Marie Guillerm dit Godefroy
  6. Adaptation de Pierre Bost
  7. a et b Les Actes des Poètes, n°1, décembre 1910
  8. Les Actes des Poètes, n°4, mars 1910

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Catherine Valabregue, Pampa, Vaudou, Samba. En Amérique latine avec la tournée Louis Jouvet, Fasquelle, 1947 — publié sous le pseudonyme Catherine Moissan
  • Léo Lapara, Dix ans avec Jouvet, autobiographie, Paris, France Empire, 1975.
  • Jean-Marc Loubier, Louis Jouvet, le patron, Paris, Ramsay, 2001.
  • Denis Rolland, Louis Jouvet et le théâtre de l’Athénée, 1939-1945, « promeneurs de rêve » en guerre, Paris, IUF-L’Harmattan, 2000, 480 p.
  • Marie-Françoise Christout, Noëlle Guibert, Danièle Pauly, Théâtre du Vieux Colombier, 1913-1993, Norma, 1993.
  • Colette Godard, Noëlle Guibert, Jean-Paul Midant, Paul-Louis Mignon, Athénée Théâtre Louis-Jouvet, Norma, 1996.
  • Paul-Louis Mignon, Louis Jouvet : un homme de science du théâtre : les années d'apprentissage, Éditions de l'Amandier, 2009.
  • Claude Cézan, Louis Jouvet et le théâtre d'aujourd'hui, Paris, Émile-Paul Frères, 1948.
  • Marc Véron, Louis Jouvet ou le grand art de plaire : Histoire d'une société théâtrale, Éditions l'Entretemps, 2015 (ISBN 978-2-35539-197-2).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]