Louis-Antoine de Bourbon-Condé

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Louis-Antoine de Bourbon-Condé
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Louis-Antoine de Bourbon-Condé, par Jean-Michel Moreau, château d'Aulteribe.
Biographie
Titulature Duc d'Enghien
Prince du sang
Dynastie Maison de Condé
Distinctions Croix de Saint-Louis
Nom de naissance Louis Antoine Henri de Bourbon
Naissance
Chantilly, Royaume de France Royaume de France
Décès (à 31 ans)
Vincennes,
Drapeau de la France Premier Empire
Père Louis VI Henri de Bourbon-Condé
Mère Bathilde d'Orléans
Conjoint Charlotte de Rohan-Rochefort
Religion Catholicisme

Signature

Signature de Louis-Antoine de Bourbon-Condé

Description de l'image Coat of arms of the Duke of Enghien.png.

Louis-Antoine-Henri de Bourbon-Condé, connu dans l'histoire comme le duc d'Enghien, né le à Chantilly et mort le à Vincennes, est un prince du sang français. Il est le 10e et dernier duc d'Enghien, et l'ultime descendant de la maison de Condé.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Louis-Antoine-Henri de Bourbon-Condé naît le à Chantilly. Il est le fils unique de Louis, dernier prince de Condé, et de Louise-Marie-Thérèse-Bathilde d'Orléans. Le jour de sa naissance[1], il est ondoyé par Gérard Billet, curé doyen de la chapelle de Chantilly de 1733 à 1786, en présence de ses deux grands-pères : son grand-père maternel Louis-Philippe d'Orléans et son grand-père paternel Louis V Joseph de Bourbon-Condé[2].

Après un début d'union romanesque, ses parents se séparent officiellement en 1781. Sa mère est confinée au château de Chantilly. Elle idolâtre son fils, peint son portrait et s'intéresse à l'ésotérisme en vogue.

Louis-Antoine-Henri est baptisé le , âgé de presque 13 ans, en présence de la famille royale en la chapelle royale du château de Versailles par Armand de Roquelaure (1721-1818), évêque de Senlis et premier aumônier du roi[3] ; son parrain est le roi Louis XVI et sa marraine est la reine Marie-Antoinette[4].

Dans l'armée des émigrés[modifier | modifier le code]

Dès 1789, quelques jours après la prise de la Bastille, le duc d'Enghien, âgé de seulement 17 ans, rejoint l'Armée des émigrés qui se forme outre-Rhin sous le commandement de son grand-père, le prince de Condé et de son père, le duc de Bourbon. Leur but est de marcher sur Paris pour restituer à Louis XVI les pouvoirs que lui a arrachés l'Assemblée nationale constituante.

En 1792, le duc d'Enghien prend la tête de l'« Armée royale française ». Cette dernière s'engage en août dans l'invasion de la France aux côtés des corps autrichiens et prussiens réunis sous le commandement du duc Charles-Guillaume Ferdinand de Brunswick, expédition qui échoue en septembre lors la bataille de Valmy. Malgré cela, le , il reçoit des mains du comte de Provence la croix de Saint-Louis pour son comportement valeureux[5].

Vie privée dans l'émigration[modifier | modifier le code]

Il se réfugie à Ettenheim, dans le margraviat de Bade, à quelques lieues de la frontière française.

Ses projets de mariage avec la princesse Caroline de Bade ayant été contrariés par le margrave Charles-Frédéric, il vit ouvertement avec la femme de sa vie, Charlotte de Rohan-Rochefort[6],[7]. Selon Charles Lefeuve (1818-1882), historien de la ville de Paris, elle aurait accouché de deux filles jumelles, dans l'ancien hôtel Rohan-Rochefort au 19, rue Bonaparte par le docteur Moulin suite à sa liaison avec le duc d'Enghien en 1794[8].

Arrestation et exécution[modifier | modifier le code]

En 1804, à la suite d'une perquisition chez Armand de Chateaubriand (le cousin de François-René de Chateaubriand), le Premier consul Bonaparte le soupçonne d'être à la tête, avec Dumouriez, d'un nouveau complot royaliste. Il en existe bien un, organisé par Georges Cadoudal, ancien général en chef de l'armée catholique et royale de Bretagne ; Cadoudal, arrêté le 9 mars, reconnaît que le complot attend pour son exécution le retour d'un prince de sang royal, qui doit se mettre à sa tête. Dans la nuit du 15 au , le duc est enlevé dans la principauté de Bade par un groupe de soldats conduits par le général Ordener. Avant même son arrivée à Paris, un procès expéditif est préparé.

Le 20 mars, peu avant minuit, le duc fait face à un premier interrogatoire au château de Vincennes[9] ; à une heure du matin le 21 mars, il est traduit devant un conseil de guerre présidé par Pierre-Augustin Hulin. Ce conseil a pour ordres de juger rapidement de la cause, et la condamnation à mort est déjà prévue dans l'arrêté pris par Bonaparte. Tout en se déclarant l'ennemi du gouvernement, il rejette les accusations de participation au complot royaliste en cours ; par contre, il précise qu'il attendait à Bade les instructions du gouvernement britannique qui devait sous peu faire appel à ses services dans cette région. En présence de Savary, envoyé par le Premier Consul, le conseil délibère rapidement : à deux heures du matin, le duc est condamné à mort à l'unanimité ; il est fusillé peu après, dans les fossés du château. Son corps est jeté dans une tombe creusée à l'avance au pied du pavillon de la Reine[10].

Réactions des contemporains[modifier | modifier le code]

L'exécution soulève des vagues d'indignation dans les cours européennes. Les royalistes accusent Bonaparte de s'être lâchement débarrassé du dernier descendant de la maison de France. Jean-Gabriel Peltier s'en fait largement l'écho depuis son exil en Angleterre.[11].

Après la chute de Napoléon, la Restauration fait du duc d'Enghien un des martyrs de la royauté. En 1816, Louis XVIII fait transporter ses cendres dans la Sainte-Chapelle de Vincennes, sous un monument d'Alexandre Lenoir. En 1832, le légitimiste Édouard d'Anglemont lui consacre une tragédie. Dans ses Mémoires d'outre-tombe (1848), Chateaubriand écrit plusieurs pages sur l'exécution du duc d'Enghien, qui l'a profondément marqué. Antoine Boulay de la Meurthe (1761-1840) stigmatise cette exécution qui, à ses yeux, est pour l'Empire non seulement un « crime », mais pire une « faute ».

Comme celui des généraux vendéens, son souvenir reste aujourd'hui vivace dans les milieux royalistes. Le bicentenaire de sa mort a été l'occasion de colloques et de débats.

Galerie[modifier | modifier le code]

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Titulature et décoration[modifier | modifier le code]

Titulature[modifier | modifier le code]

  •  : Son Altesse Sérénissime Louis-Antoine de Bourbon, duc d'Enghien, prince du sang de France

Décoration dynastique française[modifier | modifier le code]

Ordre du Saint-Esprit Chevalier des ordres du Roi ()

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références dans la littérature[modifier | modifier le code]

  • L'histoire du duc d'Enghien est discutée par un groupe d'aristocrates dans la première partie de La Guerre et la Paix de Tolstoï. Pierre Bézoukhov est le seul à défendre l'acte de Napoléon en expliquant : « […] les Bourbons ont fui la Révolution, livrant le peuple à l'anarchie ; Napoléon seul a su comprendre la révolution et la vaincre, et puisqu'il s'agissait du bien général, il ne pouvait reculer devant la mort d'un seul homme. »
  • Le duc est le grand-oncle d’un des personnages principaux de l’œuvre de Marcel Proust À la recherche du temps perdu. Dans Le temps retrouvé, le Baron de Charlus le mentionne lors d’une discussion animée, avec le narrateur, au sujet de la Grande Guerre: « […] des propos qui eussent pu nous faire prendre pour des défaitistes. Je le fis remarquer à M. de Charlus sans réussir qu’à exciter son hilarité. « Avouez que ce serait bien drôle, dit-il. Après tout, ajouta-t-il, on ne sait jamais, chacun de nous risque chaque soir d’être le fait divers du lendemain. En somme pourquoi ne serai-je pas fusillé dans les fossés de Vincennes? La même chose est bien arrivée à mon grand-oncle le duc d’Enghien. La soif du sang noble affole une certaine populace qui en cela se montre plus raffinée que les lions. Vous savez que, pour ces animaux, il suffirait , pour qu’ils se jetassent sur elle, que Mme Verdurin eût une écorchure sur son nez. Sur ce que dans ma jeunesse on eût appelé son pif! » Et il se mit à rire à gorge déployée comme si nous avions été seuls dans un salon. »

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-Louise Jacotey, Louis-Antoine-Henri de Bourbon-Condé duc D'Enghien 1772-1804 : Ou tragique destinée du duc "Va de bon coeur", Dominique Guéniot, , 162 p. (ISBN 978-2-87825-317-7, lire en ligne)
  2. Jean-Paul Bertaud, Le Duc d'Enghien, Fayard, coll. « Biographies historiques », , 476 p. (ISBN 978-2-213-64778-4, lire en ligne), « Le hibou et l'enfant »
  3. Christian Bouyer, Les Condé, Pygmalion, , 368 p. (ISBN 978-2-7564-1625-0, lire en ligne)
  4. Jacques de la Faye (pseudonyme de Marie de Sardent), La Princesse Charlotte de Rohan et le Duc d'Enghien : Un roman d'exil, BnF, (1re éd. 1906), 398 p. (ISBN 978-2-346-03966-1, lire en ligne)
  5. « Louis-Antoine-Henri de Bourbon-Condé, duc d'Enghien (1772-1804), croix de Saint-Louis », sur www.napoleon-empire.net (consulté le 25 novembre 2010)
  6. Bien qu'issue de la très haute noblesse bretonne, Charlotte de Rohan-Rochefort n'épousera jamais le duc d'Enghien car le prince de Condé, grand-père du duc d'Enghien, aurait désapprouvé cette union
  7. (fr) « Louis-Antoine de Bourbon-Condé, duc d'Enghien (v. 1772 - v. 1804) », sur www.roi-france.com (consulté le 25 novembre 2010)
  8. Charles Lefeuve, Histoire de Paris, rue par rue, maison par maison, Paris, 1875
  9. Noëlle Destremau, Le Duc d'Enghien : Erreur politique ou assassinat ?, Éditions du Cloître, , 114 p. (ISBN 978-2-37324-054-2, lire en ligne)
  10. Florence de Baudus, Le Sang du Prince : Vie et mort du duc d'Enghien, Editions du Rocher, , 292 p. (ISBN 978-2-268-08195-3, lire en ligne)
  11. Lettre du 17 avril 1804 à M. King, sous-secrétaire d'État au Ministère de l'Intérieur britannique, demandant une aide à la publication de son journal L'Ambigu stigmatisant cet assassinat. National Archives HO 42/75.