Nouvelle Droite

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La Nouvelle Droite est un courant de pensée politique de tendance nationale-européenne né en 1969 avec la fondation du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (GRECE).

Histoire[modifier | modifier le code]

D'abord français, ce courant de pensée s'étend rapidement à d'autres pays européens dont l'Italie et l'Allemagne, où deux courants « néo-droitiers » à part entière, Nuova Destra et Neue Rechte, vont se développer en interaction avec le courant français, ce dernier restant assez indissociable du GRECE[1]. L'expression « nouvelle droite » a été lancée par Alain de Benoist quand il a déclaré « Mon désir est en quelque sorte de créer une nouvelle droite » dans l'émission Radioscopie de Jacques Chancel, le 28 novembre 1977, sur France Inter[2]. Elle est explicitement reprise et revendiquée en tête du Manifeste pour une renaissance européenne publié par Alain de Benoist et Charles Champetier en 1999 :

« La Nouvelle Droite est née en 1968. Elle n'est pas un mouvement politique, mais une école de pensée. Les activités qui sont les siennes depuis aujourd'hui plus de trente ans (publication de livres et de revues, tenue de colloques et de conférences, organisation de séminaires et d'universités d'été, etc.) se situent d'emblée dans une perspective métapolitique[3]. »

Le 28 septembre 1979, Alain de Benoist, théoricien du mouvement, est invité dans l'émission télévisée Apostrophes, après ce qui fut appelé « L'été de la Nouvelle Droite »[réf. nécessaire]. Le politologue Jean-Yves Camus indique que « les associations et personnalités qui y sont habituellement associées, à commencer par le GRECE (Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne) et Alain de Benoist, n'ont accepté, avec réticence, d'endosser cette étiquette qu'une fois celle-ci passée dans le langage journalistique, après la campagne de presse qui a révélé l'existence du GRECE au grand public, lors de l'été 1979[4]. »

Analyses politiques[modifier | modifier le code]

Alain Touraine rattache la Nouvelle Droite à l'extrême droite. Il déclare, en 1980 :

« Si on convient d'appeler fascisme tout appel autoritaire à l'unité culturelle et étatique de la nation comme recours contre les mouvements populaires qu'une classe dirigeante ne peut plus contenir, la Nouvelle droite est bien un fascisme… Elle porte en elle une logique de répression sociale qui est mortellement dangereuse pour les libertés démocratiques[5]. »

À partir des années 1980 apparaissent les premières analyses approfondies de la Nouvelle Droite notamment avec différents articles publiés par Pierre-André Taguieff. Celui-ci s'était intéressé aux héritages multiples du nietzschéisme. Selon Taguieff, le chef de file du mouvement néo-droitier avait érigé le Friedrich Nietzsche de la Généalogie de la morale « en prophète de l'inégalitarisme et de l'anti-judéo-christianisme».

En 1993, Taguieff est accusé par Roger-Pol Droit dans Le Monde de « banalisation de l'extrême droite » et de manque de « vigilance » parce qu'un recueil[6], auquel il collabora avec Alain de Benoist, fut publié (abrégé) en Italie dans une maison d'édition dirigée par Marco Tarchi, chef de file de la Nouvelle Droite dans ce pays[7]. Le Monde omettait de préciser que le texte litigieux était en réalité « un piratage » non autorisé par l'auteur. Cette dénonciation s'appuyait aussi sur le fait que Taguieff avait fréquenté des militants de la Nouvelle Droite d'Alain de Benoist dans le cadre de ses travaux et publié des articles dans des revues du mouvement (Éléments, Krisis) aux côtés d'autres intellectuels qui, aux yeux des « vigilants », auraient dû s'abstenir : Jacques Julliard, Serge Latouche, Alain Caillé, Ignacio Ramonet, etc.

Cette attaque s'inscrivait dans le cadre d'un « Appel à la vigilance » (également publié dans Le Monde) signé par plusieurs intellectuels et universitaires renommés (dont beaucoup furent, selon Taguieff, manipulés par les initiateurs dudit appel faisant allusion à Pierre-André Taguieff sans toutefois que son nom fût mentionné[8]. Une contre-pétition de soutien à Taguieff fut lancée à l'initiative de Patrick Weil et permit à une série de chercheurs et de collègues de dénoncer le « conformisme » de la première pétition en rappelant la difficulté de travailler sur des « sujets chauds » et les risques que ces recherches peuvent entraîner. Dans le Nouvel Observateur, Jacques Julliard dénonce « la campagne menée par Le Monde contre Pierre-André Taguieff », la qualifiant littéralement de « honte[9] ». Alain de Benoist caractérisa l'événement comme « une querelle d'Ancien Régime ».

La querelle reprit de plus belle lors de la parution, en 1994 chez Descartes & Cie, du livre de Taguieff consacré à son objet d'étude, Sur la Nouvelle Droite. Jalons d'une analyse critique[10]. Il s'agit d'une analyse des permanences et mutations de ce courant faite pour l'essentiel au travers d'une biographie politique et intellectuelle d'Alain de Benoist. Pierre-André Taguieff y critique les idées de la Nouvelle Droite — notamment quant aux « limites » d'un différentialisme séparé de l'universalisme, et aux « illusions » d'une démarche identitaire délivrée du nationalisme. Mais, prenant acte de ses évolutions dans un certain nombre de domaines, il est à nouveau accusé de complaisance par les milieux qui l'attaquaient. Il faut dire que le chercheur propose dans son ouvrage une analyse très sévère de la campagne de presse contre la Nouvelle Droite, et lui-même par ricochet, lancée par ceux-ci : il s'en prend à ceux qui, selon lui, plutôt que de faire l'effort de lire et comprendre les textes d'Alain de Benoist contredisant leur vision du personnage, préfèrent, par lâcheté, frilosité ou indigence, y voir autant de masques dissimulant la nature maléfique d'un « nazi masqué » qui n'aurait jamais changé. Plaidant pour une culture du débat à la mesure d'une démocratie pluraliste, il s'efforce de réfuter les partisans de pratiques qui, sous couvert de « vigilance », instaureraient un climat de suspicion et de délation :

« En étudiant la “Nouvelle Droite”, en en critiquant parallèlement les thèmes et les thèses sans donner dans le soupçon systématique, nous avons pu mesurer la permanence de l'obscurantisme, et la virulence de l'esprit d'intolérance aux multiples “bonnes” raisons, et qui sait user de “bonnes manières”. Intolérance cauteleuse, que nous voudrions, par cet ouvrage, rendre un peu honteuse d'elle-même. Ce serait une contribution non négligeable à la tâche collective, en principe indéfinie, de construction de cette communauté d'interlocuteurs libres qui constitue l'esprit vivant d'une République. »

L'ouvrage est salué par Luc Ferry pour qui Taguieff « à l'encontre d'un certain nombre d'autres intellectuels de gauche » et suivant le conseil donné par Raymond Aron, s'efforce de combattre les idées d'Alain de Benoist « par des idées, non par des bâtons ou du vitriol. » Selon lui, son livre est sans équivalent sur l'histoire et les idéologies du GRECE, sur les revues de la Nouvelle Droite, sur l'itinéraire d'Alain de Benoist[11].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Milza 2004, p. 191-227.
  2. « Radioscopie de Jacques Chancel du 28 novembre 1977 ».
  3. « GRECE »
  4. Jean-Yves Camus, « Le Front national et la Nouvelle Droite », dans Sylvain Crépon, Alexandre Dézé, Nonna Mayer, Les Faux-semblants du Front national : sociologie d'un parti politique, Presses de Sciences Po, , p. 97-98
  5. Touraine (A.), L'Après-socialisme, Paris, Grasset, 1980, p. 103-4.
  6. André Béjin et Julien Freund (dir.), Racismes, antiracismes, Méridiens-Klincksieck, 1986.
  7. Roger-Pol Droit, « La confusion des idées. Quarante intellectuels appellent à une Europe de la vigilance face à la banalisation de la pensée d'extrême droite », Le Monde, .
  8. « Appel à une Europe de la vigilance contre l'extrême droite », Le Monde, .
  9. Cf. chronique de Jacques Julliard dans le Nouvel Observateur, 19 août 1993.
  10. Cf. recension.
  11. Luc Ferry, « Sur la Nouvelle Droite », L'EXPRESS, 7 avril 1994

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]