Jean Bernard (médecin)

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Jean Bernard, né le à Paris et mort le à Paris, était un médecin et professeur français, spécialiste d'hématologie et de cancérologie. Membre de l'Académie française, il fut le premier président du Comité consultatif national d'éthique, ainsi que président de l'Académie des sciences et de l'Académie nationale de médecine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse, études et engagement[modifier | modifier le code]

Jean Bernard naît dans une famille d’ingénieurs. Son grand-père maternel, Émile Paraf, était polytechnicien ; son père, Paul Bernard (1876-1951) était Centralien, ainsi que Michel, son frère cadet. Pendant la Première Guerre mondiale, et tandis que son père est au front, il est envoyé en Bretagne. Jusqu’en 1918, il étudie à l’école communale de Couëron en Loire-Atlantique. Puis Jean Bernard fréquente le lycée Louis-le-Grand à Paris, où il acquiert une solide culture classique. Il lit beaucoup et commence à écrire. À 17 ans, il joue une pièce de Victor Hugo, Mangeront-ils ?. Ses partenaires sont Claude Lévi-Strauss et Pierre Dreyfus. À cette époque, il hésite encore entre la médecine et la littérature. Il finit par se décider pour la médecine : « La médecine me parut allier l’humanisme et mon goût pour les sciences. » (in C’est de l’homme qu’il s’agit, Odile Jacob, 1988).

Il suit des cours à la Faculté des sciences de Paris, à la Faculté de médecine et enfin à l’Institut Pasteur.

En 1929, il devient interne des Hôpitaux. Il entre dans le service du Professeur Paul Chevallier, qui est un maître en hématologie. Jean Bernard éprouve une grande admiration pour ce médecin et c’est grâce à lui qu’il va faire des maladies du sang l’affaire de sa vie. En 1931, il fonde, avec Paul Chevallier, la première société savante d’hématologie. À partir de 1933, il commence une thèse expérimentale sur la leucémie. Il obtient son doctorat en médecine en 1936.

En 1931, il épouse Amy Pichon (1905-1992), fille de Charles-Adolphe Pichon (1876-1959), secrétaire général civil de la présidence de la République et délégué général de l'UIMM, et de Marguerite Pichon-Landry, présidente du CNFF. Amy Pichon était également la nièce du ministre Adolphe Landry[1],[2].

Dès 1940, Jean Bernard entre dans la Résistance, ce qui lui vaudra d’être l’un des cinq cents titulaires de la carte de Résistant de 1940. En 1942, il dirige un réseau de Résistance dans le Sud-Est de la France. Il est responsable des parachutages d’armes sur les plateaux du Vivarais, dans le Vaucluse et dans les Bouches-du-Rhône. En 1943, il est fait prisonnier et il est incarcéré six mois à la prison allemande de Fresnes. Relâché peu avant la Libération, il reprend le combat. Il ne déposera les armes qu’une fois la capitulation allemande du 8 mai 1945 proclamée.

Après la guerre, Jean Bernard reprend ses études de médecine. Il suit les cours d’immunologie et de bactériologie de Gaston Ramon et Robert Debré. En 1946, il devient médecin des hôpitaux, puis, en 1949, il réussit l'agrégation et enseigne à la faculté de médecine de Paris.

Les succès médicaux et la réflexion éthique[modifier | modifier le code]

En 1947, avec Jean Hamburger, Jean Bernard crée l’« Association pour la recherche médicale ». En 1962, cette association deviendra la Fondation pour la recherche médicale.

En 1947, à l'hôpital Hérold, il obtient avec Marcel Bessis la première rémission dans un cas de leucémie chez un enfant, Michel. Jean Bernard a eu l'idée de modifier le milieu intérieur (concept dû à Claude Bernard) et c'est Marcel Bessis qui a apporté la technique de l'exsanguino-transfusion, consistant dans le remplacement total du sang d'un organisme. Ce premier succès fait l'objet d'une publication dans la Revue de transfusion. En 1950, il décrit la première leucémie chimiquement induite chez l'homme : l'hémopathie benzénique observée chez les sujets travaillant dans les industries qui utilisent le benzène. Cette étude permettra à Jean Bernard d’aborder le traitement curatif de la leucémie.

En 1956, il est professeur de cancérologie.

En 1957, il est médecin chef de service à l’hôpital Saint-Louis. Léon Binet témoigne de la manière dont Jean Bernard menait ses consultations : « Les malades étaient fascinés par sa façon d’être. Il avait un esprit de synthèse tellement fulgurant qu’il arrivait très vite à formuler des solutions pratiques, dans une discipline pourtant complexe. Très présent dans son service, partisan du temps plein à l’hôpital, il recevait les familles de ses petits malades dès huit heures le matin et savait les rassurer. »[3]

En 1958, il devient membre du Comité consultatif de la recherche scientifique. Il fait partie du Comité des douze sages qui conseille le Général de Gaulle sur l’orientation de la recherche en France. En 1961, il devient professeur de clinique des maladies du sang et il prend la direction de l'« Institut de recherche sur les leucémies et les maladies du sang » installé à l'hôpital Saint-Louis. La localisation d'un centre de recherche dans un hôpital est délibérée : Jean Bernard a toujours voulu que la recherche ne soit pas coupée de l'approche clinique. En 1962, il isole une substance, la rubidomycine, dont il réussit à démontrer l’efficacité contre la leucémie. Il décrira aussi en 1967 le syndrome de Lasthénie de Ferjol.

Il est président du conseil d'administration de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) de 1967 à 1980.

Grâce à ces recherches, l’hématologie, qui était jadis une discipline unifiée, tend à se diviser en domaines plus spécialisés. C’est Jean Bernard qui oriente Marcel Bessis vers la cytologie. Jean Dausset est, lui, orienté vers l’immunologie ; il découvrira ainsi le système majeur d'histocompatibilité (ou compatibilité tissulaire) dit HLA ; pour ses découvertes, Jean Dausset recevra le prix Nobel de médecine en 1980.

En 1983, il devient le premier président du Comité consultatif national d’éthique des sciences de la vie et de la santé.

Jean Bernard a toujours voulu faire de la médecine une discipline humaine.

Membre du conseil d'administration de l'Institut Pasteur de 1967 à 1970, il est président de l'Académie des sciences de 1983 à 1984 et de l'Académie nationale de médecine de 1983 à 1992.

L'Académie française[modifier | modifier le code]

Jean Bernard fut aussi un écrivain et un poète. Il fut, notamment, l’ami de Paul Valéry et de Jules Romains. Il sera élu à l’Académie française, le , à la suite du décès de Marcel Pagnol (25e fauteuil de l'Académie française). Il reçoit Jean Hamburger en 1986, puis Michel Debré en 1989. Dominique Fernandez lui succède et prononce son éloge sous la Coupole en 2008.

Distinctions diverses[modifier | modifier le code]


Bibliographies[modifier | modifier le code]

Bibliographie de Jean Bernard[modifier | modifier le code]

Signature de Jean Bernard

Bibliographie sur Jean Bernard[modifier | modifier le code]

  • Michel Meyer, Le Scalpel et l’épée, Éditions de l’@marante.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ella Sauvageot : l'audace d'une femme de presse, 1900-1962, 2006
  2. Fernand Émile Beaucour, Un fidèle de l'empereur en son époque : Jean Mathieu Alexandre Sari (1792-1862)
  3. Dans le Figaro du 22 avril 2006
  4. Sébastien Lemerle, « Les habits neufs du biologisme en France », Actes de la recherche en sciences sociale, no 176-177,‎ , p. 75

Liens externes[modifier | modifier le code]