Guerre Israël-Hamas de 2023-2024

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Guerre Israël-Hamas
de 2023-2024
Description de cette image, également commentée ci-après
  • Bande de Gaza sous contrôle palestinien
  • Étendue actuelle de l'avancée israélienne à Gaza
  • Zones évacuées à l'intérieur d'Israël.
  • Avancée maximale du Hamas en Israël
  • Zone de Gaza évacuée sur ordre d'Israël
  • Informations générales
    Date Depuis le
    (4 mois et 14 jours)
    Lieu Israël
    Palestine
    Liban du Sud[1]
    Syrie[2]
    Casus belli Attaque du Hamas contre Israël
    Issue En cours
    Belligérants
    Drapeau de la Palestine Bande de Gaza :
    Cisjordanie :
    Liban du Sud :
    Irak :
    Yémen :

    Drapeau de l'Iran Iran[12]
    Drapeau d’Israël Israël
    Commandants
    Ismaël Haniyeh
    Yahya Sinwar
    Mohammed Deïf
    Abou Obeida
    Mourad Abou Mourad
    Saleh al-Arouri
    Ziyad al-Nakhalah
    Mamdouh Lolo
    Nayef Hawatmeh
    Hassan Nasrallah
    Wissam Hassan Tawil
    Abdul-Malik al-Houthi

    Drapeau de l'Iran Ali Khamenei
    Drapeau de l'Iran Mohammad-Reza Gharaei Ashtiani
    Drapeau de l'Iran Ismael Qaani
    Drapeau d’Israël Benyamin Netanyahou
    Drapeau d’Israël Benny Gantz
    Drapeau d’Israël Yoav Gallant
    Drapeau d’Israël Herzi Halevi
    Drapeau d’Israël Kobi Shabtai
    Drapeau d’Israël Ronen Bar
    Forces en présence
    Drapeau de la Palestine Salle des opérations conjointes palestiniennes
    Conseil central du djihad
    Forces de l'aube (ar)[10]
    Aigles de la tornade
    Tsahal
    Police d'Israël
    Shin Bet
    Pertes
    Bande de Gaza selon le Centre d'information palestinien :
    Cisjordanie
    • 300 morts (dont 34 enfants)[22],[23]
    • 2 209 blessés au moins[23]

    Sud-Liban
    Attaque en Israël
    • 1 500 morts au moins, selon Tsahal[28]
    En Israël selon les autorités israéliennes :
    • au moins 1 160 morts (majoritairement des civils, dont femmes et enfants)[29] dont :
    • 843 morts civils au moins (dont 30 enfants)[30],[31]
      312 militaires
      59 policiers
      10 agents
    • 5 431 blessés (dont femmes et enfants)[32],[23].
    • 242 otages (dont 32 enfants)[33],[34]
    • 25 disparus dont 15 étrangers[35]
    • 200 000 déplacés internes

    Nord D'Israël
    • 6 soldats tués
    • 4 civils tués

    Cisjordanie
    • deux policiers aux frontières tués
    • treize soldats blessés

    Offensive dans la bande de Gaza
    • 219 soldats tués[36]
    • 1 593 soldats blessés[37]

    Drapeau de la Syrie un civil tué, huit soldats tués et sept blessés
    59 membres de l'UNRWA tués
    Drapeau de l'Égypte 9 gardes frontières blessés, six civils blessés

    Conflit israélo-palestinien
    Conflit Gaza-Israël

    Batailles


    La guerre Israël-Hamas de 2023-2024 est un conflit opposant originellement Israël au Hamas, organisation politico-militaire palestinienne, et d'autres milices palestiniennes, commençant avec l'attaque du Hamas contre Israël du , et se poursuivant avec des bombardements aériens sur la bande de Gaza entrepris par Israël, puis avec des opérations terrestres dans ce même territoire palestinien. C'est le cinquième conflit entre Israël et Gaza ; elle s'inscrit plus largement dans le cadre du conflit israélo-palestinien.

    L'opération initiale appelée opération Déluge d'al-Aqsa (en arabe : عملية طوفان الأقصى Amaliyyat Ṭūfān al-Aqṣā) par ses instigateurs consiste en une série d'attaques terroristes lancées depuis la frontière entre la bande de Gaza et Israël par le Hamas, appuyé par le Jihad islamique palestinien, le Front populaire de libération de la Palestine et le Front démocratique pour la libération de la Palestine. Après le tir de plusieurs milliers de roquettes Qassam sur Israël, la barrière entre la bande de Gaza et Israël est enfoncée et plus de 3 000 assaillants palestiniens envahissent plus de vingt villes et kibboutz de l'enveloppe de Gaza, faisant environ 1 200 morts (dont environ 800 civils) avant de prendre 240 civils israéliens et étrangers en otage au moins.

    Cette attaque, sans précédent dans le conflit israélo-arabe avec un nombre de morts et d'otages inédit dans l'histoire d'Israël, et la plus meurtrière pour les Juifs depuis la Shoah (dans un contexte historique très différent) représente pour eux un traumatisme, alors qu'ils croyaient ce type de tragédie révolue avec la création de l'État. L'attaque amorce un « tournant historique ». Israël riposte le même jour avec l'opération Épées de fer (en hébreu : מבצע חרבות ברזל ; Mivtsa' haravot barzel), comprenant des bombardements aériens, le blocus de la bande de Gaza. À partir du , Israël entreprend des opérations au sol initialement limitées puis s'intensifiant à partir du 27 octobre, à un moment où des roquettes palestiniennes continuent d'être tirées sur Israël. 200 000 Israéliens sont évacués par mesure de sécurité.

    Dans l'histoire des Palestiniens, le nombre de morts et les souffrances endurées à la suite des opérations militaires israéliennes sont d'une ampleur inédite. Les bombardements sur Gaza tuent plus de 25 490 personnes, blessent 62 108 habitants de ce territoire, en majorité des civils. Israël impose le déplacement de plus de 1,9 million de personnes (85 % de la population) du nord vers le sud et au moins 7 000 personnes sont portées disparues. Les Gazaouis vivent cette tragédie comme une répétition de la Nakba de 1948, exode massif qui a fait, de 700 000 Palestiniens, des réfugiés. La plupart des habitants de Gaza sont les descendants de ces Palestiniens déplacés. L'Organisation des Nations unies dénonce un risque de génocide palestinien.

    Le nombre de Palestiniens tués par jour atteint des niveaux très élevés comparés aux conflits récents, en Irak, en Syrie, en Ukraine. Il s'explique par l'intensité des bombardements israéliens, supérieure à celle observée durant toutes les guerres y compris la Seconde Guerre mondiale.

    Une crise humanitaire a lieu avec le siège militaire par Israël de la bande de Gaza qui était déjà sous blocus depuis 2007. L'acheminement d'eau potable, de nourriture et d'électricité est interrompu par Israël. À partir du , le poste-frontière de Rafah au sud de l'enclave s'ouvre vers l'Égypte pour laisser passer un nombre limité de camions humanitaires puis des blessés et des ressortissants étrangers. Une trêve temporaire a lieu entre le 24 et 30 novembre pour permettre l'échange d'otages et de prisonniers. Fin décembre, Gaza est menacée par la famine : 93 % de ses habitants sont « en situation d'insécurité alimentaire aiguë », selon le Programme alimentaire mondial. 60 % des infrastructures à Gaza sont détruites ou endommagées. 21 hôpitaux sur les 36 que compte Gaza ont cessé de fonctionner fin décembre.

    Le conflit menace de s'étendre dans la région avec les tirs du Hezbollah depuis le Liban, en réaction les bombardements israéliens ; l'évacuation des zones frontalières est massive dans les deux pays. L'envoi dans la région de deux porte-avions américains et l'intervention des Houthis yéménites par le biais de tirs de missiles et l'envoi de drones, font craindre son internationalisation.

    Les combats se doublent d'une guerre de l'information qui se répand à travers le monde, y déclenchant un vif débat.

    Le 26 janvier 2024, la Cour internationale de justice rend une décision au titre de la Convention sur le génocide ordonnant à Israël d'empêcher tout éventuel acte génocidaire, et d'autoriser l'accès humanitaire à Gaza. La Cour n'évoque pas un cessez-le-feu.

    Causes et contexte[modifier | modifier le code]

    Conflit israélo-palestinien[modifier | modifier le code]

    Les causes de la guerre qui a commencé en 2023 sont à rechercher dans les échecs d'un règlement du conflit israélo-palestinien, selon de nombreux spécialistes[38],[39],[40],[41],[42]. L'aspiration des Palestiniens à vivre dans un État véritablement indépendant n'a pu se réaliser après plusieurs décennies de lutte[38],[42]. Le droit international a légalisé la dépossession des Palestiniens[38]. La colonisation par Israël a pour effet de provoquer en retour des soulèvements ; plusieurs des kibboutz pris pour cible par les assaillants du 7 octobre, qui y ont commis des crimes de guerre, étaient fondés sur l'emplacement de villages habités par des Palestiniens jusqu'en 1948 selon l'historien Henry Laurens.

    Renforcement du Hamas[modifier | modifier le code]

    Le Hamas prend le pouvoir dans la bande de Gaza en 2007. Il enrôle de jeunes Palestiniens en faisant appel au djihad, d'autant plus facilement que la voie de la négociation avec Israël semble condamnée. Le Hamas répond au désir de la jeunesse palestinienne de confrontation avec Israël[40]. En effet, « quand il n'y a aucune perspective politique crédible, la guerre finit toujours par reprendre » selon l'historien Alain Dieckhoff. La guerre s'inscrit donc aussi plus spécifiquement dans une série de conflits entre Israël et le Hamas à Gaza[39] et marqués par la construction par le Hamas de tunnels permettant aux groupes armés de manœuvrer à l'abri des frappes israéliennes et d'installer et de déplacer des lanceurs de roquettes, particulièrement actifs pendant l'opération « Bordure protectrice » de 2014.

    Situation humanitaire à Gaza[modifier | modifier le code]

    Si Israël s'est retiré en 2005 de Gaza, qu'il occupait depuis 1967, Gaza demeure contrôlée militairement par Israël, et la situation humanitaire y est très difficile[38]. La densité de la population à Gaza est une des plus élevées au monde[43]. La pauvreté y est grande[43]. Le blocus pratiqué par Israël de la bande de Gaza qu'elle considère comme une menace pour sa sécurité depuis l'arrivée au pouvoir du Hamas, doublé d'un blocus du côté de l'Égypte, asphyxie l'économie gazaouie[43]. Les habitants dépendent presque totalement de l'aide internationale et, dans une certaine mesure, d'approvisionnements par voie de contrebande, qui passent par des tunnels[43]. Les opérations menées par l'armée israélienne contre le Hamas assurent à court terme la sécurité d'Israël mais rendent plus aiguë encore la « crise humanitaire permanente » à Gaza sans remédier à l'absence de solution politique du conflit israélo-palestinien[43].

    Problèmes liés aux lieux saints[modifier | modifier le code]

    Le nom de l'opération « Déluge d'Al Aqsa » fait référence à la Mosquée al-Aqsa. Le statu quo dans les lieux saints a été remis en cause récemment par des colons, dont certaines actions ont été perçues par nombre de Palestiniens comme des agressions[40],[42] ou par le Hamas comme une « désacralisation »[43].

    Normalisation entre Israël et l'Arabie saoudite[modifier | modifier le code]

    Un processus de normalisation s'était engagé entre Israël et l'Arabie saoudite en 2020 dans le cadre des accords d'Abraham. Il risquait de marginaliser la question palestinienne[42].

    Crise politique en Israël[modifier | modifier le code]

    Le , Benyamin Netanyahou forme le gouvernement « le plus à droite de l'histoire d'Israël », incluant des partis d'extrême droite et ses leaders Itamar Ben-Gvir, ministre de la Sécurité nationale et Bezalel Smotrich. Le Parti sioniste religieux obtient le contrôle des implantations juives en Cisjordanie et une position influente pour diriger la réforme judiciaire à la Knesset. Le , le ministre de la Justice Yariv Levin annonce que le processus de nomination des juges, sera transformé de façon à « mettre fin à l'élection des juges par leurs confrères ». Le , une manifestation contre ce projet rassemble 80 000 personnes à Tel-Aviv, une autre 100 000 personnes le 21 janvier. Ces manifestations contre la réforme judiciaire se répètent pendant plusieurs mois toutes les fins de semaine. Ainsi, on comptait plus de 300 000 manifestants dans l'ensemble du pays le 26 février 2023[44].

    Absence d'anticipation de l'attaque du Hamas par Israël[modifier | modifier le code]

    De nombreux signes avant-coureurs ont été minimisés ou ignorés comme les manœuvres et entraînements du Hamas que des agriculteurs israéliens ont remarquées pendant des mois près de la clôture de séparation avec Gaza[45],[46] et contre lesquelles une soldate de l'unité 8200 et les observatrices en poste près de la frontière ont tenté d'alerter leur hiérarchie ou leurs proches sans être entendues[47],[48]. Le ministre égyptien du Renseignement aurait également prévenu le gouvernement israélien que « quelque chose de gros » était en préparation mais le cabinet du premier ministre israélien dément avoir reçu un tel rapport[49].
    Le 6 octobre, le chef d'état-major, Herzi Halevi, et le chef du renseignement intérieur, Ronen Bar, reçoivent des informations sur l'intention d'agir du Hamas mais décident de ne pas relever le niveau d'alerte, et aucune mesure n'est prise pour faire face à l'éventuelle agression[50],[51],[52] car l'on s'attend plutôt à une tentative de prise d'otage locale[53].

    Déroulement[modifier | modifier le code]

    Évènements du 7 octobre 2023[modifier | modifier le code]

    Carte montrant la présence du Hamas en Israël le .

    Le 7 octobre 2023 à h 30 du matin (heure locale), alors que les Israéliens s'apprêtent à célébrer Sim'hat Torah, le Hamas lance plusieurs milliers de roquettes Qassam sur l'ensemble du territoire israélien, de Dimona au sud jusqu'à Wadi Ara au nord, et à Jérusalem à l'est du pays, tandis que les positions et localités israéliennes proches de la frontière sont continuellement bombardés d'obus de mortier. Mohammed Deif, commandant des brigades Izz al-Din al-Qassam, appelle les Arabes israéliens ainsi que les musulmans du monde entier à se joindre à la lutte[54].

    Image satellite du 7 octobre 2023, montrant les incendies dans l'enveloppe de Gaza.

    Ces tirs qui font plusieurs victimes, notamment dans les villages bédouins du Néguev[55],[56], permettent à environ 200 paramilitaires motorisés de la force Nuhba, division d'élite des brigades Al-Qassam, de se ruer sur la barrière entre la bande de Gaza et Israël ; équipés d'armes légères et lourdes, de roquettes antichar et de grenades, ils sont informés à ce moment qu'il ne s'agit pas d'un exercice, et la font exploser en plus de vingt points de passage, pendant que des drones de combat font éclater les caméras de surveillance sur la clôture, et que des dizaines de paramoteurs palestiniens traversent la frontière par voie des airs. La barrière est défoncée au bulldozer, des centaines de miliciens pénètrent par escouades de quinze dans huit avant-postes de Tsahal, qui sont rapidement conquis tandis que les soldats israéliens sont exécutés ou pris en otages[45]. Cependant, les membres de la force Nuhba désactivent les lignes électriques et générateurs près de la clôture, privant Tsahal de tout moyen de communication et d'observation[57]. Une autre vague d'environ 500 terroristes motorisés — dont certains vêtus d'uniformes de l'armée ou de la police israéliennes[58] —, se rend alors vers des cibles prédésignées[45] pour se livrer au massacre de civils, aux incendies et au pillages d'habitations[59], suivie par des civils gazaouis[60], dont certains et certaines se livreront aux mêmes actes[61].

     275+
     98+
     43+
     28+
     23+
     12+
     16+
     13+
     9+
     6+
    Massacre de Nirim 5+
     4+
    Massacre de Nir Yitzhak 4+
    Massacre de Yakhini 3+
    Carte interactive des massacres (civils) du 7 octobre[62],[63]

    Bénéficiant de renseignements de qualité[64], de radios et de cartes, les assaillants envahissent plus de vingt localités de l'enveloppe de Gaza par voie de terre — à l'aide de tracteurs, camions, fourgonnettes et motos —, de mer et par les airs[65],[66], dont les villes de Sdérot et d'Ofakim. À Zikim, se trouve un kibboutz et la base militaire Bahad 4, qui sert à l'entraînement des nouvelles recrues de Tsahal pour constituer des bataillons de sauvetage, qui est déclarée infiltrée et perdue par Tsahal à h[67] tandis que des civils armés dont un officier en congé, repoussent l'assaut du Hamas sur le kibboutz[68]. À Sdérot, les assaillants conquièrent le commissariat mais se heurtent à la résistance farouche des policiers, qui limitera relativement le nombre de pertes civiles. Les troupes du Hamas se rendent en revanche maîtres de plusieurs villes et kibboutz frontaliers, et l'attaque soigneusement planifiée contre Israël se transforme en un déchaînement de violence et de pillage[69], où plus de mille civils — Israéliens et étrangers, Juifs et non-Juifs, hommes et femmes, jeunes et vieux (y compris des rescapés de la Shoah[70]) — sont massacrés à Nir Oz, à Holit, à Be'eri, à Nahal Oz, à Nir Itzhak, à Ein Hashlosha, à Netiv HaAssara, à Kfar Aza, à Nirim, à Kissoufim et au festival de musique de Réïm, où le nombre de victimes semble avoir été le plus important (Nova, Be'eri, Oz, Nir et Re'i deviennent des prénoms tendance pour les naissances des mois suivants[71]). Quelques heures plus tard, dix fourgons armés de Palestiniens attaquent la division Réïm et éliminent les soldats mais ils ne parviennent pas à s'emparer du QG souterrain, d'où le commandement de la division de Gaza tente d'organiser une riposte[45].

    Scène de destruction au kibboutz Be'eri, après l'attaque.

    Équipés de caméras d'action ou de portables, les assaillants palestiniens filment leurs actes et atrocités[69], qu'ils déversent sur les réseaux sociaux, tant dans le cadre d'une guerre de communication et de recrutement des Arabes israéliens[72],[73] que d'une guerre psychologique contre le reste de la population israélienne[74],[75].

    À 10 heures, le Premier ministre Benyamin Netanyahou s'adresse à la nation pour déclarer le pays en guerre ; il appelle les chefs des partis d'opposition de la Knesset à former un gouvernement d'union nationale d'urgence[76] et un cabinet de guerre pour la durée de celle-ci[77]. À 10 h 34 du matin (heure locale), la contre-attaque militaire nommée opération Épées de fer est lancée, avec des bombardements sur la bande de Gaza et une reprise du contrôle du territoire israélien.
    Aux équipes de réserve locales qui tentent de contenir les terroristes qui déferlent en vagues sur leurs localités[78], se joignent les unités d'élite de Tsahal, dont la Sayeret Matkal, la Shayetet 13, l'unité Shaldag (en) et la brigade Oz (en), ainsi que la police, les gardes-frontières et le Shin Bet. Cependant, débordée par le nombre de fronts et d'embuscades où ses forces sont décimées, cette aide « s'effondre sous [les] yeux » du Hamas[69] et arrive souvent trop tard sur lieux pour empêcher les exactions que des assaillants palestiniens auraient perpétrés sur les civils[55] : l'armée israélienne et des organisations paramédicales dont ZAKA, auraient retrouvé des corps d'hommes, femmes, enfants, bébés et vieillards, décapités, énucléés, démembrés, émasculés, calcinés ou carbonisés[79],[80],[81]. Les autorités israéliennes auraient récoltés des témoignages de viols de guerre[82]. En outre, plus de 200 civils, en particulier des enfants et des personnes âgées, sont enlevés[83],[84],[85] — plus que prévu, selon Ali Barakeh[69] — car une récompense de 10 000 dollars et d'un appartement a été promise pour qui ramènerait un otage dans la bande de Gaza[86],[87].
    Dans la soirée, une autre salve d'environ 150 roquettes est lancée depuis Gaza vers le centre d'Israël, avec des explosions signalées à Yavné, Givatayim, Bat Yam, Beit Dagan, Tel Aviv et Rishon LeZion ; le ministre israélien de l'Énergie, Israël Katz, signe au même moment un décret ordonnant à Israel Electric Corporation de « cesser [sa] fourniture d'électricité à Gaza »[88].

    Au terme du 7 octobre 2023, malgré la contre-offensive israélienne qui a permis de reconquérir la base de Réïm[89], l'histoire improbable de Rahel Edri (he)[90], les actes de bravoure d'Israéliens juifs ou musulmans qui ont sauvé des vies au prix de la leur[91], celui-ci et ses alliés contrôlent sept communautés ainsi que le poste-frontière d'Erez par lequel d'autres terroristes continuent d'entrer en Israël[55],[92], en ayant emprunté un vaste tunnel qui sera trouvé trois mois plus tard par l'armée israélienne[93].
    Pendant qu'Ismaël Haniyeh, grande figure du Hamas, s'agenouille avec gratitude depuis Doha au Qatar lorsque la télévision qatarie diffuse les images du carnage perpétré par son mouvement[94], l'État hébreu peine à se remettre du choc qu'il vient de subir, et qui bouleversera jusqu'à son langage[95] : ce qui avait commencé comme un jour de fête s'est terminé par la journée la plus meurtrière en Israël depuis la fondation de l'État, 75 ans plus tôt et pour les Juifs depuis la Shoah, avec un bilan qui ne cesse de gonfler — de 250 lors des premières estimations, on passe à 1 400 morts au bout d'une semaine, dont plusieurs centaines de militaires, plusieurs dizaines de policiers et dix agents du Shin Bet (il sera établi en novembre que quelque 200 corps sont ceux de miliciens palestiniens, ramenant le nombre de victimes aux environs de 1 140) —[96],[Notes 1] et un nombre d'otages et de prisonniers tout aussi inédit dans les annales du pays, dont certains se sont barricadés dans les zones envahies[55] tandis que d'autres ont déjà été transférés dans les tunnels du Hamas et serviront, vraisemblablement, de boucliers humains[97].

    Tandis que les blessés israéliens et étrangers sont transportés entre les hôpitaux Soroka (en) à Beer Sheva, Kaplan à Rehovot, Shamir à Be'er Ya'akov, Sheba à Ramat Gan et Barzilaï (en) à Ashkelon[98], un long travail d'acheminement des corps et de leur identification commence dans les morgues israéliennes[99] et se poursuit encore plus d'un mois après les évènements. Pour identifier les corps des victimes devenus méconnaissables et les rendre à leurs familles, on a recours à un système de reconnaissance faciale[100], à la génétique et à diverses techniques de médecine légale[101],[102],[103] : le 29 octobre, les tests ADN effectués sur un reste de la partie pétreuse de l'os temporal permettent de l'attribuer à Shani Louk, et de déterminer ainsi que l'Israélo-allemande de 22 ans est déjà morte lorsque le Hamas la parade à Gaza quasiment nue et ensanglantée, tandis que la foule la hue et crache sur son corps[104] ; le 15 novembre, des restes prélevés dans une maison brûlée jusqu'aux fondations sont identifiés comme ceux de l'activiste pro-palestinienne Viviane Silver, dont l'enlèvement était présumé[105] ; le 19 novembre, l'analyse de cendres localisées par des archéologues, démontre que Liel Hetsroni, douze ans et également portée disparue, est morte en même temps que son frère, sa tante et son grand-père[106].

    L'on appréhende par ailleurs l'ouverture d'un front supplémentaire au nord et à l'est voire d'un front intérieur dans les villes mixtes, comme en 2021[107], et c'est pourquoi, au-delà des parallèles tracés avec la guerre de Kippour cinquante ans plus tôt — attaque-surprise[108], faillite du renseignement[109], demande de comptes et limogeage des responsables, visant en particulier la personne déjà polarisée de Benyamin Netanyahou[110] —, et l'on part pour une « seconde guerre d'indépendance »[111].

    Opérations militaires israéliennes[modifier | modifier le code]

    Pilonnage du nord de Gaza et blocus[modifier | modifier le code]

    Destruction d'une tour résidentielle à Gaza suite à un bombardement israélien le 7 octobre.

    Le , tandis qu'une roquette Qassam frappe le centre médical Barzilaï (en) à Ashkelon malgré la protection du Dôme de fer, et que cent autres sont lancées sur Sdérot[112],[113],[114], l'armée israélienne bombarde la bande de Gaza, visant selon les autorités palestiniennes de nombreuses infrastructures dont des écoles, mosquées, hôpitaux ainsi que des quartiers résidentiels, identifiées par Israël comme « cibles terroristes »[115],[116]. Le Hamas, qui détient 240 otages[117] dont des enfants, des personnes âgées et des jeunes capturés lors du festival Nova de musique de Réïm, menace de commencer à les tuer sans avertissement à chaque attaque israélienne sur des civils dans la bande de Gaza[118].

    Le , Yoav Gallant, ministre de la Défense d'Israë, annonce un « siège complet » de la bande de Gaza où vivent 2,3 millions de Palestiniens, avec la suppression de l'approvisionnement, de l'eau potable[Notes 2], du gaz et de l'électricité[119]. Yoav Gallant justifie ce blocage en indiquant : « Nous combattons des animaux et nous agissons en conséquence[120]. » Le ministère de la Défense annonce la mobilisation de 300 000 réservistes de l'armée. L'Organisation des Nations unies considère que le « siège complet » de la bande de Gaza est prohibé par le droit international humanitaire et s'y oppose[121], tout comme l'Union européenne[122].

    Parallèlement, une quinzaine de villes et villages israéliens sis dans l'enveloppe de Gaza sont évacués en 24 heures de leurs quelque 200 000 résidents, selon un plan appelé Safe Distance, pour « garantir la sécurité en éliminant toute présence terroriste en Israël»[123],[124].

    Le , le chargé d'affaires israélien en France annonce sur France Inter que le lancement d'une opération terrestre dans la bande de Gaza est imminent[125]. Le même jour, Israël avertit qu'il n'y aura pas d'exception humanitaire à son blocus de la bande de Gaza tant que tous les otages n'auront pas été libérés[126]. Le , Tsahal demande à 1,1 million de civils gazaouis vivant au nord du Wadi Gaza, d'évacuer la zone pour le sud de la bande de Gaza, sous 24 heures[127]. Le porte-parole du secrétaire général des Nations unies, Stéphane Dujarric, estime « impossible qu'un tel déplacement de population ait lieu sans provoquer des conséquences humanitaires dévastatrices »[128]. Le Hamas demande à la population de rester sur place pour éviter une seconde Nakba[129]. Le Croissant-Rouge palestinien rejette également l'ultimatum, ses volontaires ne se résignant pas à « abandonner les plus nécessiteux »[130]. Le 13 octobre, un convoi humanitaire de civils gazaouis ayant accepté l'ordre d'évacuation est atteint par une explosion sur l'itinéraire d'évacuation tracé par Tsahal, cela à 17 h 30 locales selon la BBC[131] alors que le couloir n'était ouvert qu'entre 10 h et 16 h locales[132] ; au moins 70 personnes sont tuées et 200 autres blessées[133],[134], sans que la responsabilité de l'un des deux belligérants soit clairement établie, entre la possibilité d'une frappe de l'aviation israélienne d'une part ou d'une explosion d'une voiture piégée par le Hamas voire d'une roquette palestinienne défaillante[135],[136] ; parallèlement, les routes d'évacuation des Palestiniens « sont bloquées par le Hamas, qui cherche à empêcher les habitants de s'en aller et à les utiliser comme boucliers humains ».

    Un total de 6 000 bombes sont larguées par Israël pendant les six premiers jours de guerre, plus que celles utilisées par les États-Unis en un an en Afghanistan et le double de celle employées par la coalition contre l'État islamique sur un mois[137].

    Un document d'orientation du Shin Bet, datant du , partagé par WikiLeaks le , préconise le déplacement des habitants de Gaza vers le Sinaï, en établissant d'abord des villes de campements dans cette région, suivi de la construction de villes dans le nord du Sinaï. Le document suggère que l'Égypte devrait accepter les déplacés en vertu du droit international humanitaire, et Israël devrait promouvoir une initiative diplomatique pour obtenir le soutien d'autres pays pour accueillir les personnes évacuées. Le ministère envisage également des campagnes de communication pour convaincre la population de Gaza de l'absence de perspectives de retour dans un avenir proche[138].

    Vidéo de bombardements sur Gaza, octobre 2023.

    Le , l'annonce d'une explosion dans la cour extérieure de l'hôpital Al-Ahli Arabi à Gaza et qui aurait fait entre 50 et 500 morts voire 800, provoque l'ire de nombreuses manifestants dans le monde. Les deux parties, Israël et Hamas, s'accusent mutuellement de cette frappe[139] mais selon les experts (notamment de HRW[140]), s'appuyant sur les analyses des vidéos, il paraît peu probable que cette explosion soit due à un bombardement israélien mais plutôt à une roquette palestinienne. Différentes enquêtes d'Associated Press, Libération[141], Le Monde, CNN ou Wall Street Journal relaient la confirmation d'un tir palestinien[140],[142]. Après avoir accusé Israël de cette frappe, la BBC admet qu'il était « erroné de spéculer » qu'Israël était à l'origine de l'explosion de l'hôpital gazaoui[143]. De la même façon, le New York Times admet qu'il s'est « trop fortement appuyé » sur les allégations du Hamas dans son rapport initial sur l'explosion de l'hôpital de Gaza. La France par la voix de la Direction du renseignement militaire français (DRM) tente également de corriger l'« emballement médiatique » avec une dépêche à l'AFP affirmant que « rien ne permet de désigner une frappe israélienne » - trop tardive, selon un chercheur à Sciences Po[144]. Le bilan humain catastrophiste de cette frappe dans le parking de l'hôpital, qui n'a causé aucun dommage structurel aux bâtiments, mais transmis par des organes ou médias affiliés au Hamas puis repris dans le monde, passe de plusieurs centaines de morts à 100 à 300 selon l'agence Reuters[145] et quelques dizaines, selon l'AFP[146],[147].

    Devant l'émotion des pays arabes, le président américain Joe Biden, qui devait initialement se rendre en Jordanie, après son passage à Tel-Aviv, pour y rencontrer le roi Abdallah II, le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, est contraint d'annuler cette rencontre[148].

    Dans une interview[149] donnée le 24 octobre sur une chaîne libanaise, le vice-ministre des Affaires étrangères et porte-parole du Hamas, Ghazi Hamad, déclare que « le déluge d'Al-Aqsa [du 7 octobre] n'est que la première fois, et il y en aura une deuxième, une troisième, une quatrième... Nous sommes appelés une nation de martyrs (chahid), et nous sommes fiers de sacrifier des chahids ». Il ajoute qu'Israël est un pays qui n'a pas sa place sur terre :

    « Nous devons éliminer ce pays, car il constitue une catastrophe sécuritaire, militaire et politique pour la nation arabe et islamique »[150]

    Porte d'entrée à la frontière de Rafah.

    Comme demandé par le président américain, des convois d'aide humanitaire venus d'Égypte commencent à pénétrer le dans la bande de Gaza par le poste-frontière de Rafah[151]. À la suite d'une conversation entre Joe Biden et Benyamin Netanyahou, la bande de Gaza, assiégée par l'armée israélienne, peut bénéficier d'un « flux continu » d'aide humanitaire, alors qu'un troisième convoi d'aide humanitaire pénètre le 23 octobre dans la bande de Gaza[152]. Au 29 octobre, ce sont 117 camions d'aide humanitaire qui sont entrés dans l'enclave. Les jours suivants, l'aide humanitaire internationale augmente. Le 13 novembre, 756 camions d'aide humanitaire sont passés depuis le 21 octobre[153].

    Entre le 10 et le 31 octobre, l'armée israélienne élimine une trentaine de figures (dirigeants politiques, cadres du parti, chefs de la branche armée...) parmi les hauts responsables du Hamas qu'elle cible aux fins d'anéantir l'organisation terroriste à l'origine des massacres du 7 octobre et de précédentes agressions sur son sol[154].

    Début de l'offensive terrestre[modifier | modifier le code]

    Soldats israéliens se préparant pour l'offensive terrestre le 29 octobre.

    Le 27 octobre, l'armée israélienne entame la « deuxième phase » de sa guerre contre le Hamas[155]. Dans la nuit menant au 28 octobre, elle intensifie « de manière significative » ses attaques sur Gaza avec une offensive terrestre[156] frappant « 150 cibles souterraines »[157], et - documents à l'appui - accuse le Hamas d'utiliser les hôpitaux civils de Gaza et particulièrement celui d'al-Shifa comme quartier général militaire, d'où il pomperait ses provisions (fuel, oxygène, eau et électricité) « destinées à l'hôpital pour mener ses opérations terroristes »[158],[159] . Le Hamas, ainsi que plusieurs médias arabes récusent ces affirmations[160] mais quinze jours plus tard, Israël maintient ses mêmes accusations et le 2 janvier 2024, des documents déclassifiés des services secrets américains confirment que l'hôpital a été utilisé comme un centre de commandement et pour y retenir quelques otages[161].

    Le lendemain, après avoir reçu les familles des otages, Benyamin Netanyahou aux côtés de Yoav Gallant et Benny Gantz, membres du gouvernement d'union nationale, s'adresse à la nation lors d'une conférence de presse et confirme que les opérations terrestres en cours constituent la seconde phase d'une « guerre longue et difficile » et que vaincre le Hamas constitue un « défi existentiel ». Il appelle à nouveau les civils de Gaza « à continuer à évacuer vers le sud » de l'enclave et il promet « que toutes les possibilités seront explorées pour ramener à la maison [les otages]. Leur captivité est un crime contre l’humanité »[162]. Le 30 octobre, Netanyahou répète son refus d'un éventuel cessez-le-feu qui serait « une reddition face au Hamas » ; sa position est soutenue par la Maison Blanche[163].

    Des chars israéliens sont aperçus momentanément pour la première fois en lisière de Gaza-ville. Le Hamas confirme des « combats intenses » au nord de la ville[164].

    L'évacuation lente de blessés palestiniens et civils bi-nationaux s'effectue par le poste-frontière de Rafah vers l'Égypte mais pour cela, Israël doit approuver la liste de blessés qui est transmise par les autorités du Hamas à celles d'Égypte[165].

    Intensification des combats terrestres et des bombardements[modifier | modifier le code]

    Tanks israéliens dans la bande de Gaza le 31 octobre.

    Le 30 octobre, 24e jour de la guerre, Benyamin Netanyahou annonce que la riposte israélienne est entrée dans sa « troisième phase »[164]. Elle étend son incursion terrestre précédente dans la bande de Gaza par étapes méthodiques, par un positionnement des troupes de Tsahal « équipées de véhicules lourdement blindés, de chars, de bulldozers et de véhicules blindés de combat... dans différentes parties du nord de la bande de Gaza... qui est le centre de gravité du Hamas », pour y traquer ses « commandants » et en continuant à frapper « leurs infrastructures et chaque fois qu'il y a une cible importante », précise un lieutenant-colonel israélien[164].

    Netanyahu réitère et justifie son refus d'un quelconque cessez-le-feu : « Tout comme les États-Unis n'auraient pas accepté un cessez-le-feu après Pearl Harbor ou le 11 septembre, Israël n'acceptera pas une cessation des hostilités après l'horrible attaque du 7 octobre... Ceci est le temps de la guerre »[164].

    L'armée israélienne confirme parallèlement l'aggravation de la situation humanitaire à Gaza mais estime que cette situation « n'est pas de (son) fait »[164].

    Le , par la voix d'Abou Obaïda, le Hamas menace directement Israël et Benyamin Netanyahou : « Gaza sera un cimetière et un bourbier pour l'ennemi, ses soldats et sa direction politique et militaire » et promet au Premier ministre une « cuisante défaite » sonnant la fin de sa carrière politique[166].

    Le même jour, l'armée israélienne bombarde le camp de réfugiés de Jabaliya situé au nord de la bande de Gaza faisant au moins 126 morts civils selon l'organisation indépendante AirWars, dont 69 enfants et 22 femmes, et 280 blessés. 12 à 24 combattants auraient par ailleurs été tués selon elle[167], tandis que Tsahal parle de « douzaines » de combattants. Tsahal revendique y avoir tué Ibrahim Biari, un haut commandant du Hamas parmi les responsables de l'attaque lancée en Israël le 7 octobre, et indique que son objectif était « les infrastructures terroristes » et le « bataillon central de Jabaliya, qui avait pris le contrôle de bâtiments civils dans la bande de Gaza »[168]. Plus de 20 bâtiments ont été détruits[166]. Les brigades Ezzedine al-Qassam du Hamas annoncent également la mort de sept otages dont trois étrangers dans ces bombardements[169].

    Parallèlement, les autorisations d'exportations sont délivrées pour 303 millions d'euros d'équipements militaires allemands vers Israël, soit près de dix fois plus que les autorisations accordées il y a un an[165].

    Le , Gaza - « centre de l'organisation terroriste Hamas », selon le porte-parole de l'armée israélienne - est totalement encerclée par l'armée israélienne et le nord de la bande de Gaza est coupé du sud[170],[171]. Ce même jour, le cabinet de sécurité israélien décide que seront renvoyés à Gaza tous les travailleurs palestiniens travaillant en Israël le jour du début de la guerre, parmi les 18 500 bénéficiant d'un permis de travail, afin de couper tout lien avec cette ville[172].

    Malgré les nombreux appels dont celui de la France[173] à une véritable trêve humanitaire et ceux de cessez-le-feu dont celui du Vatican[174], après un mois de conflit, Israël refuse d'entendre ces voix tant que les otages aux mains du Hamas ne sont pas libérés[175], et aux fins de poursuivre sans relâche la recherche de Yahya Sinouar, le chef du groupe islamiste palestinien à Gaza et son projet d'anéantissement du Hamas dans son ensemble[176],[177]. Benjamin Netanyahu déclare[178] :

    « Qu'ils suppriment complètement ce terme (cessez-le-feu) du vocabulaire... Nous le disons à nos ennemis comme à nos amis. Nous continuerons jusqu'à ce que nous les battions ; nous n'avons pas d'autre choix ».

    Le 4 novembre, l'armée israélienne dit avoir intercepté une roquette tirée par le Hamas vers la ville d'Eilat où se trouve un grand nombre de réfugiés israéliens, à l'aide de son système anti balistique à longue portée Arrow.

    Après l'encerclement de Gaza[171], la bande de Gaza est coupée en deux, le 5 novembre, avec l'ambition pour Israël d'y « détruire le centre de commandement du Hamas »[178]. Les forces de Tsahal indiquent avoir pris le contrôle d'un avant-poste du Hamas où se trouvaient des postes d'observation, des complexes d'entraînement ainsi que des tunnels utilisés par les terroristes[179]. Selon le chercheur de l'Université Columbia Stephen Biddle, l'objectif de de cette scission de la bande littorale palestinienne serait pour Tsahal d'empêcher l'approvisionnement et le transfert de combattants du Hamas d'une partie vers l'autre, afin de les vaincre « pas à pas »[180].

    L'armée de l'air israélienne indique que ses avions de combat ont attaqué environ 450 cibles du Hamas, dont des complexes militaires, des postes d'observation, des postes antichar..., tandis que la marine israélienne a attaqué le quartier général, les positions de lancement de missiles antichar et d'autres postes d'observation du Hamas[179].

    Alors que le 6 novembre, les frappes s'intensifient sur Gaza et que les brigades Ezzedine al-Qassam du Hamas palestinien annoncent avoir tiré des roquettes en visant la ville de Haïfa, à partir du Liban[181], des frappes aériennes israéliennes sont menées contre des centres terroristes dans les tunnels du Hamas, selon Tsahal, et à Jabaliya et Beit Hanoun, les forces du Hamas subissent de lourds dégâts[179].

    La Jordanie de son côté, avec le soutien d'Israël et des États-Unis, largue une aide médicale d'urgence à Gaza destinée à son hôpital de campagne sur le point de manquer de fournitures, pour « aider (ses) frères et sœurs blessés dans la guerre contre Gaza »[182].

    Ce même jour, les informations israéliennes selon lesquelles le commandement central du Hamas à Gaza est situé sous l'hôpital Shifa, le plus grand hôpital de la bande de Gaza, sont confirmées par un commentateur de la chaîne saoudienne Al-Arabiya, vite accusé de mensonge par les sites internet affiliés au Hamas[183].

    Les porte-paroles de Tsahal et du Shin Bet indiquent que le commandant du bataillon Deir al-Balah du Hamas, qui a participé aux massacres du 7 octobre et planifiant d'autres attaques après cette date, est éliminé par un avion de chasse israélien[184],[179].

    Pour contredire les propos du ministère de la Santé du Hamas qui accuse les « couloirs de sécurité » d'être des « couloirs de mort », Tsahal répète demander aux Gazaouis du nord d'évacuer les zones dangereuses de conflit et diffuse les images d'un itinéraire sécurisé avec l'ouverture d'un couloir d'évacuation de civils palestiniens se dirigeant vers le sud[179].

    Le 24 octobre, des alarmes signalant une infiltration terroriste retentissent dans les localités frontalières de Zikim, Karmia et Netiv Haasara, pratiquement vidées de leurs habitants, après le repérage par la marine israélienne d'une cellule de plusieurs assaillants du Hamas sortant d'un tunnel, qu'elle neutralise. Le Hamas revendique dans une déclaration cette infiltration réussie et indique que ses membres se sont heurtés à l'armée israélienne. Deux jours plus tard, la marine arrête le commandant adjoint de la division Sud de la force navale du Hamas, Muhammad Abu Ghali.

    Traque du Hamas dans la bande de Gaza[modifier | modifier le code]

    L'armée israélienne affirme le 8 novembre que le Hamas a perdu le contrôle du nord de la bande de Gaza[165]. Ce même jour, les sirènes retentissent au kibboutz Kissufim qui avait été l'une des cibles de l'attaque terroriste du Hamas, le 7 octobre dernier[165].

    Le président philippin Ferdinand Marcos Jr. annonce le 8 novembre que 40 ressortissants philippins (sur 135) sont passés en toute sécurité de Gaza vers l'Égypte. Le ministère canadien des Affaires étrangères informe également que « 59 Canadiens, résidents permanents et membres de leur famille ont traversé la frontière de Gaza en Égypte au poste frontalier de Rafah » (sur les 400 Canadiens ayant demandé à quitter la bande de Gaza)[165].

    Les premières estimations du ministère israélien des Finances évaluent le coût global de la guerre contre le Hamas au minimum à 50 milliards de dollars[165].

    Le 9 novembre, Israël accepte d'officialiser et d'élargir les pauses localisées de quatre heures annoncées trois heures à l'avance dans les combats de Tsahal à Gaza pour la première fois depuis le déclenchement de la guerre[185].

    Le 14 novembre, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale des États-Unis, John Kirby, déclare que les renseignements américains confirment les affirmations israéliennes selon lesquelles le Hamas dispose de centres de commandement et de dépôts de munitions dans les hôpitaux gazaouis, y compris l'hôpital al-Shifa, ce qui constitue un crime de guerre. Dans ces hôpitaux et dans les tunnels situés en dessous, le Hamas mènent des opérations militaires et cachent des otages[186],[187]. Dans un rapport publié en 2015, l'ONG Amnesty International avait déjà accusé le Hamas d'avoir torturé et exécuté des Palestiniens dans l'enceinte de l'hôpital al-Shifa, durant l'offensive militaire israélienne contre Gaza de 2014[187].

    Le lendemain matin 15 novembre, des soldats israéliens pénètrent à l'intérieur du complexe de l'hôpital al-Shifa, pour mener une opération « ciblée [...] contre le Hamas dans un secteur spécifique de l'hôpital »[187]. Israël affirme que l'armée y est entrée « sur la base de renseignements exploitables » et avoir trouvé dans la zone d'imagerie médicale IRM des armes, des équipements militaires et de combat et des équipements technologiques. Toujours d'après les forces israéliennes, dans un autre service, les soldats trouvent un centre de commandement opérationnel et des équipements technologiques du Hamas - allégations que le Hamas dément immédiatement, ainsi que la direction du centre hospitalier, par la voix de son directeur général Mohammed Abou Salmiya[187]. Pour le journaliste Wassim Nasr de France 24 et d'autres experts et spécialistes du terrorisme, les trouvailles que l'armée israélienne a montrées dans ses vidéos ne sont « pas à la hauteur d'un centre de commandement, mais au mieux de la sécurité de l'hôpital ou d'un poste de police du Hamas »[188]. De plus, une des images publiées par l'armée israélienne montrerait un sac près d'un IRM contenant un AK-47 du Hamas. Plus tard, ils invitent des photo-journalistes de BBC et de Fox News filmer cette même salle, où deux AK-47 sont filmés au lieu d'un seul. Des soupçons de manipulation émergent et des doutes apparaissent quant au discours israélien[189].

    Comme aucun tunnel n'est encore mis au jour par l'armée israélienne sous l'hôpital, sur les 500 kilomètres de souterrains et de tunnels construits par le Hamas, surnommé « métro de Gaza », l'expert en stratégie militaire Pierre Servent estime pour sa part qu'il faut « un certain temps » pour découvrir ces tunnels et vérifier si leurs entrées ne sont pas piégées[188]. Dans la soirée, les chars israéliens se retirent de l'hôpital pour se repositionner autour du complexe hospitalier. Le CICR et l'OMS se disent « horrifiés » puis « extrêmement inquiets » de la situation pour le personnel médical, les patients et les nombreux civils réfugiés dans l'enceinte hospitalière[187].

    Ce même jour, une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, préparée par Malte est adoptée par 12 voix pour et 3 abstentions (États-Unis, Royaume-Uni, Russie). Elle insiste sur la situation des enfants, appelle à des « pauses et des couloirs humanitaires étendus et urgents pendant un nombre de jours suffisants » dans la bande de Gaza[190],[191]. Pour l'ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies, Gilad Erdan, cette résolution est « détachée de la réalité... il est regrettable que le Conseil continue d'ignorer et refuse de condamner ou même de mentionner le massacre perpétré par le Hamas »[190].

    Dans la soirée, 27 malades du cancer et 13 accompagnateurs quittent Gaza via l'Égypte pour atterrir en Turquie afin d'y être soignés. Quelques heures auparavant, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait qualifié Israël d'« État terroriste » et avait maudit son gouvernement qui perpétrait un « génocide », sans oublier les autres États qui soutiennent Israël. Le dirigeant israélien Benyamin Nétanyahou a répliqué qu'Erdogan « soutient en réalité l'État terroriste du Hamas. Il a lui-même bombardé des villages turcs, à l'intérieur même des frontières turques » et que les remarques de sa part ne peuvent être acceptées[190].

    Le 16 novembre, la Jordanie publie une déclaration condamnant un bombardement israélien à proximité de l'hôpital militaire jordanien à Gaza, le qualifiant de « crime de guerre » et déclare qu'elle ne signera pas d'accord d'échange d'énergie et d'eau avec Israël initialement prévu[192].

    Le 17 novembre, le Premier ministre et prince héritier du Bahreïn, Salman ben Hamad Al Khalifa condamne les attaques « barbares et horribles » du 7 octobre et les prises d'otages par le Hamas ainsi que « la campagne aérienne qui a entraîné la mort de plus de 11 000 personnes à Gaza, dont 4 700 enfants ». Il a ajouté : « Et pour commencer à aller de l'avant, le Hamas doit avant tout libérer les otages qui se trouvent en captivité depuis plus de six semaines. En échange, Israël doit libérer les femmes et les enfants non-combattants, innocents ».

    Le 18 novembre, Israël permet que deux camions-citernes fournissent 60 000 litres de carburants par jour, malgré l'opposition des ministres d'extrême droite[193].

    Le 19 novembre, Israël annonce la découverte d'un tunnel long de 55 mètres dissimulé sous l'Hôpital Al-Shifa. Par la suite, il déclare avoir forcé une porte anti-explosion à l'extrémité d'un des tunnels du Hamas découverts, et publie deux images à ce propos. Il diffuse également des images de surveillance de l'hôpital datées du 7 octobre, montrant des hommes du Hamas amenant par la grande entrée du centre hospitalier un citoyen népalais blessé et un citoyen thaïlandais. D'autres de ces images montreraient des terroristes du Hamas à l'intérieur de l'hôpital ainsi que des véhicules volés à l'armée israélienne amenés au centre hospitalier.

    Le 22 novembre, Israël arrête Mohammad Abu Salmiya, directeur de l'hôpital al-Shifa de Gaza, alors qu'il tentait d'évacuer vers le sud de la bande de Gaza via un corridor humanitaire ouvert par Tsahal, ainsi que cinq autres personnels de santé.

    Trêve du 24 novembre au [modifier | modifier le code]

    Dans la nuit du 22 au 23 novembre est annoncée par le Qatar une trêve de quatre jours pour libérer 150 prisonniers palestiniens incarcérés en Israël contre 50 Israéliens, avec un rythme minimum de dix otages par jour. Cet accord n'inclut pas de militaires ou policiers. La trêve s'accompagne d'un important volet humanitaire incluant le passage de 200 à 300 camions dont huit de carburant et de gaz, remis à des organisations d'aide internationale travaillant dans le sud de la bande de Gaza[194],[195]. Les belligérants s'engagent à suspendre les combats et Israël à ne pas survoler, même à l'aide de drones, le territoire de la bande de Gaza.

    La trêve des combats prend effet le samedi 24 novembre à 7 heures. Quelques instants avant son entrée en vigueur, le Hamas puis Israël envoient leurs cartouches[195]. Quinze minutes plus tard, des tirs palestiniens de roquette vers les kibboutz de Kissoufim et Ein HaShlosha sont signalés, marquant ainsi une violation de la trêve[195].

    La libération des 13 premiers otages (des femmes et des enfants de 2 à 85 ans) a lieu à 16 heures (heure israélienne) et effective vers 17 h 30, contre celle de 39 femmes et mineurs palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem-Est, n'ayant pas commis de crime de sang[195]. En parallèle, 11 otages thaïlandais et un philippin sont également libérés sans être échangés[196],[197]. À l'arrivée des anciens prisonniers palestiniens en Cisjordanie, des scènes de liesse ont lieu, alors qu'à Jérusalem-Est occupé par Israël, les manifestations de joie étaient interdites[198].

    Tardivement le 25 novembre, 17 otages, dont 13 Israéliens (femmes et enfants âgés de 3 à 67 ans[199]) figurant dans les accords du jour, en échange de 39 prisonniers palestiniens, sont libérés ainsi que 4 Thaïlandais sans contrepartie. À Tel-Aviv, des dizaines de milliers de manifestants étaient rassemblés pendant plusieurs heures sur la Place des otages, qui fait face au Musée des beaux-arts de Tel-Aviv, pour demander et attendre leur libération[198].

    Le troisième jour de la trève, le 26 novembre, 14 Israéliens dont 9 enfants, 4 femmes et un homme, sont libérés en échange de 39 prisonniers palestiniens. De plus, un otage israélo-russe est libéré par le Hamas à la demande du président russe Vladimir Poutine ainsi que trois ressortissants thaïs.

    Au dernier jour prévu de la trêve, 11 otages israéliens dont trois franco-israéliens et six Thaïlandais sont libérés par le Hamas[200]qui annonce que la trève est prolongée de deux jours, jusqu'au jeudi 30 novembre 7 h (heure locale), le temps d'établir de nouvelles listes de personnes à libérer[201].

    La trêve est reconduite chaque jour du 28 au 30 novembre. Parmi les prisonniers libérés le 29 novembre, figure Ahed Tamimi (22 ans), icône de la lutte contre l'occupation israélienne[202],[203]. Le lendemain, quatre Franco-israéliens dont trois mineurs et Mia Schem (21 ans) dont la presse a souvent fait écho sont libérés[204]. Finalement, ce sont 110 otages, dont 80 femmes, enfants et jeunes de moins de 19 ans qui ont été libérés, et il resterait 145 otages dont 15 civils détenus à Gaza. 80 femmes, enfants et jeunes de moins de 19 ans. 210 prisonniers palestiniens incarcérés pour atteinte à la sécurité en Israël ont été libérés.

    Ces libérations portent à 110 le nombre d'otages libérés pendant la trêve, Israéliens et étrangers, soit plus de 45 % des quelque 240 personnes séquestrées à Gaza depuis leur rapt le 7 octobre.

    Le 30 novembre, au dernier jour de la trêve, un attentat revendiqué par le Hamas fait quatre morts civils à Jérusalem et le communiqué du Hamas appelle également à une « escalade de la résistance » contre Israël[205].

    Reprise des combats[modifier | modifier le code]

    Le au matin, Tsahal déclare que le Hamas a rompu la trêve en ne fournissant pas de nouvelle liste d'otages à libérer plus tard dans la journée et en ayant tiré des roquettes sur Israël. En face, le Hamas affirme avoir proposé un échange de prisonniers et de personnes âgées, ainsi qu'une offre de restitution de corps des morts sous les bombardements israéliens[206]. En riposte à la violation de la trêve, Tsahal reprend son offensive. Une « pluie de bombes » s'abat sur le sud de Gaza, les zones de Khan Younès et de Rafah[207]. Dès le 1er décembre, l'armée israélienne communique de nouvelles zones à évacuer pour les civils[208], incluant une partie de la ville de Gaza, mais également autour de la ville de Khan Younès[209]. Sur X/twitter, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) parle de « point de non-retour à Gaza », et de « mépris flagrant à l'égard du droit international »[210]. Les jours suivants, une offensive importante est menée sur la ville de Khan Younès[211]. Ainsi le 10 décembre, des tanks israéliens sont présents au centre de la ville de Khan Younès[212].

    De hauts responsables israéliens estiment que 5 000 hommes du Hamas ont été tués et que pour chaque combattant du Hamas tué dans la bande de Gaza, environ deux civils ont également été tués. Le Hamas estime que 16 000 personnes ont été tuées à Gaza sans faire de différence entre combattants et civils, mais selon lui 70 % des victimes seraient des femmes et des enfants. Ces proportions de 70 % sont conformes aux chiffres obtenus par une ONG indépendante se concentrant sur le décompte et l'identification des victimes civiles, pour la part des décès qu'elle a pu documenter (67 % sur une fourchette basse)[167]. Selon une responsable de l'Unicef, « plus de 5 300 enfants palestiniens auraient été tués dans 48 jours de bombardement incessant. Un chiffre qui ne comprend pas beaucoup d’enfants toujours portés disparus et présumés enterrés sous les décombres »[213].

    Au 11 décembre 2023, plus de 17 900 morts sont recensés dont les trois quarts seraient femmes et enfants, et 7 780 personnes seraient sous les débris d'une frappe israélienne.

    Le 2 janvier 2024, Israël abat à Beyrouth avec un drone le numéro 2 du bureau politique du Hamas Saleh al-Arouri[214].

    Le 19 février 2024, Israël lance un ultimatum au Hamas de libérer les otages avant le ramadan (le 10 mars 2024) de façon à éviter que Rafah soit attaquée[215].

    Catastrophe sanitaire à Gaza[modifier | modifier le code]

    Secouriste portant un enfant blessé à Gaza.

    93 % des Gazaouis sont « en situation d'insécurité alimentaire aiguë », selon le Programme alimentaire mondial le 23 décembre 2023[216].

    Fin décembre, sur les 36 hôpitaux de la région de Gaza, 21 ne fonctionnent plus et les autres le font au-delà de leurs capacités[217]. 1,4 million de personnes sont réfugiés dans des abris où il y a en moyenne une toilette pour 400 personnes[218] et une douche pour 4 500 personnes[219]. L'accès difficile à l'eau potable, la pénurie de produits d'hygiène et la surpopulation dans les abris forment un terrain favorable à la propagation des maladies[218] ; l'OMS compte 14 maladies à « potentiel épidémique » en augmentation dans la bande de Gaza[219].

    Selon l'OMS, le 21 décembre 2023, 170 000 habitants de Gaza sont atteint d'infections respiratoires[218]. À cette date, le système de santé de Gaza est « dévasté » : 9 des 36 centres de santé gazaouis fonctionnent encore en partie[218].

    En décembre 2023, « même les blessures les plus graves ne peuvent être correctement soignées » selon France Info[218]. Les personnes ayant des maladies de longue durée comme le cancer ne sont plus soignées selon la BBC ; les maladies non traitées en raison du siège de Gaza pourraient faire plus de victimes que les bombardements selon l'OMS[220].

    Destructions[modifier | modifier le code]

    El-Remal à Gaza City après un bombardement israélien le 9 octobre 2023.

    Le 31 octobre, des images provenant du satellite Sentinel-1 et autres données disponibles permettent d'estimer qu'environ 29 000 bâtiments soit 11 % du parc immobilier de la bande de Gaza ont été endommagés par les combats[221].

    Le 8 novembre, Balakrishnan Rajagopal, expert à l'ONU, dénonce les crimes de guerre commis par Israël en détruisant près de 45 % des unités d'habitation et d'infrastructures de la bande de Gaza mais souligne également que les logements civils en Israël ne sont évidemment pas non plus des objets militaires, avertissant que les tirs aveugles et continus de roquettes du Hamas depuis Gaza et ailleurs constituent également un crime de guerre[165]. Le 17 novembre, la BBC parle de près de 50 % des habitations qui sont soit détruites soit endommagées par près de 10 000 obus ou missiles[222]. Les quartiers les plus touchés sont ceux de la zone Nord évacué notamment Beit Hanoun ainsi que les quartiers côtiers de la ville de Gaza avec cependant des bombardements plus sporadiques dans la partie sud à Khan Younès ou à Rafah[222].

    Le 29 novembre, l'ONU estime à 45 000 habitations complètement détruites et 234 000 partiellement endommagées, représentant entre 26 et 34 % de l'ensemble des immeubles de la bande de Gaza, chiffre qui monte à entre 52 et 65 % pour le nord de Gaza[223]. Le 12 décembre, l'ONU estime que plus de la moitié des habitations de la bande de Gaza sont détruites ou endommagées[224]. Le même jour, une autre estimation de l'ONU par imagerie satellitaire est publiée qui estime qu'au 26 novembre 18 % des habitations sont détruites ou endommagées[225].

    60 % des infrastructures de Gaza sont détruites ou endommagées à la date du 19 décembre 2023, selon l'agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA)[226]. « Le niveau de destruction dans le territoire palestinien est supérieur à celui de l'Allemagne lors de la Seconde guerre mondiale » selon Josep Borrell, haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité[227].

    En janvier 2024, la Banque mondiale estime à imagerie satellite que 45 % des habitations sont détruites complètement et ce taux atteint 60 % en prenant en compte les bâtiments grandement endommagés[228].

    Internationalisation et extension du conflit[modifier | modifier le code]

    Frontière du Liban[modifier | modifier le code]

    Frontière sud du Liban.

    Des attaques du Hezbollah soutenu par l'Iran ont lieu le , avec des tirs d'artillerie depuis le Liban du Sud vers Israël[116]. Israël réplique en frappant les positions du groupe au Liban et met en place des points de contrôle à la frontière entre Israël et le Liban[229],[230]. Le , Tsahal annonce que des « terroristes infiltrés » depuis le Liban ont été tués à proximité de la frontière, en territoire israélien ; ces infiltrations sont revendiquées par le Jihad islamique palestinien (JIP)[231].

    Point de frontière israélo-libanaise.

    Le 9 octobre 2023, huit personnes — un officier et deux soldats israéliens, trois membres du Hezbollah, ainsi que deux militants du JIP — sont tués lors d'un raid transfrontaliers de ces derniers[232].

    Le , des tirs de chaque côté de la frontière israélo-libanaise perdurent. Tsahal bombarde des positions du Hezbollah[233].

    Le 11 octobre, le Hezbollah revendique de nouveaux tirs de missiles guidés depuis le Sud du Liban contre le Nord d'Israël, en affirmant agir en solidarité avec l'offensive du Hamas et « en riposte aux agressions sionistes »[77]. Au cours de ces affrontements, un soldat israélien est tué par un missile antichar du Hezbollah.

    Le , un journaliste de l'agence Reuters est tué et plusieurs journalistes blessés dans un bombardement israélien en territoire libanais, près de la frontière sud avec Israël. Des roquettes sont tombées sur un secteur où se trouvait un groupe de journalistes d'au moins trois médias différents, dans le village frontalier de Aalma ech Chaab[234].

    Le 14 octobre, un civil israélien et un officier de l'armée israélienne sont tués dans des attaques de missiles en provenance du Liban et le lendemain, sur fond d'incidents transfrontaliers, Tsahal commence l'évacuation des milliers de résidents du nord d'Israël qui vivent dans la zone située à deux kilomètres de la frontière libanaise[235].

    Le 17 octobre, quatre personnes qui tentaient de s'infiltrer dans le nord d'Israël depuis le Liban sont tuées par l'armée israélienne.

    Le 20 octobre, la branche libanaise du Hamas tire un barrage d'une trentaine de roquettes vers le nord d'Israël. Le 21 octobre, les autorités israéliennes décident d'évacuer la localité de Kiryat Shmona sise au nord et ses 25 000 habitants[236].

    Des forces de Al-Fajr de la branche militaire de la Jamaa Islamiya annoncent participer aux hostilités au-delà des frontières libanaises israéliennes « en défense de la souveraineté libanaise, de la mosquée Al Aqsa et en solidarité avec Gaza et la Palestine » et lancent également fin octobre des missiles vers Kiryat Shmona[237].

    Début novembre, le chef du Hezbollah pro-iranien, Hassan Nasrallah, s'exprime pour la première fois sur le conflit[238]. Il accuse d'abord Israël d'avoir « commis des massacres » en défendant puis reprenant le contrôle des kibboutz et localités israéliens que les paramilitaires du Hamas avait attaqués le 7 octobre. Ensuite, il accuse les États-Unis d'être à l'origine et « entièrement responsables » de la guerre à Gaza quand Israël ne serait « qu'un instrument » d'exécution ; il les prévient en outre à se préparer à « toutes les options » en cas de dégradation de la situation et d'une intervention de leur part, c'est-à-dire à l'éventualité d'une « guerre régionale » - alors qu'en parallèle, la Maison-Blanche veut éviter l'extension du conflit[238],[239].

    Le 6 novembre, les brigades Izz al-Din al-Qassam du Hamas palestinien annoncent avoir tiré seize roquettes sur le nord d'Israël, affirmant avoir visé le sud de la ville de Haïfa, à partir du Liban, en réponse aux massacres de l'occupation[181]. La ville de Kiryat Shmona est touchée par sept roquettes. Elle a été en grande partie évacuée et les habitants restés sur place sont priés de rester à proximité des abris anti-bombes.

    Le 19 février 2024 Israël lance des frappes sur la localité de Ghaziyeh[240].

    Cisjordanie[modifier | modifier le code]

    Carte de 2012 : Zones en rouge : colonies israéliennes. Ligne en tirets verts : ligne verte de 1949. Ligne noire : mur de séparation israélien.

    En Cisjordanie, depuis le , 300 Palestiniens sont tués par l'armée israélienne et dans certains cas par des colons à la date du 27 décembre 2023[22].

    Dans la nuit du 21 au 22 octobre, l'armée israélienne bombarde la mosquée Al-Ansar de Jénine y faisant plusieurs morts, des terroristes abrités dans un souterrain de la mosquée selon Tsahal[241].

    Au 21 octobre, l'armée israélienne affirme avoir arrêté 450 activistes du Hamas en Cisjordanie depuis le début de la guerre.

    L'Autorité palestinienne déclare le que plus de 100 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie depuis le 7 octobre lors d'opérations de Tsahal[242].

    Le , la France et les États-Unis réagissent en condamnant les attaques de colons israéliens contre des Palestiniens en Cisjordanie[243].

    Le dernier jour du mois, l'agence palestinienne de presse Wafa informe que des « moustaribeen » (militaires israéliens en tenue civile se faisant passer pour des Palestiniens) sont entrés à Toubas (peut-être le village de Tuba près de At-Tuwani dans le sud du mont Hébron) avant d'y être suivis par des renforts de l'armée israélienne[221].

    Le 9 novembre, d'intenses combats opposent l'armée israélienne et les groupes armés de Jenine, « célèbre pour sa résistance à l'occupation israélienne », avec des combattants du Fatah, du Djihad islamique et du Hamas[244].

    Syrie[modifier | modifier le code]

    Le , l'armée de l'air israélienne bombarde simultanément les aéroports internationaux de Damas et d'Alep, en Syrie au nord, les rendant inutilisables en détruisant les pistes d'atterrissage[245].

    Le , les aéroports internationaux de Damas et d'Alep sont de nouveau bombardés par Tsahal, les rendant une fois encore inutilisables et causant la mort d'un civil dans la capitale syrienne[246].

    Dans la nuit du 24 au 25 octobre, des raids aériens israéliens visent des positions de l'armée syrienne près de Deraa en riposte à des tirs de mortiers provenant du territoire syrien. Ces frappes font huit morts et sept blessés dans les rangs des forces armées syriennes[247].

    Mer Rouge[modifier | modifier le code]

    Le 19 octobre, le destroyer américain USS Carney, croisant en mer Rouge, intercepte au moins trois missiles de croisières et huit drones se dirigeant possiblement vers Israël ; certaines sources parlent de quatre missiles et 19 drones[248],[249]. Les interceptions ont lieu à l'aide de missiles surface-air RIM-66M[250]. Le même jour, l'Arabie saoudite aurait intercepté un cinquième missile pouvant toucher Djeddah en visant Eilat[251]. Selon le Pentagone, ils auraient été lancés par les milices pro-iraniennes chiites houthis au Yémen, qui sont en révolte contre le pouvoir en place depuis 2014 et ont conquis Sanaa et la partie ouest du pays[251].

    Les interceptions de missiles et de drones tirés depuis le Yémen se succèdent et les avions de chasse israéliens interceptent des cibles au-dessus de la mer Rouge entre l'Afrique et le Moyen-Orient. L'un de ces engins s'écrase par erreur sur la ville égyptienne de Taba, faisant des blessés[251].

    Le 31 octobre, les rebelles houthis lancent une nouvelle attaque vers le sud d'Israël. Le système de défense anti-missile israélien Arrow-3 intercepte et détruit dans la haute atmosphère, soit à plus de 100 km au-dessus du sol, un missile balistique à longue portée Qadr H[Notes 3] (version améliorée du Shahab-3 iranien), se dirigeant vers Eilat[Notes 4]. Réussir à détruire un missile balistique dans l'espace est une première mondiale dans l'histoire militaire[252],[251]. Israël intercepte également plusieurs missiles de croisière et drones yéménites, dont certains abattus par des pilotes de F35I[253],[254]. Les Houthis promettent de poursuivre leurs attaques contre Israël jusqu'à la fin de sa guerre contre le Hamas[253],[255].

    Début novembre, l'armée israélienne renforce la zone de la mer Rouge avec des corvettes Sa'ar VI armées du système naval « C-Dome » (système d'interception d'obus et de roquettes) qui est la version navale du système terrestre Dôme de fer[251].

    Le 15 novembre, un autre destroyer américain de la classe Arleigh Burke également, l'USS Thomas Hudner, croisant en mer Rouge abat un drone en provenance du Yémen[256].

    Dans la nuit du 9 au 10 décembre 2023, la frégate multi-missions française Languedoc patrouillant en mer Rouge à la hauteur d'Al-Hodeïda abat deux drones qui se dirigeaient sur elle et qui provenaient du nord du Yémen sous contrôle des rebelles houthis, qui ont menacé plus tôt d'attaquer tout navire dans la mer Rouge se dirigeant vers Israël si la population de la bande de Gaza ne recevait pas une aide d'urgence[257]. Le 11 décembre vers 22h (heure de Paris), le pétrolier Strinda (sous pavillon norvégien) subissait une attaque de missile antinavire tiré depuis le territoire yéménite contrôlé par les rebelles houthis. Le missile, en explosant, déclenche un incendie à bord sans faire de victime. L'appel de détresse du pétrolier est intercepté par la frégate Languedoc présente dans les environs. En s'approchant du pétrolier en détresse, les radars du bâtiment français détecte un drone menaçant directement le pétrolier en feu. Le drone est abattu par la frégate. L'incendie à bord est maîtrisé. L'État-Major des armées françaises précise : « La [frégate] s'est ensuite placée en protection du bâtiment touché, empêchant la tentative de détournement du navire. ». Un navire américain a ensuite escorté le pétrolier norvégien hors de la zone de menaces[258].

    Soutien des États-Unis à Israël[modifier | modifier le code]

    Dès le , les États-Unis affichent leur soutien à Israël en dépêchant leur plus gros porte-avions, le USS Gerald R. Ford en Méditerranée orientale[259]. Un second porte-avion est envoyé le 16 octobre[260], l'USS Dwight D. Eisenhower[261].

    Le , le président Joe Biden demande au Congrès américain des aides de 14,3 milliards pour Israël (et de 61,4 milliards pour l'Ukraine)[262].

    Le 8 décembre 2023, Robert A. Wood oppose le veto des États-Unis à une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU en faveur d'un cessez-le-feu permanent[263].

    Livraisons d'armes américaines à Israël[modifier | modifier le code]

    Le président des États-Unis autorise le 9 décembre 2023 la vente à Israël de 14 000 obus pour les chars en contournant un vote au Congrès. Selon le Washington Post, cette livraison d'armes « pourrait enfreindre les propres règles de l'administration Biden sur la fourniture d'armements à des États étrangers qui stipulent que de tels transferts ne doivent pas avoir lieu si le gouvernement des États-Unis estime qu'il existe un risque ‘probable' de violations du droit international »[264]. Fin décembre 2023, les autorités des États-Unis décident la vente à Israël de munitions d'artillerie (obus de 155 mm et autres matériels) pour la somme de 147,5 millions de dollars[265], toujours sans passer par le Congrès[266].

    Bilan humain[modifier | modifier le code]

    Côté israélien[modifier | modifier le code]

    Victimes[modifier | modifier le code]

    Le , un premier bilan côté israélien monte à 700 morts[267]. Sur le site du festival de musique Nova de Réïm attaqué par le Hamas, au moins 260 corps sont découverts[268]. Beaucoup de festivaliers y ont été brûlés ; plusieurs femmes ont été violées d'après des témoignages concordants[269], ont subi des tortures, ont été mutilées et certaines exécutées tandis que d'autres ont été emmenées de force dans la bande de Gaza[270],[269]. Sur la plupart des sites israéliens de massacre, « tous les crimes possibles ont été commis » rapporte Nicolas Delesalle, grand reporter à Paris Match, et l'état de nombreux corps de civils suppliciés rend très difficile leur identification[269]. En décembre, le bilan passe à 1 140 morts[96]. « Jamais autant de Juifs n'ont été tués en une seule journée depuis la Shoah », déclare le président d'Israël, Isaac Herzog[271],[272].

    Le 8 octobre, l'autorité sanitaire dénombre 2 156 blessés admis dans les hôpitaux israéliens[273] ; le 11 octobre, ce nombre monte à 2 700[77], le lendemain à près de 3 400[274] et le 20 octobre à 4 834 blessés[275]. Les citoyens appelés à donner leur sang constituent de longues files devant les hôpitaux[276].

    Avec 1 140 morts[96], en majorité des civils – l'armée israélienne déclarant la perte d'au moins 169 soldats israéliens dans les premiers combats contre le Hamas[77] –, c'est l'attaque la plus meurtrière sur Israël en 75 ans : le nombre de morts en trois jours dépasse celui des vingt dernières années pour l'État hébreu[277],[278].

    Outre les victimes des localités détruites, les Israéliens estiment le 23 octobre que 200 000 personnes ont dû se déplacer du sud ou du nord d'Israël vers le centre du pays, spontanément ou à la demande des autorités, de façon à éviter que des civils israéliens se trouvent dans de potentielles zones d'affrontement.

    Un des stands de restauration destinés aux soldats de Tsahal à l'initiative de particuliers (17 octobre 2023).

    Un mois après les massacres sanglants du Hamas, le ministère des affaires étrangères israélien revoit à la baisse le nombre de 1 400 morts israéliens et étrangers initialement déclaré où figuraient en fait quelque 200 agresseurs palestiniens parmi les corps trouvés sur son sol après le 7 octobre et il indique qu'il est parvenu à identifier précisément 843 victimes civiles parmi ces 1 140 victimes israéliennes et étrangères[165],[96].

    Le 12 décembre, le nombre de soldats tués lors des opérations à Gaza dépasse le seuil symbolique des 100 morts[279]. Le , l'armée israélienne annonce que 17 % de ses pertes liées à la guerre sont de son fait[280],[281].

    Attaques et massacres de différentes localités[modifier | modifier le code]

    Otages[modifier | modifier le code]

    Selon Abou Obaïda des brigades Izz al-Din al-Qassam, il y aurait 200 otages détenus par son organisation dans la bande de Gaza et une cinquante d'autres entre les mains d'autres factions palestiniennes, détenus dans d'autres endroits. Les familles de 199 personnes sont informées le 16 octobre par Tsahal que leurs proches font partie des captifs retenus dans la bande de Gaza à la suite de leur enlèvement au cours des attaques terroristes du Hamas du 7 octobre. Le 31 octobre, 242 personnes s'avèrent otages des membres du mouvement islamiste palestinien[117],[282], hommes, femmes, enfants, nourrissons comme vieillards, de diverses nationalités, et pour certains transportés en motos, voitures ou camionnettes à Gaza[283],[267]. Environ 70 % d'entre eux sont aux mains du Hamas, les autres sont détenus par le Jihad islamique et des factions de Daech et Al-Qaïda.

    Détenus à la suite de leur enlèvement lors des attaques terroristes du Hamas sur territoire israélien du 7 octobre, 242 otages dont 32 sont des enfants âgés de neuf mois à 18 ans[282].

    Dans un premier temps, le Hamas et le Jihad islamique palestinien annoncent avoir pris respectivement 100 et 30 otages pour les échanger ultérieurement contre des prisonniers palestiniens d'Israël (environ 6 000)[233],[284].

    Le 9 octobre, la première annonce du Hamas et du Jihad islamique palestinien indique que ces otages pris en Israël serviront de monnaie échange ultérieure contre des prisonniers palestiniens d'Israël[233],[284] Le 9 octobre, le Hamas menace d'exécuter des otages israéliens en cas de bombardements sans préavis sur Gaza[285],[286] : « Chaque fois que notre peuple sera pris pour cible sans avertissement, cela entraînera l'exécution d'un des otages civils. ». Deux jours plus tard, le Hamas menace de les exécuter[285],[286]. Ensuite, le codirigeant du Hamas Moussa Abou Marzouk indique au magazine français Complément d'enquête que « les civils seront relâchés sans aucun doute » mais que « ces gens-là nous combattaient en tant qu'Israéliens… (devenus après leur capture) Français, Américains, Anglais, ou Allemands… et nous avons besoin de temps avant de vérifier tout cela »[287].

    Affiches et posters en plusieurs langues affichés à Kirya (Israël).

    Parmi ces 240 otages prisonniers du Hamas, figurent des dizaines d'étrangers ou de bi-nationaux, devant plutôt servir de boucliers humains[288].

    Libérations[modifier | modifier le code]
    Durant le conflit[modifier | modifier le code]
    • Le , deux otages américaines sont libérées : une mère et sa fille de 17 ans« pour des raisons humanitaires »[289].
    • Le , les deux premières otages israéliennes sont relâchées ; il s'agit de deux octogénaires[290]
    • Le 28 octobre, la caporale Ori Megidish, est libérée après trois semaines de captivité par Tsahal, guidé par le Mossad, au cours de son intervention terrestre dans l'enclave palestinienne[291]. Cependant, le porte-parole du Hamas laisse entendre qu'elle aurait été détenue par un autre mouvement palestinien que le sien[292].
    Durant la trêve[modifier | modifier le code]
    Chronologie de l'échange 80 contre 240
    Date Israéliens Palestiniens
    Enfants Femmes Hommes Enfants Femmes
    24 novembre[293] 4 9 17 22
    25 novembre[293],[294],[295] 7 6[Notes 5] + 2[Notes 6] 33 4
    26 novembre[293] 9[Notes 7] 4 39
    27 novembre[293],[295] 8[Notes 8] 3[Notes 9] + 3[Notes 6] 30
    28 novembre[293],[295] 1[Notes 10] 9[Notes 11] + 15[Notes 6] 15
    29 novembre[293],[296],[297] 2 7[Notes 12] + 7[Notes 6] 3[Notes 13] 16[Notes 14] 7[Notes 15]
    30 novembre[293],[296], 1[Notes 16] 6[Notes 17] + 8[Notes 6] 1[Notes 18] 22
    Sous-total 32 44 + 35[Notes 6] 4 172 33
    Total 80[Notes 19] + 35[Notes 6] 205[Notes 20]
    • Le , treize otages israéliens sont libérés, en échange de la libération de 39 prisonniers palestiniens, ayant lieu lors d'une trêve négociée de plusieurs jours[298]. Dix otages thaïlandais et un Philippin sont également libérés sans contrepartie ce même jour[299],[197].
    • Le , dix-sept otages, dont treize Israéliens[199]) figurant dans les accords du jour, en échange de 39 prisonniers palestiniens, sont libérés, ainsi que quatre Thaïlandais sans contrepartie. Pour le journal israélien Haaretz, le Hamas a provoqué un retard de dernière minute dans le but de recourir à la guerre psychologique contre Israël[300].
    • Le , quatorze Israéliens, sont libérés en échange de trente neuf prisonniers palestiniens. De plus, un otage israélo-russe est libéré par le Hamas à la demande du président russe Vladimir Poutine ainsi que trois ressortissants thaïs, sans contrepartie.
    • Au dernier jour de la trêve, onze otages israéliens dont trois jeunes franco-israéliens et six Thaïlandais sont libérés par le Hamas[200].

    La trêve est prolongée jusqu'au 30 novembre 7 h (heure locale), le temps d'établir de nouvelles listes de personnes à libérer[201].

    • Le 29 novembre, un nouveau groupe d'otages israéliens et étrangers est libéré ; la moitié d'entre eux ont la double nationalité : un Néerlandais, trois Allemands et un Américain[301]. En contre-partie, un groupe de trente prisonniers palestiniens. En dehors du cadre des négociations entre le Hamas et Israël et de ces échanges, quatre otages thaïlandais et deux Russes sont libérés[302] sont aussi libérés[301].
    • Le 30 novembre deux nouvelles otages sont libérées à Gaza, après 55 jours de captivité[303].

    Côté palestinien[modifier | modifier le code]

    Bande de Gaza[modifier | modifier le code]

    Nombre de victimes[modifier | modifier le code]
    Un enfant et un homme blessés reçoivent des soins sur le sol de l'Hôpital Al-Shifa à Gaza City, le 11 octobre 2023.

    Au 23 janvier 2024, 25 490 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza[13], 62 108 Palestiniens ont été blessés depuis le 7 octobre, selon le ministère palestinien de la Santé du Hamas. Cela signifie, explique CNN, que 1% de la population de Gaza d'avant-guerre a été anéantie en trois mois[304]. 300 personnes sont tuées chaque jour depuis le 7 octobre selon un bilan établi le 20 décembre 2023 par la BBC qui, comparant avec d'autres conflits récents dans le monde (en Syrie, en Irak, en Ukraine), juge ce chiffre extrêmement élevé[305].

    Ces chiffres sont considérés comme probablement sous-évalués, étant donné que le ministère du Hamas comptabilise uniquement les personnes décédées dans les hôpitaux ; or des milliers de personnes voire des dizaines de milliers se trouvent sous les décombres, selon Libération (18 janvier 2024)[306].

    La cause du nombre de morts exceptionnellement élevé est l'intensité inédite des bombardements israéliens, avec un nombre de bombes larguées par jour plus élevé qu'en Irak, en Syrie, en Ukraine ou pendant la Seconde Guerre mondiale[307]. Les experts affirment n'avoir jamais observé une si forte intensité dans les bombardements[307]. Ainsi, l'armée israélienne a largué 1 000 bombes par jour en moyenne pendant la première semaine d'opérations militaires, 90% de ces bombes pesant entre 450 et 900 kg (entre 1000 et 2000 livres)[308]. A titre de comparaison, Londres pendant la Seconde Guerre mondiale, lors du Blitz, a été frappée de 19 000 tonnes de bombes au total sur une durée de 8 mois[307]. Les fragments de bombes identifiés à Gaza sont ceux de bombes de fabrication américaine Joint Direct Attack Munitions (JDAM) qui pèsent 450 et 900 kilogrammes et « transforment la terre en liquide » selon Marc Garlasco, enquêteur sur les crimes de guerre à l'ONU ; ainsi que d'autres bombes de plus petit diamètre, selon Amnesty International[309]. Ont été également trouvées à Gaza des fragments de bombes SPICE (Smart, Precise Impact, Cost-Effective) de 900 kg (2 000 livres)[309]. Aux bombes larguées sur Gaza se sont ajoutés les obus d'artillerie[307].

    Une proportion importante des victimes sont des enfants : près de la moitié de la population du territoire a moins de 18 ans en 2022, selon le ministère de la Santé de Gaza[305]. Selon CNN, 41 % des personnes tuées sont des enfants[310]. Le nombre d'enfants tués entre le 7 octobre et novembre 2023 (4 100 enfants tués selon le ministre de Santé du Hamas) dépasse déjà, en un mois, le nombre d'enfants tués chaque année dans des guerres depuis 2019[310]. À titre de comparaison, durant la guerre en Ukraine, 477 enfants ont été tués en 2022 ; 83 enfants ont été tués en 2023 dans un décompte arrêté au 8 octobre[310].

    Le bilan humain est le plus meurtrier depuis des décennies au cours du conflit israélo-palestinien ; il s'établit fin janvier 2024 «alors qu’Israël continue de faire pression pour la destruction totale du Hamas», que les combats ne semblent pas devoir s'achever prochainement, le Hamas retenant toujours des otages et le Premier ministre israélien rejetat la solution de deux Etats, selon The Week[311].

    Des familles entières ayant été tuées à Gaza. Le Financial Times rapporte que la perte de grands groupes familiaux « détruit le tissu social de Gaza »[312]. The New York Times a déclaré : « Des arbres généalogiques ont été démembrés et des branches entières effacées. »[313]. Le 28 octobre, le nombre de familles entièrement tuées s'élevait à 825[314].

    79 journalistes palestiniens ont tués à Gaza entre le 7 octobre 2023 et début janvier 2024[315]. La chronologie du nombre de journalistes tués s'établit de la manière suivante : courant octobre, Reporters sans frontières dénonce un black-out médiatique imposé par Israël sur la bande de Gaza, avec le blocus déjà présent, la destruction des médias à Gaza et la mort d'au moins 19 journalistes tués lors des bombardements israéliens, dont 9 à leur domicile[316]. Le 22 novembre, 46 journalistes palestiniens ont été tués dans des frappels israéliennes[317].

    Le Comité international de la Croix-Rouge annonce le 11 octobre que cinq membres du réseau de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC) ont été tués au cours du conflit entre le Hamas et Israël lorsque des ambulances ont été touchées par des raids israéliens[318].

    Le 11 octobre, l'armée israélienne affirme avoir dénombré « environ 1 500 corps » de combattants du Hamas sur le territoire d'Israël[319].

    Nombre de déplacés[modifier | modifier le code]

    1,9 million de personnes sont déplacées, contraintes de quitter le nord de la bande de Gaza, et acculées dans le sud à Rafah, depuis décembre 2023[320]. Cette situation perdure en janvier 2024. La chronologie s'établit de la manière suivante : selon l'Organisation des Nations unies, au 9 octobre, plus de 123 538 Palestiniens ont été déplacés dans la bande de Gaza pour s'éloigner des zones bombardées par Israël[222]. Ce nombre monte à 423 378 au 12 octobre, veille de l'ordre d'évacuation donné par l'armée israélienne[222]. Au 20 octobre et malgré le rejet par le Hamas de l'évacuation du nord de Gaza[321], l'OMS estime que le nombre de personnes déplacées à Gaza pourrait atteindre le million[322]. Le 13 novembre, le bilan se monte à 1 500 000 personnes déplacées[153]. Le 8 décembre, l'ONU estime à 1,9 million de personnes déplacées dans la bande de Gaza, soit 85 % de la population[323].

    Fiabilité du nombre de morts à Gaza[modifier | modifier le code]

    Pour The New York Times fin novembre 2023, « même une évaluation prudente du nombre de morts déclaré à Gaza montrent que le taux de mortalité pendant l'attaque d'Israël a peu de précédents dans ce siècle selon les experts », même au plus fort de la Guerre d'Afghanistan (2001-2021), de la Guerre d'Irak ou de la Guerre civile syrienne. L'intensité des frappes sur un si petit territoire (15 000 cibles jusqu'au cessez le feu du 24 novembre) et l'emploi de bombes de 2 000 pounds (907 kg) dans des zones urbaines densément peuplée qui peuvent détruire une tour résidentielle est du jamais vu depuis la guerre du Viêt Nam voire la Seconde Guerre mondiale. En comparaison, les militaires américains estimaient leurs bombes les plus communes de 500 pounds (226 kg) étaient surdimensionnées pour des cibles en milieu urbain dans les guerres précédemment mentionnées. Même si le chiffre de morts civils est difficile à calculer et que les agences contrôlées par le Hamas ne séparent pas les morts civils et militaires, les chercheurs estiment que le nombre de 10 000 femmes et enfants morts (en novembre 2023) est un chiffre approximatif bien que conservateur. Les responsables et experts internationaux familiers avec les méthodes de comptage des agences de Gaza estiment que le chiffre global est fiable. L'armée israélienne déclare qu'elle ne cible pas les civils, qu'elle utilise les munitions les plus petites disponibles pour accomplir ses objectifs tout en minimisant les pertes civiles, et que la nature du conflit avec des tunnels du Hamas à côté, voire en dessous de résidences met les civils directement dans la ligne de feu[324].

    Libération note que la « presse israélienne, de même que l’ONU, a longtemps jugé plutôt fiables les bilans établis » par le ministère palestinien de la Santé parce que lors des conflits précédents « des vérifications indépendantes (par l'ONU ou par d'autres ONG) continuaient de corroborer peu ou prou les chiffres du ministère palestinien », mais que « la polémique sur l’explosion à l'hôpital Al-Ahli Arabi atténue leur crédit » et que l'antenne gazaouie du ministère palestinien de la Santé — de facto sous la coupe du Hamas — ne fait dans ses bilans aucune distinction entre les combattants du Hamas et les civils ; elle comptabilise également comme victimes des frappes israéliennes celles des tirs défaillants de roquette venant du Hamas[325]. Au sujet du nombre d'enfants morts qui serait 100 fois plus élevé coté palestinien qu'israélien (3400 contre 30 au 31 octobre), même en prenant les réserves précédentes, pour les jeunes enfants, cela « ne fait aucune différence »[326].

    Pour France Inter, le brouillard de guerre, les communications avec Gaza souvent coupées, l'absence de journalistes étrangers et la difficulté pour les journalistes locaux d'accomplir leur travail et parfois tués, la guerre de l'information que se livrent Israël et le Hamas doit inciter à la prudence[327].

    La Maison-Blanche et Israël remettent en question les statistiques selon eux invérifiables[328] car publiées par les autorités sanitaires de Gaza, contrôlées par le Hamas alors qu'elles sont jugées fiables voire sous estimées par l'ONU[329],[330].

    Pour Le Monde, cette controverse est « très politique ». Suite « aux accusations de manipulation lancées par la Maison Blanche », le ministère de la santé de Gaza a publié le 28 octobre une liste nominative de près de 7 000 morts depuis le 7 octobre. Le quotidien note que « le contraste est saisissant entre la mise à distance de ces morts civiles et l'empathie sincère des responsables américains pour les victimes israéliennes de l'attaque du Hamas »[330].

    Comparaison avec le nombre de morts dans d'autres conflits récents[modifier | modifier le code]

    La moyenne de 300 personnes tuées par jour à Gaza entre le 7 octobre et fin décembre 2023 est extrêmement élevée par rapport à d'autres conflits récents selon Emily Tripp, directrice d'Airwars, ONG qui comptabilise les morts civiles dans les guerres depuis 2014[305]. Il s'agit même du taux de morts quotidien le plus élevé de tous les conflits majeurs du XXIe siècle d'après Oxfam[331],[332].

    Lors des opérations aériennes de la coalition internationale en Syrie, en 2017 à Raqqa, 20 civils par jour ont été tués en moyenne par les frappes aériennes et les tirs d'artillerie sur une période de quatre mois selon Amnesty International[305]. L'offensive de la coalition menée par les États-Unis avait pour objectif de faire sortir l'État islamique de la ville syrienne de Raqqa[305]. 160 000 civils auraient été déplacés à ce moment-là, ayant été contraints de fuir les bombardements[305].

    Lors de la bataille de Mossoul (2016-2017) en Irak, 40 civils par jour ont été tués, soit au total entre 9 000 et 11 000 civils morts au cours des combats qui ont duré 9 mois selon des chiffres fournis par Associated Press[305]. La population de Mossoul était de près de 2 millions d'habitants en 2014[305]. Cette bataille a opposé les forces irakiennes alliées des États-Unis d'une part, l'État islamique d'autre part, pour la ville irakienne de Mossoul[305].

    Lors de la guerre en Ukraine, 10 000 civils auraient été tués en 2 ans, selon l'ONU ; toutefois le nombre de morts pourrait être largement sous-évalué compte tenu des problèmes que pose le décompte des morts[305]. Par ailleurs, les comparaisons entre les guerres sont jugées complexes parce que les méthodes utilisées pour le décompte peuvent être différentes[305].

    Proportion de civils et de combattants[modifier | modifier le code]

    Il n'existe « aucun chiffre fiable » sur la proportion de civils et de combattants tués à Gaza, selon des responsables du projet Iraq Body Count, qui recense le nombre de morts dans la guerre d'Irak[305]. Les autorités israéliennes ont affirmé avoir tué des « milliers » de combattants du Hamas, mais l'armée israélienne interrogée par la BBC a répondu « ne pas disposer de chiffre exact sur le nombre de terroristes du Hamas tués »[305].

    Selon des dirigeants israéliens, deux civils palestiniens avaient été tués pour un combattant du Hamas[305] - soit une proportion de 66,6% de civils tués.

    L'universitaire Michael Spagat auteur de plusieurs études sur les problèmes liés au décompte des morts dans les guerres déclare fin décembre 2023 qu'il « ne serait pas du tout surpris si environ 80 % des personnes tuées étaient des civils »[305]. Il souligne le fait que la proportion publiée par des dirigeants israéliens est invérifiable, et communiquée sans indication sur les moyens de mesurer un tel ratio[305].

    Lorsque des armes explosives sont utilisées dans des zones densément peuplées, en moyenne 90 % des victimes sont des civils, selon le groupe de recherche et de défense Action on Armed Violence (en) qui a étudié les conflits récents entre 2011 et 2021[305]. 29 000 bombes israéliennes sont tombées sur Gaza entre le 7 octobre et la mi-décembre, dont 40 à 45 % de bombes non guidées[305]. Or ce type de bombes peut manquer l'objectif jusqu'à 30 mètres[305].

    Selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas, 70 % des personnes tuées à Gaza sont des femmes et des enfants ; pour les 30% d'hommes tués, le ministère de la Santé ne distingue pas les civils et les combattants[305].

    En Cisjordanie[modifier | modifier le code]

    Selon le ministère de la Santé de l'Autorité palestinienne, le 3 janvier 2024, 300 Palestiniens sont morts depuis le 7 octobre lors d'affrontements avec les soldats israéliens et dans certains cas avec des colons en Cisjordanie[22].

    Victimes étrangères[modifier | modifier le code]

    Victimes étrangères[333]
    Pays Morts Disparus Otages
    Libérés
    Drapeau d'Afrique du Sud Afrique du Sud 2 1
    Drapeau de l'Allemagne Allemagne[334] 1 5
    Drapeau de l'Argentine Argentine 9 20
    Drapeau de l'Australie Australie[335] 1
    Drapeau de l'Autriche Autriche[336] 4 1
    Drapeau de l'Azerbaïdjan Azerbaïdjan[337] 1
    Drapeau de la Biélorussie Biélorussie 3 1
    Drapeau du Brésil Brésil[338] 3
    Drapeau du Cambodge Cambodge[335] 1
    Drapeau du Canada Canada[339],[337] 6 3
    Drapeau du Chili Chili[335] 4 1
    Drapeau de la République populaire de Chine Chine[340] 4 2
    Drapeau de la Colombie Colombie[335] 2
    Drapeau du Danemark Danemark[341] 1
    Drapeau des États-Unis États-Unis[342],[337],[343] 32 13 2 2 ̟ 1
    Drapeau de l'Estonie Estonie 1
    Drapeau de l'Espagne Espagne[344] 1 1
    Drapeau de l'Éthiopie Éthiopie[345] 7
    Drapeau de la France France[337],[346],[347] 41 3 3 ̟ 1
    Drapeau du Honduras Honduras[348] 2
    Drapeau de l'Irlande Irlande[335] 1 1
    Drapeau de l'Italie Italie[349] 3
    Drapeau du Kazakhstan Kazakhstan[350] 1
    Drapeau de la Lettonie Lettonie[351] 1
    Drapeau du Liban Liban[352] 8
    Drapeau de la Lituanie Lituanie 1
    Drapeau du Mexique Mexique[335] 2
    Drapeau du Népal Népal[353],[354] 10 1 17
    Drapeau du Paraguay Paraguay[355] 2 2
    Drapeau du Pérou Pérou[335],[356] 2 5
    Drapeau des Philippines Philippines[357],[358] 4 2 7 1
    Drapeau du Portugal Portugal[359],[360] 9 5
    Drapeau de la Roumanie Roumanie[361],[362] 5 2 1
    Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni[335] 6 10
    Drapeau de la Russie Russie[335],[363] 19 9 2 1
    Drapeau de la Serbie Serbie[364] 1
    Drapeau de la Syrie Syrie[365] 2
    Drapeau du Sri Lanka Sri Lanka[366],[367] 2 1 2
    Drapeau de la Suisse Suisse 1
    Drapeau de la Tanzanie Tanzanie[335],[368] 1 1
    Drapeau de la Thaïlande Thaïlande[253],[221],[299],[198],[347] 32 14 22 10 ̟ 4 ̟ 3 ̟ 6
    Drapeau de la Turquie Turquie[369] 3
    Drapeau de l'Ukraine Ukraine[370],[371] 23 8 1

    Selon un bilan du , une quarantaine d'étrangers sont morts dans les opérations menées par les combattants du Hamas contre Israël[372]. Les jours passant, le nombre de morts dépasse la centaine, puis double et s'approche des 370.

    Le 11 octobre, le Washington Post rapporte que des personnes originaires de 24 pays ont été tuées ou portées disparues pendant le conflit mais au fur et à mesure des enquêtes et identifications, une quarantaine de pays dont des ressortissants en séjour ou vivant en Israël comptent leurs victimes.

    Les États-Unis, la France et la Thaïlande déplorent le plus de victimes du 7 octobre.

    En Israël, se trouvent environ 30 000 Thaïlandais originaires de régions pauvres, travaillant pour la plupart en tant qu'ouvriers agricoles en pays hébreu, appelés à l'origine pour remplacer une grande partie de la main-d'œuvre palestinienne à la suite de la première Intifada (années 1980 et 1990)[197] ; la Thaïlande paie ainsi un « lourd tribut » dans la liste des victimes des attaques terroristes sur le sol israélien[373].

    Parmi environ 4 500 Népalais travaillant en Israël, souvent aides-soignants, et dont les transferts de fonds représentent près d'un quart du PIB du Népal, 100 étudiants en agriculture participant au programme « Earn and Learn », leur permettant de transformer la vie de leurs familles et la leur, sont morts ce 7 octobre[354].

    De nombreux voyageurs français présents en Israël au moment des attentats pour les fêtes juives, 62 000 français sont enregistrés auprès du consulat général de Tel Aviv et 25 000 autres à Jérusalem, déplorant plusieurs dizaines de victimes[374]. Le , le ministère des Affaires étrangères français confirme la mort de plusieurs ressortissants français[375]. Pour le peuple français, l'attaque du Hamas du 7 octobre en Israël est la plus meurtrière depuis l'attentat de Nice en juillet 2016[376]. Le 7 février 2024, une cérémonie d'hommage national est organisée à Paris par le Président Emmanuel Macron, dans la Cour des Invalides, en présence des familles des victimes[377].

    Peu après les attentats du 7 octobre, plusieurs États organisent le rapatriement de leurs ressortissants.

    Selon Abou Obaïda des brigades Ezzedine al-Qassam du Hamas, sept otages dont trois étrangers sont morts dans le bombardement du camp de Jabaliya, qui a permis l'élimination d'un haut responsable de l'attaque du 7 octobre[169].

    Autres situations[modifier | modifier le code]

    Le 31 octobre, le Quai d'Orsay annonce la mort de deux enfants français dans le nord de la bande de Gaza ; leur mère Yasmine Znaïdi, âgée de 43 ans, et son troisième enfant seraient blessés[378],[379],[380]. Cette Française est « visée par un mandat d'arrêt international depuis 2016 pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme et financement d'une entreprise terroriste »[381],[380].

    Otages étrangers libérés[modifier | modifier le code]

    À la faveur d'une trêve de quatre jours entre Israël et le Hamas, négociée par le Qatar, l'Égypte et d'autres puissances internationales, il est entendu d'échanger un otage civil (israélien, bi-national ou étranger) du 7 octobre contre trois prisonniers palestiniens détenus en Israël, soit environ 50 otages contre 150 prisonniers, entre le 24 et le 27 novembre[298],[299].

    • Le 24 novembre[298], 10 premiers otages thaïlandais et un philippin sont libérés après sept semaines de captivité, sans contrepartie, qui n'étaient initialement pas prévus dans l'accord conclu entre Israël et le Hamas[299],[196]. Un mois auparavant et sous l'égide de l'Iran, la Thaïlande avait envoyé une délégation composée exclusivement de musulmans thaïlandais pour rencontrer des représentants palestiniens du Hamas, à Téhéran, et leur rappeler que leur pays « traite bien les communautés musulmanes et leur offre de bonnes conditions de vie »[382] (voir Islam en Thaïlande).
    • Le lendemain, 4 autres Thaïlandais sont libérés indépendamment des accords internationaux et sans contrepartie. Quatre otages (femmes et enfants dont une Israélo-irlandaise âgée de 9 ans) sont libérés tardivement dans la soirée[198].
    • Le 26 novembre, sont libérés un homme israélo-russe de 25 ans[Notes 21] (à la demande du président russe Vladimir Poutine[383] et grâce à son « soutien à la cause palestinienne »[384]), une Israélo-sud-africaine de 62 ans et une fillette israélo-américaine devenue orpheline le 7 octobre[385]. De plus, trois travailleurs thaïlandais sont libérés sans contrepartie, ce même jour.
    • Le 27 novembre (dernier jour de la trêve), 3 Franco-israéliens et 6 Thaïlandais sont libérés par le Hamas[347]. La trêve est prolongée de deux jours, jusqu'au 30 novembre[201].
    • Le 29 novembre, un nouveau groupe d'otages israéliens et étrangers est libéré composé de cinq mineurs et cinq femmes ; la moitié d'entre eux ont la double nationalité : un Néerlandais, trois Allemands et un Américain[301]. En dehors du cadre des négociations entre le Hamas et Israël et de ces échanges, quatre otages thaïlandais et deux otages russes[302] sont aussi remis en liberté[301].

    Le dernier jour de la trêve prolongée, après 55 jours de captivité, deux nouvelles otages sont libérées à Gaza le 30 novembre[303].

    À cette date, la trêve a permis la libération de 105 personnes enlevées le 7 octobre dont 80 Israéliens, en échange de 240 prisonniers palestiniens[386].

    Résolutions de l'assemblée générale des Nations unies et du conseil de sécurité[modifier | modifier le code]

    Résultats du vote de l'Assemblée générale des Nations unies le 27 octobre 2023 concernant la résolution ES-10/21, qui appelle à un cessez-le-feu humanitaire immédiat à Gaza et exige l'accès à l'aide :
    • Pour (121)
    • Contre (14)
    • Abstention (44)
    • Absent (14)
    • Pas membres

    Après que le Conseil de sécurité des Nations unies a échoué à adopter une résolution à quatre reprises en l'espace de dix jours, l'Assemblée générale des Nations unies vote le en faveur d'une « trêve humanitaire immédiate ». Cette résolution ES-10/21 non contraignante est approuvée par 120 pays, avec 14 votes contre et 45 abstentions. Israël a critiqué cette résolution en la qualifiant d'« infamie », tandis que le Hamas l'a saluée[387].

    Le 15 novembre, le Conseil de sécurité des Nations Unies adopte une résolution appelant à des pauses humanitaires à Gaza, à une augmentation de l'aide humanitaire et à la libération immédiate et inconditionnelle des otages emmenés à Gaza, alors que jusque-là, les résolutions étaient bloquées par le veto de la Russie ou des États-Unis[388]. Le 8 décembre, après l'utilisation par António Guterres de l'article 99 de la charte des Nations unies permettant au secrétaire général des Nations unies d'interpeler le Conseil de sécurité sur un sujet qui "pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales", une nouvelle résolution du Conseil de sécurité propose un cessez-le-feu[323]. Les États-Unis mettent leur veto à cette proposition et le Royaume-Uni s'abstient[323]. Le 12 décembre, l'Assemblée générale des Nations unies, appelé par l'Égypte et la Mauritanie, vote à nouveau pour demander un cessez-le-feu humanitaire, avec une résolution non contraignante approuvée par 153 voix pour, 10 voix contre et 23 abstentions[389],[390].

    Le 22 décembre, le Conseil de sécurité adopte une résolution par laquelle il exige de toutes les parties qu'elles « autorisent et facilitent l'acheminement immédiat, sûr et sans entrave d'une aide humanitaire à grande échelle » pour les civils palestiniens, et qu'elles « facilitent l'utilisation de toutes les routes disponibles vers et dans toute la bande de Gaza » à cette fin. Les parties sont appelées à « créer les conditions d'une cessation durable des hostilités ». Cette résolution, votée par 13 pays, deux s'abstenant la Russie et les États-Unis, exige aussi la libération des otages. Cette résolution qui n'appelle pas à un cessez-le-feu immédiat est le fruit d'un compromis pour que les États-Unis ne fassent pas usage de leur droit de veto[391].

    Saisine des juridictions internationales[modifier | modifier le code]

    Plainte de l'Afrique du Sud contre Israël pour « génocide »[modifier | modifier le code]

    L'Afrique du Sud saisit la Cour internationale de justice, la plus haute juridiction de l'ONU, le 29 décembre 2023, accusant Israël d'actes de génocide[392],[393] ; elle demande à la Cour de prendre des mesures conservatoires urgentes contraignant Israël à s'abstenir d'un certain type d'actes à Gaza ; ou à faciliter l'accès des Palestiniens à l'aide humanitaire, dans le but de prévenir un possible génocide[392]. Il faut quelques semaines à la Cour pour décider de mesures conservatoires, mais plusieurs années pour se prononcer sur la question d'un éventuel génocide[392].

    La requête déposée par l'Afrique du Sud invoque le nombre de 23 000 morts palestiniens, le déplacement forcé de la population, le manque de nourriture, la destruction d'hôpitaux, ce qui empêche les femmes enceintes de donner naissance à des enfants dans des conditions sûres, comme indices permettant de conclure de manière plausible à des intentions génocidaires[394]. L'Afrique du Sud ajoute le fait que le patrimoine culturel des Palestiniens est attaqué ; elle cite également des propos de personnalités politiques israéliennes qui ont appelé à la destruction non seulement du Hamas mais des Palestiniens[395]. Israël qui a comparé la plainte à une « diffamation sanglante » a annoncé qu'il défendrait sa position devant la Cour[396].

    Première décision de la Cour internationale de justice, janvier 2024[modifier | modifier le code]

    La Cour internationale de justice rend une première décision le 26 janvier 2024, par laquelle elle considère comme plausible l’accusation de « génocide » dirigée contre Israël[397], indique six mesures conservatoires, mais s'abstient d'évoquer un cessez-le-feu à Gaza[398]. La Cour ordonne notamment à Israël d'empêcher tout éventuel acte génocidaire dans la bande de Gaza, de prendre des mesures immédiates permettant de fournir aux Palestiniens « l’aide humanitaire dont ils ont un besoin urgent »[399]. Israël doit aussi « prévenir et punir » l’incitation au génocide[400]. Cette décision a « l'impact symbolique "énorme" de toute décision rendue contre l'Etat hébreu au titre de la Convention sur le génocide, compte tenu de son histoire » selon une analyse pour l'AFP de Juliette McIntyre, experte en droit international à l'Université d'Australie du Sud[401]. Les ventes d'armes à Israël deviennent plus problématiques du fait de la mention par la Cour d'un risque de génocide à Gaza[401]. De même, selon le site Mediapart, cette décision, qu'elle soit mise en oeuvre ou non par l'Etat hébreu, marque « un tournant dans la guerre »[402].

    Saisine de la Cour pénale internationale[modifier | modifier le code]

    Le 14 février 2024, les organisations Forum des familles des otages et centre Raoul Wallenberg ont remis au bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) à la Haye un document accusant le Hamas de « crimes contre l’humanité » commis le 7 octobre 2023. La CPI n'est pas reconnue par l'État d'Israël[403].

    Résolutions du Parlement européen[modifier | modifier le code]

    Le 18 janvier 2024, le Parlement européen appelle à un « cessez-le-feu permanent » à Gaza. Ce texte marque un changement significatif par rapport à la position précédente du Parlement, adoptée en octobre, qui appelait seulement à une « pause » humanitaire afin d'accélérer l'acheminement de l'aide aux civils de Gaza. La résolution précise qu'un cessez-le-feu devrait être subordonné à la libération de tous les otages détenus à Gaza et au "démantèlement" du Hamas, désigné comme une organisation terroriste par l'Union européenne[404].

    Médias[modifier | modifier le code]

    Analyses[modifier | modifier le code]

    Analyses sur l'attaque du Hamas du 7 octobre[modifier | modifier le code]

    Selon la première lecture, adoptée entre autres par le secrétaire général de l'ONU, l'attaque du Hamas « n'[est] pas arrivée dans le vide [car les Palestiniens ont subi cinquante-six ans] d’occupation suffocante[405] » qui n'aurait donc pas cessé avec le plan de désengagement de la bande de Gaza et à laquelle s'ajouterait « la colonisation, avec 700 000 Israéliens qui s'installent en Cisjordanie et à Jérusalem-Est[406], » accompagnée de nombreuses provocations avec la bénédiction de la coalition nationaliste que dirige Benyamin Netanyahou depuis janvier 2023[407],[408],[409],[410].

    Plusieurs agences de presse et observateurs décrivent le conflit en cours comme une « Troisième Intifada », faisant suite aux première (1987-1993) et deuxième intifadas (2000-2005)[411]. De nombreux analystes et responsables considèrent plutôt l'assaut initial sur Israël comme une guerre de Kippour II[272] et comme « un 11 septembre israélien »[412],[272]. RFI indique que « les observateurs parlent déjà de « tournant » historique »[413].

    Selon l'intellectuel Élie Barnavi, ancien ambassadeur d'Israël en France, l'attaque du Hamas est la combinaison d'une organisation islamiste fanatique et d'une politique israélienne imbécile[414]. Il souligne la responsabilité de Benyamin Netanyahu[414].

    Pour Charles Enderlin, journaliste expert du conflit israélo-palestinien, c'est « l'événement le plus traumatique de l'histoire d'Israël » et « le plus grand massacre de Juifs depuis la Shoah ». Il accuse les gouvernements israéliens d'avoir favorisé l'implantation du Hamas à Gaza en voulant éliminer la gauche palestinienne du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), responsable d'attentats, en soutenant pendant 20 ans l'islam radical du cheik Ahmed Yassine, « la branche la plus extrémiste des Frères musulmans », jusqu'en 1988 et la création du Hamas et sa charte qui préconise itérativement la destruction d'Israël[415]. En 2005 Ariel Sharon décide le retrait d'Israël de la bande de Gaza pour la laisser au Hamas qui élimine le Fatah et l'Autorité autonome palestinienne. Selon lui, cette stratégie, reprise par Benjamin Netanyahou, est faite pour d'affaiblir l'OLP et l'Autorité palestinienne afin il n'y ait jamais d'accord pour un État palestinien. « Netanyahou maintient le blocus de Gaza, mais en autorisant le financement du Hamas par le Qatar ». L'arrivée de l'extrême droite « religieuse, messianique, raciste et homophobe » en 2022 dans le dernier gouvernement Netanyahou a pour objectif « la totale conquête territoriale de la Cisjordanie » favorisant la montée des violences et les attaques de colons. Selon Enderlin, « l'armée a donc envoyé de nombreuses unités, dégarnissant les abords de Gaza ». Pour lui, la gauche israélienne doit lutter contre ce gouvernement car « toute personne qui a soutenu la politique de colonisation de Netanyahou soutenait de fait le renforcement du Hamas »[416].

    Rigoulet-Roze considère que la question des otages israéliens représente « un dilemme moral » pour Israël car, rappelle-t-il, dans la culture juive, « la vie humaine n'a pas de prix » et dans l'Histoire juive, « le rachat des captifs » tient une place centrale[272] ; ce sont des principes halakhiques du pikuah nefesh (en) - préservation de la vie.

    Une polémique autour de l'usage du mot « génocide » illustre aussi le rôle pris par la guerre des mots dans le conflit israélo palestinien[417],[418],[419], l'usage de ce terme étant politique[420],[421].

    De fait, la bande de Gaza est l'une des zones les plus densément peuplées du monde en 2023[422] et la plupart de la population vit dans une détresse humanitaire permanente[410] mais si le blocus israélo-égyptien limite fortement les ressources de l'enclave, cette précarité est aussi due aux pratiques du Hamas qui les répartit inéquitablement[408] et détournerait une importante partie des aides internationales pour financer ses attaques[423] car, ainsi que le déclare Khalil al-Hayya (en), un membre du conseil dirigeant du Hamas interrogé à Doha,

    « Le but du Hamas n'est pas de gérer Gaza et de lui fournir de l'eau, de l'électricité ou quoi que ce soit. […] Ce n'est pas parce que nous voulons du carburant et du travail que nous livrons bataille. Ce n'est pas pour améliorer la situation à Gaza, c'est pour bouleverser la situation [et remettre la question palestinienne au premier plan][424]. »

    Objectifs militaires et politiques d'Israël[modifier | modifier le code]

    L'objectif déclaré d'Israël est l'éradication du Hamas, responsable de l'attaque du 7 octobre[425]. La riposte militaire israélienne est jugée disproportionnée par Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme[426] et de nombreux analystes, qui avancent diverses explications. Dans un premier temps, plusieurs ont attribué à Israël l'objectif de dissuader les Palestiniens de procéder à de nouvelles attaques[427], conformément à « la doctrine Dahiya », qui théorise l'usage disproportionné de la force par l'armée israélienne[428]. Le nom « Dahiya » fait référence à la banlieue de Beyrouth (au Liban), où le Hezbollah, milice chiite, domine ; en 2006, l'armée israélienne bombarde de manière intensive la Dahiya à la suite du kidnapping de quelques soldats israéliens par le Hezbollah[429]. Selon Tewfik Hamel, spécialiste d'histoire militaire, cette doctrine « pose problème au regard du droit international, notamment la convention de Genève de 1949 » dans la mesure où elle traite de la même manière les civils et les cibles militaires[430]. Cette doctrine n'est pas reconnue officiellement par Israël[430].

    Toutefois dès la fin du mois d'octobre 2023 sont évoqués d'autres objectifs de cette « riposte disproportionnée » : l'expulsion des Palestiniens de Gaza, qui seraient « encouragés » à émigrer en masse[431], par exemple vers l'Arabie Saoudite[432]. Benyamin Netanyahou évoque un « plan de migration volontaire » ; des contacts auraient été pris avec des pays d'Amérique du Sud et d'Afrique où seraient adressés les Gazaouis (en décembre 2023)[433]. Un document du ministère israélien du Renseignement, dont l'existence avait été révélée dans la presse fin octobre 2023, « recommande le transfert forcé et permanent des 2,2 millions d'habitants palestiniens de la bande de Gaza vers la péninsule égyptienne du Sinaï »[434],[435],[436]. Avec 70 % des habitations détruites, les Gazaouis n'ont plus d'endroit où s'abriter, de sorte, selon Radio France, « le déplacement de la population de la Gaza devient de plus en plus clairement la stratégie d'Israël » en janvier 2024, malgré les démentis des autorités israéliennes[437].

    Le Haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk souligne le fait que « le droit international interdit le transfert forcé de personnes protégées à l'intérieur d'un territoire occupé ou leur expulsion de ce territoire » ; il rappelle aussi que la population gazaouie actuelle est déjà composée en majorité, à 85 %, de Palestiniens qui ne sont pas originaires de Gaza, mais de réfugiés[438]. Selon l'historien Thomas Vescovi, l'armée israélienne « fait en sorte que certaines zones de Gaza ne soient pas réinvesties par des habitants après la guerre, qu'elles deviennent des zones tampon ou qu'une colonisation se mette en place »[438].

    Des hommes politiques israéliens évoquent ouvertement un projet de recolonisation de Gaza ; non seulement à l'extrême droite[439], mais au sein du Likoud[432]. Des colonies israéliennes avaient été implantées à Gaza entre 1967 et 2005, date du désengagement israélien de la bande de Gaza[439].

    Quant à Benyamin Netanyahou, qui tiendrait compte pour sa part de l'opposition américaine à ce projet, il aurait l'intention d'établir dans Gaza une présence militaire permanente de l'armée israélienne[440], présence militaire qui diminuerait de 60 % la superficie des terres agricoles palestiniennes[432].

    L'historien Vincent Lemire, lors d'une conférence au mémorial de Caen le 21 décembre 2023 évoque une menace à moyen ou long terme pour l'État d'Israël qui pourrait expliquer le sentiment de mener une lutte existentielle, et une menace existentielle immédiate pour les Gazaouis[441].

    Crimes de guerre, crimes contre l'humanité, génocide[modifier | modifier le code]

    Les termes de crime de guerre et crime contre l'humanité, voire génocide, sont utilisés tour à tour pour décrire les actes meurtriers perpétrés par les deux camps, palestinien et israélien[442],[443],[444],[445].

    La Cour internationale de justice, la plus haute instance judiciaire de l'ONU, peut qualifier en droit ces types de crimes. Elle a une compétence universelle sur les différends entre États, mais n'est pas compétente pour juger des individus ayant commis des crimes de guerre, crimes contre l'humanité ou génocides.

    Des enquêtes sur les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité, les crimes de génocide peuvent être conduites par la Cour pénale internationale, juridiction internationale indépendante[446], qui juge des individus, non des États, à la différence de la Cour internationale de justice[447]. Israël ne reconnaît pas l'autorité de la Cour pénale internationale ; la Palestine, en revanche, est devenue membre de la Cour pénale internationale en 2015[447]. Ainsi la Cour pénale internationale ne peut pas juger une personnalité israélienne (mais seulement émettre un mandat d'arrêt contre elle), un procès dans le cadre de la CPI ne pouvant se tenir en l'absence de l'accusé[447].

    À la mi-novembre 2023, cinq États saisissent la Cour pénale internationale pour lui demander une enquête sur la « situation dans l'État de Palestine », les crimes présumés commis pendant la guerre de 2023 faisant partie du mandat du procureur de la Cour, Karim Khan, de même que la colonisation des territoires palestiniens[448]. Toutefois, Israël ne reconnaissant pas l'autorité de la Cour pénale internationale, à laquelle il n'a pas adhéré, la Cour ne peut mener d'investigation dans ce pays. Selon des experts juridiques, aussi bien le Hamas qu'Israël pourraient être accusés de crimes de guerre[449]. La saisine de la Cour est le fait de l'Afrique du Sud, de la Bolivie, du Bangladesh, des Comores et de Djibouti.

    Allégations contre le Hamas[modifier | modifier le code]

    Pour plusieurs spécialistes de droit international, comme Neve Gordon, ou Marco Sassoli, les diverses agressions subies par Israël le 7 octobre constituent un « crime de guerre »[444], du fait que des populations civiles ont été prises pour cibles[450]. Pour l'avocat Yaacov Garson, spécialisé en droit international, il s'agit de « crimes contre l'humanité et pas de crimes de guerre » car dans le droit international, le crime de guerre représente un "dérapage" lors d'une guerre entre deux armées régulières de deux États souverains[source insuffisante], alors que le crime contre l'humanité se caractérise par le fait que « les civils sont visés à dessein et en amont »[451]. Des familles de victimes franco-israéliennes ont ainsi déposé plainte auprès du parquet national antiterroriste pour crimes contre l'humanité contre le Hamas[451].

    Jean-Louis Margolin qualifie l'attaque du 7 octobre par le Hamas de crime de guerre, en raison de l'utilisation de civils, palestiniens ou étrangers, comme boucliers humains ; du détournement des structures médicales protégées au profit de son effort de guerre ; et de la prise d'otages[452]. Il juge aussi qu'il s'agit de crime contre l'humanité du fait de la préméditation, du ciblage et de l'étendue de l'attaque[452].

    Selon Jacques Semelin le Hamas « professe l'intention de détruire Israël » dans sa charte de 2017. L'objectif de l'action du 7 octobre « relève d'une intention génocidaire »[453]. Georges Bensoussan affirme aussi : « Il s'agit d'éradiquer toute présence juive de la mer au Jourdain, donc de détruire l'État d'Israël. C'est en ce sens que ce qu'il s'est passé le 7 octobre et le programme lui-même du Hamas est un programme de type génocidaire »[454].

    Pour Serge Sur, professeur de droit international public, l'attaque du 7 octobre est «une attaque terroriste au sens du droit international»[455]. La Cour pénale internationale n'est pas compétente pour juger des actes terroristes (elle l'est uniquement pour les crimes de guerre, crimes contre l"humanité et de génocide)[455]. EN revanche des pays comme la France, dont des ressortissants ont été victimes de l'attaque, peuvent engager une procédure judiciaire[455].

    Allégations contre Israël[modifier | modifier le code]

    Concernant Gaza, des experts indépendants mandatés par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies condamnent « la rétention des fournitures essentielles telles que la nourriture, l’eau, l’électricité et les médicaments », imposée par Israël. Ils ajoutent que « de telles actions vont précipiter une grave crise humanitaire à Gaza, où la population est désormais exposée à un risque inéluctable de famine ». Ils déclarent, en outre, que « la famine intentionnelle est un crime contre l’humanité »[456].

    Pour Karim Khan, procureur de la Cour pénale internationale, « empêcher l'accès de l'aide humanitaire peut constituer un crime de la part d'Israël ». De plus, il indique que « les écoles, les hôpitaux et les mosquées » ne doivent pas être des cibles militaires. Dans le même temps, il demande la libération des otages détenus à Gaza[457].

    Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) affirme que les bombardements du camp de réfugiés de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza, pourraient constituer des crimes de guerre (e 1er novembre 2023). En effet, même si Israël visait un chef du Hamas dans le camp, en vertu du principe de proportionnalité, il y a crime lorsque « l'ampleur des dommages causés aux civils est excessive par rapport à l'avantage militaire escompté »[458].

    Le rapporteur de l'ONU M. Rajagopal qualifie le « ciblage volontaire de résidences » de crime de guerre ; selon lui, « tous les éléments disponibles » suggèrent qu'Israël cherche « volontairement » et « systématiquement » à maximiser la destruction de bâtiments civils, « rendant tout retour à la normale à Gaza extrêmement difficile, voire impossible, une fois que le conflit sera terminé »[459].

    Neve Gordon, professeur de droit international, qualifie de crimes de guerre nombre d'actions menées par Israël à Gaza : « il y a, écrit-il, le châtiment collectif par la privation d'eau et d'électricité, le déplacement forcé des populations et ensuite le déclenchement de violences éruptives qui tuent des milliers de civils tout en détruisant les infrastructures dans la bande de Gaza »[460]. Il souligne le fait que l'armée israélienne a souvent été dispensée d'envoyer à la population civile gazaouie les avertissements qui doivent précéder en principe les attaques contre des bâtiments résidentiels - avertissements auxquels elle procédait encore avant le 7 octobre, pour se défendre juridiquement, même si le délai accordé aux civils était insuffisant»[460].

    Le juriste Serge Sur considère les bombardements insdiscriminés pratiqués par Israël comme des violations du droit international humanitaire, qui exige une «réponse proportionnée à l'attaque»[455]. Il estime que l'armée israélienne devrait, dans le cadre du droit, «combattre au sol, et non en bombardant à distance, d'autant plus que le Hamas n'a pas d'aviation»[455]. Les délais insuffisants accordés à la population pour quitter une zone qui va être bombardée ; le blocage de l'aide humanitaire ; le blocage de l'approvisionnement en eau et en nourriture constituent d'autres violations claires du droit international[455].

    Plusieurs experts indépendants mandatés par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies déclarent que le peuple palestinien « court un grave risque de génocide », le 2 novembre 2023[461],[462].

    Plusieurs organisations ou personnalités indiquent que la situation actuelle à Gaza pourrait être qualifiée de « génocide » : appel du 15 octobre de plus de 800 enseignants-chercheurs publié par l'organisation Approches tiers-mondistes du droit international[463], Council for of constitutional rights (en)[464],[465], l'anthropologue Didier Fassin[466]. D'autres ont directement accusé Israël de génocide,,[467].

    Le 9 novembre 2023, un groupe d'avocats, de juristes et de citoyens, mené par Gilles Devers, estimant que les conditions sont réunies pour qualifier de « génocide » les massacres en cours à Gaza, déposent à La Haye une plainte contre Israël et demande à la Cour pénale internationale de mener des investigations[468].

    Plusieurs personnalités israéliennes, dont le juriste spécialiste de droit international Michael Sfard, adressent une lettre au procureur général et au procureur de l'État d'Israël pour leur demander de prendre des mesures contre les incitations au génocide ou d'autres actes contraires au droit international contre les habitants de Gaza de plus en plus nombreuses et normalisées dans les discours politiques israéliens[469]. Si les auteurs de la lettre datée de janvier 2024 ne portent pas d'accusations de génocide contre Israël, les propos violents qu'ils citent font partie des éléments à charge retenus dans la procédure ouverte par l'Afrique du Sud contre Israël en décembre 2023[469].

    Selon Jacques Semelin, si dans les termes employés par les autorités israéliennes, l'objectif déclaré est d'éradiquer le Hamas plutôt que la Palestine, dans les faits que les opérations menées par Israël relèvent du nettoyage ethnique[453].

    Incitations à la violence[modifier | modifier le code]

    Une rhétorique incendiaire justifiant des crimes, voire appelant à en commettre, a été mobilisée de manière de plus en plus extrémiste dans la sphère publique en Israël et du côté du Hamas, depuis le 7 octobre 2023.

    Le langage de certains dirigeants israéliens incitant à la violence contre les Palestiniens de Gaza est particulièrement médiatisé à la suite de la plainte de l'Afrique du Sud contre Israël devant la Cour pénale internationale en décembre 2023 : le dossier présenté par l'Afrique du Sud tente de démontrer l'existence d'une intention génocidaire de la part de l'Etat d'Israël et; dans ce but, répertorie les discours de haine des responsables politiques israéliens comme éléments de preuve[470].

    Ainsi par exemple, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'adressant aux citoyens israéliens invoque la Bible fin octobre 2023, pour dire : « Vous devez vous rappeler ce qu’Amalek vous a fait »[470]. Il faisait ainsi référence aux Amalécites qui selon la Bible devaient être exterminés, étant « des persécuteurs des Israélites bibliques »[470]. Benyamin Netanyahu a affirmé par la suite qu'il voulait parler uniquement du Hamas, non de tous les Gazaouis, toutefois, ce propos a été considéré dans les médias, dans un contexte de guerre, comme une incitation dangereuse à la violence[471]. La Bible dit au sujet des Amalécites : « Va maintenant, frappe Amalek, et dévouez par interdit tout ce qui lui appartient ; tu ne l’épargneras point, et tu feras mourir hommes et femmes, enfants et nourrissons, boeufs et brebis, chameaux et ânes »[471].

    Le 9 octobre 2023, Yoav Gallant, ministre israélien de la Défense annonce le siège complet de Gaza ; il ôte tout aspect humain à ses ennemis, disant dans une vidéo diffusée publiquement (pour parler de Gaza) : « Pas d'électricité, pas de nourriture, pas d'eau, pas de gaz, tout est fermé (…) Nous combattons des animaux et nous agissons en conséquence »[470],[472] ; puis il ajoute : « Gaza ne sera plus jamais la même. Nous allons tout éliminer »[473]. Cette citation « a fait le tour du monde »[473], selon le journal Le Devoir qui y voit un propos visant l'ensemble des Gazaouis, puisque c'est tous les Palestiniens de Gaza qui n'ont plus d'électricité, plus de nourriture, plus d'eau, et non le Hamas seul[471]. Or l’animalisation permet de légitimer la violence à l'égard d'un groupe et, en temps de guerre, un tel langage peut conduire à transgresser toutes les limites imposées par le droit[473].

    Le 5 novembre 2023, Amihai Eliyahu, ministre israélien du Patrimoine, a évoqué dans une interview à la radio "Kol Barama" un possible recours à la bombe nucléaire contre la bande de Gaza[470],[474]. « Une telle rhétorique peut être considérée comme potentiellement génocidaire de la manière dont elle déshumanise les civils palestiniens », selon Dov Waxman (en), spécialiste de la politique israélienne ; certes Amihai Eliyahu ne décide pas de la stratégie militaire, mais il a le statut de ministre, ce qui rend son discours problématique[475]. Le premier ministre Benyamin Netanyahou a « recadré » Amihai Eliyahu en affirmant que ce propos était « déconnecté de la réalité » et en suspendant la participation du ministre aux réunions du gouvernement[476], sans le destituer[477].

    Le 17 novembre 2023, Nissim Vaturi (en), vice-président de la Knesset (Parlement israélien) déclare que les Israéliens partagent le même but : « effacer la bande de Gaza de la surface de la terre »[470]. Il appelle à brûler Gaza[478] ; en réaction à l'approbation par le cabinet de guerre israélien de l'entrée à Gaza de deux camions de carburant par jour, Nissim Vaturi avait publié un Tweet sur le réseau social X « ...Nous sommes trop humains. Brûlez Gaza maintenant, rien de moins ! »[479].

    Selon les avocats de l'Afrique du Sud qui accusent Israël de génocide, les propos déshumanisants à l'égard des Palestiniens ne sont plus des exceptions isolées, mais constitueraient une phénomène « systémique », « ces propos s’incarnent dans la politique de l’État »[470].

    L'avocat d'Israël a répondu qu'il s'agissait de citations « aléatoires » et non significatives[470]. Les autorités israéliennes ont affirmé qu'elles poursuivraient les auteurs de telles déclarations ; des observateurs ont fait remarquer toutefois que ces auteurs n'avaient toujours pas été traduits en justice[470]. Israël met en cause le Hamas dont les dirigeants tiennent des discours incitant à la violence, comme l'expression du projet de reproduire une attaque semblable à celle du 7 octobre et « l'engagement du groupe en faveur de la destruction d'Israël »[470].

    Associated Press rappelle le rôle que joue l'extrême droite israélienne dans cette multiplication des discours haineux[470]. Ainsi par exemple le ministre des Finances Bezalel Smotrich, membre de l'extrême droite, a appelé à « effacer » une ville palestinienne de Cisjordanie[470].

    Dans le camp adverse, Ghazi Hamad, membre du bureau politique du Hamas, a déclaré que si la possibilité était offerte, le Hamas conduirait d'autres attaques semblables à celle du 7 octobre 2023 avec l'objectif de détruire Israël ; l'existence d'Israël est « illogique » et cet État doit être effacé de toutes les « terres palestiniennes » a-t-il ajouté ; ce propos a été rapporté par The Times of Israël[480]. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Nasser Kanaani, a « félicité » le peuple palestinien, considérant l'attaque du 7 octobre comme « un nouveau chapitre de la résistance et de l'action armée contre les occupants dans les territoires occupés »[481]. Le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah loue l'attaque meurtrière du 7 octobre 2023 qu'il présente comme « juste et sage », tout en se dissociant d'une action selon lui « 100 % palestinienne »[482].

    Information et propagande[modifier | modifier le code]

    Dans ce conflit, il convient de prêcher « a minima pour l'extrême prudence dans la manipulation de l'information »[327]. Certaines informations provenant d'Israël n'ont pu être vérifiées ou se sont révélées fausses — l'un des collecteurs de corps de ZAKA rapporte avoir trouvé une femme enceinte éventrée et le fœtus poignardé mais son témoignage, une fois vérifié, a été infirmé par les habitants des lieux[483], et l'illustration diffusée pour appuyer son récit, est en fait la photo d'une Mexicaine massacrée par le cartel des drogues en 2018[484] —, et « les bilans du ministère de la Santé de Gaza, piloté par le mouvement islamiste, sont désormais contestés »[327],[485],[330], « quand bien même l'ONU et des ONG jugent globalement ces bilans fiables »[327].

    Depuis l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre, laquelle a provoqué un regain d'intérêt médiatique pour Israël et la question palestinienne inédit depuis le plan de désengagement de la bande de Gaza en 2005[486], Israël et le Hamas se livrent également à une guerre sur le terrain de la communication qui a démarré dès les premières secondes de l'attaque du 7 octobre : usant des possibilités de diffusion prodiguées par les réseaux sociaux, les terroristes du Hamas utilisent des caméras embarquées pour filmer et diffuser sur la messagerie Telegram des exactions contre des civils israéliens quasiment en temps réel. Les images et vidéos choquantes de cadavres, de sang, de prises d'otages — ainsi que des témoignages sur des violences sexuelles[487] —,[488] ont été reprises par les médias du monde entier, ce que recherchait le mouvement islamiste, et se sont multipliées sur les réseaux sociaux avec comme objectif de montrer l'État d'Israël affaibli et subissant des pertes. Inquiète du manque de modération sur les réseaux sociaux depuis le début du conflit, l'Union européenne ouvre une enquête le 19 octobre sur Meta et TikTok pour vérifier si ces plateformes avaient pris des mesures suffisantes pour lutter contre la diffusion de "fausses informations" et de "contenus illégaux", dans le cadre du conflit[489].

    Après que Saleh al-Arouri a affirmé le 12 octobre sur la chaîne qatarie Al Jazeera que les hommes du Hamas avaient pour instructions claires de ne pas tuer de femmes ni d'enfants, et que les massacres de civils seraient le fait d'« habitants de Gaza non liés au Hamas »[490], Yoav Gallant, ministre de la Défense israélien, décide de projeter, à rebours de la culture juive[486], un film non censuré des actes du Hamas devant ses homologues de l'OTAN le même jour.

    Après l'emballement mondial sur l'affaire de l'hôpital gazaoui al-Ahli Arabi où la presse avait immédiatement attribué à Israël une frappe palestinienne, David Colon, chercheur à Sciences Po perçoit « l'effet du souffle de la désinformation... avec des retombées immédiates auprès de l'opinion internationale »[144]. À l'heure des réseaux sociaux et de la postvérité, « la guerre entre Israël et le Hamas se déroule sur deux théâtres : le champ informationnel et celui des opérations militaires »[144].

    Pour « montrer la barbarie » du Hamas[491],[489] « afin que tout le monde sache »[492] et lutter contre la diffusion d'informations négationnistes[492],[493], le 23 octobre sur la base militaire de Glilot près de Tel-Aviv, l'armée israélienne rompt avec sa tradition de communication et décide de projeter à plus de 150 journalistes du monde entier[Notes 22],[494] presque 45 minutes des images[495] de l'attaque et des massacres perpétrés par le Hamas, sur les centaines d'heures que les assaillants palestiniens ont tournées à l'aide de téléphones et de caméras embarquées en voiture (dashcam) ou GoPro fixées sur leur tête ou leur poitrine (caméra-piéton : bodycam), voire de caméras de vidéosurveillance locale dans les villages israéliens, le 7 octobre[496],[497]. La plupart des journalistes présents sont choqués par l'horreur des violences, et certains quittent la projection, ne pouvant y faire face[498]. Ce film est basé sur les images filmées par les assaillants palestiniens et les caméras de sécurité locales à partir du 23 octobre ; y figurent, entre autres, le cadavre brûlé d'une femme violée[499],[500], un père déchiqueté par une grenade pour en protéger ses enfants[496], des enfants tués devant leurs parents[501],[502] etc. Ce même film est projeté début novembre aux parlementaires israéliens de la Knesset, au sein des ambassades israéliennes d'une trentaine de pays[165], et également à plus de 2 000 autres journalistes étrangers accrédités[495]. D'autres projections sont prévues dans le monde pour témoigner des atrocités commises par les hommes du Hamas le 7 octobre[495]. Un porte-parole de Tsahal a déclaré à ce propos : « Nous voulons montrer que la guerre que nous menons à Gaza, qu'on nous a imposée, n'est pas arrivée toute seule »[495]. Le 14 novembre, le film est projeté à 90 parlementaires volontaires à l'Assemblée nationale, à l'initiative du député Renaissance Mathieu Lefèvre[503]. Cependant, Moussa Abou Marzouk continue à nier dans une interview donnée le 7 novembre à la BBC, que le Hamas a intentionnellement visé des femmes et enfants[504] ; cette interview est par ailleurs diffusée en deux versions, anglaise et arabe, laquelle est passablement tronquée et minimise encore davantage la responsabilité du Hamas[505].

    Par ailleurs, le ministère israélien a conçu et diffusé des spots publicitaires sur des jeux vidéo et des plateformes de vidéo en ligne populaires dans des pays occidentaux afin de diffuser sa version, de convaincre les populations étrangères et de façonner leur point de vue sur le conflit[506].

    Israël a également diffusé sur les réseaux sociaux certains des interrogatoires des assaillants palestiniens ayant participé aux agressions des villages israéliens, en exposant leur planification, leur cruauté et leur singularité[507]. Pour Ahmed Réda Benchemsi, directeur du plaidoyer pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à l'ONG Human Rights Watch, l'armée israélienne « n'a pas le droit » de diffuser ces images, au nom des droits des prisonniers de la troisième convention de Genève[507].

    De son côté, Israël doit aussi faire face aux images montrant la détresse des Gazaouis consécutive aux bombardements israéliens, avec des « images de Gaza en ruines, des témoignages de femmes et d'hommes en larmes après la mort de leurs enfants[489],[327].

    Une semaine après le début de cette guerre, plus de 50 millions de messages à son sujet sont publiés sur X, l'ancien Twitter[508]. Sur les réseaux sociaux où la désinformation fait son lit, le site NewsGuard montre que sur X, les trois quarts des fausses informations et des récits qui servent le Hamas sont diffusées par des robots, des comptes certifiés et de faux comptes gérés par l'Iran, le Hamas et le Jihad islamique[508],[327]. À travers cette propagande, les Israéliens ne sont pas épargnés par les fausses nouvelles issues du Hamas et les diffusent[509].

    Le 30 octobre, la vidéo des brigades Al Qassam montrant trois femmes présentées comme des otages sionistes qui supplient Netanyahu de procéder à un cessez-le-feu et un échange de prisonniers est considérée par Israël comme « une propagande psychologique cruelle du Hamas » et n'est pas diffusée sur les chaînes du pays[510].

    The Wall Street Journal fait remarquer que « Le Hamas a deux messages pour deux publics différents. À la communauté internationale, il plaide pour un cessez-le-feu pour des raisons humanitaires. Au monde arabe, il s’engage à réitérer l’attaque du 7 octobre et sacrifier autant de Palestiniens qu’il le faudra pour détruire Israël. »[150].

    Au milieu d'un déferlement de critiques, des Arabes israéliens comme Sofia Khalifa Shramko ou le militant Yossef Hadad (en) plaident pour Israël et contre la désinformation, l'antisémitisme sur les campus américains et ailleurs, quand bien même sont-ils menacés et qualifiés de « traitres à la cause palestinienne »[511],[512],[513]. La majorité des « Arabes en Israël sont des partenaires et non des ennemis (d'Israël, qui) condamnent ce qui s'est passé ici et ont peur du Hamas comme tout le monde », affirme Shramko[514] qui précise que les terroristes palestiniens font subir aux gens « un lavage de cerveau pour haïr aveuglément les Juifs »[511].

    En France, le Conseil français du culte musulman interpelle l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique et les médias sur une « déshumanisation » des Palestiniens dans les media audiovisuels français, et sur le « traitement médiatique humain » appliqué aux victimes israéliennes du conflit, permettant « une compassion et une solidarité unanime de nos concitoyens à leur égard » et avertit sur les risques de « manipulation » si le public, notamment jeune, préfère s'informer sur les réseaux sociaux[192].

    Lors de la libération des otages israéliens du 25 novembre durant la première trêve humanitaire[199], les images filmées montrent Sharon Avigdori (52 ans) et sa fille Noam (12 ans) monter dans un véhicule de la Croix-Rouge en quittant leurs geôliers masqués des brigades Izz al-Din al-Qassam et leur faire toutes deux des petits signes de la main en guise d'au revoir et poursuivre ainsi en souriant alors qu'elles sont à l'intérieur du véhicule. Mais dans la vidéo, une voix masculine lance en anglais : « Continuez à saluer », mettant en doute la liberté de geste des otages. Des comptes proches du Hamas comme Gaza News ou Quds News Network relaient cette vidéo sur les réseaux sociaux en la présentant favorablement pour le Hamas[515].

    Affaire supposée des « bébés décapités » et des « bébés pendus »[modifier | modifier le code]

    Le , la journaliste de la chaîne franco-israélienne i24NEWS Nicole Zedeck affirme que quarante bébés ont été assassinés, et que certains ont été décapités ; la journaliste se rétracte plus tard en parlant de quarante enfants dont des bébés[516].

    La propagation de ces fausses informations fait partie d'une campagne plus globale. Si elles ont pu selon Libération aider Israël à gagner le soutien de l'opinion publique dans ses représailles sur Gaza, elles ont en contrepartie participé à la négation, sur les réseaux sociaux, des massacres du 7 octobre, dont plus de 50 morts bien réels à Kfar Aza[484].

    Le bilan publié par les autorités et la presse israéliennes le 5 décembre 2023 fait état de 2 bébés et 12 enfants de 1 à 9 ans (10 garçons et 2 filles) tués le 7 octobre.

    Rôle et intérêts de l'Iran[modifier | modifier le code]

    Pour la chercheuse Frédérique Schillo, alors que les États-Unis essayaient de stabiliser le Moyen-Orient via les accords d'Abraham et une normalisation des relations entre Israël et l'Arabie saoudite, l'objectif de l'attaque du Hamas « est de créer un embrasement dans la région, afin de torpiller le rapprochement entre Israël et les pays arabes sunnites »[200].

    Selon Pierre Servent, spécialiste en stratégie militaire, le Hamas n'a pas la capacité de monter tout seul une opération aussi sophistiquée[517]. D'après lui, le Hamas a probablement bénéficié de l'appui du Hezbollah chiite ou de l'Iran[517].

    Pour le politologue français Gilles Kepel, c'est clairement le pouvoir iranien qui est derrière l'attaque contre Israël qu'il compare aux attentats du 11 septembre 2001[518],[519].

    Selon Firas Maksad, chercheur au Middle East Institute :

    « Il existe un intérêt commun entre le Hamas et son parrain, l'Iran, lequel redoute de voir se développer un nouvel axe entre Israël, l'Occident et l'Arabie Saoudite qui l'affaiblirait au niveau régional »[520]

    Pour le spécialiste à l'Institut de relations internationales et stratégiques David Rigoulet-Roze, l'attaque multiple du 7 octobre est une offensive inédite du Hamas comparable aux attentats du 11 septembre 2001, « forcément élaborée depuis des mois avec des aides extérieures, comme celle du Hezbollah libanais », et ne figure qu'« une séquence d'un scénario », possiblement en vue d'un « affrontement global » avec Israël : le Hamas attend l'attaque israélienne de la bande de Gaza, qui serait une guerre urbaine synonyme de « cauchemar pour toute armée régulière ». Il ajoute que ses « conséquences sont incalculables », mais qu'« il faut s'attendre à un changement de monde »[272].

    Pour François Hollande, il existe un risque de guerre qui pourrait se répandre dans la région. Selon lui, le Hamas n'aurait jamais pu faire cette opération sans l'avoir préparée depuis longtemps avec le soutien de l'Iran[521].

    Au vu de l'ampleur de l'attaque du 7 octobre, de son degré de sophistication et de complexité logistiques ainsi que de son impact sur le processus de normalisation israélo-arabe, certains ont spéculé sur le rôle des Gardiens de la révolution islamique, voyant la main de l'Iran derrière celle du Hamas via Beyrouth[522],[523] mais tant les autorités iraniennes qu'Ali Barakeh (en), un haut responsable du Hamas basé à Beyrouth, l'ont démenti[524],[525], et les États-Unis « n'ont pas vu de preuve solide et tangible d'une implication directe de l'Iran »[526].

    Le 27 décembre 2023, le porte-parole des Gardiens de la Révolution islamique Ramezan Sharif déclare que l'attaque du Hamas du 7 octobre était une action de représailles pour l'assassinat en 2020 du général iranien Qasem Soleimani mais il est démenti le lendemain par le commandant en chef des Gardiens de la révolution, Hossein Salami[527].

    Rôle et intérêts de la Russie[modifier | modifier le code]

    Selon Tatiana Kastouéva-Jean, chercheuse à l'Institut français des relations internationales et spécialiste de la Russie, « cette crise est du pain bénit pour Poutine », qui peut ainsi renforcer sa rhétorique contre l'occident qui soutient à la fois l'Ukraine et Israël. Pour Le Monde, « Moscou s’est départi de sa position traditionnelle 'entre Israël et les pays arabes en ne condamnant pas l’attaque du Hamas. Le Kremlin voit dans le conflit une occasion de retourner contre l’Occident collectif » les accusations portées à son encontre concernant le non-respect du droit international et les crimes contre des civils ». Ainsi il « utilise le conflit à Gaza pour affaiblir le soutien à l'Ukraine » et selon L'Express les occidentaux au Moyen-Orient[528],[529].

    Pour La Croix, le conflit est « un détournement bienvenu de l'attention portée à l'Ukraine ». Le quotidien rappelle que « Moscou entretient des relations avec le Hamas depuis son accession au pouvoir dans la bande de Gaza en 2006. La Russie est également présente depuis 2015 en Syrie aux côtés de l'Iran pour soutenir le président Bachar el-Assad, et s'est encore rapprochée de Téhéran depuis le début de l'invasion de l'Ukraine. ». Israël a violemment condamné une visite de représentants du Hamas à Moscou fin octobre, la qualifiant de « démarche obscène, qui apporte du soutien au terrorisme »[530]. Le Hamas libère ensuite ses otages russes disant apprécier le positionnement de Moscou et en remerciant Poutine pour son soutien à la « cause palestinienne »[531].

    En Ukraine, la majorité des médias estiment que la Russie a joué un rôle dans l'attaque du Hamas, en s'alliant avec l'Iran[270]. Les journalistes ukrainiens estiment que la Russie avait tout intérêt à attiser d'autres conflits[270]. Selon Petro Porochenko, ancien président de l'Ukraine, « il y a un intérêt russe, des mains russes, dans la préparation de l’attaque terroriste du Hamas contre Israël ».

    Selon lui et Guillaume Ancel, spécialiste des questions de défense, le groupe Wagner aurait aidé la Hamas à préparer cette offensive inédite. Pour Ancel « le premier bénéficiaire de cette explosion de violence, c'est Vladimir Poutine », car « cette attaque détourne l'attention et une partie des soutiens américains à l'Ukraine », y compris au niveau médiatique, et dans la volonté de Vladimir Poutine de « recomposer un nouvel ordre mondial ». Il rappelle que Sergueï Lavrov, ministre des affaires étrangères russe, avait rencontré les dirigeants du Hamas un an auparavant, au grand étonnement des observateurs en pleine invasion de l'Ukraine par la Russie[532],[533].

    Pour le Time, malgré les allégations ukrainiennes et le financement suspecté du Hamas par des plates-formes russes de cryptomonnaies, il n'y a aucune preuve que la Russie ait aidé à la préparation des attaques du 7 octobre ni fourni des armes au Hamas. Il souligne cependant que la Russie n'a pas condamné l'attaque du Hamas comme terroriste et que sa nouvelle politique a provoqué un net refroidissement des relations avec Israël. Selon Hamidreza Azizi expert des relations Iran-Russie au German Institute for International and Security Affairs (en), ce changement de politique montre un rapprochement avec Téhéran et ses alliés régionaux dont le Hamas, l'Iran étant devenu un fournisseur d'arme important à la Russie pour son invasion de l'Ukraine[534].

    Réactivation de traumatismes passés[modifier | modifier le code]

    La guerre a pu réactiver le souvenir de traumatismes collectifs aussi bien parmi les Israéliens juifs que parmi les Palestiniens[535]. En Israël la mémoire de la Shoah demeurée lancinante a parfois été évoquée par les victimes de l'attaque du 7 octobre et plus largement par nombre de leurs compatriotes ; ce jour a été le plus meurtrier pour les juifs depuis la Shoah[536]. Les habitants de Gaza, qui sont, pour 80 % d'entre eux, des descendants de Palestiniens déplacés de 1948[537], sont hantés par la perspective d'une nouvelle Nakba qui les jetterait sur les routes de l'exil, sans espoir de retour[538]. Le nombre de morts palestiniens pendant la guerre de 2023 est bien supérieur à celui de la « catastrophe » de 1948, qui était de 13 000 morts environ, en majorité des civils[539].

    Impacts et conséquences[modifier | modifier le code]

    Conséquences économiques[modifier | modifier le code]

    Indépendamment des conséquences pour les Israéliens et les Palestiniens, et des craintes d'une extension du conflit au Liban, à la Syrie, à l'Iran, la guerre a des répercussions économiques sur tous les pays de la région. Les trois premiers mois du conflit ont un coût pour l'Égypte, la Jordanie et le Liban estimé à 10 milliards de dollars, « soit 2,3 % des PIB combinés de ces trois pays » déjà fragilisés par une inflation et une dette très élevées. L'instabilité régionale compromet les améliorations dans certains secteurs enregistrées au Liban, affecté par la crise économique la plus grave de son histoire depuis 2019 ; le tourisme est touché en Jordanie et en Égypte[540]. La Banque mondiale et le FMI alertent sur les risques qu'entraîne le conflit en particulier pour l'économie de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, qui s'ajoutent aux répercussions de la guerre civile au Soudan[541].

    Conséquences environnementales[modifier | modifier le code]

    Fin décembre 2023, les spécialistes estiment déjà que dans la bande de Gaza, « des dommages irréversibles sont en train d'être causés à l'environnement », et qu'une catastrophe environnementale est en train de se dérouler sur ce territoire, rapporte Euronews[542].

    Les bombes provoquent une pollution des sols, de l'air et de l'eau à Gaza[542]. La combustion des bombes dégage une chaleur qui peut aller jusqu'à « modifier la structure physique et les propriétés chimiques du sol, réduisant ainsi la fertilité et augmentant la probabilité de maladies transmises par le sol », selon le directeur du Centre Synerjies pour les études internationales et stratégiques[542].

    D'après une étude parue début janvier 2024, la guerre a provoqué des émissions de gaz à effet de serre considérables, principalement du fait des bombardements sur Gaza[543]. Durant les deux premiers mois de ce conflit, 281 000 tonnes de dioxyde de carbonne engendrées à 99% par les opérations militaires israéliennes auraient ainsi été injectées dans l'atmosphère[544]. Cette empreinte carbonne dépasse celle de 20 pays en développement sur une durée d'un an[543]. Les États-Unis jouent un rôle important dans cette pollution atmosphérique : selon The Guardian qui relaie cette étude, « près de la moitié des émissions totales de CO2 sont imputables aux avions-cargos américains qui transportent des fournitures militaires vers l'État hébreu »[544]. Les roquettes lancées par le Hamas ont quant à elles injecté 713 tonnes de dioxyde de carbonne dans l'atmosphère[544].

    Le magazine environnemental américain Grist souligne les risques écologiques liés aux destructions d′usines[545]. La ville de Gaza a un quartier industriel qui produit des médicaments, des cosmétiques etc. et qui a été très touché par les bombardements ; a été identifiée, au-dessus de Gaza, « une nuée de fumée noire émanant d’une usine de boissons gazeuses, suggérant des plastiques en train de brûler »[545]. Par ailleurs dans les quartiers résidentiels, les destructions d'habitations dégagent des poussières d’amiante dangereuses pour la santé[545].

    Israël a largué du phosphore blanc sur Gaza et sur le Sud-Liban, d'après les résultats d'une enquête de Human Rights Watch[542]. D'une part, cette substance brûle la peau ; d'autre part, elle produit des effets toxiques sur l'environnement : elle « endommage les sols, contamine les sources d'eau et empoisonne les écosystèmes aquatiques »[542].

    La guerre a provoqué une crise des déchets, avec des tonnes d'ordures qui s'amoncellent, d'autant que dans la ville de Khan Younès qui doit désormais accueillir 1 million de personnes dans 30 km2, la décharge principale a été bombardée[542]. Les polluants et la prolifération de rongeurs et d'insectes sont dangereux pour la santé et l'environnement[542]. Les déchets se répandent dans la Méditerranée[546].

    Israël ayant limité l'entrée de carburants à Gaza, les stations d'épuration des eaux ne peuvent fonctionner normalement, de sorte que les eaux usées envahissent les lieux[542].

    Les oliviers, les agrumes, les cultures de légumes etc, « ont fait l'objet d'une destruction étendue et sans précédent », selon Euronews[542].

    Conséquences politiques[modifier | modifier le code]

    Fracture entre pays du Sud et du Nord[modifier | modifier le code]

    Le soutien sans faille des États-Unis et de la plupart des pays occidentaux à Israël, au moment où les bombardements israéliens et le blocus de Gaza provoquent des milliers de morts parmi les civils, est très mal perçu dans un grand nombre de pays d'Amérique latine, d'Afrique ou du Moyen-Orient ; Courrier international parle à ce sujet d'un clivage géopolitique autour de ce conflit[547]. Souvent critiques de longue date à l'égard du traitement par les États-Unis et les pays européens du conflit israélo-palestinien, la plupart des pays du Sud global ont soutenu la demande d'un cessez-le-feu immédiat dans la guerre Israël-Hamas de 2023[548]. Ils jugent « hypocrite » le discours occidental sur le droit, les crimes de guerre, etc. et soulignent un « deux poids deux mesures » favorable à Israël[549]. Le Brésil a condamné ouvertement la gestion du conflit par les puissances occidentales dans ce conflit[548].

    Des pays du Moyen-Orient (Liban, Jordanie, Égypte) dénoncent les positions politiques et la couverture médiatique de la guerre aux États-Unis et en Europe ; ils y voient une entreprise de « déshumanisation des Palestiniens »[550]. À la suite de l'explosion survenue à l'hôpital Al-Ahli Arabi, à Gaza, le 17 octobre 2023, et alors que Joe Biden s'apprêtait à se rendre en Israël, des manifestations ont éclaté du Maroc au Bahreïn, en Jordanie, en Iran, au Liban[547].

    Autres[modifier | modifier le code]

    Le chercheur Hugo Micheron, spécialiste du l'islamisme, souligne la récupération idéologique de l'attaque du 7 octobre par des mouvements islamistes :

    Depuis le 7 octobre, Daech et Al-Qaida cherchent à s'emparer de l'engouement déclenché par le Hamas contre Israël pour le rediriger vers la validation de leur lutte à mort avec l'Occident, et notamment contre le modèle politique européen[551].

    Négociations et activités diplomatiques[modifier | modifier le code]

    Le , lors d'un entretien entre le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi et le secrétaire d'État américain Antony Blinken, ce dernier appelle Pékin à user de son « influence » pour apaiser la situation au Moyen-Orient[552].

    Le 21 octobre, le sommet du Caire organisé par l'Égypte et consacré au conflit entre Israël et le Hamas s'achève sans accord sur un arrêt des violences, les dirigeants arabes condamnant les bombardements de l'État hébreu sur Gaza et les représentants européens se bornant à appeler à préserver les civils[553].

    Le 26 octobre, deux représentants du Hamas, dont Moussa Abou Marzouk, membre de son bureau politique, sont officiellement reçus par le vice-ministre des affaires étrangères russe, Mikhaïl Bogdanov. Ils déclarent que le Hamas exclut toute libération des otages sans cessez-le-feu[554].

    Les 22 et 23 novembre, Israël et le Hamas, sous l'égide du Qatar, de l'Égypte et des États-Unis, sont parvenus à un accord sur un cessez-le-feu temporaire et la libération progressive de 150 enfants et femmes palestiniens détenus dans les prisons israéliennes en échange de 50 enfants et femmes israéliens détenus. captifs à Gaza, en groupes égaux pendant quatre jours[555],[556], à partir du 24 novembre[557],[558]. Cet accord est le premier résultat de négociations qui ont débuté après que le chef du gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza, Yahya Sinwar, s'est déclaré prêt à un échange de prisonniers « tous pour tous » le 28 octobre, mais Israël a ensuite refusé[559],[560].

    En janvier 2024, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou rejette la solution à deux États, puisque celle-ci ne serait pas viable[311].

    Aides humanitaires en faveur des Palestiniens[modifier | modifier le code]

    Pour faire face à la crise humanitaire dans la bande de Gaza, provoquée par les opérations armées israéliennes et un siège presque total de l'enclave, l'aide humanitaire internationale s'active.

    Concrètement, les tonnes de fournitures humanitaires avaient jusqu'alors été « fournies à Gaza par le biais d'un mécanisme géré conjointement avec les États-Unis, l'Égypte et l'ONU » ; elles passent d'Israël en Égypte via le poste-frontière de Nitzana (sud de Gaza) où elles sont soumises à un contrôle de sécurité, pour être ensuite acheminées par le poste-frontière de Rafah, à la frontière entre l'Égypte et Gaza, et enfin transférées aux agences de l'ONU pour organiser leur distribution, indique le directeur du département civil de la Coordination des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT (en)), en contact avec les agences humanitaires internationales opérant sur le terrain.

    Le 15 novembre, un premier camion chargé de plus de 23 000 litres d'essence venant d'Égypte entre dans la bande de Gaza « mais leur utilisation a été restreinte par les autorités israéliennes, (et servira) seulement pour le transport de l'aide » humanitaire et non pas « pour faire fonctionner l'approvisionnement en eau ou les hôpitaux », déplore le patron de l'UNRWA à Gaza[561].

    La Croix rouge achemine de l'aide (nourriture, médicaments, eau...) à partir d'un délai d'un peu plus d'une semaine après l'attaque. Un pont aérien humanitaire sous la forme de plusieurs vols à destination de l'Égypte permet à plusieurs pays d'envoyer de l'aide, à partir de la deuxième moitié d'octobre ; l'Algérie, l'Union européenne, la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, le Luxembourg, le Canada, la Jordanie, les Émirats arabes unis, comptent parmi les donateurs.

    Selon le média français Le Parisien, La France a participé à l'accord avec le Qatar qui a rendu possible l'opération qui devrait permettre, 100 jours après l'attaque du Hamas contre Israël, de faire livrer des médicaments aux otages de Gaza, malades ou blessés[562].

    Réactions internationales[modifier | modifier le code]

    Notes et références[modifier | modifier le code]

    Notes[modifier | modifier le code]

    1. Parmi ces 1 140 morts, au moins quarante ont la nationalité française
    2. En temps habituel, Israël fournit à la bande de Gaza moins de 10 % d'eau potable. Le reste est livré par l’Égypte ou produite par les usines de dessalement de Gaza - lesquelles ne peuvent pas fonctionner correctement quand le carburant livré par l'ONU est volé par le Hamas pour un usage militaire (« TF1infos, 20-10-2023 »). Le 29 octobre 2023, deux des trois aqueducs venant d'Israël sont réouverts, qui fournissent environ 9 % de l'eau consommée dans la bande de Gaza.
    3. « Un missile Qadr est « une version améliorée du Shahab-3 iranien. Mesurant 15 mètres de haut, il emporte une ogive de 700 à 1 000 kilos et fonctionne au propergol, le carburant des fusées. Sa portée est d’environ 2 000 km ». », La Voix du Nord, ,
    4. Alain Rodier, « Un grand nombre de réfugiés israéliens ont trouvé temporairement asile dans la station balnéaire d'Eilat, au sud d'Israël. », Magazine Raids,
    5. Y compris un citoyen polono-israélien.
    6. a b c d e f et g Israël a libéré ses propres citoyens arabes.
    7. Y compris un citoyen américano-israélien.
    8. Tous les Israéliens ont une deuxième nationalité : 3 - Argentine, 3 - France et 2 - Allemagne.
    9. Tous les citoyens argentins-israéliens.
    10. Citoyen argentin-israélien.
    11. Dont trois Israéliens ayant la double nationalité : 2 - Argentine et Philippines.
    12. Dont six Israéliens ayant la double nationalité : 3 - Allemagne, 2 - Russie et États-Unis.
    13. Y compris un citoyen néerlando-israélien qui a eu 18 ans à Gaza.
    14. Ou 15.
    15. Ou 8.
    16. Bédouin du Néguev.
    17. Dont deux Israéliens ayant la double nationalité : Russie et France.
    18. Bédouin du Néguev.
    19. Ils ont été libérés par le Hamas.
    20. Ils ont été libérés par Israël.
    21. Amaury Coutansais-Pervinquière, « Une de ses particularités est d'avoir pu s'échapper une première fois lors du bombardement du bâtiment dans lequel il était retenu par le Hamas à Gaza, d'avoir tenté de s'approcher de la frontière mais avoir été repris quatre jours plus tard par des civils gazaouis qui l'ont remis au Hamas », le Figaro, ,
    22. « Ces vidéos ont uniquement été montrées à la presse étrangère, délestée de téléphone ou caméra, pour épargner aux familles et à la population israélienne la violence de ces images. », Europe 1,

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