Chahid

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Un chahîd est celui que l'on considère comme un martyr pour l'islam (arabe : شَهيد [šahīd], martyr). Le sens du mot arabe est proche de celui du mot grec (μαρτυρος [martüros], témoin) puisque le mot chahid (i court) (شَهِد [šahid], témoin; spectateur) signifie lui aussi témoin. Il s'agit évidemment de témoigner de sa foi.

Ce terme, qui possède un sens plus large que le sens chrétien (celui qui est tué pour ne pas renier sa religion), est utilisé pour désigner ceux qui meurt dans le cadre du Jihad.

Terminologie[modifier | modifier le code]

En français, le nom commun chahid est masculin singulier[1]. Son pluriel est chahids ou chouhada(s)[1],[2] (شُهَدَاء / šuhadāʾ). Le féminin de chahid est chahida au singulier[1],[3] et chahidate(s) au pluriel[1],[4],[5].

Le mot chahid provient de la racine ش ه د (š-h-d) composée des trois consonnes shīn, et dāl, et qui désigne le fait d'observer, d'être présent à et d'être témoin de[6].

En français, la graphie châhid — avec un accent circonflexe sur le a — est utilisée pour « témoin » (شَاهِد / šāhid) ; la graphie chahîd — avec un accent circonclexe sur le i — l'est pour « martyr » (شهيد / šahīd)[6],[7],[8].

Le lien entre « témoin » et « martyr » n'est pas propre à l'arabe[6] puisque, par exemple, en français, « martyr » est emprunté au latin ecclésiastique martyr qui provient du grec ancien μάρτυς (mártus) — ou μάρτυρος (márturos) — qui signifie « témoin »[6].

D'autre part, chahîd (شَاهِد / šāhid) est l'intensif de châhid (شهيد / šahīd)[7],[8]. La signification première de chahîd serait ainsi « grand témoin ». Il aurait acquis sa signification secondaire « martyr » par influence du syriaque sahedo signifiant « témoin-martyr »[9],[10].

Interprétation(s)[modifier | modifier le code]

Si pour le christianisme, le martyre est également un témoignage de foi qui se fait dans l'amour y compris pour les juges et les bourreaux, le chahid de l'islam peut être un soldat qui meurt en combattant.

Dans l'islam, la taqiya autorise la dissimulation de sa foi pour échapper au danger. En revanche, le combattant du jihad qui meurt au combat est un martyr. Pour les chiites, les principaux martyrs sont Ali quatrième calife, assassiné par les kharijites en 661 et son fils Husayn, qui trouva la mort à Kerbala dans une bataille contre le calife Yazid Ier en 680.

Est un chahîd, la personne décédée de mort accidentelle. C'est ce qu'illustre un hadîth rapporté par le sahabi Hurayara d'après lequel le Prophète a dit : « les martyrs sont au nombre de cinq : l'homme mort à la suite d'une maladie du ventre ; l’homme mort par la peste ; le noyé ; le mort sous des décombres et enfin celui qui est mort au service de Dieu »[11].

Les auteurs d'attentats-suicides sont-ils des martyrs ? Certains savants musulmans (dont, par exemple, Mohammad Hussein Fadlallah, pourtant tête pensante du Hezbollah[12]) répondent non à cette question car le suicide est interdit dans l'islam de même que de semer la corruption sur la terre. Il ne faut donc pas confondre combattant, c'est-à-dire soldat défendant une terre ou une idée, et kamikaze terroriste, c'est-à-dire « semeur de terreur » via des assassinats à grande échelle et voulant imposer ses idées par la force. Toutefois, certaines fatwas affirment le contraire (références nécessaires).

Les combattants tombant pendant le jihâd sont mis au rang des martyrs, le combattant se voit promettre le paradis :

Que ceux qui veulent échanger la vie présente contre celle de l'au-delà combattent dans le chemin de Dieu ! Qu'ils succombent ou qu'ils soient vainqueurs, Nous leur accorderons une généreuse récompense.
Le Coran IV ; 74

Par exemple, le nom même des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa (arabe: كتائب شهداء الأقصى [katā'ib šahdā' al-aqṣā]) branche armée du Fatah, montre toute l'ambiguïté du mot chahîd.

Notions connexes[modifier | modifier le code]

Algérie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Chahid (Algérie).

Chahid de la guerre d'indépendance[modifier | modifier le code]

En Algérie, le mot chahid désigne couramment[1] un « combattant algérien mort pour l'indépendance » du pays[1].

Abdelmalek Ramdane, tué le dans la forêt des Ouled Larbi sur la commune de Lapasset (auj. Sidi Lakhdar) près de Mostaganem, est considéré comme le premier chahîd (« martyr ») de la guerre d'indépendance[13],[14]. Son nom a été donné à la commune de Ouillis où cent autres combattants sont morts le [15].

Le commandant Adda Benaouda, dit Si Zeghloul, tué le à la ferme Berakhrakh du douar Ouled Aïcha sur la commune d'El Hamri près de Relizane, est considéré comme le dernier chahîd (« martyr ») de la guerre d'indépendance.

Le Mémorial du martyr, monument aux morts érigé en à El Madania et surplombant Alger, commémore les chouhada (« martyrs ») de la guerre d'indépendance.

La journée nationale du Chahid est une fête nationale célébrée chaque année le depuis [16].

Ya chahid al watan (Martyr de la patrie) est un chant patriotique algérien.

Chahid de la guerre civile[modifier | modifier le code]

Le mot chahid désigne aussi assez couramment[1] une « personne victime d'un assassinat terroriste pendant la guerre civile »[1].

Tunisie[modifier | modifier le code]

En Tunisie, Mohamed Bouazizi est considéré comme le chahid de la révolution de jasmin[17],[18].

Nom de Dieu[modifier | modifier le code]

Dans l'islam, Ach-Chahid [Le Témoin] est un des quatre-vingt dix-neuf plus beaux noms de Dieu[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Entrée « chahid », dans Ambroise Queffelec et al., Le français en Algérie : Lexique et dynamique des langues, Bruxelles, Duculot, coll. « Champs linguistiques. Recueils », (1re éd. De Boeck et Larcier, ), 590 p., 24 cm (ISBN 2-8011-1294-1, OCLC 470185511, notice BnF no FRBNF38858608), p. 231 (consulté le 21 novembre 2015).
  2. Entrée « chouhada(s) », dans Ambroise Queffelec et al., op. cit., p. 248 (consulté le 21 novembre 2015).
  3. Entrée « chahida », dans Ambroise Queffelec et al., op. cit., p. 231 (consulté le 21 novembre 2015).
  4. Entrée « chahidate », dans Ambroise Queffelec et al., op. cit., p. 231 (consulté le 21 novembre 2015).
  5. Mohammed Harbi et Gilbert Meynier, Le FLN, documents et histoire (1954-1962), Paris, Fayard, , 898 p., 153 x 235 mm (ISBN 2-213-61892-5, OCLC 419226137, notice BnF no FRBNF39211696, présentation en ligne), glossaire, p. 875 [extrait (page consultée le 21 novembre 2015)].
  6. a, b, c et d Fethi Benslama, « L'agonie pour la justice », Topique, no 102 « Existe-t-il une guerre juste ? »,‎ , p. 71-82 (DOI 10.3917/top.102.0071, lire en ligne [html]).
  7. a et b Daniel Massignon et al. (éd.), Louis Massignon et le dialogue des cultures : actes du colloque organisé par l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture, l'Association des amis de Louis Massignon et l'Institut international de recherches sur Louis Massignon (Paris, Maison de l'Unesco, -), Paris, Cerf, coll. « L'histoire à vif », , 371 p., 22 cm (ISBN 2-204-05270-1 et 978-2-204-05270-2, OCLC 708334071, notice BnF no FRBNF36687794, présentation en ligne), p. 143 [extrait (page consultée le 25 novembre 2015)].
  8. a et b Anne-Marie Delcambre, « L'islam ou la religion de l'effort », Le Magazine littéraire, no 433 « Éloge de la paresse »,‎ , p. 52 (lire en ligne [html])
  9. (en) Asma Afsaruddin, « Martyrdom », dans Josef W. Meri (éd.), Medieval islamic civilization: an encyclopedia [« Civilisation islamique médiévale : une encyclopédie »], vol. 2 : L-Z, New York et Londres, Routledge, coll. « Routledge encyclopedias of the Middle Ages » (no 13), , XLIII-878-155 p., 29 cm (ISBN 0-415-96691-4 et 978-0-415-96691-7, OCLC 470228604, notice BnF no FRBNF40065467), p. 481-482 [lire en ligne (page consultée le 26 novembre 2015)].
  10. (en) Brian Wicker (éd.), Witnesses to faith?: martyrdom in christianity and islam [« Témoins (ou témoignages) de la foi ? : le martyre dans la chrétienté et dans l'islam »], Aldershot et Burlington, Ashgate (en), , XIV-166 p., 234 x 156 mm (ISBN 0-7546-5667-5 et 978-0-7546-5667-8, OCLC 470279041, notice BnF no FRBNF40157480, présentation en ligne), p. 26 [lire en ligne (page consultée le 26 novembre 2015)].
  11. Aggoun Atmane, « Le Martyr en Islam. Considérations générales », Études sur la mort, no 130 « Mourir pour tuer : les kamikazes »,‎ , p. 55-60 (DOI 10.3917/eslm.130.0055, lire en ligne [html]).
  12. Ehud Sprinzak, « Rational Fanatics », Foreign Policy, n°120, septembre-octobre 2000 (8 pages)
  13. Massi Zvigo, « Ben Abdelmalek Ramdane, le premier chahid de la Révolution » [html], sur kabylie-news.com,‎ mis en ligne le (consulté le 27 novembre 2015).
  14. Sarah A.B.C, « Hommage à Ben Abdelmalek Ramdane, le premier chahid de la Révolution » [html], sur elmoudjahid.com, El Moudjahid,‎ mis en ligne le (consulté le 27 novembre 2015).
  15. K. D., « Premier chahid de la Révolution de Novembre : Benabdelmalek Ramdane » [html], sur djazairess.com,‎ (consulté le 27 novembre 2015).
  16. Loi no 91-32 du relative à la consécration du journée nationale du Chahid de la Guerre de libération nationale, dans Journal officiel de la République algérienne démocratique et populaire, 31e année, no 2 du (lire en ligne [PDF], p. 38 (consulté le 21 novembre 2015).
  17. Isabelle Mandraud, « Algérie : les désespérés » [html], sur lemonde.fr, Le Monde,‎ mis en ligne le et mis à jour le (consulté le 23 novembre 2015).
  18. Martine Gozlan, Tunisie, Algérie, Maroc : la colère des peuples, Paris, l'Archipel, , 188 p., 23 cm (ISBN 2-809-80418-4 et 978-2-809-80418-8, OCLC 758848831, notice BnF no FRBNF42403549, présentation en ligne), p. 10 [lire en ligne (page consultée le 23 novembre 2015)]
  19. Djameleddine Feliachi, Les préceptes fondamentaux de l'islam, vol. 1 : Les vertus de la Foi (ISBN 978-1-291-33752-5), p. 165 [lire en ligne (page consultée le 21 novembre 2015)].

Voir aussi[modifier | modifier le code]