Abordage de la flottille pour Gaza

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32° 38′ 28″ N 33° 34′ 02″ E / 32.64113, 33.56727

Le Mavi Marmara quitte le port d’Antalya le .

L’abordage de la flottille pour Gaza est une opération de l'armée israélienne du dirigée, en haute mer, contre une flottille de bateaux de militants pro-palestiniens qui tentaient de briser le blocus de la bande de Gaza. La « flottille de la liberté » ou « flottille Free Gaza » comprenait huit cargos transportant près de 700[1] passagers, de l’aide humanitaire et des matériaux de construction destinés à la population de la bande de Gaza.

L'intervention militaire a fait neuf morts et vingt-huit blessés parmi les militants, et dix blessés parmi les militaires israéliens[2]. La suite d'événements ayant conduit à ces morts a fait l'objet d'une bataille de communication. Les autorités israéliennes ont notamment diffusé une vidéo[3] qui montre des passagers menacer et attaquer avec des armes les soldats qui les arraisonnaient, à laquelle le mouvement organisateur a répliqué qu'il y avait eu agression israélienne sans provocation de leur part[4].

Cette action a été largement condamnée par la communauté internationale[5] et a placé Israël dans une situation délicate. Divers avis juridiques sur l’abordage du Mavi Marmara ont été donnés, certains dont Serge Sur estimant qu’il est « indiscutablement contraire au droit international[6] », d’autres, comme Alan Dershowitz, estiment qu’il est tout à fait légal. Le 2 septembre 2011, l'ONU rend public le rapport de sa commission d'enquête (Rapport Palmer) présentant les responsabilités des différentes parties : d'une part le blocus maritime est estimé légal, Israël étant donc justifié à intercepter la flottille ainsi qu'à faire usage de la force « à des fins de légitime défense » dès lors que les militaires « ont été accueillis par une résistance organisée et violente d'un groupe de passagers » ; d'autre part, la procédure israélienne d'arraisonnement du navire est estimée « excessive et déraisonnable », et le nombre de victimes est considéré « inacceptable »[7],[8]. La Turquie, qui estime toujours le blocus comme illégal, a décide de porter l'affaire devant la Cour internationale de justice[9]. Les Comores portent plainte auprès de la Cour pénale internationale en mai 2013. Cette plainte est initialement rejetée par la procureure, qui estime que les crimes ne sont pas « suffisamment graves pour que la Cour y donne suite ». Elle est contredite par la chambre préliminaire de la CPI, et le devenir de la plainte est suspendu en juillet 2014 à la décision d'une chambre d'appel de la CPI.

Contexte[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Blocus de la bande de Gaza.
Article détaillé : Rapport Palmer.

Composition de la flottille[modifier | modifier le code]

Navires[modifier | modifier le code]

Le convoi compte huit navires, immatriculés dans différents États et appartiennent à différents organisateurs. Six seront arraisonnés le 31 mai, le septième, retardé à la suite d'avaries, sera arraisonné le 5 juin, et le huitième abandonnera le voyage.

Navires arraisonnés le 31 mai
Le Mavi Marmara.
  • Drapeau des États-Unis Challenger I[10]
    Battant un pavillon des États-Unis, le Challenger I est exploité par le mouvement Free Gaza.
  • Drapeau de la Grèce Sfendoni[11]
  • Drapeau de la Grèce Eleftheri Mesogeios[11]
    La Mésogée Eleftheria (« méditerranéenne de libre ») est un cargo battant un pavillon grec et le Sfendoni («fronde, lance-pierre») est un navire à passagers, exploités par l'association grecque Un bateau pour Gaza et la Campagne européenne pour mettre fin le siège de Gaza. Les deux navires ont quitté Pirée le 25 mai pour rejoindre le reste de la flotte à Chypre.
  • Drapeau des Comores MV Mavi Marmara (Blue Marmara)[12]
    Le Mavi Marmara (« Marmara bleue ») est un navire à passagers turc sous un pavillon des Comores, anciennement exploité par la Istanbul Fast Ferries Co. Inc dans la mer de Marmara. Il a été spécialement acheté pour le voyage à Gaza par la Fondation pour les droits de l'homme et la liberté et d'assistance (IHH).
    Il a quitté l'Anatolie, le 22 mai 2010 pour rejoindre le reste de la flotte. Il porte a son bord 581 passagers, dont la grande majorité des ressortissants turcs.
  • Drapeau de la Turquie Gazze[13]
    La Gazza (Gaza) est un navire exploité par l'IHH. Il est chargé de 2 104 tonnes de ciment, 600 tonnes d'acier pour la construction et 50 tonnes de tuiles. Il possède treize membres d'équipage turcs à bord et cinq passagers sont à bord.
  • Drapeau des Kiribati Defne Y[13]
    Le Y Defne («laurier Y ') est un cargo battant un pavillon de Kiribati exploité par l'IHH. Il transporte 150 tonnes de fer, 98 groupes électrogènes, 50 maisons préfabriquées, 16 unités de terrains de jeux d'enfants et d'équipements médicaux spécialisés, ainsi que 23 membres d'équipage et sept passagers. Il part d'Anatolie, le 22 mai.
Navire arraisonné le 5 juin
  • Drapeau du Cambodge MV Rachel Corrie[14]
    Affrété par l'organisation irlandaise, sous pavillon cambodgien, ce navire tire son nom de Rachel Corrie, militante pacifiste américaine écrasée par un bulldozer israélien au cours d'une manifestation à Gaza en 2003. Le bateau n'arrive pas à temps pour rejoindre la flotte, à cause de problèmes mécaniques qui l'ont forcé à faire des réparations à Malte. Il est en route, le 31 mai 2010, lorsque le reste de la flottille est interceptée. Les 11 membres d'équipage décident de poursuivre le voyage vers la bande de Gaza, en dépit des avertissements en provenance d'Israël. Le bateau est un ancien Merchant exploité par Free Gaza. Le 5 juin 2010 en fin de matinée, l'armée israélienne prend le contrôle du cargo irlandais et le déroute, sans faire de victime, vers le port d'Ashdod.
Autre navire
  • Drapeau des États-Unis Challenger II[10]
    À la suite d'avaries mécaniques, ce navire abandonne le trajet.

Cargaison[modifier | modifier le code]

Quatre des sept navires de la flottille sont chargés de 2 000 tonnes de matériaux de construction (outils, gravats, toilettes, éviers, ciment…) destinés à la population de la bande de Gaza, ainsi que de matériel d'aide humanitaire. Sur les 26 camions ayant transporté cette aide au 7 juin, on trouvait : 300 fauteuils roulants, 300 scooters, 100 scooters spéciaux pour handicapés, des centaines de béquilles, 250 lits d’hôpital, 50 canapés, quatre tonnes de médicaments, 20 tonnes de vêtements, tapis, sacs d’école, tissus et chaussures usagés, des équipements hospitaliers divers – des placards et des armoires, des jouets, des matelas.

Entre le 30 mai et le 5 juin (après l'abordage), 484 camions ont ainsi transféré d'Israël à Gaza par voie terrestre 12 413 tonnes de denrées alimentaires, de produits hygiéniques, de médicaments, de vêtements et de matériaux[15]. Selon Israël, le Hamas refuse dans un premier temps cette aide humanitaire, bloquant les camions à Kerem Shalom. Le ministre des Affaires sociales du gouvernement Hamas, Ahmad al-Kurd, a pour sa part affirmé à des journalistes que l'aide ne devrait entrer qu'à condition que "rien ne soit volé aux activistes et sans aucune exception". "Cela inclut les maisons préfabriquées, le ciment, le fer, et les générateurs électriques", a-t-il souligné, en référence à des produits régulièrement bloqués par Israël[16].

Passagers[modifier | modifier le code]

Le convoi compte 682 passagers originaires de 42 pays : 380 Turcs, 38 Grecs, 32 Algériens, 31 Britanniques, 30 Jordaniens, 15 Koweïtiens, 12 Indonésiens, 11 Suédois, 11 Américains, 11 Allemands, 11 Malaisiens, Français, Australiens, Irlandais, Marocains, Italiens, Belges, Arabes israéliens, Syriens, Tchèques, Yéménites, Bahreïniens, Canadiens, Libanais, Égyptiens, Macédoniens, Norvégiens, Mauritaniens, Pakistanais, Bulgares, Néerlandais, Azerbaïdjanais, Serbe, Kosovar, Omanais, Néo-zélandais, Sud-africain et Bosniaque[17].