Empreinte carbone

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L'empreinte carbone est la quantité de carbone (généralement en tonnes) émise par la consommation d'énergie et de matières premières d'une activité, d'une personne, d'un groupe ou d'une organisation.

Définition[modifier | modifier le code]

Selon le Global Footprint Network, le terme « Empreinte Carbone » est utilisé comme diminutif pour la quantité de carbone (généralement en tonnes) émise par une activité, une personne, un groupe ou une organisation, de par sa consommation en énergie et en matières premières. La composante carbone de l’empreinte écologique va au-delà de cette définition en traduisant cette quantité en surface de forêt nécessaire pour séquestrer ces émissions de dioxyde de carbone. Cela permet de représenter la demande que les combustions de ressources fossiles exercent sur la planète. L’empreinte carbone représentant la moitié de l’empreinte écologique de l’ensemble de l’humanité, il paraît essentiel de la réduire afin de lutter contre cette surconsommation[1].

Le Dictionnaire de l'environnement définit l'empreinte carbone comme la mesure du volume de dioxyde de carbone (CO2) émis par combustion d’énergies fossiles, par les entreprises ou les êtres vivants. On estime qu’un ménage français émet en moyenne 16,4 tonnes de dioxyde de carbone (CO2) par an. Il est, dans ses usages privés de l’énergie, directement responsable d’une partie des émissions de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère[2].

Utilisation[modifier | modifier le code]

Le calcul de l'empreinte carbone aide à définir les stratégies et les solutions les mieux adaptées à chaque secteur d’activité et de participer ainsi plus efficacement à la diminution des émissions de gaz à effet de serre. Il permet aussi de compenser ses émissions de CO2. Il existe actuellement plus d’une trentaine de structures qui proposent des mécanismes de compensation carbone[2].

En France, en application de la loi de transition énergétique adoptée en juillet 2015 par le Parlement, les investisseurs institutionnels (mutuelles, gestionnaires de fonds, caisses de retraites, compagnies d’assurance, mais aussi associations et fondations) devront, à partir de 2016, déclarer leur empreinte carbone et donner des informations sur leur stratégie d’investissement et leur impact sur le réchauffement climatique ; ils devront tenir compte de la stratégie nationale bas carbone décidée par le gouvernement et informer leurs clients de tous leurs choix. La France est actuellement le seul pays au monde à s’être doté d’une telle réglementation[3].

Données, évolution[modifier | modifier le code]

En 2010, l’empreinte carbone moyenne d'un Français (émissions de gaz à effet de serre induites, en France et à l’étranger, par la consommation de la population résidant en France) était identique à celle de 1990, alors que le niveau moyen par personne des émissions sur le territoire a diminué de 19 %. En tenant compte des échanges extérieurs, elle s’élevait en 2010 à environ 11,6 tonnes équivalent CO2 (dont 8,5 tonnes pour le CO2), soit 51 % de plus que la quantité émise sur le territoire national. De 1990 à 2010 les émissions associées aux importations se sont accrues de 62 % pour atteindre la moitié de l’empreinte carbone de la consommation de la France en 2010. Le calcul de cette empreinte carbone se base sur trois gaz à effet de serre (GES) : le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et le protoxyde d'azote (N2O), qui représentent 97 % des six GES pris en compte par le protocole de Kyoto[4].

Sur la base d’une estimation provisoire, l’empreinte carbone aurait marqué un léger recul (2,7 %) en 2012 par rapport à 2010.[réf. nécessaire] L’empreinte carbone moyenne des Français a diminué de 9 % sur la période 1990-2012. Au cours de la même période, le niveau moyen des émissions par habitant sur le territoire a diminué de 24 %[5].

Selon le CGDD, en 2017, 70 % des émissions de gaz à effet de serre des ménages provient de 3 postes principaux : logement, transports et alimentation ; la part de l'empreinte carbone liée à la consommation des ménages (si l'on inclut bien les émissions engendrées par la fabrication et le transport de produits qu’ils consomment) était d'environ 689 millions de tonnes équivalent CO2 en 2016 ; c'est 13 % de plus qu’en 1995, mais rapportée au nombre d'habitants, elle reste relativement stable : 10,7 t eq. CO2 / habitant / an. Dans le logement, le chauffage est responsable de 68 % de l'empreinte, devant les usages « spécifiques » de l’électricité qui ont doublé depuis 1985[6].

Recommandations pour réduire l'empreinte carbone[modifier | modifier le code]

Selon une récente revue d'études[7] (publiée mi-2017 dans la revue Environmental Research Letters[8]) et basée sur l'analyse de 148 scénarios présentés par 39 articles évalués par des pairs, des rapports gouvernementaux et des programmes sur le Web, parmi 216 recommandations individuelles trouvées dans ces documents, la plupart n'ont que peu d'effets ou des effets modérés, en particulier les moyens les plus souvent cités (tels que recycler, utiliser les transports en commun, économiser l'eau en lavant les vêtements avec de l'eau froide ou utiliser des lampes basse-consommation) ne sont pas les plus efficients pour cet objectif et même n'ont qu'un impact modéré. Les meilleurs moyens sont quatre choix de vie ayant bien plus d'impact en termes d'émission carbone :

  • devenir végétarien (permet en moyenne de diminuer ses émissions de 820 kilos de dioxyde de carbone (CO2) par an, soit quatre fois plus qu'en recyclant autant que possible[7] ;
  • renoncer au voyage aérien (si une personne n'emprunte pas un vol transatlantique aller-retour dans l'année, elle diminue ses émissions de 1600 kilogrammes de CO2 par an)[7] ;
  • abandonner sa voiture (économie annuelle d'environ 2400 kilogrammes de CO2)[7] ;
  • et de façon encore plus significative, avoir moins d'enfants (un enfant en moins par famille réduirait en moyenne l'empreinte carbone annuelle de 58,6 tonnes de CO2, soit autant que l'économie qui serait faite par 684 adolescents recyclant autant que cela est possible durant tout le reste de leur vie).

Deux actions potentiellement très impactantes ont été écartées dans les conclusions de cette revue, en raison de problèmes méthodologiques ou de résultats contradictoires dans les études considérées :

La plupart des mesures mises en avant dans les manuels et les documents officiels des gouvernements ont un impact modéré (200-800 kg eq. CO2 / habitant / an) à bas (moins de 200 kg eq. CO2 / habitant / an) ; il s'agit en premier lieu de mesures concernant le recyclage et la conservation de l'énergie. Les mesures à impact élevé n'ont été mentionnées qu'à hauteur de 4% dans les documents analysés, et généralement sous une forme édulcorée (par exemple « manger moins de viande » plutôt que se passer complètement de produits carnés, terrestres aussi bien que marins, ce qui réduit l'efficacité de la préconisation d'un rapport 2 à 5 ; ou encore, il est bien plus fréquemment fait référence à des préconisations circonstancielles permettant de moins utiliser la voiture qu'à l'opportunité de s'en passer complètement).

Bien que 195 nations se soient engagées via l'Accord de Paris à agir pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre afin que le seuil de 2°C en 2100 ne soit pas dépassé (+2°C d'augmentation de la température moyenne planétaire), et malgré l'efficacité documentée des quatre solutions présentées ci-dessus (qui peuvent en outre être cumulées), en 2017 elles ne figurent que très marginalement ou pas du tout dans l'ensemble des manuels scolaires canadiens, des rapports gouvernementaux, ou sur les sites Web officiels de l'Union européenne, des États-Unis, du Canada ou de l'Australie[7]. Ceci pourrait être dû selon les auteurs ou commentateurs de cette revue d'études au fait que les quatre actions les plus efficaces impliquent des changements comportementaux politiquement incorrects (tout au moins politiquement impopulaires), ou économiquement tabous, ou supposés « trop extrêmes » pour être acceptables par les populations[8]. Les deux actions les plus taboues semblent être avoir un enfant de moins, et devenir végétarien, qui ne sont préconisées dans aucun document officiel. Seul un document australien recommandait d'abandonner la voiture individuelle, alors qu'acheter une nouvelle voiture plus efficiente est recommandé (et même financièrement soutenu) par les gouvernements en Australie, au Canada, en Europe et aux États-Unis.

Globalement, ces préconisations sont influencées par la culture du pays concerné : par exemple, pour les pays dans lesquels la consommation de produits carnés est associée à un statut socio-économique élevé, et où la consommation de viande est traditionnellement importante, les documents officiels ont tendance à minimiser cet aspect en tant que moyen de réduire significativement les émission de CO2. Ces exemples donnent aux populations l'impression que la lutte contre le changement climatique est une affaire triviale, passant par des « petits gestes » au niveau individuel, et par le progrès technologique au niveau collectif, au risque de manquer l'opportunité de mettre en œuvre les changements drastiques sans lesquels l'objectif ne pourra pas être atteint (des études ont notamment montré qu'il ne serait pas possible de rester sous les 2°C d'augmentation de température globale sans une modification significative des habitudes alimentaires dans les pays industrialisés, en particulier une diminution de la consommation de produits carnés). On pourrait penser qu'encourager à de « petits gestes », relativement aisés à accomplir, avec un résultat concret, pourrait peu à peu encourager les citoyens à adopter une attitude plus responsable et à pouvoir par la suite envisager de leur plein gré des modifications plus substantielles de leur mode de vie ; mais en pratique on observe que ce n'est pas le cas : les « petits gestes » encouragent à adopter d'autres « petits gestes », à l'impact pareillement modéré, et n'ont guère d'effet sur la propension à accepter des changements plus contraignants.

On observe en revanche que les actions fondées sur une implication à long terme et ayant une dimension de participation sociale, même si elles sont a priori contraignantes, ont davantage de chances d'être adoptées que celles qui sont strictement individuelles, au point de pouvoir devenir de nouvelles normes à relativement brève échéance (on peut citer l'exemple du covoiturage). Par ailleurs, il est plus facile d'adopter des attitudes positives à l'adolescence, même si elles impliquent un renoncement radical (par exemple : se passer de voiture individuelle), que de changer marginalement un mode de vie bien établi pour des adultes, alors même que les adultes sont globalement mieux informés et plus conscients des enjeux de long terme. En outre, il est reconnu que les adolescents exercent une forte influence au sein de leur environnement familial en termes de choix de consommation, raison pour laquelle ils devraient constituer une cible privilégiée pour promouvoir les changements les moins populaires mais les plus efficaces.

Malheureusement, la publicité encourage majoritairement les individus (à commencer par les adolescents) à faire des choix de consommation allant à l'opposé des orientations qui seraient souhaitables du point de vue de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (tout comme des objectifs en matière de santé publique), tandis que les instances politiques ou économiques, parallèlement aux discours sur la réalité des périls énergétique et climatique, ne cessent de promouvoir un modèle de société productiviste, basé sur la compétitivité et la croissance du PIB comme seul indicateur de prospérité, pareillement néfaste. Ce qui fait que chaque citoyen est sans cesse tiraillé entre ces injonctions contradictoires, qui tour à tour attisent ses désirs (encouragement à la consommation et à la satisfaction immédiate) ou flattent son sens de la responsabilité (encouragement à la modération et prise de conscience concrète de la soutenabilité de son mode de vie à long terme), ce qui entrave considérablement l'efficacité des campagnes de sensibilisation.[9]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Empreinte Carbone, Footprint network.
  2. a et b Empreinte carbone, Dictionnaire de l'environnement.
  3. L’empreinte carbone devient une information obligatoire, Les Échos, 21 décembre 2015.
  4. Indicateurs de développement durable nationaux 2010-2013 : Empreinte carbone, Ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie.
  5. L’évolution de l’empreinte carbone de la demande finale intérieure de la France de 1990 à 2012, Ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, 19 novembre 2015.
  6. CGDD (2017), « Ménages & environnement – les chiffres clés », Édition 2017, Commissariat général au développement durable.
  7. a b c d e f et g Wynes S& Nicholas K.A (2017) The climate mitigation gap: education and government recommendations miss the most effective individual actions ; Environmental Research Letters ; 12 Juillet 2017
  8. a et b Perkins S (2017) The best way to reduce your carbon footprint is one the government isn’t telling you about (La meilleure façon de réduire votre empreinte carbone est celle dont le gouvernement ne vous parle pas), 11 juillet 2017
  9. « Je vais alors me permettre cette question très impertinente : quand cesse-t-on d’être pauvre ? Quand on a de quoi manger ? Quand on possède un téléviseur ? Quand on possède un téléviseur et un téléphone ? Quand on possède aussi une voiture ? Quand on peut scolariser ses enfants à l’université payante ? Quand on dépasse 70 ans d’espérance de vie ? Ou, tout simplement, quand on est heureux de son sort ? Si c’est la dernière réponse qui est la bonne, il me semble plus urgent de supprimer la publicité, qui n’a d’autre fonction que de créer en nous une frustration permanente, que de motoriser 3 milliards d’habitants ! [...] L’accès généralisé à l’image et le sentiment d’urgence qui en découle est très certainement un déterminant du premier ordre sur la demande en énergie. »
    « Énergie et choix de société – Jean Marc Jancovici, Palais de la Découverte, Mai 2001 », sur Jancovici.com, (consulté le 5 mars 2018)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]