Assassinats du Mossad après le massacre de Munich
Après la prise d'otages des Jeux olympiques de Munich, le Mossad mena une campagne d'assassinats contre les militants de l'organisation de libération de la Palestine. Menée par le service Action du Mossad, elle visa à assassiner les auteurs directs ou indirects suspectés de la prise d'otages des Jeux olympiques de Munich de 1972, appelée aussi « massacre de Munich ». Les cibles visées par l'opération incluent les membres du groupe palestinien Septembre noir qui étaient responsables de la prise d'otages de Munich, ainsi que des membres de l'OLP accusés d'être indirectement impliqués dans l'opération meurtrière. L'opération Colère de Dieu reçoit l'aval de la Première ministre israélienne Golda Meir en automne 1972. Elle dure plus de vingt ans.
Durant ces années, les unités israéliennes chargées de cette mission tuent à travers l'Europe une douzaine de Palestiniens et de ressortissants de pays arabes, dont certains ont participé au massacre des athlètes israéliens de Munich (Allemagne) en 1972. D'autres assassinats concernent des militants ou des intellectuels sans lien avec le massacre de Munich. D'après Aviva Guttmann, l'opération a pour but l'affaiblissement ou la destruction de l'Organisation de libération de la Palestine[1]. Un assaut militaire additionnel, dirigé par Ehud Barak, fut mené au Liban par des commandos israéliens afin d'assassiner des cibles palestiniennes liées à l'OLP.
Cette série d'assassinats provoque des ripostes de la part du groupe Septembre noir visant des membres du gouvernement israélien. Colère de Dieu suscite également des réactions et des critiques envers Israël, notamment pour son choix des cibles, sa tactique d'assassinat et l'efficacité globale de l'opération. En raison du caractère secret de celle-ci, certains détails restent invérifiables en dehors des sources uniques, dont le récit d'un Israélien, Yuval Aviv, qui prétend avoir dirigé un commando dans cette opération ; ou encore grâce aux confidences mesurées de l'ancien chef du Mossad qui les supervisait tous[2].
Des services de renseignement européens, dont la DST française, le BfV allemand ou encore le SISDE italien ont indirectement participé à l'opération en fournissant au Mossad des listes de cibles potentielles[3]. L'expression opération Colère de Dieu est fausse d'après Ronen Bergman, spécialiste du Mossad, « selon tous ceux qui y ont pris part »[4].
Contexte et Comité X
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L'assassinat de onze athlètes israéliens pendant les Jeux olympiques d'été de 1972 par le groupe palestinien Septembre noir pousse Israël à reconsidérer sa politique en matière de lutte contre le terrorisme.
Peu après l'événement, la Première ministre israélienne Golda Meir crée le Comité X, un petit groupe constitué de membres du gouvernement chargé de réfléchir à une réponse israélienne, composée d'elle-même à sa tête, du ministre de la Défense Moshe Dayan, de celui de l'Éducation Igal Alon et du ministre sans portefeuille Israël Galili. Elle confie également au général Aharon Yariv la charge d’être son conseiller personnel en matière d'anti-terrorisme ; celui-ci ainsi que le chef du Mossad Zvi Zamir prennent le contrôle et la direction des opérations futures.
Golda Meir « espérait que les Européens seraient conscients et agiraient eux-mêmes contre le terrorisme palestinien dirigé contre Israël »[2] mais le comité en vient à la conclusion que pour décourager de futures attaques palestiniennes contre Israël, celui-ci devait tuer ceux qui avaient commandité ou exécuté la prise d'otages de Munich[2]. Sous la pression de l'opinion publique israélienne, Golda Meir autorise le commencement de la campagne de « représailles »[5] - alors que le chef du Mossad, Zvi Zamir, soutient qu'il n'a jamais été question de « représailles » mais de cibler des sources du terrorisme palestinien en Europe[2],[1] -, avec une réticence qui disparaît cependant quand les preneurs d'otages survivants ont été libérés seulement quelques mois plus tard par l'Allemagne pour obéir aux exigences de pirates de l'air qui avaient détourné un avion de la Lufthansa, le 1972[6].
Le Comité X fixe de se réunir pour décider soigneusement chaque assassinat au cas par cas et « savoir qui attaquer » en évaluant « le résultat attendu »[2]. Il bénéficie des renseignements apportés par les services secrets occidentaux via le canal de communication « kilowatt ». Les services occidentaux ont ainsi abondamment fourni les renseignements demandés par le Mossad sur des militants palestiniens, liés ou non à l'attentat de Munich[1].
L'ancien membre du Palmach, le commandant Mike Hariri est désigné pour réunir l'équipe, dénommée « unité Kidon » (baïonnette)[7], de femmes et d'hommes surnommés kidonim, chargée de localiser et d'assassiner les auteurs des attentats, en tentant d'éviter des dommages collatéraux. Outre la coopération des services occidentaux, le Mossad a son propre réseau d'informateurs[8]. Chaque opération est suivie d'un débriefing[2].
Décidée en 1972, l'opération Colère de Dieu s'achève en 1992[7].
Liste des personnes tuées
[modifier | modifier le code]- Abdel Wael Zwaiter (tué en octobre 1972 à Rome), poète et traducteur palestinien sans rapport avec la prise d'otages de Munich[9].
- Mahmoud Hamchari (mort en à Paris à la suite d'une attaque à la bombe en )
- Bashir Abd al-Chir (tué dans l'explosion de sa chambre d'hôtel le à Nicosie, Chypre)
- Ahou Zeid (tué en à Athènes)
- Basil al-Qubeisi (tué en à Paris)
- Kamal Adouan (tué en à Beyrouth)
- Mohammed Youssef al-Najjar dit Abou Youssef (tué en à Beyrouth)
- Kamal Boutros Nasser (tué en à Beyrouth)
- Mohamed Boudia (tué en à Paris)
- Ali Hassan Salameh dit Abou Hassan (tué en janvier 1979 à Beyrouth)
- Khalil al-Wazir dit Abou Jihad (tué le à Tunis)
- Wadie Haddad (mort d'une leucémie en 1978 à Berlin-Est)
- Salah Khalaf dit Abou Iyad (tué en janvier 1991 à Tunis par des dissidents palestiniens du Fatah)
- Atef Bseiso (tué en à Paris)
Controverses
[modifier | modifier le code]Dans un documentaire télévisuel de 2000, le journaliste Emmanuel François avance la thèse selon laquelle sur la « liste Golda »[8], figurent des personnalités militant contre la politique israélienne, hommes politiques ou simples intellectuels, sans lien prouvé avec la prise d'otages[10],[11].
Le , à Lillehammer, le Mossad assassine par erreur Ahmed Bouchikhi, un serveur d'un débit d'alcool d'origine marocaine (frère de Chico Bouchikhi, guitariste cofondateur des Gipsy Kings), le confondant avec Ali Hassan Salameh, du fait de certaines coïncidences et de sa fatale ressemblance physique avec ce dernier[2]. Ce fiasco eut un impact sur l'ensemble des opérations du Mossad en Europe. En effet, les agents israéliens se sont non seulement trompé de cible, mais ils ont également été arrêtés par la police norvégienne, qui a découvert à cette occasion des informations cruciales sur les hommes et les planques du Mossad sur le continent[3].
À la suite de cet échec, Mike Hariri présente sa démission qui est refusée mais l'opération Colère de Dieu est suspendue[2],[12]. Ali Hassan Salameh sera assassiné cinq ans plus tard.
Les membres de l'équipe de repérage et d'exécution d'Ahmed Bouchiki sont capturés, jugés et condamnés à un à cinq ans et demi de prison en Norvège puis libérés après avoir purgé un tiers de leur peine.
Le gouvernement israélien ne reconnaît jamais directement sa responsabilité dans le meurtre de Bouchikhi mais en 1996, il présente des excuses à la famille et transfère le paiement d'une indemnité d'un montant de 400 000 dollars au fils de Bouchikhi vivant en Norvège[13],[2].
Dans les arts
[modifier | modifier le code]Ces événements sont relatés dans le film documentaire[14] intitulé Un jour en septembre (One day in september) de Kevin Macdonald, sorti en 1999.
Ils sont aussi adaptés au cinéma dans les films L'Épée de Gédéon de Michael Anderson sorti en 1986 et Munich de Steven Spielberg sorti en 2005. Ces deux films sont inspirés du livre (en) Vengeance : The True Story of an Israeli Counter-Terrorist Team de George Jonas, paru en 1984.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]Sources et bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Operation Wrath of God » (voir la liste des auteurs).
- (en) Simon Reeve, One Day in September, New York, Arcade Publishing, , 304 p. (ISBN 1-55970-547-7, lire en ligne)
- Aviva Guttmann, Operation Wrath of God : The Secret History of European Intelligence and Mossad’s Assassination Campaign, Cambridge University Press, 2025
- compte-rendu dans Alain Gresh, « Comment l’Europe a couvert les assassinats de Palestiniens sur son sol », Orient XXI,
Notes et références
[modifier | modifier le code]- Alain Gresh, « Comment l’Europe a couvert les assassinats de Palestiniens sur son sol », Orient XXI, 12 septembre 2025.
- (he) Yossi Melman, « גולדה לא נתנה הוראה » [« Golda n'a pas donné d'ordre »] (Interview de l'ancien chef du Mossad), הארץ : Haaretz, (lire en ligne, consulté le )
- « Opération Colère de Dieu : quand les espions européens ont aidé le Mossad à tuer », sur France 24, (consulté le )
- ↑ Ronen Bergman, Lève-toi et tue le premier. L'histoire secrète des assassinats ciblés commandités par Israël , traduit par Johan-Frédéric Hel Guedj. Paris : Bernard Grasset, 2018. (ISBN 978-2-246-821-7[à vérifier : ISBN invalide]).3, p. 808 note 4.
- ↑ Reeve 2000, p. 152-154
- ↑ Reeve 2000, p. 158
- De nos jours, l''unité Kidon poursuit sa mission de contre-terrorisme exclusivement sur le sol israélien.
- (he) Yaniv Hofek, Assaf Baker, « מבצע "זעם האל" » [« Opération Colère de Dieu »], Centre de technologie de l'éducation, sur lib.cet.ac.il (consulté le )
- ↑ Ronen Bergman, Lève-toi et tue le premier. L'histoire secrète des assassinats ciblés commandités par Israël , traduit par Johan-Frédéric Hel Guedj. Paris : Bernard Grasset, 2018. (ISBN 978-2-246-821-7[à vérifier : ISBN invalide]).3, p. 204-205, 212 et 808 note 27.
- ↑ Voir le film Le documentaire La liste Golda du journaliste Emmanuel François et quelques mots dans la revue de presse.
- ↑ Voir également ce commentaire sur le film écrit par François Shleffer de TéléObs
- ↑ Cyrille Louis, « Mike Harari, homme de l'ombre et espion célèbre », sur Le Figaro, (consulté le )
- ↑ Yossi Melman et Dan Raviv, (trad.) Les guerres et les ombres du Mossad la communauté du renseignement, éd. Yedioth Books, 2012
- ↑ One day in September a remporté l'Oscar du meilleur film documentaire attribué par AMPAS.