Conflit du Cachemire

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Le conflit du Cachemire est lié au différend pour la possession de la région du Cachemire entre l'Inde, les groupes cachemiris, le Pakistan et la Chine.

Ce différend a conduit à plusieurs reprises à des affrontements armés entre les trois nations.

Histoire[modifier | modifier le code]

Durant l'administration britannique des Indes, le Cachemire est un royaume indépendant dirigé par un maharadja. Lorsqu'en 1947, l'indépendance indienne est proclamée, se pose la question de la partition du sous-continent sur des critères religieux : un Pakistan musulman et une Union indienne laïque à majorité hindoue. Le maharadja Hari Singh, en place au Cachemire à cette époque est un hindou à la tête d'un royaume majoritairement musulman, cependant il n'entend rallier ni l'Inde, ni le Pakistan et nourrit l'ambition d'un royaume indépendant. En effet, la situation géographique permet de penser cette indépendance possible puisque le Cachemire jouxte l'Inde et le Pakistan, et est également l'un des plus grands états princiers. Ainsi, Hari Singh choisit une « option d'immobilisation » en attendant un réel statut pour son royaume.

Cependant, des massacres de réfugiés liés à la partition ont lieu au Cachemire, faisant craindre des actions contre la population musulmane. C'est alors que des milliers d'hommes armés venant de tribus pakistanaises vont intervenir au Cachemire pour « aider leurs frères musulmans ». Cette action est vue d'un bon œil par le Pakistan qui entend intégrer à son État cette contrée à majorité musulmane, sur le principe des « deux nations ». Suite à cette intrusion armée sur son territoire, le maharadja va faire appel à l'aide de l'armée indienne et à Lord Mountbatten, gouverneur général des Indes, pour repousser ces groupes armés. Mais l'aide indienne ne lui est accordée que s’il signe l'accession du Cachemire à l'Union indienne, ce qu'il fit le 26 octobre 1947. Il s'ensuit l'intervention des troupes régulières du Pakistan, provoquant ainsi la première guerre indo-pakistanaise. Cette guerre prendra fin en 1949 car l'ONU fait accepter une ligne de cessez le feu aux deux états qui coupe le Cachemire en deux : la ligne de contrôle

C'est plus tard que la Chine va devenir un acteur du conflit. Tout commence en 1959, quand la Chine pénètre au Ladakh et construit une route reliant deux de ses provinces sensibles : le Tibet et le Xinjiang. C'est ensuite en 1962 qu’éclate la guerre sino-indienne, ayant pour cause la volonté chinoise de modifier ses frontières avec l'Inde dans la région du Cachemire. La guerre fut brève et ne dura qu'un mois, mais entraîna des revendications de territoires qui sont encore d'actualité entre la Chine et l'Inde.En 1963, le Pakistan cède à la Chine le territoire de la vallée du Shaksgam contre son soutien dans le conflit avec l'Inde. La vallée est donc également revendiquée par l’Inde.

En 1965, les affrontements militaires entre le Pakistan et l'Inde reprennent. En effet, l'opération d'infiltration des éléments armés cachemiris par le Pakistan pour provoquer un soulèvement va entraîner la deuxième guerre indo-pakistanaise qui se terminera en 1966. Une fois de plus, le Cachemire est au cœur des tensions entre ces deux états. En 1999 les deux pays vont encore s'affronter au Cachemire dans le conflit du Kargil. L'infiltration pakistanaise du côté indien de la ligne de contrôle va provoquer des affrontements entre les armées, se soldant par la mort de plus d'un millier de militaires des deux camps. Le conflit de Siachen en 1984 a également eu lieu pour des raisons similaires.

En 2016, des émeutes liées à des revendications de la population du Cachemire contre l'Inde font une soixantaine de mort et des centaines de blessés. Ces affrontements s'accompagnent de couvre-feu, d'accès internet et téléphone coupés par les forces indiennes ainsi que la suspension provisoire de la presse.

Acteurs[modifier | modifier le code]

L'Inde[modifier | modifier le code]

L'Union indienne possède la partie sud du Cachemire, qui est un de ses États : le Jammu et Cachemire. Elle revendique les territoires situés au Cachemire occupés par le Pakistan et par la Chine.

Elle militarise la zone pour mener des opérations de contre-insurrection et pour contrôler ses frontières avec la Chine et le Pakistan.

Le Pakistan[modifier | modifier le code]

L'État du Pakistan possède la partie nord de la région du Cachemire et revendique les territoires occupés par l'Inde.

La Chine[modifier | modifier le code]

La République populaire de Chine est en tension avec l'Inde à propos de certains territoires cachemiris qu'elle occupe: l'Aksai Chin et la vallée du Shaksgam.

Les groupes Cachemiris[modifier | modifier le code]

On distingue plusieurs mouvances parmi les groupes du Cachemire :

Conférence nationale[modifier | modifier le code]

La Conférence nationale est le parti historique du Cachemire.

C'est de la conférence que sont issus un grand nombre de premiers ministres de l'état du Jammu-et-Cachemire Indien.

Groupes séparatistes et indépendantistes[modifier | modifier le code]

Les militants séparatistes ou indépendants sont très présents au nord mais pas uniquement. Ils dénoncent la mainmise indienne sur le territoire et les exactions commises par l'armée indienne. Les indépendantistes se battent pour un Cachemire indépendant tandis que les groupes séparatistes demandent parfois un rattachement de la région au Pakistan.

La All parties Hurriyat conference est l'un des groupes séparatistes les plus importants. Ces groupes font parfois entendre leurs revendications par la violence.

Groupes islamistes[modifier | modifier le code]

Une autre forme de mouvance existe également, qui prend la forme de groupes islamistes radicaux cachemiris. Ces derniers sont issus de l’idéologie « jihadiste » et sont à l'origine d'attentats violents, sur le sol indien notamment. Les membres de groupes terroristes sont souvent des musulmans issus de classes sociales inférieures et souffrant d'un sentiment de discrimination venant de l'Inde, notamment après la montée des violences anti musulmanes depuis les années 1990, mais ce sont aussi des combattants venant du Pakistan et parfois de l’Afghanistan.

Formes de violences[modifier | modifier le code]

Affrontements inter-étatiques[modifier | modifier le code]

Les affrontements militaires interétatiques ont été nombreux au cours de l'histoire du conflit : entre Inde et Pakistan et entre Inde et Chine. Si les États du Pakistan et de l'Inde, ne sont pas constamment en guerre, des zones sont néanmoins des sources constantes de tensions militaires. C'est le cas des zones frontalières à proximité de la ligne de contrôle, et notamment du glacier de Siachen qui s'étend entre le point à partir duquel la ligne de contrôle n'est plus clairement définie et la frontière chinoise. Ce glacier est caractéristique des tensions militaires puisque les armées de l'Union indienne et du Pakistan s'y affrontent depuis 1984, et depuis les salves d'artillerie s'y perpétuent à 4 000 mètres d'altitude, ce qui en fait le champ de bataille le plus élevé du monde.

Exactions indiennes[modifier | modifier le code]

L'armée indienne présente sur le territoire cachemiri a un comportement violent avec les populations locales, pourtant citoyennes d'un État indien. Elle agit comme une armée d'occupation et s'est rendue coupable d'exactions, de viols et de disparitions comme le détaillent un rapport d'Amnesty international[1]. Ces violences exercées par l'armée indienne sur des civils alimentent les tensions et le ressentiment des population du Cachemire.

Émeutes et soulèvements[modifier | modifier le code]

Les émeutes et les soulèvements violents sont fréquents au Cachemire indien, témoignant du mécontentement des populations locales vis à vis de l'union indienne. Ces manifestations sont bien souvent réprimées avec violence par les forces de sécurité indienne qui tirent parfois sur les émeutiers.

Attentats[modifier | modifier le code]

De nombreux attentats organisés par des groupes provenant du Cachemire sont commis à l’intérieur même de la région, mais surtout en Inde. Ces attentats sont souvent des attaques à l'aveugle sur des populations civiles pour faire entendre des revendications. On peut distinguer deux types de groupes armés exerçant ces violences.

D'un côté les groupes séparatistes ou indépendantistes qui considèrent ces violences comme un combat légitime pour leur liberté, en réponse aux « persécution » faites aux minorités ethniques ou religieuses. C'est le cas par exemple du groupe qui, en décembre 2001, réalise l'attentat du siège du parlement indien, faisant de nombreuses victimes et entraînant des tensions militaires.

De l'autre côté les groupes terroristes issus de la mouvance jihadiste, prenant base au Cachemire, perpétuent des attentats sur les populations indiennes et cachemiris. C'est le cas de l'attentat à la voiture piégées contre le parlement de l'état du Jammu et Cachemire à Srinagar en 2001 et de l'attentat sur le marché de Srinagar en 2000 entre autres.

Le rôle des services de renseignement pakistanais est notable dans ces violences puisque lors de nombreux attentats, ils sont soupçonnés de collusion avec les groupes terroristes séparatistes et islamistes.

Enjeux[modifier | modifier le code]

Enjeux stratégiques[modifier | modifier le code]

La situation géologique et géographique particulière de la région en fait une zone stratégique pour les pays engagés dans le conflit.

Pour l'État chinois, sa présence dans les zones himalayennes cachemiris lui permet de renforcer les liaisons entre deux de ses provinces sensibles, le Xinjiang et le Tibet.

Pour l'État indien, le Cachemire présente un intérêt stratégique car il constitue une pointe avancée vers les territoires chinois et pakistanais, pays avec lesquels l'Inde est en tension.

C'est également au Cachemire que se situe le haut bassin du fleuve Indus et de ses affluents du fait de la présence des grands glaciers dans cette région himalayenne. La zone est la source des fleuves qui irriguent les terres les plus riches du Pakistan[2], notamment le Penjab ou une part importante de la population pakistanaise vit. Le Cachemire constitue donc un stock vital d'eau douce pour ces régions dépendantes de l'eau, car arides et enclines à subir des sécheresses. Le contrôle du Cachemire permet donc le contrôle de l'accès à l'eau.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Document », sur www.amnesty.org (consulté le 22 avril 2018)
  2. « Le Dessous des cartes - Un Cachemire, trois nations | ARTE », Le Dessous des cartes | ARTE,‎ première diffusion en octobre 2011. (lire en ligne, consulté le 11 avril 2018)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Luc Racine, Cachemire au péril de la guerre, Éditions autrement, 2002
  • Gilles Bocquérat, JL Racine, Aminah Mohammad-Arif, Celine Pajon, Laurent Gayer, Dictionnaire de l'Inde contemporaine.
  • Racine Jean-Luc, Le Cachemire et ses trois cercles, Le Débat, 2002/1 (n° 118), p. 156-165
  • Racine Jean-Luc, Le Cachemire : une géopolitique himalayenne, Hérodote, 2002/4 (N°107), p. 17-45
  • Arte, Un Cachemire, trois nations, 2011, http://ddc.arte.tv/nos-cartes/un-cachemire-trois-nations
  • Phillipes Recacewicz, Cachemire : quelques repères, Le Monde diplomatique, 2000
  • Roland-Pierre Paringuaux, Des villageois sans histoire, Le Monde diplomatique, 2002
  • Les principaux attentats recensés en inde depuis 2000, Le Monde, 2008
  • Le Cachemire : Une poudrière dans les calculs indo-pakistanais, memri.fr, 2016