Petro Porochenko

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Petro Porochenko
Петро Порошенко
Illustration.
Portrait officiel de Petro Porochenko (2014).
Fonctions
Président de l'Ukraine
En fonction depuis le
(4 ans, 5 mois et 12 jours)
Élection 25 mai 2014
Premier ministre Arseni Iatseniouk
Volodymyr Hroïsman
Prédécesseur Oleksandr Tourtchynov
(intérim)
Viktor Ianoukovytch
Ministre du Commerce et du Développement économique

(9 mois et 1 jour)
Président Viktor Ianoukovytch
Premier ministre Mykola Azarov
Prédécesseur Andri Klyouyev
Successeur Ihor Prasolov
Ministre des Affaires étrangères

(5 mois et 2 jours)
Président Viktor Iouchtchenko
Viktor Ianoukovytch
Premier ministre Ioulia Tymochenko
Prédécesseur Volodymyr Khandohiy
Successeur Kostiantyn Hrychtchenko
Député

(1 an, 5 mois et 22 jours)
Élection 28 octobre 2012
Circonscription 12e (Vinnytsia)
Législature VIIe

(1 an et 21 jours)
Élection 26 mars 2006
Circonscription Scrutin de liste
Législature Ve

(7 ans, 3 mois et 27 jours)
Élection
Réélection 31 mars 2002
Circonscription 12e (Vinnytsia)
Législature IIIe et IVe
Biographie
Nom de naissance Petro Oleksiovytch Porochenko
Date de naissance (53 ans)
Lieu de naissance Bolhrad (RSS d'Ukraine, URSS)
Nationalité Ukrainienne
Parti politique SDPU(O) (1990-2000)
PSU/S (2000-2005)
PRVTSU/PR (2000-2001)
NSNU/NU (2005-2010)
NASTUP/BOS (2013-2014)
BPP/BPP-S (depuis 2014)
Conjoint Maryna Perevedentseva
Enfants Oleksi Porochenko
Diplômé de Université Taras-
Chevtchenko de Kiev
Religion Église orthodoxe d'Ukraine (Patriarcat de Kiev)
Résidence Palais Maryinsky (Kiev)

Signature de Petro PorochenkoПетро Порошенко

Petro Porochenko
Présidents d'Ukraine

Petro Oleksiovytch Porochenko (Петро Олексійович Порошенко en ukrainien), né le à Bolhrad, est un homme d'affaires et homme d'État ukrainien, président du pays depuis le .

Chef d'entreprise, il fait notamment fortune dans l'industrie du chocolat. Parallèlement à ses activités professionnelles, il s'engage dans les années 1990 en politique.

D'abord membre du Parti social-démocrate d'Ukraine et soutien du président Leonid Koutchma, il participe à la fondation du Parti des régions, avant de devenir un proche de Viktor Iouchtchenko et de rejoindre le Bloc Notre Ukraine. Il est ministre des Affaires étrangères de 2009 à 2010, puis ministre du Commerce et du Développement économique en 2012, sous la présidence de Viktor Ianoukovytch. Dans le même temps, il préside le Conseil de la Banque nationale d'Ukraine.

En 2014, il soutient la révolution de Maïdan et remporte au premier tour l'élection présidentielle anticipée. Les élections législatives qui suivent lui donnent une majorité au Parlement. Pendant sa présidence, alors qu'il tente de mettre fin à la guerre du Donbass, sa politique d'austérité et des accusations de corruption font chuter sa popularité.

Situation personnelle[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Petro Oleksiovytch Porochenko naît à Bolhrad, dans l'oblast d'Odessa[1]. Il est issue d'une famille russophone. Son père, Oleksi Porochenko, est un ingénieur et fonctionnaire qui gère plusieurs usines à l'époque soviétique[2]. Sa mère, Eugenia Sergeevna, est comptable[3].

Il passe son enfance à Bender, en RSS moldave, où son père dirige une usine de construction de machines[4]. Après s'être battu avec des jeunes de l'Armée soviétique, il effectue son service militaire en RSS kazakhe[5].

Maryna Poroshenko.

En 1984, il se marie avec Maryna Perevedentseva (née en 1962), qui deviendra cardiologue[6]. Avec celle-ci, il a quatre enfants : Oleksi, Ievhenya, Oleksandra et Mykhaylo[7].

Études[modifier | modifier le code]

En 1982, après avoir été un élève dissipé pendant ses études secondaires, il intègre l'enseignement supérieur. Il obtient en 1989 un diplôme d'économie à la faculté de relations internationales et de droit de l'université nationale de Kiev[8]. À l'université, il se lie d'amitié avec Mikheil Saakashvili, futur président de la Géorgie qu'il nommera gouverneur de l'oblast d'Odessa avant de le contraindre à l'exil[9].

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

De 1989 à 1992, il est employé comme assistant au département des relations économiques internationales de l'université nationale de Kiev[10]. Il travaille en parallèle au sein du cabinet de conseil spécialisé en droit des contrats internationaux qu'il a fondé pendant ses études. Dans le même temps, il est directeur adjoint de l'Union des petites entreprises et des entrepreneurs de la République et directeur général d'Exchange House Ukraine[10].

Avec son père et plusieurs autres hommes d'affaires, il crée en 1993 la société UkrPromInvest, spécialisée dans la confiserie et l'automobile[6]. Petro Porochenko est directeur général de la société de sa fondation à 1998, année où il cède ce poste à son père en raison de son entrée au Parlement ukrainien[6]. Il construit sa fortune en profitant de la pénurie de cacao dans les pays d'ex-URSS, où il exporte massivement[11].

Entre 1996 et 1998, lors de la vague de privatisations, il rachète plusieurs entreprises d'État de confiserie, qu'il fusionne dans le groupe Roshen, ce qui en fait le plus grand producteur de confiseries d'Ukraine[12]. Bien que n'étant pas la plus importante de ses entreprises, l'usine de confiserie de Lipetsk, en Russie, attire l'attention des médias. Ses succès dans l'industrie du chocolat lui valent le surnom de « roi du chocolat »[13]. Il se diversifie dans d'autres secteurs d'activité en détenant plusieurs sites de production d'automobiles et d'autobus, le chantier naval Leninska Kuznya (en), la chaîne de télévision 5 Kanal ou le magazine Korrespondent[14],[15],[16].

Selon le magazine Forbes, sa fortune s’élève en 2014 à 1,3 milliard de dollars, ce qui en fait un des hommes les plus riches d'Ukraine[17]. En , quelques semaines avant son accession à la présidence, Bloomberg News estime que sa fortune a diminué de 25 % — à 720 millions de dollars — en raison du boycott de ses produits par la Russie et de la dégradation de l’économie ukrainienne[18]. Dans les mois qui suivent, il est le seul homme d'affaires ukrainien à voir sa fortune s'accroître[19],[20]. Avec Silvio Berlusconi par le passé, il est le seul dirigeant européen à posséder un tel empire financier[19]. Pendant sa présidence, il ne tient pas sa promesse de vendre le groupe Roshen et dissimule ses activités en ayant recours à des montages opaques[21],[22].

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Soutien de Koutchma[modifier | modifier le code]

En 1998, Petro Porochenko est élu député au Parlement (Rada) dans la 12e circonscription (Vinnytsia), devançant de 58 voix l'homme d'affaires Volodymyr Skomarovskyi[23]. Il est alors membre du Parti social-démocrate d'Ukraine (unifié) (SDPU(O)), fidèle au président Leonid Koutchma et dont il intègre le bureau politique[23]. Début 2000, il quitte le SDPU(O). En mai de la même année, il fonde le Parti solidarité d’Ukraine (PSU). Ce mouvement de centre-gauche — d’abord lancé sous la forme d'une faction parlementaire, qu'il préside — rallie plusieurs députés élus en 1998 sous l’étiquette du Parti paysan d’Ukraine et du parti Hromada.

Au cours de l'année 2000, il participe au lancement du Parti du renouveau régional « Solidarité du travail d'Ukraine » (PRVTSU), issu du Parti du renouveau régional d'Ukraine et qui devient l’année suivante le Parti des régions, une formation considérée comme pro-russe et également fidèle à Koutchma. Alors que Petro Porochenko est élu co-président du PRVTSU puis vice-président du Parti des régions, le processus de fusion du PSU avec ce parti est contesté[24]. Dans le même temps, Petro Porochenko soutient le Premier ministre pro-occidental Viktor Iouchtchenko[23].

Proche de Iouchtchenko[modifier | modifier le code]

Petro Porochenko et Viktor Iouchtchenko (2004).

En 2001, Petro Porochenko cesse de soutenir Leonid Koutchma. Ne pouvant revenir sur le processus de fusion du PSU avec le Parti des régions, il refonde son parti avec un intitulé proche, Solidarité, dont il prend rapidement la tête[a] et qu'il fait rejoindre la coalition d'opposition pro-occidentale Bloc Viktor Iouchtchenko « Notre Ukraine »[25]. En vue des élections législatives de 2002, et devient chef de campagne du bloc conduit par Viktor Iouchtchenko. La coalition arrive en tête du scrutin et Petro Porochenko est réélu au Parlement. De 2002 à 2005, il préside la commission parlementaire du budget, où il est accusé d’avoir fait perdre 47 millions d’hryvnias à l’État[26],[27]. Ses activités professionnelles font en outre l'objet de poursuites par les services fiscaux[10].

Considéré comme étant l’oligarque le plus riche entourant Viktor Iouchtchenko, il est l'une des principales personnalités finançant le Bloc Notre Ukraine et la Révolution orange, pendant laquelle il se montre particulièrement actif sans toutefois chercher à attirer l’attention médiatique[10],[28],[29]. Dans le cadre de l’élection présidentielle de 2004, il est directeur de campagne de Viktor Iouchtchenko, auprès duquel il contrecarre l’influence de ses conseillers nationalistes[10]. Il fait alors partie du premier cercle de Iouchtchenko, qui est le parrain de ses filles jumelles[12],[5].

En 2005, Petro Porochenko quitte la tête de Solidarité et rejoint le parti Union nationale « Notre Ukraine », nouvellement fondé[23].

Pressenti au poste de Premier ministre après l’accession de Iouchtchenko à la présidence du pays, il est finalement nommé secrétaire du Conseil national de sécurité et de défense d'Ukraine[10]. Son influence est particulièrement importante, ce qui suscite des tensions avec la Première ministre Ioulia Tymochenko[10]. En , il est accusé de corruption pour avoir voulu défendre les intérêts du milliardaire Viktor Pintchouk, qui devait bénéficier de la privatisation de la société d’État Nikopol Ferralloy en l'achetant à 80 millions de dollars, alors que des experts indépendants l’estimaient à un milliard[30]. En réponse à ces accusations, le président Iouchtchenko lui retire son poste et change de gouvernement[12]. L’affaire n’aboutira jamais ; le procureur général du pays, Sviatoslav Piskun, affirme par la suite avoir été limogé pour ne pas avoir poursuivi Ioulia Tymochenko et pour avoir maintenu les poursuites à l'encontre de Petro Porochenko[10],[31],[32].

Petro Porochenko est réélu au Parlement, sur la liste du Bloc Notre Ukraine, en [b]. Il souhaite prendre la présidence du Parlement, ce qui conduit son principal concurrent pour ce poste, le socialiste Oleksandr Moroz, à rompre la coalition gouvernementale pro-occidentale, permettant ainsi le retour de Viktor Ianoukovytch à la tête du gouvernement[10]. Durant la législature, Petro Porochenko préside la commission des finances et des banques[33],[34]. Il décide de ne pas briguer un quatrième mandat de député en vue des élections législatives de 2007[10].

Entre 2007 et 2012, alors même qu’il est ministre, il préside le Conseil de la Banque nationale d'Ukraine, dont il est membre du bureau depuis 1999[10],[35],[36].

Membre du gouvernement[modifier | modifier le code]

Petro Porochenko et le Premier ministre de Grèce, Giórgos Papandréou, en 2009.

Le , sur proposition du président Iouchtchenko, il est nommé ministre des Affaires étrangères[37],[38]. Le , Iouchtchenko le réintègre dans le Conseil national de sécurité et de défense[39]. Au gouvernement, Petro Porochenko soutient la candidature de l'Ukraine à l'OTAN, tout en précisant que l'adhésion de l’Ukraine à l'OTAN n'est pas un but en soi[40]. Le second gouvernement Tymochenko chute le , à la suite de l’élection à la présidence de Viktor Ianoukovytch.

Le nouveau président, à tendance pro-russe, déclare néanmoins vouloir coopérer avec Petro Porochenko à l'avenir[15]. En , Porochenko est nommé ministre du Commerce et du Développement économique. Il détient ce portefeuille pendant neuf mois[41]. Sans toutefois y adhérer, il se rapproche alors du Parti des régions au pouvoir[23]. Face aux critiques de pro-occidentaux, il déclare avoir accepté d'avoir intégré le gouvernement afin d'œuvrer à l'intégration de l'Ukraine à l'Union européenne et de permettre la libération de Ioulia Tymochenko, emprisonnée pour abus de pouvoir[42].

Retour au Parlement[modifier | modifier le code]

Il se présente aux élections législatives de 2012, à l'issue desquelles il retrouve son mandat de député en étant élu dans la 12e circonscription (Vinnytsia)[43]. Il quitte le gouvernement en . Au Parlement, il siège en tant qu'indépendant[23]. Il fait part de son intention de briguer la mairie de Kiev[44].

En raison de son absence d’activité électorale, Solidarité n’est plus enregistré comme parti politique en 2013, ce qui conduit Petro Porochenko à prendre la tête de l'Alliance nationale pour la liberté et le patriotisme ukrainien « Offensive » (NASTUP), qu'il renomme l'année suivante Union panukrainienne « Solidarité » (BOS)[10],[45],[46]. Ce parti n'est pas plus actif que le précédent[45],[46].

Fin 2013, le refus du président Viktor Ianoukovytch de signer l'accord d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne provoque les manifestations de Maïdan et sa destitution en . Les entreprises de Petro Porochenko, notamment Roshen, étaient tout particulièrement affectées par les pressions commerciales russes visant à faire échouer les négociations entre l’Ukraine et l'Union européenne[47]. Pendant la révolte, Petro Porochenko refuse de participer formellement aux discussions menées entre l’opposition et Viktor Ianoukovytch[10]. Il décline ensuite la proposition de rejoindre le nouveau gouvernement, conduit par Arseni Iatseniouk[10].

Élection présidentielle de 2014[modifier | modifier le code]

Petro Porochenko lors de la campagne présidentielle de 2014.

Il se porte candidat à l'élection présidentielle anticipée du . Lors de la campagne, il reçoit le soutien de l’UDAR de Vitali Klitschko, ainsi que l’appui des États-Unis et de l’Union européenne[48]. Donné grand favori du scrutin, il apparaît en plein conflit militaire comme un candidat de rassemblement, et évite de développer un programme électoral trop précis[49],[50]. Il est finalement élu avec 54,7 % des suffrages au premier tour[51],[52]. Seuls 18 millions d’électeurs prennent part au scrutin (25 millions en 2010), le scrutin n’ayant pu se tenir dans une partie de l'Est de l'Ukraine, notamment en Crimée et dans les régions de Donetsk et de Lougansk[53].

Président de l'Ukraine[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Il prête serment en tant que président de l'Ukraine le 7 juin 2014[54]. Souhaitant voir Arseni Iatseniouk rester à la tête du gouvernement, il demande le mois suivant au Parlement de ne pas entériner la démission présentée par son Premier ministre[55],[56].

En , il transforme son parti Union panukrainienne « Solidarité » en « Bloc Petro Porochenko » (BPP), qu'il renomme Bloc Petro Porochenko « Solidarité » (BPP-S) en . Dans le même temps, il dissout le Parlement afin d’anticiper les élections législatives, prévues pour 2017. Il justifie sa décision par l'inexistence de coalition parlementaire depuis plus d’un mois. Le 26 octobre, le Bloc Petro Porochenko devient le deuxième parti du pays, avec 21,8 % des suffrages exprimés, derrière le Front populaire du Premier ministre Iatseniouk (22,1 %). Le système électoral permet au Bloc Petro Porochenko et au Front populaire d'obtenir 48 % des sièges au Parlement, ce qui — avec le soutien d'autres formations pro-européennes — assure à Petro Porochenko une majorité parlementaire.

Guerre du Donbass et conflit avec la Russie[modifier | modifier le code]

Petro Porochenko avec Oleksandr Tourtchynov et Stepan Poltorak (2015).

En arrivant à la présidence, Petro Porochenko interdit toute coopération militaire avec la Russie et s'oppose à tout rétablissement des liens diplomatiques avec la Russie sans retour de la Crimée dans le giron de l’Ukraine[57],[58]. Il appelle la Russie à stopper la fourniture d'armes aux séparatistes pro-russes[59].

Le , après avoir appelé à un compromis dans le cadre duquel seraient défendus les intérêts des russophones dans l'Est de l'Ukraine, il signe le protocole de Minsk, avec les représentants de la Russie, de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Lougansk. Mais cet accord se révèle insuffisant pour stopper le conflit, qui fait plus de 10 000 morts entre 2014 et 2018 et conduit à d’importants déplacements de population[60]. Les affrontements s'atténuent cependant au fil des années.

Avec le soutien des États-Unis, il fait passer le budget du secteur de la défense et de la sécurité de 1 % du PIB en 2014 à 5 % en 2018[61].

En , en pleine polémique sur la sécession de l'Église ukrainienne, Petro Porochenko abroge le traité d'amitié entre l’Ukraine et la Russie[62].

Politique économique[modifier | modifier le code]

Lors de son arrivée au pouvoir, dans un contexte d'annexion de la Crimée et de guerre civile, l'Ukraine connaît une très forte récession. La crise touche particulièrement les régions de l’Est[63]. À partir de 2016, le pays renoue avec la croissance, les salaires et pensions de retraite progressent à nouveau, tandis que l'inflation diminue[64],[65],[66]. Cependant, le déficit budgétaire reste important et le PIB par habitant de l'Ukraine est quatre fois inférieur à celui de la Russie en 2018[67],[68].

Afin de s’assurer l’aide financière du Fonds monétaire international (FMI), Petro Porochenko prend l'engagement de réformer le système fiscal et social ainsi que la lutte anti-corruption. Il conduit une politique d’austérité économique, augmentant significativement le prix du gaz — précédemment subventionné par l'État et donc source de corruption — et de plusieurs produits alimentaires[69],[70],[71]. Le gouvernement réforme également le système de retraites en 2017[72]. En parallèle, après une dévaluation de 200 % de la hryvnia en 2014-2015, la Banque nationale d'Ukraine conduit une politique monétaire orthodoxe[73],[74],[72]. Cependant, sa promesse de stabiliser la monnaie à hauteur de dix hryvnias pour un dollar est loin d'être atteinte[22].

Le FMI critique à plusieurs reprises la lenteur de la mise en place des réformes structurelles et de la réduction de la corruption[75]. Dans un rapport publié en 2017, le FMI indique que la corruption est la principale raison pour laquelle l'économie de la Pologne voisine est trois fois plus importante que celle de l'Ukraine alors que leurs productions nationales étaient similaires après la chute du communisme[67],[76]. Après une période de flottement due à la révolution, les oligarques réaffirment leur emprise sur la gouvernance et l'économie du pays[67]. Le pays souffre également de problèmes démographiques, notamment avec l'émigration de sa population[72].

Alors que l’Ukraine demeure le pays européen étant le moins libre économiquement, Petro Porochenko affiche son souhait d'améliorer le climat des affaires et de faire revenir les investissements étrangers[77]. En 2016, il promulgue une loi qui réduit les pouvoirs de l'administration fiscale, lui interdisant notamment de conduire des contrôles inopinés de sociétés[78]. La majorité présidentielle libéralise également le contrôle des changes et permet désormais aux entreprises ukrainiennes d'investir à l'étranger sans autorisation préalable de la banque centrale[73].

En , après quatre années de conflit entre la Russie et l'Ukraine sur la question de l'énergie, la Cour d'arbitrage de Stockholm condamne la société russe Gazprom à verser 2,6 milliards de dollars à la société ukrainienne Naftogaz pour ne pas avoir livré à l'Ukraine les volumes de gaz prévus pour le transit vers l'Union européenne[79]. Dans le même temps, la Russie et l’Allemagne poursuivent la construction du gazoduc Nord Stream 2, qui pourrait permettre à la Russie de se passer de l’Ukraine pour délivrer son gaz à l’Europe alors que ce transit pèse pour 2 % du PIB ukrainien[73].

Poursuite de la décommunisation[modifier | modifier le code]

Article connexe : Décommunisation en Ukraine.

Le , il promulgue plusieurs lois mémorielles prévoyant notamment le retrait en six mois de tous les monuments communistes, ainsi que l'obligation de renommer toute rue ou tout espace public faisant référence au communisme[80]. Ces lois ne font pas de distinction entre les régimes nazi et soviétique et comprennent une condamnation de leurs symboles et propagandes[81],[82]. Elles prévoient également la reconnaissance du pays pour toute personne s’étant battue pour l’indépendance de l’Ukraine durant le XXe siècle, ce qui inclut la controversée Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA)[80]. Le vote de ces lois dégrade les relations avec la Russie, qui se montrait pourtant auparavant favorable au principe de la décommunisation[82].

Promotion du nationalisme[modifier | modifier le code]

Article connexe : Nationalisme en Ukraine.
Petro Porochenko et Philarète de Kiev en 2018.

L'Ukraine connaît une montée du sentiment nationaliste sous sa présidence[67]. Avec le soutien de Petro Porochenko, le Parlement adopte en 2017 une loi prévoyant que l'ensemble de la scolarité dans le pays se fasse en ukrainien. Ce texte, voté alors que beaucoup de citoyens maîtrisent mal l'ukrainien, suscite des critiques de pays voisins de l'Ukraine, inquiets pour les minorités éthniques, qui pouvaient jusqu'alors étudier dans la langue de leur ethnie (russe, roumain, hongrois ou polonais). La nouvelle législation précise que certains cours en maternelle et en primaire pourront continuer d'être enseignés dans ces langues[83].

Alors que la religion a gagné en influence parmi les Ukrainiens en pleine guerre du Donbass, Petro Porochenko œuvre en 2018 pour la reconnaissance de l'Église orthodoxe d'Ukraine, une décision qui met fin à 332 ans d’autorité spirituelle russe dans le pays[84]. La Russie s'oppose vivement à cette décision[62].

Affaiblissement de sa majorité[modifier | modifier le code]

Petro Porochenko place plusieurs membres de son parti aux postes-clé du pays, notamment Volodymyr Hroïsman à la tête du gouvernement et Iouri Loutsenko comme procureur général d'Ukraine. Ces nominations sont suivies d'accusations de conflits d'intérêts[22].

En 2016, le parti de Ioulia Tymochenko, Union panukrainienne « Patrie », et le parti nationaliste Autodéfense mettent fin à leur soutien au gouvernement[85].

En , il déchoit de la nationalité ukrainienne Mikheïl Saakachvili — ancien président de Géorgie et gouverneur de l'oblast d'Odessa —, invoquant un dossier incomplet lors de la demande de naturalisation de celui-ci[86]. Ce faisant, il ouvre la voie à l'extradition en Géorgie de Saakachvili, poursuivi pour abus de pouvoir. Petro Porochenko est alors accusé d'avoir cherché à écarter un possible rival dans l'optique de l'élection présidentielle de 2019, alors que Mikheïl Saakachvili avait fondé son propre parti quelques mois plus tôt[87]. Devenu apatride, ce dernier est contraint à l'exil et ses principaux partisans font dans le même temps l'objet de poursuites judiciaires[48],[88].

Dans les mois qui suivent, des manifestations se tiennent dans le pays alors que se multiplient les pressions judiciaires contre des personnalités d'opposition et des ONG[89].

Scandales financiers et corruption[modifier | modifier le code]

Alors que plusieurs de ses proches sont visés par des affaires de corruption, il est accusé — y compris par certains de ses anciens partisans et des parlementaires faisant partie de la coalition gouvernementale — de ne pas lutter efficacement contre la corruption[20]. Après que les États occidentaux l'ont contraint à mettre en place en 2015 une agence indépendante chargée des enquêtes de corruption, le Bureau national anti-corruption (NABU), les procès en la matière s’enlisent dans le pays en raison de la multiplication du nombre de poursuites et des manquements du système judiciaire[67]. En 2017, l'Ukraine est classée 130e sur 180 pays dans l'indice de perception de la corruption de Transparency International, qui note une faible amélioration[90]. C’est pourquoi les alliés de l’Ukraine, des parlementaires et militants de la société civile font pression pour que Petro Porochenko accepte l'idée de l'instauration d'une cour anticorruption spécialement chargée de juger les personnes accusées de corruption. Mais le chef de l'État s'oppose longtemps à une telle institution en arguant du fait que peu d’États dans le monde en sont dotés[91]. Dans le même temps, des magistrats considérés comme proches du pouvoir engagent des poursuites contre des membres du NABU[48]. La création d'une Haute Cour anticorruption est finalement votée par le Parlement en [92].

La situation personnelle de Petro Porochenko est également critiquée. Il ne tient pas son engagement de vendre le groupe Roshen et, en 2015, il est le seul, parmi les dix Ukrainiens les plus riches, à voir sa fortune augmenter (de 20 %)[20]. En , les Panama Papers révèlent que ses avocats ont bâti une société offshore afin d'abriter plusieurs de ses affaires aux îles Vierges britanniques[c],[21]. Ce scandale conduit des députés ukrainiens à demander, sans succès, la création d'une commission d’enquête parlementaire[93]. L'année suivante, en , il est cité dans le scandale des Paradise Papers : alors qu'il avait promis de vendre l'ensemble de ses actifs financiers après son élection à la présidence, les documents publiés indiquent qu'il a eu recours à des montages opaques[21]. Il nomme en outre un certain nombre de ses collègues et anciens partenaires professionnels à de hautes fonctions[22].

Relations internationales[modifier | modifier le code]

Petro Porochenko avec Donald Trump, en juin 2017.

Le , il signe avec l’Union européenne le volet commercial de l’accord d'association auquel s’était opposé Viktor Ianoukovytch[d]. Petro Porochenko affirme que ce jour est pour son pays « le plus important depuis l'indépendance » de 1991, et y voit les prémisses d'une adhésion à l’Union européenne. Cette décision se fait au détriment de l’Union économique eurasiatique, promue par Vladimir Poutine[94]. Le régime sans visa pour les courts séjours de ressortissants ukrainiens dans l'espace Schengen est mis en place en 2017, avec deux ans de retard sur sa promesse de campagne[22],[95].

Petro Porochenko soutient également la décision de revenir sur le non-alignement de l’Ukraine, décidé en 2010 par la majorité de Ianoukovytch. Il défend l’adhésion à l’OTAN, considérant qu’il s’agit là d’un moyen d’assurer la sécurité et l’intégrité territoriale du pays, notamment face à la Russie[96]. À partir de 2014, il promet à plusieurs reprises la tenue d'un référendum sur la question[97],[98],[99].

Il fait en 2015 l’objet de critiques du Comité pour la protection des journalistes pour avoir signé un décret interdisant pendant un an l’entrée en Ukraine à près d'une cinquantaine de journalistes et blogueurs étrangers au nom de la sécurité nationale[100].

En 2018, il attaque pour diffamation la BBC, qui avait affirmé qu'il avait en versé entre 400 000 et 600 000 dollars à Michael Cohen, avocat de Donald Trump, pour convaincre le président américain de le rencontrer alors que, selon le média britannique, celui-ci refusait jusqu’ici de le faire[101].

Impopularité et élection présidentielle de 2019[modifier | modifier le code]

Petro Porochenko en 2018.

Dès 2015, alors que la quasi-totalité des postes à responsabilité sont détenus par ses partisans, son action est abondamment contestée et sa cote de popularité tombe sous les 20 %[22],[102]. En 2018, le portail analytique Slovo i Dilo indique qu'il a tenu 41 % de ses engagements de campagne de 2014, mais que ses principales annonces phares (fin de la présence militaire russe dans le Donbass, appréciation de la hryvnia par rapport au dollar, etc.) n'ont pas abouti[22]. Les études d'opinion donnent pour favorite sa principale concurrente en 2014, Ioulia Tymochenko[103],[104]. Il annonce cependant son intention de briguer un second mandat[105].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Mykhailo Antoniuk était le premier dirigeant du parti.
  2. Alors qu'il était auparavant élu au scrutin majoritaire (12e circonscription), il figure en 33e position sur la liste du Bloc Notre Ukraine.
  3. Cette société, enregistrée le , au plus forte de la guerre civile, a pour seul actionnaire Petro Porochenko
  4. Ce volet commercial prévoit notamment la suppression de l’essentiel des barrières douanières entre l’Ukraine et l’UE.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Petro Porochenko, le « roi du chocolat », favori des élections présidentielles en Ukraine », Marina Torre, La Tribune, 24/05/2014.
  2. [1].
  3. https://vinbazar.com/news/nshe/mati-ta-starshii-brat-petra-porosa-trokhi-sa-na-nevidomi-storinki-biografiyi
  4. https://www.kyivpost.com/ukraine-politics/540626.html
  5. a et b SPIEGEL ONLINE, Hamburg, Germany, « Ukraine Election: The Chocolate King Rises - SPIEGEL ONLINE », sur SPIEGEL ONLINE, (consulté le 14 mai 2016).
  6. a b et c « Poroshenko, President of Ukraine ».
  7. « Poroshenko family ».
  8. Pierre Magnan, « Petro Porochenko, le « roi du chocolat », serait élu président de l'Ukraine », France Télévisions, 25 mai 2014.
  9. https://web.archive.org/web/20150531021718/http://m.dw.de/ukrainian/mobile.A-18487589-9874.html
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Lien externe[modifier | modifier le code]