Mossoul

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Mossoul
(ku) Mûsil
(ar) الموصل
Mossoul
Un pont sur le Tigre, à Mossoul.
Administration
Pays Drapeau de l'Irak Irak
Province Ninive
Démographie
Gentilé Mossouliotes
Population 2 721 096 hab. (2008 estimation)
Géographie
Coordonnées 36° 20′ 14″ nord, 43° 08′ 09″ est
Altitude 228 m
Localisation

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Sources
« Index Mundi »

Mossoul (en arabe : الموصل, ʾal mawṣil, et en kurde : Mûsil) est la seconde ville d'Irak par son importance, chef-lieu de la province de Ninive, en Haute Mésopotamie, dans le Nord du pays.

Ville de Mossoul.
Ninive – porte de Mashki.

Géographie[modifier | modifier le code]

Mossoul se trouve sur les rives du Tigre (cinq ponts permettent de franchir le fleuve), à environ 350 km au nord de Bagdad et à une centaine de kilomètres des frontières syrienne et turque.

La partie est de la ville est parcourue par la rivière Khosr qui se jette dans le Tigre au niveau du premier pont (ou « vieux pont », ou « pont de fer »).

Démographie[modifier | modifier le code]

Avant la guerre [Laquelle ?], la ville comptait environ 2,7 millions d'habitants, ce qui en faisait la deuxième ville irakienne en termes de population, après Bagdad et avant Bassorah.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Son nom arabe de Mossoul, Al-Mawssil (ou Al-Moussel), lui a été attribué par ces derniers lorsqu'ils ont conquis la région au VIIe siècle et fait référence à un ancien pont de bateaux qui permettait de traverser le Tigre, puisqu'en arabe le verbe waSala signifie « relier »[1].

Auparavant, la ville se nommait Ninuwa ou Ninwa, selon les formes akkadiennes ou assyriennes retrouvées sur des tablettes cunéiformes, transcrit en Ninive en français, et dont l'étymologie est obscure[2]. Le nom de Ninawa est mentionné à 34 reprises dans la Bible.

On appelle aussi cette ville du nom de Oumou Rabïain qui veut dire littéralement « mère de deux printemps » parce qu’elle bénéficie en automne d'une deuxième saison printanière.

De Mossoul dérive le nom de mousseline, désignant d'abord une étoffe fine et transparente originaire de cette ville, terme qui, par analogie, passa en cuisine pour qualifier une préparation légère à laquelle est généralement ajoutée de la crème fouettée.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Fouilles archéologiques de Ninive, dessin d'Austen Henry Layard, 1852.
Article détaillé : Ninive.

Cité liée à l'histoire biblique du prophète Jonas, la capitale de l'Empire assyrien, Ninive située dans les quartiers de la rive est du Tigre, connu son âge d'or durant le VIIIe siècle av. J.-C. L'héritage archéologique de la ville témoigne de la vitalité de la culture assyrienne dont la grande bibliothèque d’Assurbanipal fut l'illustration.

Ninive est tombée dans les mains des Chaldéens en l'an 611 av. J.-C., marquant la fin de l'Empire assyrien.

Les invasions se succèdent ensuite : la ville tombe successivement entre les mains par les Perses Achéménides de Cyrus le Grand en 539 av. J.-C. ; les troupes grecs d'Alexandre le Grand en 331 av. J.-C., puis les Parthes, les Romains et enfin de nouveau les Perses Sassanides.

À la veille de la conquête musulmane, Ninive devient une importante métropole régionale. Peuplée essentiellement de chrétiens d'obédience nestorienne, elle abrite les tombes de plusieurs évangélisateurs.

Aujourd'hui, le nom de Ninive est donné à la fois au site archéologique de la ville et à la province qui s'étend sur une vaste plaine aux alentours de Mossoul.

Siège de Mossoul en 1261-1262, manuscrit de l'Histoire universelle de Rashid al-Din, 1430.

Empires musulmans[modifier | modifier le code]

Prise en 641 par les Arabes, l'antique cité de Ninive est peu à peu délaissée au profit de sa voisine Mossoul, établie de l'autre côté du Tigre. Celle-ci devient alors le principal pôle commercial de la région en raison de son emplacement, au carrefour des routes de caravanes entre la Syrie et la Perse. C'est à cette époque que Mossoul devient réputée grâce à ses tissus fins de coton, les mousselines, ainsi que pour son marbre.

Au Xe siècle, sous la dynastie arabe des Hamdanides, l'émirat de Mossoul, vassal du califat abbasside, acquiert une quasi-indépendance. Au XIe siècle, il forme une des principautés soumises à la dynastie turque des Seldjoukides, puis à celle des Zengides.

Au XIIIe siècle, elle est conquise et pillée par les Mongols. Après 1262, elle passe sous une série de dynasties turques marquées de culture perse, les Qara Qoyunlu, Aq Qoyunlu, Séfévides, puis Ottomans. Elle est la capitale d'une province, l'eyalet de Mossoul devenu au XIXe siècle le vilayet de Mossoul. Elle est traversée par le chemin de fer Berlin-Bagdad, construit avec des capitaux allemands, avant d'être prise par les Britanniques en 1918 lors de la campagne de Mésopotamie.

Période contemporaine[modifier | modifier le code]

Du mandat britannique à la république[modifier | modifier le code]

Le roi Fayçal II à l'aéroport de Mossoul, 1958.

Promise à la souveraineté française par les accords Sykes-Picot de 1916, ce sont les Britanniques qui l'occupent en 1918, puis l'administrent. La France, aux termes de nombreuses tergiversations, renonce à ses droits sur le vilayet et le Royaume-Uni l'intègre au mandat britannique de Mésopotamie. La Turquie proteste contre cette annexion mais la Société des Nations confirme l'action britannique en 1925. Le mandat est remplacé en 1932 par le royaume d'Irak, nominalement indépendant mais soumis aux intérêts britanniques. Mossoul est le point de départ de l'oléoduc de Mossoul à Haïfa, ouvert en 1934, une des voies essentielles du commerce du pétrole au Moyen-Orient.

En mars 1959, après la proclamation de la république d'Irak par le général Abdul Karim Qasim, celui-ci écrase un soulèvement des militaires panarabes nassériens à Mossoul avec l'aide des milices kurdes[3]. La ville subit ensuite les contrecoups du conflit kurde en Irak à partir de 1961 puis de la guerre Iran-Irak entre 1980 et 1988.

Occupation américaine[modifier | modifier le code]

Troupes gouvernementales irakiennes dans la bataille de Mossoul, février 2008.
Article détaillé : Bataille de Mossoul (2004).

Durant l'opération Liberté irakienne qui entraîne la chute du régime dictatorial de Saddam Hussein, le musée archéologique de Mossoul, comme celui de Bagdad, est victime de pillages et beaucoup d'objets sont perdus ou détruits[4]. Mossoul passe sous le contrôle des peshmergas kurdes qui, bien qu'ils ne la revendiquent pas comme partie de leur région autonome du Kurdistan, s'y maintiennent jusqu'en 2005 comme alliés des Américains puis du gouvernement provisoire irakien[5]. Le , les troupes américaines ouvrent le feu sur des manifestants dénonçant leur présence en Irak : la fusillade fait au moins dix victimes. Trois mois plus tard, en juillet 2003, les deux fils de Saddam Hussein, Oudaï et Qoussaï sont tués à Mossoul lors d'une opération commando des forces spéciales.

La période de l'occupation américaine est marquée par de nombreux attentats avec cinq journalistes assassinés pour la seule année 2005[6]. La même année, un attentat lors des funérailles d'un leader chiite fait 50 morts et 90 blessés[7],[8],[9].

En 2008, la ville est disputée entre les forces américaines et gouvernementales et les groupes insurgés lors de la campagne de Ninive (en).

Seconde guerre civile irakienne[modifier | modifier le code]

En , durant la seconde guerre civile irakienne, Mossoul tombe aux mains des jihadistes de l'État islamique, après quatre jours de combat lors d'une offensive de grande ampleur de ces derniers dans le nord du pays et avec la complicité d'anciens cadres du Parti Baas de Saddam Hussein[10],[11]. Selon une ONG, cinq cent mille civils fuient la ville[12].

Après avoir vu leurs maisons marquées de la lettre de l'alphabet arabe ن, signifiant Nazrani (Nazaréen), les chrétiens de Mossoul — environ 10 000 personnes principalement présentes dans les quartiers d'Alzehours et de Dargazliya — doivent choisir entre se convertir, payer un impôt de capitation (jizya) aux islamistes ou quitter la ville ; ils fuient en masse, se faisant par ailleurs souvent racketter leurs biens[13],[14].

Carte des quartiers de Mossoul.

Plusieurs monuments historiques sont démolis par les djihadistes de l'État islamique. Le 24 juillet 2014, deux mosquées sont détruites à l'aide d'explosifs, dont celle qui contenait la tombe du prophète Jonas, ainsi que d'autres restes archéologiques datant du VIIIe siècle av. J.-C. et de l'antique Ninive[15]. En février 2015, les djihadistes détruisent à la masse et au marteau-piqueur, des statues et des fresques assyriennes et parthes du musée de Mossoul[16], dans le même temps la bibliothèque de la ville est volontairement incendiée, environ 8 000 ouvrages anciens partent alors en fumée[17].

Le 17 octobre 2016, le gouvernement irakien annonce le lancement de l'opération pour la reprise de la ville de Mossoul. Outre la participation des peshmergas kurdes dans l'offensive terrestre en attaquant à l'est de Mossoul, les forces irakiennes comptent sur le soutien militaire des États-Unis[18]. Alors que les combats empêchent l'accès de la ville, les habitants souffrent de malnutrition[19].

En mars 2017, Mossoul est victime de plusieurs attaques aériennes sous l'égide du gouvernement américain, qui causent la mort d'au moins 150 personnes. Le nombre de civils morts aurait doublé depuis la prise de pouvoir du président Trump aux États-Unis en raison du comportement des forces américaines depuis lors[20].

Le 21 juin, la grande mosquée d'Al-Nouri est détruite par l'État islamique, alors que les soldats de l'armée irakienne ne sont plus qu'à une cinquantaine de mètres de l'édifice[21],[22]. C'est dans ce lieu qu'Abou Bakr al-Baghdadi était apparu pour la première fois le , quelques jours après la proclamation du califat par son organisation[21],[23].

Le 9 juillet 2017, l'Irak annonce la libération de Mossoul[24].

Reconstruction de la ville[modifier | modifier le code]

Au cours de la bataille, près de 20 000 maisons et six des cinquante-quatre quartiers que compte la partie ouest de la ville ont été presque entièrement détruits, et une dizaine d'autres quartiers gravement endommagés. C'est pourquoi plus de 900 000 Mossouliotes, soit la moitié de la population, sont privés de leur logement, obligeant un tiers d'entre eux à vivre dans des camps humanitaires, les autres étant hébergés chez des amis ou des voisins[25].

D'après une évaluation de l'ONU effectuée en , la reconstruction des seules infrastructures d'eau, d'électricité, des égouts, des routes, des ponts, des universités, des hôpitaux, des chemins de fer, devrait prendre cinq ans et coûter 700 millions de dollars. Le ministère irakien du Plan a évalué fin mai 2017 à 100 milliards de dollars sur dix ans la reconstruction des infrastructures et logements, en incluant toutes les zones qui ont été tenues par l'EI dans le pays[25].

Dans la partie orientale de la ville, des habitants ont pris en main le nettoyage de leurs quartiers, tandis que des écoles et des commerces ont rouvert, même si l'alimentation en électricité demeure aléatoire[25].

Monuments[modifier | modifier le code]

Édifices religieux musulmans[modifier | modifier le code]

Le sanctuaire de l'Imam Yahya Abu Al Qasim.

Édifices religieux chrétiens[modifier | modifier le code]

L'église Notre-Dame de l'Heure dans les années 1980.

Religion[modifier | modifier le code]

La ville compte 80 % de musulmans sunnites[réf. nécessaire].

La ville est le siège de l’archidiocèse syriaque orthodoxe de Mossoul dont l’archevêque est, en 2015, Mor Nicodemus Daoud Sharaf[27].

Économie[modifier | modifier le code]

D'importants gisements de pétrole à proximité assurent une bonne partie de son activité (raffineries). C'est également le principal marché agricole de la région (céréales, plantes textiles, fruits).

Transports[modifier | modifier le code]

Mossoul est desservie par un aéroport international situé au sud centre-ville.

Personnalités liées à Mossoul[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Louis Deroy et Marianne Mulon, Dictionnaire des noms de lieux, Le Robert, 1994 (ISBN 285036195X), p. 326.
  2. Louis Deroy et Marianne Mulon, Dictionnaire des noms de lieux, Le Robert, 1994 (ISBN 285036195X), p. 342.
  3. Chris Kutschera, Le Mouvement national kurde, Flammarion, 1979, p.205-206.
  4. "L’Etat islamique déverse sa haine sur les antiquités de Mossoul", Libération, 27 février 2015.
  5. Hamit Bozarslan, « Le Kurdistan d'Irak aujourd'hui », Critique internationale, 2005/4 (no 29), p. 25-36.
  6. Reporters sans Frontières, "Mossoul : deuxième ville du pays la plus dangereuse pour les journalistes", 8 novembre 2005.
  7. (en) "Suicide Bombing Kills At Least 47 In Iraq ", RFE/RL, 10 mars 2005
  8. "Suicide Bomber Kills 47 in Mosul", Washington Post, 11 mars 2005.
  9. Jean-Pierre Luizard, "Les surprises du nouvel Irak", Politique internationale, no 107, printemps 2005
  10. « Offensive sans précédent des djihadistes en Irak », lemonde.fr, 10 juin 2014.
  11. « À Mossoul, une alliance contre nature entre le Baas et les djihadistes », orientxxi.info, 12 juin 2014.
  12. Cécile Hennion, « Après la prise de Mossoul par les djihadistes, l'Irak est au bord de l'implosion », lemonde.fr, 11 juin 2014.
  13. Laurence Desjoyaux, « Le rideau tombe sur Mossoul », lavie.fr, 18 juillet 2014.
  14. Inès Daif, « À Mossoul, des églises souillées par Daech remises en état par des musulmans », Le Figaro, 22 décembre 2017.
  15. (en) « Isis militants blow up Jonah's tomb », The Guardian, (consulté le 25 juillet 2014).
  16. « Mossoul : l’EI démolit des statues vieilles de plus de 2 000 ans », sur France 24, .
  17. « L'État islamique brûle 8 000 livres rares à Mossoul », Le Nouvel observateur,‎ (lire en ligne).
  18. « La bataille pour la reconquête de Mossoul, fief de Daech, a commencé », lexpress.fr, 17 octobre 2016.
  19. « Irak. À Mossoul, « des personnes meurent de malnutrition » », Courrier international,‎ (lire en ligne).
  20. « Irak. À Mossoul, une attaque meurtrière de la coalition anti-Daech », Courrier international,‎ (lire en ligne).
  21. a et b « La mosquée Al-Nouri, emblème du vieux Mossoul, détruite par l’EI », Le Monde avec AFP, AP et Reuters, 21 juin 2017.
  22. Hélène Sallon, « L’État islamique fait exploser la mosquée Al-Nouri, emblème historique de Mossoul », Le Monde, 22 juin 2017.
  23. « Depuis l'Irak, le « calife » jihadiste appelle les musulmans à lui obéir », Le Nouvel Obs, 5 juillet 2014.
  24. « La reprise de Mossoul signe la fin du califat de Daech », Les Échos, 9 juillet 2017.
  25. a b et c « La reconstruction de Mossoul sera coûteuse et politiquement à haut risque », lesechos.fr,‎ (lire en ligne).
  26. « Irak : Daesh fait sauter l’église « Notre-Dame de l'Heure » à Mossoul », Radio Vatican, 26 avril 2016.
  27. Le Patriarche Cyrille a reçu le Primat de l'Église syro-jacobite.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Habibollah Atarodi, Great powers, oil and the Kurds in Mosul (Southern Kurdistan/Northern Iraq), 1910-1925, University Press of America, Lanham, MA, 2003, 233 p. (ISBN 0-7618-2536-3).
  • Percy Kemp, Territoires d'Islam : le monde vu de Mossoul au XVIIIe siècle, Sindbad, Paris, 1982, 184 p. (ISBN 9782727400752) (texte remanié d'une thèse de 3e cycle).
  • (en) Dina Rizk Khoury, State and provincial society in the Ottoman empire: Mosul, 1540-1834, Cambridge University Press, Cambridge, New York, 1997 (rééd. 2002), 253 p. (ISBN 978-0-521-89430-2).
  • Louis Le Fur, « L'affaire de Mossoul », Revue générale de droit international public, A. Pedone, Paris, 1927, 85 p.
  • Jean-Marie Mérigoux, Va à Ninive ! : un dialogue avec l'Irak, Mossoul et les villages chrétiens, pages d'histoire dominicaine, Cerf, Paris, 2000, 482 p. (ISBN 2-204-06522-6).
  • Jean Richard, « La confrérie des Mosserins d'Acre et les marchands de Mossoul au XIIIe siècle », Orient syrien, 1966, vol. XI, fascicule 4, p. 451-460.
  • (en) Sarah D. Shields, An economic history of nineteenth-century Mosul, University of Chicago, Illinois, 1986, 230 p. (thèse).
  • (en) Sarah D. Shields, Mosul before Iraq: like bees making five-sided cells, State University of New York Press, Albany, NY, 2000, 278 p. (ISBN 0-7914-4488-0).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]