Lutte antichar

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La lutte antichar désigne les moyens militaires mis en œuvre pour combattre les véhicules blindés.

Débuts de la lutte antichar[modifier | modifier le code]

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

À l'apparition des premiers chars lors de la Bataille de la Somme, le 15 septembre 1916, les soldats allemands sont totalement surpris, et plana un vent de panique. Cependant l'attaque des Mark I échoue, parcequ'ils ne sont qu'une cinquantaine; qu'ils ne sont pas mécaniquement fiables; et que leur blindage étant faible à cette époque, ils sont vulnérables aux obus explosifs des canons de campagne en tir direct.

L'alerte fut chaude, et dès lors est mise en place côté allemand (l'Entente ne fut pratiquement pas concernée par ce problème[1]) une première approche du combat contre les chars : les tranchées de première ligne sont élargies; des canons de 77 mm sont placés très en avant pour effectuer des tirs directs contre les blindés; est développée une cartouche en acier pour fusils et mitrailleuses, la 7,92 K (K bullet (en))[2]. Apparaissent aussi les dents de dragon reliés entre eux par des câbles, des fossés antichars, des murs en béton dans lesquels sont scellés des obstacles en rails de chemin de fer, le tout camouflé par des filets.

Il faut attendre 1917 pour qu'apparaîsse le premier canon antichar de l'Histoire, spécialement étudié pour ce rôle, le 7.7cm NKK[3]. Il pèse 845 kg, est difficile à manoeuvrer, aussi cherche-t-on à le remplacer par des canons plus légers, d'infanterie ou de montagne, tel le 7.5cm M 15, mais les obus qu'ils utilisent ont une faible vitesse initiale (350 m/s pour le M 15, contre 465 m/s pour le NKK) et sont peu performants contre les blindés. Sera aussi utilisé le Minenwerfer "7.6cm IMW n/A", muni d'une bêche afin d'effectuer des tirs directs.

Un type de véhicule se révéla efficace dans la chasse aux chars, lorsque les conditions s'y prêtaient : le canon antiaérien mobile, monté sur un véhicule à roues. Il en exista plusieurs modèles, tel le "Krupp-Daimler 7,7cm FlaK". En 1919 apparut le "Krupp-Daimler KD 1 Kw. 19", étudié pendant le conflit, produit ensuite à 28 exemplaires, et utilisés jusqu'en novembre 1938 sous le nom de Sd.Kfz. 1[4].

En 1918 est distribué aux troupes le Tankgewehr de 13,25 mm, premier fusil antichar de l'Histoire, qui ne sera pas très performant au final, une balle en acier tirée sur un char n'obtenant pas toujours sa paralysie, mais très souvent provoque sa riposte. La fin de la guerre ne permis pas la diffusion d'une mitrailleuse de même calibre, la MG 18 TuF (en). Fut aussi utilisé le 3,7cm Revolver Kanone[5], mitrailleuse lourde de type Gatling.

Autre moyen mis en oeuvre pour lutter contre les chars, la grappe de grenades, ou "Geballte Ladung" : il s'agissait, avec des grenades à manche ("Stielhandgranate"), de désolidariser plusieurs charges explosives de leurs manches, et de lier ces charges autour de celle d'une grenade entière. Ce très efficace bricolage fut encore largement utilisé lors de la Seconde guerre mondiale.

Autre moyen important (mais la liste n'est pas exhaustive : utilisation de l'aviation pour mitrailler et bombarder le dessus peu blindé des véhicules; barrages effectués par l'artillerie lourde...), la mine terrestre : déclinée en plusieurs versions, destinée à être enfouie, elle explose au passage du char. Il y eut aussi la mine portable, que le fantassin devait placer contre l'un des flans du blindé puis l'amorcer. Plusieurs chars de prise ("Beutepanzer") furent utilisés pour entraîner les troupes à approcher et attaquer les blindés sous le meilleur angle.

Ce conflit vit donc se développer nombre de principes et d'armes antichars, ce qui n'empêcha pas les forces allemandes de plier devant la masse de blindés alignée par l'Entente : le 18 juillet 1918 à Villers-Cotterêts, ce sont 350 chars, appuyés par 2000 canons et 500 avions, qui éventrent les lignes allemandes.


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Guerre d'Espagne et guerre de Finlande[modifier | modifier le code]

Seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Pendant l'Entre-deux-guerres apparaissent de nouveaux modèles de chars, mieux protégés et armés, tels le FCM 2C; le Liberty; le T-35; le Matilda II; le Panzer IV Ausf. C; le Somua S-35; le Ha-Go.

Rien de nouveau en ce qui concerne la lutte antichar, qui se limite plus ou moins à ce qui se fit lors de la "Der des Ders", les matériels étant seulement améliorés. Ainsi, en exemples, apparaissent avant ou au début du second conflit mondial les canons antichar 47/32 M 35 et 47 mm mle 1937; les fusils-antichar PTRS-41; Solothurn S-18/100 (de); Boys Mk II et wz.35; les canons montés sur véhicules à roues tels le 8,8cm Flak 18 (SFL) auf Zukraftwagen 12t (Sd.Kfz 8) (en), surnommé "Bufla", ou le Laffly W15 TCC; les mines terrestres, telle la Tellermine 35 (en). Notons tout de même deux nouveautés : la première utilisation du Cocktail Molotov, lors de la Guerre d'Espagne, contre des chars T-26; l'utilisation par l'URSS de Chiens antichar, idée qui émergea là-bas avant 1939.

Une invention va cependant apparaître : la charge creuse, dont le principe est connu depuis 1888 sous le nom d'"effet Monroe". En août 1940 entrait en service la grenade à fusil britannique N° 68 (No. 68 AT grenade (en)), susceptible de percer 52 d'acier. Elle fut la première munition antichar HEAT à être utilisée[6].

C'est une révolution ! Une faible charge creuse dans une grenade ou un obus permet de percer plusieurs centimètres de blindage. Un fantassin armé d'un simple fusil est susceptible de détruire un char. Autant dire que tous les belligérants de ce conflit abusèrent de l'utilisation de cette nouveauté, et que le blindage des chars pris de l'épaisseur. Problème tout de même pour l'utilisation de la charge creuse dans un obus tiré à grande vitesse initiale : lorsque ce dernier frappe le métal, la charge s'écrase et ne perce pas le blindage. Il faudra attendre l'après-guerre pour résoudre ce problème, et en attendant les obus HEAT ne pourront être utilisés que par des canons tirant à faible vitesse initiale. Nouveau problème : si le tir n'est pas "tendu", si il est lent, sa trajectoire est courbe, et il perd de sa précision.

Donc, il faut garder en mémoire ceci : premièrement, lors de ce conflit les obus à charge creuse furent utilisés, mais par des pièces d'artillerie à lente vitesse initiale, montées sur véhicules ou non, et leur rôle ne sera pas la lutte antichar, mais elles utiliseront les obus HEAT en dernier recours, si elles sont prises à partie par des blindés à faible distance. Deuxièmement, les blindages prennent de l'épaisseur, et les obus des canons antichars doivent gagner toujours plus de vitesse initiale pour espérer les percer. Dans les derniers mois de cette guerre apparaîtra chez les britanniques un tout nouveau projectile, l'Obus flèche[7], qui n'est pas encore parfaitement au point à cette époque, mais qui battra par la suite des records de vitesse et de précision. Troisièmement, le principe de la charge creuse sera principalement utilisé pour les armes d'infanterie. Les ingénieurs européens et américains rivaliseront d'ingéniosité pour créer des armes légères utilisant l'"effet Monroe". Sitons les plus connues : Le PIAT; la mine magnétique Hafthohlladung, dont le modèle 3.5 peut pénétrer jusqu'à 180 mm d'acier; le Leuchtpistole 42 (en), pistolet dont la munition HEAT pouvait percer 80 mm de blindage; le Panzerfaust; le Puppchen; le Panzerschreck; la RPG-43; le Bazooka.

Revenons aux canons antichars : plus la vitesse initiale d'un obus est importante, et mieux sera percé un blindage. Il en va aussi pour le calibre de l'obus : plus il est important, mieux c'est. Les canons seront donc obligés de prendre du poids pour tirer de gros obus, au moins jusqu'à la limite de ce que peuvent manipuler les servants. Sitons les canons les plus connus, en commençant par une arme antiaérienne qui se révèlera performante dans la destruction des chars : le légendaire "88" (v/i = 820 m/s). De nombreuses fois il renversa des situations dramatiques pour les Landser assaillis par des essaims de chars russes, ou anglais en Afrique. Depuis l'Entre-deux-guerres, les canons antichars tractés étaient généralement modifiés en usine pour devenir l'arme principale des chars, le pire ennemi d'un char étant un autre char. Le "88" fut celle du non moins légendaire Tigre I. Cependant, il fut remplacé en 1943 dans la lutte antichar par le 8,8cm Pak 43 (en) (v/i = 1030 m/s), qui arma le Tigre II et le Jagdpanther. À la fin du conflit apparut le 12,8 cm PaK 44 (es), qui ne fut produit qu'à un cinquantaine d'exemplaires, sa manipulation étant extrêmement difficile à cause de son poids. Sa vitesse initiale était inférieure au Pak 43, mais le poids de son obus compensait cela. Il arma le Jagdtiger.

Le meilleur canon antichar du conflit fut cependant anglais, malgré le fait qu'il soit presque totalement oublié aujourd'hui : l'Ordnance QF 17 pounder de 76,2 mm. La vitesse initiale de ses obus était de 1204 m/s, sa capacité de perçage supérieure au Pak 43. Il arma le chasseur de chars Archer, le char Sherman Firefly, puis le Comet, quoiqu'il fut raccourci pour cela, sa munition aussi, lui faisant perdre de sa puissance. Puis il arma la première version du char Centurion apparue après-guerre. Le point négatif de ce canon fut qu'il ne tirait pas d'obus explosifs.

Un grand nombre de modèles de canons antichars furent utilisés lors du Second conflit mondial, mais afin de visualiser la progression des calibres et des vitesses, il faut revenir aux matériels allemands, les plus documentés : 1936, le PaK 36 de 37 mm (v/i = 762 m/s) (il adopta en 1942 la Stielgranate 41); 1940, le PaK 38 de 50 mm (v/i = 835 m/s); 1941, le PaK 40 de 75 mm (v/i = 933 m/s); 1943, le PaK 43 de 88 mm (v/i = 1030 m/s).

En 1941 apparut le 2,8-cm sPzB 41, premier canon antichar à tube conique, dont l'obus à pointe en tungstène fillait à 1372 m/s. Il fut suivit du 7,5-cm Pak 41 (1220 m/s). Leurs productions furent anecdotiques, le tungstène étant une rareté.

Sitons aussi le Canon sans recul[8], qui fut peu utilisé. Ses munitions étaient de charges conventionnelles, leurs capacités antichars faibles[9].

L'aspect de la lutte antichar fut primordiale lors de ce conflit, les batailles en Europe et en Afrique reposant principalement sur l'utilisation des blindés. Pour s'en faire une idée, et bien visualiser l'âpreté des combats, prenons le nombre des chars soviétiques les plus connus : plus de 12 000 T-26; environ 5900 BT-7; 84 070 T-34 à l'arrêt de sa production en 1958; 5574 KV-1; plus de 3 000 JS; soit un total d'environ 110 500. Lors de la Bataille de Berlin, soit seulement en 17 jours, du 16 avril au 02 mai 1945, environ 2 000 (deux-mille) de ceux-ci furent détruits.

Avions antichars de la Seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Performants et légendaires furent les avions antichars de la Seconde guerre mondiale[10]. Le premier d'entre eux fut le Chtourmovik apparut en 1939. Staline dit de lui "qu'il était aussi important pour l'Armée rouge que l'air qu'elle respire et le pain qu'elle mange". L'appareil n'était pas à proprement parlé exceptionnel, mais il fut le premier à utiliser des roquettes air-sol, dont une version à charge creuse[11].

Les britanniques reprirent le principe avec le Hurricane Mk.IV, produit à seulement une centaine d'exemplaires[12], portant sous ses ailes huit roquettes de 27,1 kgs. Puis furent utilisés le Hawker Typhoon et le Hawker Tempest, chasseurs-bombardiers efficaces.

Ce qui différencie réellement à cette époque un avion d'attaque au sol d'un avion antichar, c'est la possibilité pour ce dernier d'utiliser des roquettes à charge creuse. Exception faite avec la Luftwaffe qui préféraient traiter les chars avec des canons plutôt qu'avec des roquettes moins précises. En 1942 ils mirent en service le Henschel Hs 129, armé de canons allant de 20 à 75 mm. Il fut suivit en 1943 du Junkers Ju 87 G, armé d'un canon de 37 mm sous chaque aile. Cet appareil fit un massacre de chars russes, attaqués par l'arrière au niveau des moteurs. À lui seul, Rudel en afficha un score de 519, la plupart détruits avec ce modèle d'avion.

Les États-Unis alignèrent le[Quoi ?]



Chiens blindicides et Kamikazes antichars[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Chien antichar.

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Lutte antichar moderne.

Moyens de lutte antichar[modifier | modifier le code]

Obstacles antichars[modifier | modifier le code]

Liste non exhaustive :

Des fossés sont creusés ou des éléments — de métal ou de béton — sont disposés en lignes pour interdire leur franchissement par des véhicules blindés.

Armes individuelles et collectives[modifier | modifier le code]

Liste non exhaustive :


Munitions blindicides pour tank[modifier | modifier le code]

  • Munition pour mortier ou lance-mine guidée de précision à tête chercheuse infrarouge pour le tir indirect comme le Strix (munition)

Chasseurs de chars[modifier | modifier le code]


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Aviation et hélicoptères antichars[modifier | modifier le code]

Liste non exhaustive :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'armée française possédait des obus de rupture créés avant la Première Guerre mondiale, et qui au besoin auraient été excellents pour pénètrer les blindages de l'époque : le Modèle 1892 de 37 mm, le Modèle 1910 de 75 mm, ce dernier modifié en 1916 et en 1918 __ Voir article Munition anti-char, Types, munitions de la Seconde Guerre mondiale.
  2. Site internet https:/forum.pages14-18.com __ "Antichar - Répondre allemande 14-18 aux chars français et britanniques.
  3. Site internet www.passioncompassion1418.com __ "7.7 cm NahKampfGeschütze".
  4. Site internet www.kfzderwermacht.de
  5. Site internet www.passioncompassion1418.com
  6. Les parachutistes allemands utilisèrent des charges creuses lors de l'assaut du Fort d'Ében-Émael le 10 mai 1940, mais contre des tourelles, et il utilisèrent des sortes de pains explosifs (entre autre deux charges de 50 kg !) qu'ils posèrent contre ou sur le métal avant de les faire détonner.
  7. Certaines sources laissent entendre que les allemands utilisaient déjà l'Obus flèche pour certains de leurs canons antiaériens. Cependant, manque les preuves de cette utilisation, et puis se pose alors une question : Pourquoi, si cet obus y est performant, ne l'ont-ils utilisé contre des chars ?
  8. Les Canons sans recul ne doivent pas être confondus avec les Lance-roquettes, comme cela se voit sur certains sites internet. Le principe de projection des projectiles n'est absolument pas le même.
  9. Christian de la Mazière écrit dans son livre Le rêveur casqué qu'il participa à un stage de formation pour utiliser les canons sans recul, et que ce matériel passait alors pour l'arme antichar miracle. Pure propagande, et il n'en vu plus jamais ensuite.
  10. Un avion armé de mitrailleuses et de bombes peut être utilisé comme vecteur antichar, mais notre étude se bornera seulement à signaler des modèles d'avions spécialement étudiés pour "la casse" des blindés.
  11. Contrairement à ce qu'on peut voir dans des documentaires télévisés, la trajectoire des roquettes air-sol n'était pas précise. Les images de propagande diffusées de l'époque ne retiennent que les coups au but, mais une roquette sur cinq en moyenne atteignait sa cible. Le Chtourmovik fut produit à plus de 36 000 exemplaires, et fut donc en mesure d'être utilisé en essaims afin de noyer certaines zones de combat sous une pluie de roquettes. Les Soviétiques utilisèrent aussi en grand nombre les roquettes sol-sol, les célèbres Katioucha, dont certaines avec charge creuse.
  12. Site internet www.airpages.ru __ Aviation of World War II, Hurricane Mk. IV

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Arme antimatériel