Viol de guerre

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le viol de guerre englobe les actes de viol, d'agression sexuelle, de prostitution forcée et d'esclavage sexuel commis dans un contexte de guerre ou de conflit. Le terme exclut les faits de harcèlement sexuel, d'agression sexuelle et de viol internes aux armées, faisant partie des traumatismes militaires sexuels (en).

On parle de viol comme arme de guerre ou comme méthode de guerre lorsqu’il est planifié par une autorité politico-militaire et utilisé de manière stratégique par une des parties d’un conflit pour humilier, affaiblir, assujettir, chasser ou détruire l’autre. Il s’agit généralement des viols de masse (perpétrés sur de nombreuses victimes), multiples (une victime est agressée à plusieurs reprises) et collectifs (la victime est agressée par plusieurs assaillants), fréquemment commis en public, accompagnés le plus souvent de brutalités et de coups[1].

Quantification du phénomène[modifier | modifier le code]

Elisabeth Wood, dans une tribune d'analyse publiée par Al Jazeera, indique que le phénomène du viol de guerre, s'il est répandu, ne doit pas être considéré comme une conséquence systématique de la guerre et des conflits armés. Soulignant une étude du centre de Recherche de la Guerre Civile dépendant de l'Institut de Recherche sur la Paix (en), elle indique que 64 % des groupes armés ayant participé à 48 conflits en Afrique de 1989 à 2009, n'étaient pas impliqués dans des affaires de viols massifs et ajoute à cela que 40 % des conflits ne voient qu'un seul des camps prendre part à des viols de moyenne à grande ampleur. Selon Wood, ceci montre que les viols de guerre peuvent être évités[2].

Le phénomène du viol de guerre ne dépendrait pas de la culture en général des sociétés dont sont issues les parties en conflit. La proportion de 40 % de conflits indique que religion ou culture patriarcale ne sont pas une influence majeure dans le comportement des groupes armés, au contraire de leur mode d'organisation : une étude parue dans l'American Political Science Review montre que de nombreux groupes interdisent le viol et que les groupes rebelles ont plus de propension à maîtriser leurs troupes et juguler les agressions et viols commis envers les civils[2],[3].

Qualification du viol de guerre[modifier | modifier le code]

Définition[modifier | modifier le code]

Pénalisation[modifier | modifier le code]

À la suite de l'adoption de la résolution 1820, le , par le conseil de sécurité de l'ONU, le viol a été qualifié de crime de guerre, crime contre l'humanité et crime constitutif du crime de génocide[4].

Le viol comme arme[modifier | modifier le code]

Stigmatisation des victimes[modifier | modifier le code]

Le stigmate social qu'est le viol dans la plupart des sociétés rend le viol de guerre d'autant plus destructeur. En Libye alors que la révolution s'est déjà achevée, de nombreuses victimes sont ainsi persécutées. Dans ce pays, le crime du viol est considéré comme pire que la mort et produit une honte qui entache famille et tribu : l'omerta prime donc. Des femmes violées sont poussées au suicide ou sont assassinées lorsque le viol est découvert[5].

Prolongation des conflits[modifier | modifier le code]

Une autre conséquence des viols massifs durant les conflits est la perpétuation des rancœurs et leur approfondissement. À la suite des viols ayant eu lieu en 2013 en Libye durant la révolution, certaines villes sont soupçonnées d'héberger des violeurs, provoquant des rivalités et des haines tenaces se prolongeant après la fin du conflit entre ces villes, notamment Misrata et Tawerga[5].

Grossesses imposées[modifier | modifier le code]

Des jeunes femmes sont violées de façon répétée jusqu’à ce qu’elles soient enceintes. Elles sont maintenues en captivité jusqu’à un terme avancé de la gestation et sont relâchées lorsqu’un avortement ne peut plus être pratiqué. Dans certains cas, il s’agit d’une stratégie visant délibérément à corrompre les liens communautaires en forçant les femmes à donner naissance à un enfant porteur de l’identité culturelle des bourreaux (comme ce fût le cas en ex-Yougoslavie). Dans d’autres cas, il s’agit d’une manœuvre de l’adversaire pour s’implanter dans une région en créant un métissage entre population locale et groupe d’occupation (par exemple, en République Démocratique du Congo)[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Libye[modifier | modifier le code]

Durant la révolution libyenne de 2011, des viols de masse sont perpétrés notamment par les armées et les affidés du régime de Mouammar Kadhafi, le , et à d'autres dates. En réaction à des manifestations de femmes victimes de ces exactions, le gouvernement libyen élabore en juin 2013 un projet de loi accordant un statut de victime de guerre aux femmes violées durant la révolution. Ce texte, pionnier dans le monde, a une naissance difficile : retardé à cause de la situation instable du pays, des réticences du parlement à aborder le sujet tabou[5], le décret est finalement adopté le [6].

Le décret accorde, outre un dédommagement sous forme de pension, des facilités d'accès aux soins, aux études en Libye ou à l'étranger, aux emplois du service public et de prêts ainsi qu'une aide juridique pour la poursuite des agresseurs[6]. Bien qu'une fatwa du mufti Sadek al-Ghariani ait été lancée exceptionnellement pour autoriser l'avortement pour les femmes violées durant la révolution, de nombreux enfants naissent des suites des viols massifs. Le décret permet de protéger ces enfants et de faciliter leur adoption[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Torture et violences sexuelles dans les conflits armés, des liens étroits
  2. a et b (en) Elisabeth Wood, « Is rape inevitable in war? », Al Jazeera,‎ (lire en ligne)
  3. (en) Dara Kay Cohen, « Explaining Rape during Civil War: Cross-National Evidence (1980–2009) », American political science review, Cambridge Journals, vol. 107, no 3,‎ , p. 461-477 (DOI 10.1017/S0003055413000221, résumé)
  4. Fargnoli 2012, p. 11
  5. a, b, c et d Annick Cojean, « Libye : viols de guerre », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  6. a et b Annick Cojean, « La Libye reconnaît comme « victimes de guerre » les femmes violées », Le Monde,‎ (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Forces alliées
Forces japonaises
Forces nazis