Jaffa

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Jaffa
(he) יפו
Blason de Jaffa
Héraldique
Drapeau de Jaffa
Drapeau
La tour de l'horloge du vieux Jaffa
La tour de l'horloge du vieux Jaffa
Administration
Pays Drapeau d’Israël Israël
District District de Tel Aviv
Région historique anciennement 'Joppé'
Démographie
Population 392 500 hab. (2008)
Densité 7 583 hab./km2
Population de l'agglomération 3 206 400 hab.
Géographie
Coordonnées 32° 02′ 43″ N 34° 46′ 11″ E / 32.045176, 34.76975132° 02′ 43″ Nord 34° 46′ 11″ Est / 32.045176, 34.769751  
Altitude 0 - 40 m
Superficie 5 176 ha = 51,76 km2
Divers
Date de création Depuis au moins 3500 ans
Localisation

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Liens
Site web http://www.tel-aviv.gov.il/

Jaffa (en hébreu יָפוֹ, en hébreu standard Yafo, en hébreu tibérien Yāp̄ô ; dans les tablettes de Tell al Amarna de 1350 av. J.-C., Yapu) est la partie sud, ancienne de la ville de Tel Aviv-Jaffa en Israël. C'est un des ports les plus anciens du monde sur la côte orientale de la mer Méditerranée.

Le port de Jaffa, très sollicité dans l'antiquité et au Moyen Âge, était, comme les deux autres ports de la Palestine ancienne — Acre et Césarée — une des étapes importantes de routes de l'Orient des Européens. Au Moyen Âge, Jaffa était une des Échelles du Levant, bien que d'une importance secondaire en comparaison d'Acre. Une partie du port et quelques mosaïques antiques ont survécu jusqu'à aujourd'hui.

Jaffa, ville arabe avant l'exode de sa population en 1948, a fusionné en 1950 avec la ville juive de Tel Aviv.

Le nom[modifier | modifier le code]

Le nom Yaffa ou Yaffo est probablement d'origine sémitique, lié étymologiquement au mot hébraïque yoffi (écrit יופי) qui signifie « beauté »; yaffa, en hébreu signifie « belle »)[1] (ou agréable, pulchritudo aut decor, dit Adrichomius).

Une légende juive l'associe à un des fils de Noé, Japhet (en hébreu Yefet) qui aurait fondé le port quarante ans après le Déluge. Une tradition hellène tardive relatée par Pline l'Ancien l'attribue à Jopa, la fille d'Éole, le maître des Vents[2]. Jaffa est mentionnée sur la liste de Thoutmôsis III et dans des papyrus égyptiens anciens comme YP. Sur les tablettes de Tell el-Amarna et sur l'inscription de Sennacherib, elle est mentionnée sous la forme Yapu. Chez le géographe arabe Al-Muqaddasi, elle est rappelée sous le nom de Yaffa, employé par les Arabes jusqu'à nos jours. Dans l'Ancien Testament (la Bible hébraïque) la Méditerranée est nommée la mer Yaffo (Yam Yaffo) et dans le Midrach la mer de Yaffo (Yamá shel Yaffo). Elle est nommée sous le nom de Joppé ou Jophé dans les Actes des Apôtres[3]

Histoire[modifier | modifier le code]

L'Antiquité. Égyptiens, Chanaanéens, Philistins et Hébreux[modifier | modifier le code]

Pointe de Jaffa avec l'église Saint-Pierre

L'existence de Jaffa est attestée au moins depuis 3500 ans Elle est prise par les Égyptiens vers 1465 av. J.-C pendant une très longue période, jusqu'à environ 800 av. J.-C. Le site antique proprement dit est marqué aujourd'hui par la colline de Tell Yaffa qui s'élève à une altitude de 40 m et qui est dominée depuis le XVIIe siècle par l'église franciscaine Saint-Pierre de Jaffa. Le port naturel de Jaffa est utilisé depuis l'âge du bronze moyen. Il est mentionné pour la première fois dans des sources égyptiennes, parmi lesquelles une épître datée d'environ 1470 av. J.-C., qui vante le pharaon Thoutmôsis III qui avait conquis la ville par un subterfuge qui rappelle le cheval de Troie, car deux-cents combattants égyptiens se sont cachés dans des paniers offerts en cadeau au gouverneur chanaanéen de la cité. Le nom de la localité apparaît aussi dans les tablettes de Tell el-Amarna.

Jaffa, sous son nom hébreu de Yaffo, est mentionnée dans l'Ancien Testament (Tanakh) à quatre reprises. Dans le livre de Josué[4], la ville est un des points de limite du domaine de la tribu hébraïque de Dan. On y décharge les cèdres importés de Phénicie et destinés à la construction du Temple de Salomon à Jérusalem au Xe siècle av. J.-C. et à sa reconstruction au IVe - Ve siècle av. J.-C. Yaffo est aussi le point de départ du prophète Jonas[5] dans son malheureux voyage vers Tarsis[6]. Hormis les Égyptiens, Jaffa est dominée par les Chanaanéens, et pendant longtemps par les Philistins, y compris par le royaume d'Ashdod. Elle fait partie, temporairement, des royaumes juifs anciens - l'Israël réuni - sous les rois Salomon et David, et plus tard sous quelques-uns des rois de Judée.

Sous la conquête assyrienne, babylonienne et perse. Les Hellènes[modifier | modifier le code]

Ensuite la cité connaît, comme toute la région, l'invasion assyrienne dirigée par le roi Sennacherib (702/701 av. J.-C.), puis vers 605-604 la domination des néo-Babyloniens du roi Nabuchodonosor II[7] (605-562), puis de la Perse Achéménide. Pendant la domination achéménide, elle est un moment sous le pouvoir des Phéniciens de Sidon. Le roi de Sidon Eshmounazar II [8] la reçoit en cadeau des Perses et y érige un temple au dieu Eshmoun. La cité passe ensuite sous l'autorité des Grecs lors de la conquête du roi de Macédoine Alexandre le Grand (336-323). Après la mort d'Alexandre et du partage de son Empire, Jaffa et la région sont le terrain de luttes de pouvoirs entre les différents diadoques se prétendant successeurs du Macédonien : l'Égypte des Ptolémées et la dynastie des Séleucides. Elle finit par revenir aux Séleucides.

La période hasmonéenne[modifier | modifier le code]

Les habitants de Jaffa, Grecs ou hellénisés, sont hostiles à la révolte anti-hellène de Judas Maccabée [9]. Ils font monter un grand nombre de Juifs sur des vaisseaux et les noient ensuite dans la mer. Judas Maccabée les punit en passant la localité par le feu et l'épée. Mais ils opposent encore une vive résistance et sont vaincus seulement plus tard par Jonathan Maccabée (en 147 av. JC) et encore une fois par Simon Maccabée[10].

Bien qu'il domine militairement, le roi séleucide Antiochos VII Sidetes abandonne Jaffa à Jean Hyrcan I (vers 134 av. JC) devant l'alliance passée entre les Hasmonéens et les Romains. Ainsi Jaffa passe sous l'autorité du royaume juif, d'abord sous la dynastie des Hasmonéens et ensuite sous la dynastie des Hérodiens ou Antipatrides. C'est vers cette époque que la ville est repeuplée par des Juifs.

La domination romaine. Païens, Samaritains, juifs et chrétiens à Jaffa[modifier | modifier le code]

En 63 av. J.-C., Pompée, en conquérant la Judée sépare du point de vue administratif Jaffa, appelée alors Joppé, du reste du pays. Mais Jules César en fait cadeau au roi juif Hyrcan II. Marc Antoine la donne, à son tour, à sa bien-aimée Cléopâtre, reine d'Égypte. Par la suite Hérode le Grand la regagne de la part d'Octavien Auguste. Pendant la guerre des Juifs, en 66 ap. J.-C., la ville est saccagée par les soldats romains de Cestius Gallus, et environ 8 400 habitants sont massacrés, selon le témoignage de Flavius Josèphe. Néanmoins, les Juifs se sont réorganisés et ont transformé le port de Jaffa en une base navale d'où ils dirigent des attaques contre les vaisseaux romains qui vont vers la Syrie ou vers l'Égypte. En 67 ap. J.-C. Jaffa est conquise par les troupes impériales du nouveau commandant Vespasien après des combats acharnés immortalisés sur les monnaies romaines portant les inscriptions Judea navalis et Victoria navalis.

Vespasien attaque pendant une nuit orageuse, et une partie des habitants qui se sont enfuis sur des barques au large de la mer, ont coulé et se sont noyés. Jaffa est définitivement annexée par Rome sous le nom de Flavia Joppé.

Des Juifs mentionnés dans le Talmud continuent de vivre néanmoins dans la ville à côté d'une importante communauté chrétienne. Après la répression de la dernière révolte des Juifs - celle de Shimon Bar Kochba en 135, les Samaritains étendent leur aire de peuplement et s'installent aussi sur le littoral, y compris à Jaffa.

Dans le Nouveau Testament et dans les Actes des Apôtres, Jaffa apparaît dans le récit sur l'apôtre Pierre qui y a ressuscité la veuve juive Tabitha (ou Dorcas) (en hébreu Tzvia? = gazelle) et qui y a eu, dans la maison de Simon le Corroyer, la vision de l'égalité aux yeux de Dieu entre Juifs et Gentils. Une peinture décrivant ce dernier événement peut être vue dans l'église franciscaine Saint-Pierre de Jaffa. La tombe de Tabitha, quant à elle, se trouve dans un quartier de l'est de Jaffa, Abou Kabir, où elle est abritée par l'église orthodoxe russe (l'église de l'apôtre Pierre et de Tabitha-la-Juste).

Le Talmud, la Mishna et la Gemara évoquent des sages juifs, des tannaïm et amoraïm qui ont vécu et ont été actifs à Jaffa : Rav Adda, Rabbi Hiya Brey deRabbi Adda d'man Yaffo, Rabbi Tankhum d'Yaffo, Rabbi Yokhanan (Yudan) d'Yaffo, Rabbi Nakhman d'Yaffo (ou Yaacov d'Kassrin). Le cimetière antique de Jaffa abrite plusieurs tombes juives anciennes. Les Juifs de Jaffa étaient dans cette période soit des natifs du pays soit des rapatriés d'Alexandrie, de Cappadoce, de Cyrène, de Chios, de Thessalie, etc. Ils travaillaient dans le commerce de textiles et des parfums, dans la confection et le lavage des vêtements et la pêche.

La ville faisait partie au IIIe siècle et au IVe siècle des territoires sous l'autorité des Samaritains. Cette population, qui se révolta plusieurs fois, diminua beaucoup après les massacres et les conversions forcées perpétrés par les empereurs byzantins. À cause de l'hostilité des voisins chrétiens, les Juifs ont dû aussi, à la fin, abandonner l'endroit.

Le Moyen Âge[modifier | modifier le code]

La période byzantine[modifier | modifier le code]

C'est depuis les premiers siècles que vit à Jaffa jusqu'à nos jours une communauté chrétienne ancienne, de rites divers. Parlant autrefois le grec et l'araméen, elle était majoritaire à l'époque de l'Empire byzantin, ou Empire romain d'Orient. Après l'arrivée des Arabes au VIIe siècle, elle est devenue pour la plupart arabophone. Aujourd'hui la communauté chrétienne arabe a beaucoup diminué, comme toute la population chrétienne de la Palestine, en conséquence des émigrations successives, et des persécutions perpétrées par les Arabes musulmans et l'administration israélienne.

Sous l'administration de Byzance, Jaffa fait partie de la province de Palaestina Prima et est encore un port important, comme en témoigne saint Cyrille d'Alexandrie. Jaffa devient un évêché au Ve siècle. Deux des évêques de la ville, Fidus (en 431) et Elias (en 536) participent aux conciles de l'Église.

Le Califat arabe[modifier | modifier le code]

La ville est conquise pendant le règne du calife Omar ibn al-Khattab, par les Arabes sous le commandement du fameux Amru ben al-As, et mise sous l'étendard de l'islam, en 636. Sous la nouvelle administration musulmane (les califats Omeyyades, Abbassides et Fatimides), un petit nombre de Juifs ont pu revenir dans la ville et y vivre jusqu'à l'arrivée des croisés au XIe siècle.

La nouvelle ville de Ramla devient la capitale du district de Jund Falastin qui remplace la province romaine et byzantine de Palaestina Prima et fait partie maintenant de la province de Syrie (Sham) dont la capitale est Damas. Ramla jouissait ainsi des services du port de Jaffa. Graduellement, la population de Jaffa devient arabophone et la localité devient une ville arabe, étant plus tard, à la fin de la domination des Ottomans au XIXe siècle et sous le mandat britannique au XXe siècle, le plus grand centre urbain arabe de la Palestine, dépassant en population Jérusalem, Gaza et Haïfa.

Les Croisés[modifier | modifier le code]

Les Croisés de Godefroy de Bouillon conquièrent Jaffa en 1099, après que les pèlerinages chrétiens furent rendus de plus en plus difficiles par les califes. L'année suivante, Pise, puissance maritime du moment, qui un des ports de départ des pèlerins chrétiens d'Europe, reçoit de Godefroy de Bouillon des privilèges au port de Jaffa. Le roi Baudoin Ier y crée le comté de Jaffa et le confie à Hugues Ier du Puiset. Lorsque le comte Hugues II du Puiset est accusé de relations adultères avec la reine de Jérusalem, Mélisende, le comté est divisé, et la ville de Jaffa est annexée aux domaines royaux. Dès lors, les princes héritiers du royaume de Jérusalem commencent à porter aussi le titre de « comtes de Jaffa et d'Ascalon ».

Salah-ad-din assiège Jaffa

Un des comtes de Jaffa, Jean d'Ibelin a été un des auteurs du fameux codex Les Assises de Jérusalem. Le voyageur juif d'Espagne Benjamin de Tudèle ne trouvera à cette époque à Jaffa qu'un seul juif, un teinturier.

Le 10 septembre 1191, trois jours après la bataille d'Arsouf, Jaffa se livre à Richard Cœur de Lion. En dépit des efforts de Saladin pour la réoccuper le 30 juillet 1192 (pendant l'absence de Richard), la ville retombe dans les mains du roi anglais revenu à temps. Le 2 septembre 1192, on signe le traité de Jaffa qui garantit trois ans de trêve entre les deux camps belligérants : chrétiens et musulmans.

L’ordre des Chevaliers Teutoniques reçoit en 1196 plusieurs propriétés à Jaffa des mains du roi Henri II de Champagne. Cependant en 1196, le sultan ayyoubide de Damas, Malik Adel, frère de Saladin, reconquiert Jaffa, en tirant profit des funérailles du roi Henri à Acre et en y massacrant deux mille croisés. La ville est toutefois reprise bientôt, une fois de plus, par les armées chrétiennes. Ses murs sont renforcés à l'occasion de l'arrivée en Terre sainte de deux souverains illustres. Le premier, en 1228 est l'empereur d'Allemagne et roi de Sicile et de Jérusalem, Frédéric II de Hohenstaufen, le Stupor mundi. Il réussit à obtenir à Jaffa le 18 février 1229 un traité de paix fortement avantageux avec le sultan Malik Al-Kamel d'Égypte. Plus tard, en 1250 arrive à Jaffa le roi Louis IX de France qui vient récemment d'être libéré de sa captivité égyptienne. Accompagné par son épouse, Marguerite de Provence, il y bâtit un couvent et une église.

Article connexe : Comté de Jaffa.

Les Mamelouks[modifier | modifier le code]

En 1268 le sultan (d'origine coumane) Taher Abou al Fatah Baybars (dit Baybars) conquiert Jaffa sans combat, après des victoires éclatantes sur les Mongols et sur les Croisés en Palestine. Il annexe la ville à l'Égypte des Mamelouks. Baybars fait tuer une grande partie des habitants et démolit les maisons et les murs de la ville. Il laisse intactes seulement deux tours qui servent à ses combattants. Au siècle suivant, au XIVe siècle, Jaffa recommence à servir de port aux pèlerins chrétiens, mais la ville tombe en décadence pendant les deux siècles suivants. En 1345, elle est détruite à nouveau, sur l'ordre d'un des sultans mamelouks, de crainte qu'elle puisse servir de base à une nouvelle croisade. À la fin du XVe siècle, le voyageur chrétien Cotwyk et le rabbin Mechoullam de Volterra (en 1481) trouvent Jaffa en ruines.

La domination ottomane (1516 - 1918)[modifier | modifier le code]

Après la conquête de la Palestine par le sultan ottoman Selim Ier en 1516, Jaffa conserve encore une certaine importance dans le commerce de la région et pour le pèlerinage chrétien vers la Terre sainte. Au XVIIe siècle, en 1654 les moines franciscains ouvrent ici une hôtellerie pour les pèlerins, près de l'actuel couvent Saint-Pierre. On bâtit aussi des églises, une mosquée et une hôtellerie arménienne. À la fin du siècle, Jaffa est une petite localité de quatre cents maisons, sans remparts extérieurs.

On débute des travaux de réaménagement de la ville au milieu du XVIIIe siècle, sous les auspices du gouverneur de Gaza, Hussein ben Radwan, en espérant tirer plus de bénéfices, et l'on crée des conditions plus favorables pour les communautés chrétiennes et leurs pèlerins. Quatre mille pèlerins chrétiens passent en moyenne chaque année par le port de Jaffa dans ces années-là, ainsi que quelques pèlerins juifs. Pour ces derniers, en 1753 rabbi Yaakov Donama (ou Zonana) ouvre temporairement une hôtellerie.

Au début du XVIIIe siècle, Jaffa arrive à prendre la place de Ramle en tant que chef-lieu administratif du district. (Sous les Turcs ottomans, la Palestine faisait partie de la Syrie, et du vilayet de Damas).

À la fin du XVIIIe siècle, en revanche, Jaffa connaît des temps de troubles. Dans les années 1770 des combats éclatent entre le gouverneur de la Galilée, Dahar al Umar et ses rivaux de Damas, du Liban et de Palestine. En 1772, son armée arrive aux portes de Jaffa qui était défendue par Ahmed Toukan, frère du gouverneur de Naplouse. En dépit du soutien de la flotte russe, Dahar al Umar réussit à occuper Jaffa après sept mois de siège. En 1776, le bey Mouhammad Abou Dahab, ex-allié mamelouk de Dahar et arrivé au pouvoir en Égypte, avance du sud de la Palestine et se heurte à Jaffa à une résistance farouche. Après soixante-six jours d'insuccès, le commandant égyptien dupe les assiégés et fait semblant de trouver un accord. Pendant que les habitants fêtent la dite « paix » obtenue, les mamelouks d'Abou Dahab réussissent à pénétrer dans la ville. Il s'ensuit une mise à sac générale; les mamelouks détruisent les maisons et les cultures et se livrent à des massacres. Abou Dahab ordonne de faire décapiter environ mille cinq-cents habitants de sexe masculin, et les têtes des victimes sont enterrées dans une petite colline qui depuis s'appelle Tel al-Rous (La colline des têtes).

Napoléon à Jaffa[modifier | modifier le code]

Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa

À peine restaurée, Jaffa doit endurer du 3 mars au 7 mars 1799 un siège de la part des soldats français du général Napoléon Bonaparte arrivé d'Égypte. D'après certains témoignages, les messagers français envoyés avec l'ultimatum de Napoléon, sont arrêtés, torturés, émasculés et décapités, et ensuite leurs têtes sont exposées, empalées sur les murs de la cité.

Dans ces conditions, la ville n'est pas ménagée. Elle est conquise et saccagée, des femmes sont violées, et le gouverneur turc Abdallah bey est exécuté. Bonaparte ne veut plus tenir compte des promesses de son fils adoptif Eugène de Beauharnais d'épargner la vie des captifs et, motivé aussi par des raisons d'économie, ordonne qu'une bonne partie des prisonniers turcs, selon certaines sources environ 2 440, selon d'autres 4 100[11], beaucoup d'entre eux Albanais, soient fusillés ou poignardés avec des baïonnettes. Quelques centaines d'Égyptiens sont autorisés à partir. Napoléon espérait que le sort malheureux de Jaffa intimiderait les défenseurs des autres villes « de Syrie ». Au contraire, la nouvelle de ces atrocités aboutit à une résistance encore plus hardie. À cela s'ajoutent des obstacles naturels inattendus. Il semble que depuis le quartier général français de Ramle, se répand avec rapidité une épidémie de peste bubonique à cause de mauvaises conditions d'hygiène. Cette épidémie fait des ravages dans la population et chez les soldats de Napoléon.
À la veille de la retraite de Syrie-Palestine, Napoléon suggère aux médecins, comme il l'avait fait plus tôt pendant le siège d'Acre, de faire administrer des doses mortelles de laudanum aux soldats qui étaient grièvement malades et ne pouvaient être évacués. Cependant les médecins, parmi lesquels le fameux Dr René Desgenettes s'y opposent, consternés[12]. Vaincu au nord du pays par les Turcs, Napoléon abandonne finalement la Palestine et les Anglais, alliés des Turcs et commandés par Sidney Smith, reconstruisent les murs de la ville, après son départ.

Dans les années 1800 - 1814, le pouvoir à Jaffa est pris après un nouveau siège de neuf mois, par celui qui avait résisté auparavant à Napoléon à Acre, Ahmed Pacha, gouverneur de la ville d'origine bosniaque. À cause de sa cruauté ou peut-être de son passé de bourreau en Égypte, il était connu comme Djezzar Pacha (djezzar = boucher, en arabe).

Abou Nabout[modifier | modifier le code]

Entre 1810-1820, sous le gouverneur mamelouk (semble-t-il d'origine tcherkesse) Mouhammad Agha, dit Abou Nabout (« Le Bastonneur »), qui est connu par ses mœurs cruelles, la ville connaît une période de réhabilitation, pendant laquelle on bâtit la mosquée Mahmudieh (en 1812), ainsi qu'une fontaine rituelle pour les voyageurs, le Sbeil Abou Nabout. Les remparts de la ville sont rebâtis, on aménage des marchés, on élève une porte à l'entrée est, on ouvre des consulats étrangers. Les Juifs eux aussi reviennent à Jaffa et en 1820 Señor Yeshayahu Ajimen de Stamboul, y ouvre une auberge, en y ajoutant une synagogue et une école juive - beyt midrach. En 1838, il est rejoint par des Juifs du Maroc qui, ne pouvant continuer leur pèlerinage à Safed, restent à Jaffa et y créent un petit quartier à proximité de l'auberge. En 1818 Jaffa compte au total six mille habitants, presque tous arabes. Abou Nabout, devenu pacha, arrive à étendre son autorité jusqu'à Gaza et même à Jérusalem.

Ibrahim pacha. L'occupation égyptienne[modifier | modifier le code]

Entre 1830 - 1840 le pouvoir en Palestine, y compris à Jaffa passe dans les mains d'Ibrahim pacha, fils du vice-roi d'Égypte, Mouhammad Ali qui est le fondateur d'origine albanaise de la dernière dynastie royale de ce pays.

Les années de l'administration égyptienne sont assez favorables à la localité. Ibrahim Pacha fait du port de Jaffa une base navale égyptienne, plante des vergers d'orangers et de limons, emmène des colons fellahs arabes d'Égypte qui fondent des quartiers hors des murs de la ville : Sakhanat al Masriye (appelé ensuite Manshiye), Sakhanat Abou Kabir et Sakhanat Darwish. Jaffa est victime d'un terrible tremblement de terre en 1837 qui détruit une bonne partie des maisons. Après la retraite des Égyptiens, sous la pression des puissances européennes, et la restauration du pouvoir central ottoman, la population de Jaffa ne cesse de croître.

La petite communauté juive (122 personnes en 1839 se développe sous la direction, depuis 1840, du rabbin Yehuda mi'Ragusa (de Raguse) (1783- 1879).

Colons protestants. Les orangers de Jaffa[modifier | modifier le code]

Commémoration de l'arrivée du bateau américain Nellie Chapin en 1866. Il apportait des maisons préfabriquées en bois.
Façade de l'hôtel du Parc

Au milieu du XIXe siècle vivent à Jaffa environ cinq mille habitants - des Arabes musulmans, des chrétiens de différents rites (surtout grecs-orthodoxes, mais aussi grecs-catholiques, arméniens, maronites, et quelques catholiques latins, etc), presque tous arabes aussi, et quatre-cents Juifs, en majorité séfarades.
Après 1840, le régime des capitulations est confirmé à nouveau. Les puissances européennes reçoivent ainsi du sultan ottoman des privilèges commerciaux et juridiques pour leur sujets venus en Terre Sainte. En conséquence, l'influence des consulats étrangers et des chefs des diverses Églises grandit dans le pays, tandis que les pèlerinages chrétiens se multiplient, y compris ceux des protestants. Ainsi, après l'échec des colons millénaristes allemands de Rhénanie et américains de Philadelphie à la ferme de Mount Hope (Le Mont de l'Espérance) (1853-1857) et des missionnaires de l'Église du Messie (Church of the Messiah), venus du Maine (États-Unis) dans les années 1866-1868, le relais est pris par des missionnaires britanniques et surtout par des colons allemands, anciens luthériens du Wurtemberg, appelés Templiers[13] - « die Gemeinde des Tempels ») (la Communauté du Temple ou la Société des Templiers) (aucun rapport avec l'ex-Ordre catholique des Templiers)

Ceux-là fondent à Jaffa le petit quartier de Walhalla (connu jusqu'à nos jours comme la « Colonie allemande ») et puis au nord-est de Jaffa la colonie agricole de Sarona. Comme les Arabes de Jaffa, et les Juifs de la nouvelle implantation du nord-est, Petah Tikva, ils plantent des vergers d'orangers et commercialisent leur production par le port de Jaffa, souvent sous le nom de « Jaffa Oranges », oranges renommées jusqu'à aujourd'hui[14]. Jaffa devient ainsi le centre de la culture d'agrumes en Palestine et leur principal port d'export.

le Kaiser Guillaume et son épouse, l'impératrice Augusta-Victoria séjournent à l'Hôtel du Parc de Jaffa le 27 octobre 1898, au début de leur pèlerinage de Terre sainte et à Jérusalem. Cet hôtel avait été ouvert par un noble russe, converti en 1875 au luthérianisme, le baron Platon Oustinov, Plato von Ustinow en allemand, grand-père de l'acteur Peter Ustinov.

Les derniers années de la domination ottomane[modifier | modifier le code]

Après une période d'instabilité, pendant laquelle la sécurité des habitants de Palestine était mise en péril par des attaques et pillages de tribus bédouines locales, dans les années 1860, les autorités turques réussissent à rétablir l'ordre et la paix.

Dans les années 1870, Jaffa fait partie du sandjak de Kouds (Jérusalem, lui-même partie du vilayet (province) de Syrie (Cham) avec capitale à Damas. Depuis 1887, ce sandjak devient un sous-gouvernatorat (moutasarriflik) indépendant de Damas et dirigé directement de Stamboul (Constantinople). Entre 1868 - 1879 le nombre des habitants à Jaffa s'accroît tant (17 000 en 1887) qu'il est nécessaire de démolir des remparts de la cité. On y ouvre plusieurs institutions d'enseignement ou de soins.

En 1882 est fondée l'école (catholique) de la Congrégation des Frères des écoles chrétiennes de France, appelée plus tard collège Saint-Joseph, qui aura un rôle important dans la promotion d'un enseignement de qualité, en français.

On ouvre les portes d'un hôpital français dans les années 1870. On y ajoute un hôpital gouvernemental, et des hôpitaux d'autres communautés ethniques et religieuses de la ville. En 1900 - 1906 à l'occasion du jubilé des vingt-cinq ans de règne du sultan Abdülhamid II, on élève au centre de Jaffa (ainsi qu'à Jérusalem et dans d'autres quelques villes de l'Empire ottoman) une tour à horloge qui deviendra un des signes de marque de la localité.

La voie ferrée Jaffa - Jérusalem[modifier | modifier le code]

En 1869 Jaffa est reliée à Jérusalem pour la première fois par une voie pavée, qui est tout de suite parcourue par la calèche personnelle de l'empereur de l'Autriche-Hongrie, François Joseph Ier, venu en pèlerin après l'inauguration du canal de Suez.

Un progrès très significatif est réalisé en 1892 avec l'achèvement de la première voie ferrée de Palestine qui relie ces mêmes deux villes. Au cours du XIXe siècle, Konrad Schick et Sir Moses Montefiore comptent parmi ceux qui ont proposé ou ont essayé d'intéresser les autorités ottomanes et les puissances européennes à la construction d'une voie ferrée en Palestine, notamment entre le port de Jaffa et Jérusalem. En fin de compte, le projet prend forme grâce à l'initiative de l'entrepreneur juif Joseph Navon (1858 - 1934) de Jérusalem, en association avec le banquier d'origine suisse Johannes Frutiger, son ex-patron dans le passé, et avec l'ingénieur chrétien arabe Georges Franjieh. Il faut trois ans à Navon pour réussir à obtenir l'autorisation de la Sublime Porte pour ce projet le 28 octobre 1888. Un an après, il vend ses droits à une société française, tout en conservant une partie des actions et étant nommé membre du comité directeur. À l'appel de Navon, d'autres hommes d'affaires d'Europe de l'Ouest rejoignent le projet. Nombre de représentants du clergé chrétien en Terre Sainte comptent aussi parmi les donateurs. L'exécution des travaux est prise en charge par La Compagnie de Travaux Publics et Construction de Paris. Les travaux durent deux ans, entre 1890 et 1892 et sont finis en août 1892. L'inauguration a lieu le 26 septembre 1892 en présence du délégué officiel du sultan. La locomotive du premier train est ornée des drapeaux de l'Empire ottoman. Le tracé du chemin de fer, d'une longueur de 87 km et d'une largeur d'un mètre, démarre à la gare de Jaffa vers le sud-est, passe par les gares de Lod (Lydda) et de Ramle, puis se dirige en louvoyant le long du Wadi a-Srar[15], en côtoyant les villages arabes de Sejed, Dir-Abban[16], Dir-a-Shekh[17], et monte ensuite dans les montagnes de Jérusalem, sur l'ancienne « voie des ânes », le long du ruisseau Nakhal Rephaïm et se termine dans la Vallée (Emek) de Rephaïm (Vallée des Géants), à la gare de Jérusalem. À l'exception d'un court chemin de fer en Perse, c'était la première voie ferrée du Proche-Orient. Toutefois, le voyage en train, bien que plus commode que d'autres moyens de transport, prenait malheureusement non pas deux heures comme il était prévu, mais quatre heures entières, tout comme le voyage en diligence.

Le développement de la ville et l'amélioration de la sécurité des habitants favorisent la construction de nouveaux quartiers arabes au-delà des remparts - par exemple Al Ajjami, Jebalya et Manshiye. Le commerce et l'industrie connaissent une période d'essor : des ateliers et des fabriques se multiplient, comme celles de cigarettes, de ciment, de tiègles, des article en cuir, les filatures de coton, les fonderies etc.

Les débuts du nationalisme arabe à Jaffa[modifier | modifier le code]

Cependant, avec l'affaiblissement de l'Empire Ottoman, les réformes des Jeunes-Turcs et la croissance de l'immigration juive, commence à surgir aussi un patriotisme arabe local ou un proto-nationalisme arabe palestinien. Les pionniers de ce mouvement-là se trouvent assez souvent parmi les rangs des chrétiens arabes ou arabophones.

En 1911, deux cousins, Arabes chrétiens orthodoxes, Issa Da'oud al Issa (1878-1950) et Youssouf al 'Issa commencent à éditer à Jaffa le quotidien nationaliste arabe Filastin (La Palestine) qui va être en pointe dans la cristallisation de l'identité locale arabe palestinienne. La même année, le Parti Patriotique Ottoman prend naissance à Jaffa. Il milite contre la vente de terres aux Juifs. Des représentants des Arabes de Jaffa, comme le député au Parlement ottoman Hafez Bey al-Sayid réclament à haute voix l'interdiction de l'immigration juive. En novembre 1918, des notables arabes de Jaffa, parmi lesquels un nombre important de chrétiens, fondent une « Association islamo-chrétienne » qui vise à promouvoir l'autonomie arabe et la résistance au projet sioniste.

Le sérail, bâti en 1897, la municipalité de Jaffa, et des soldats néo-zélandais en 1917

Les Juifs à Jaffa sous le régime ottoman. Centre du mouvement sioniste en Palestine[modifier | modifier le code]

Au milieu du XIXe siècle, les dirigeants juifs de la Diaspora se montrent préoccupés par l'état lamentable du point de vue économique et de l'instruction des Juifs de Palestine, dont beaucoup s'occupaient des textes sacrés et étaient soutenus par les donations de leurs communautés d'origine de par le monde. Le philanthrope juif anglais, Sir Moses Montefiore visite Jaffa à plusieurs reprises et y achète en 1855 une plantation d'orangers pour fournir du travail aux juifs locaux, mais l'essai échoue. À cet endroit, surgira plus tard un quartier de Tel Aviv, appelé Montefiore (ou Montefiori).

En 1869, l'organisation philanthropique l'Alliance israélite universelle de Paris, réussit à fonder à l'est[18] de Jaffa, par l'entremise de son délégué Charles Netter une école agricole juive nommée Mikvé-Israël.

À la fin du XIXe siècle, Jaffa devient la ville principale du sionisme palestinien. Cela est dû à la croissance des mouvements pré-sionistes encore appelés « sionisme pratique », c'est-à-dire orienté vers l'implantation de colonies de peuplement agricoles. Il s'agit d'Hovevey Tzion ou Hibat Tzion (les Amants de Sion), dont les centres de recrutement se trouvent en Europe centrale, surtout en Roumanie, et en Europe orientale dans l'Empire russe (surtout en Ukraine et en Pologne). Jaffa, pour les Juifs d'alors Yafo, devient leur port d'attache en Palestine. On ouvre un bureau[19], ainsi que d'autres institutions juives comme le gymnasium hébraïque Herzliya (1905), l'école de formation d'institutrices E. Levinsky, l'hôpital Shaar Tzion du mouvement B'nai B'rith (1890), etc.

En 1890 - 1891, Vladimir Zeev Temkine y dirige son « Comité Odessite » qui achète des terrains pour les immigrants juifs. Des Juifs du Yémen s'établissent en 1881 au nord de la ville où ils fondent le futur quartier de Kerem Hateymanim (le vignoble des Yéménites) créé officiellement en 1904 et qui fait de nos jours partie de Tel Aviv. On bâtit au nord de Jaffa en 1887 à l'initiative de l'homme d'affaires originaire d'Algérie, Aaron Chelouche, le quartier juif Nevé Tzedek (la Maison de la Justice), et en 1890 le quartier Nevé Shalom (la Maison de la Paix), aujourd'hui inclus dans Nevé Tzedek. Prennent naissance ces années-là encore huit petits quartiers juifs à l'intérieur de Jaffa ou dans ses environs.

Les Juifs de Jaffa - séfarades et ashkénazes - se réunissent temporairement dans une communauté unie. Le 26 juillet 1903 s'y ouvre la filiale de la Banque Anglo-Palestine, première banque juive de Palestine (aujourd'hui Bank Leumi) qui déménage en 1921 à Tel Aviv. Theodor Herzl arrive en 1898 à Jaffa. Le fondateur du sionisme politique va séjourner à Jérusalem à l'hôtel Kaminitz. De mille personnes en 1882, le nombre des Juifs à Jaffa est multiplié par trois en 1895 pour un total de dix-huit mille habitants. Il monte à cinq mille habitants en 1905. Entre les années 1904 et 1921, le rabbin Abraham Isaac Kook, une des figures les plus marquantes du judaïsme orthodoxe du XXe siècle, détient la fonction de chef-rabbin des Juifs de Jaffa. En 1908, la population de la ville atteint quarante mille habitants dont huit mille Juifs. Jaffa devient à partir de 1908 le point de départ de l'activité d'Arthur Ruppin qui est délégué de l'Agence juive, chargée de l'organisation de l'émigration juive vers la Palestine. Il y ouvre l'Office palestinien et le bureau de « la Compagnie pour le développement de la Palestine ». En mars 1908, des incidents se produisent à Jaffa entre Arabes et Juifs qui sont suivis, à la suite de l'intervention de certains consuls occidentaux, dont celui d'Allemagne, par la révocation du kaymakam local Mouhammad Assaf bey, accusé d'être trop tolérant vis-à-vis des violences pratiquées par certains habitants et policiers. En automne, des manifestations arabes éclatent contre l'Autriche-Hongrie en signe de solidarité avec les musulmans de Bosnie, territoire récemment annexé par les Autrichiens. En 1909, plusieurs Juifs de Jaffa se décident à fonder au nord un nouveau quartier appelé au début Akhuzat Bayit (le domaine de la maison) et qui devient au bout d'un an Tel Aviv.

Jaffa pendant la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Photographie d'Allenby

La Première Guerre mondiale oppose l'Empire ottoman, allié avec les Puissances centrales à la coalition de l'Entente. Avant la guerre, la ville compte déjà quarante-cinq mille habitants, dont la grande majorité est arabe, musulmane ou chrétienne, et comprend aussi une minorité de huit mille Juifs. Mille Juifs vivent à Tel Aviv. Plusieurs officiers turcs y sont en mission, parmi lesquels Mustafa Kemal, futur fondateur de la Turquie moderne. En septembre 1914, les autorités abolissent le régime des capitulations et les consuls à Jaffa perdent leurs pouvoirs extra-territoriaux. Beaucoup de Juifs, ayant des nationalités étrangères, se trouvent soudain sans droits et considérés comme des citoyens des puissances ennemies. Le gouverneur, d'origine arabo-bédouine, Bakha ad-Din, prend, sur l'ordre de Jamal Pacha des mesures de déportation immédiate des Juifs de sexe masculin de nationalité russe. Mais à la fin les déportations sont arrêtées grâce à l'intervention de l'Allemagne et des États-Unis. On essaie de lancer, contre la perception d'une taxe, une procédure d'« ottomanisation » de ces Juifs. Baha ed Din est remplacé par Hassan Bek al-Jabi. La mosquée qu'il fait élever en 1916, avec son haut minaret, peut être vue aujourd'hui près de la plage de Tel Aviv. Les neuf mille Juifs de Jaffa et de Tel Aviv, considérés avec suspicion par les Turcs, sont par la suite tous déportés en avril 1917, et trouvent asile soit dans d'autres zones de Palestine, surtout en Galilée, soit en Égypte.

Les autorités turques procèdent à des arrestations et des déportations en masse aussi dans les rangs des Arabes qui rêvaient déjà de se délivrer de la tutelle ottomane. Ils doivent stationner dans des tentes à la proximité de la ville. Ainsi en 1917 - 1918 la localité est vidée de ses habitants. Les Britanniques permettront plus tard à tous de retourner dans leurs maisons.

Le 16 novembre 1917, l'entrée des soldats du général Edmund Allenby dans la ville, marque le début de l'occupation britannique à Jaffa. Les 2000 colons allemands de Palestine (installés à Jaffa, Wilhelma, Sarona, Jérusalem...) sont déportés dans des camps en Égypte. Il en va de même des Autrichiens et des Hongrois. Ils ont le droit de revenir en Palestine en 1920-1921. Le régime du Mandat - mandat reçu par la Grande-Bretagne de la part de la Société des Nations afin de permettre la création d'un foyer national juif en Palestine - commence officiellement en 1922.

Jaffa sous l'occupation et le Mandat britanniques (1917 - 1948)[modifier | modifier le code]

Au commencement de la domination britannique, après le retour des habitants exilés par les Turcs, la ville a une population de trente-deux mille personnes. La communauté juive ne compte plus désormais que cinq mille personnes. La ville continue à s'étendre vers l'est, où se développent des nouveaux quartiers, parmi lesquels Al Nuzha, dominé par le boulevard King George (ex-bouevard Jamal Pacha, appelé aujourd'hui boulevard de Jérusalem ), avec une vie commerciale intense et l'imposante mosquée Al Nuzha. On ouvre de nouvelles institutions d'intérêt public, comme l'hôpital Dr Dajani, avec cinquante lits, en 1937 le cinéma Al Hamra (Alhambra) et dans les années 1940 - 1941, parmi d'autres, l'école financée par le commerçant Hassan Arafe. La vie politique est marquée par des conflits entre la fraction du mufti de Jérusalem, Hajj Amin al Husseini et son clan, et d'autres fractions et familles, qui mènent à la fin à la dissolution de l'Association musulmane-chrétienne de Jaffa.

Les émeutes arabes à Yaffa du 1er - 7 mai 1921[modifier | modifier le code]

L'année 1921 est le cadre d'émeutes au sein de la population arabe, attisée contre les Juifs et effrayée par la perspective de la création d'une entité étatique juive en Palestine. En 1918, l'Association musulmane-chrétienne de Jaffa présente aux autorités britanniques une pétition contre le soutien donné par le Royaume-Uni au projet sioniste. L'Association s'exprime à d'autres occasions dans le sens que les Arabes n'ont de choix qu'entre deux solutions: soit jeter les sionistes à la mer, soit se laisser pousser par eux vers le désert. En février 1919, apparaît à Jaffa une organisation souterraine arabe « La Main Noire » dont l'objectif est de « tuer le serpent sioniste » tant qu'il est petit. Au début de l'année 1920, en même temps que les Arabes d'autres régions du pays, les Arabes de Jaffa sortent pour manifester et demander l'annexion de la Palestine, dite aussi « la Syrie du Sud », au nouveau royaume éphémère installé à Damas par Faycal ibn Hussein.

Le ministre des colonies britanniques Churchill visite la Palestine en avril 1921 et rejette la demande des notables arabes de mettre fin à l'immigration juive et de renoncer à la fondation du Foyer national juif qui était prévue par la déclaration de Balfour du 2 novembre 1917. Le 1er mai 1921, une foule arabe de Jaffa, accompagnée par des policiers arabes armés, déclenche une vague de violences et de pillages contre les habitants juifs de la localité et des quartiers limitrophes Neve Shalom, Neve Tzedek, le quartier mixte Manshiye, ainsi que les locataires de la Maison des Immigrants du quartier Ajjami, où sont massacrés treize juifs et blessés vingt-six autres. Six autres juifs sont tués dans une maison isolée au milieu d'un jardin d'orangers dans le quartier d'Abou Kabir. Parmi les victimes se trouve l'écrivain hébreu Yossef Haïm Brenner, les jeunes écrivains Yossef Louïdor et Tzvi Shatz et leurs amis. Le prétexte de ses tueries était deux manifestation juives pour le 1er mai - l'une des Juifs communistes qui se sont heurtés à l'autre - des Juifs socialistes à la périphérie de Jaffa. Des dirigeants de la population arabe de Jaffa, ont vu dans ses manifestations une preuve de la menace du communisme et de l'« immoralité » apportées, selon eux, par les nouveaux venus juifs.

La police britannique intervient avec quelques jours de retard; on réussit à empêcher l'avance des assaillants arabes vers Tel Aviv. Les troubles s'étendent aussi contre les localités juives de Petah Tikva, Hadera, Rehovot et tendent les relations inter-communautaires à Hébron, Jérusalem, Naplouse, etc. Elles se soldent temporairement par un succès; le haut commissaire britannique Sir Herbert Samuel décide de limiter, mais pour le moment seulement, l'immigration juive en Palestine, afin d'apaiser l'opinion arabe. À la suite de ces événements, plusieurs milliers de Juifs de Jaffa s'enfuient à Tel Aviv. Le chef rabbin Kook déménage définitivement à Jérusalem. La ville de Tel Aviv obtient son autonomie administrative vis-à-vis de Jaffa, bien que du point de vue économique elle reste encore dépendante de la ville-mère voisine.

En 1929 et 1936-1939 de nouvelles révoltes arabes éclatent pendant lesquelles la vie des Juifs est mise en danger. Le 25 août 1929, quelque deux mille Arabes de Jaffa tentent d'attaquer Tel Aviv, mais sont contenus par la riposte de la police britannique et des membres de la Haganah, organisation paramilitaire de défense des Juifs.

La Révolte arabe (Al Thawra ou l'Intifada) de 1936 - 1939, la première phase[modifier | modifier le code]

Dans les années trente, l'essor du secteur juif en Palestine fait augmenter en revanche l'ampleur du mouvement nationaliste arabe dirigé par des représentants de la famille Husseini de Jérusalem. On peut aussi mentionner des politiciens comme le maire Asim bey al Saïd, Omar al Baytar - président de l'Association islamo-chrétienne, Issa Daud al Issa, ainsi que des personnes très actives dans la vie communautaire comme le Dr Fouad Dajani, Adèle Azar et Hassan Arafé.

En janvier 1932, le Congrès national de la Jeunesse Arabe se réunit à Jaffa et adopte un programme panarabiste inspiré du parti Istiklal (le Parti de l'indépendance). Des militants de cette formation commencent à patrouiller sur la côte pour essayer d'empêcher le débarquement des immigrants juifs illégaux et pour forcer les commerçants d'observer les grèves politiques. Le 20 mars 1933, cinq cents notables arabes de tout le pays se rassemblent à Jaffa, afin de condamner le régime mandataire britannique qui permet l'immigration juive, et afin de blâmer les conationaux qui vendent des terrains aux Juifs. Le 27 octobre1933, une manifestation de masse, non autorisée, des Arabes palestiniens, est réprimée par les forces de l'ordre mandataires. Douze manifestants arabes et un policier britannique sont tués. Grièvement blessé, le vieux leader nationaliste Moussa Qazem al-Husseini, meurt au bout de cinq mois, en mars 1934, âgé de 83 ans. En avril 1936, les nationalistes arabes déclenchent une révolte, reprenant courage après l'échec de la politique de la Grande-Bretagne et de la France face aux efforts de réarmement de l’Allemagne et de l'expansionnisme de l’Italie. Cette révolte enflamme toute la Palestine, y compris Jaffa.

Le port de Jaffa aujourd'hui

Les Arabes déclarent la grève générale et ferment le port de Jaffa pendant 175 jours, entre avril et octobre 1936. Du 19 au 23 avril, on assiste à Jaffa à des violences contre les Juifs et leurs propriétés. Une masse de paysans et d'ouvriers originaires de la région d'Hauran de Syrie, agités par des rumeurs alarmistes, tuent à Jaffa neuf Juifs et en blessent soixante autres. Des milliers de Juifs de Jaffa prennent la fuite et se réfugient à Tel Aviv. Beaucoup de magasins et de bureaux appartenant à des Juifs ou à des Britanniques quittent la ville. Il y a aussi des représailles antiarabes de certains Juifs et de la part des organisations souterraines juives, comme la Haganah et le groupe dissident Irgoun B connu comme Etzel. Le 7 août 1936, deux assistantes médicales juives de l'hôpital de Jaffa tombent sous les coups des rebelles. Ils ravagent aussi des jardins et des plantations de Juifs. Le 7 septembre 1936, les autorités britanniques proclament la loi martiale. Parce que pendant la nuit, la ville avec ses ruelles étroites se trouvait aux mains des rebelles, le Britanniques font exploser presque toute la Vieille Ville avec approximativement deux cent-vingt maisons (opération l'Ancre). Les Juifs répondent à la fermeture du port de Jaffa par l'ouverture d'un autre port à Tel Aviv. À la suite des émeutes et de la grève générale, Jaffa est lourdement touchée du point de vue économique

La deuxième phase de la Révolte arabe[modifier | modifier le code]

Le plan de partage de la Palestine établi en 1937 par la Commission Peel créée par le gouvernement du Royaume-Uni, recommande que Jaffa fasse partie d'une enclave sous l'autorité britannique, tout comme Jérusalem, Bethléem et un corridor passant par Ramleh et Lydda (Lod) jusqu'à la mer. Les Arabes palestiniens rejettent ce plan et déclenchent en septembre-octobre 1937 la seconde phase de leur révolte contre la domination britannique et contre le projet sioniste en Palestine. Les autorités mandataires mettent alors le Haut Comité arabe hors-la-loi et exilent une partie des dirigeants nationalistes arabes. La croissance des attaques arabes contre les habitants juifs mène a des représailles — y compris des attentats anti-arabes organisés par les formations radicales souterraines juives Etzel et Lehi (la « bande Stern »). Le 26 août 1938, des membres d'Etzel font exploser une bombe dans le marché de légumes de Jaffa, tuant vingt-quatre Arabes et en blessant trente-neuf autres. Cependant la violence dégénère en hostilités au sein même de la population arabe, où des bandes de villageois commencent à saccager les biens des citadins de Jaffa (pour les chrétiens) ou à leur imposer leur « protection ». En 1939, le gouvernement de Chamberlain renonce au plan Peel et la proximité du début de la Seconde Guerre mondiale cherche à apaiser les Arabes. La publication du « Livre Blanc » de MacDonald en mai 1939 limite l'immigration juive en Palestine. Cette mesure a été prise après qu'on eut pris en compte la prédisposition de l'opinion arabe en faveur des Puissances de l'Axe dans l'espoir de se libérer de la tutelle britannique et de mettre fin une fois pour toutes au noyau d'entité nationale juive dans le pays. En effet, la presse arabe de Jaffa adopte une ligne ouvertement pro-allemande et pro-italienne surtout au début de la guerre.

La Résolution de partition de l'ONU du 29 novembre 1947 et l'intensification des hostilités entre Arabes et Juifs[modifier | modifier le code]

En 1947 une nouvelle commission spéciale, cette fois-ci de l'ONU, recommande que Jaffa fasse partie d'un futur État juif. Toutefois le plan final de partage de l'ONU approuvé le 29 novembre 1947 par l'Assemblée générale de l'ONU, recommande l'inclusion de Jaffa dans le futur État arabe palestinien, sous la forme d'une enclave dans l'État juif. Mais, n'étant d'aucune façon d'accord avec la création de quelque État juif que soit, la partie arabe rejette ce plan et le 30 novembre 1947 des Arabes lancent trois attentats contre des Juifs dans plusieurs endroits du pays.

À Jaffa, un jeune Juif tombe sous les balles. Nombre de juifs sont tués par des francs-tireurs arabes qui tirent depuis de hauts bâtiments de la périphérie de la ville, comme depuis le minaret de la mosquée Hassan Bek. Des parties des rues commerciales de Tel Aviv, rue Allenby, rue Ha'Aliya et rue Herzl deviennent des cibles commodes pour ces francs-tireurs. Le commerce juif doit déménager vers le nord de la ville. Des volontaires d'Irak et de Bosnie se joignent aux Arabes locaux sur les tours des mosquées et s'emparent des maisons abandonnées dans des points stratégiques limitrophes.[réf. nécessaire]

Les tirs depuis le quartier Manshieh vers la rue Allenby attirent des réactions de la part des combattants juifs, surtout des militants de l'Irgoun et du Lehi.

La mosquée Hassan Bek, construite en 1916, rénovée en 1994 avec un minaret rebâti deux fois plus haut qu'auparavant, dans l'ancien quartier de Manshiye, de Tel Aviv-Jaffa

Les habitants de Jaffa étaient divisés - des uns soutenaient le camp du moufti Hajj Amin al-Husseini, dirigé ici par le cheikh Hassan Salamé, pendant que d'autres sympathisaient avec le camp plus modéré. Du point de vue militaire, les Arabes de Jaffa se trouvaient en infériorité parce que les routes d'accès à la ville étaient contrôlées par les Juifs qui pouvaient ainsi bloquer la ville et la priver de nourriture. Aussi ne bénéficiaient-ils ni d'un commandement militaire unique, ni d'objectifs militaires clairs. Une partie des opérations de combat contre les Juifs de Tel Aviv étaient dirigée par un Comité national arabe des partisans de la famille Al Husseini qui siégeait dans le bâtiment administratif du Sérail au centre de la ville. Des habitants des villes arabes proches de Ramle et Lydda sont venus à l'aide des combattants de Jaffa en bloquant la route vers Jérusalem. Des gens des villages voisins de Yazur (aujourd'hui la localité israélienne Azor) et de Salamé (aujourd'hui quartier de Tel Aviv) ont commencé à leur tour d'ouvrir le feu vers les quartiers juifs pauvres du sud et de l'est de Tel Aviv.

Le 1er décembre 1947 les Arabes déclarent une grève générale de trois jours. Dès ce moment-là et jusqu'au 11 décembre, 130 personnes, dont 70 Juifs, 50 Arabes, 3 soldats et un policier britanniques tombent tués dans des heurts et attaques réciproques sur tout le territoire de la Palestine.

Le 8 décembre 1947, après plusieurs attaques et contre-attaques, environ 300 combattants arabes de Jaffa et de Salamé sous le commandement du cheikh Hassan Salamé, ancien combattant à la solde du Troisième Reich en Yougoslavie, pénètrent dans la banlieue juive d'Hatikva au sud-est de Tel Aviv et mettent le feu à 32 petites maisons. Deux mille cinq cents habitants juifs s'enfuient. Mais, étant trop préoccupés par le saccage, les gens de Hassan Salamé ne traduisent pas leur succès en avantage militaire. Les combattants de la Haganah parviennent finalement à les repousser.

Le 9 décembre, les maires de Jaffa et de Tel Aviv tombent d'accord pour cesser les hostilités, afin de sauver la récolte et l'exportation des agrumes, mais le cessez-le-feu ne dure pas longtemps. Le 13 décembre 1947, des membres de l'Etzel, originaires des quartiers d'Hatikva et de Kerem Hateymanim font une première incursion à Jaffa.

Le 4 janvier 1948, des militants de Lekhi font exploser un camion chargé d'explosifs près du Sérail de Jaffa, siège de la mairie et du Comité national arabe, provoquant l'effondrement du bâtiment et la mort de vingt-six Arabes. Selon les sources arabes, les victimes étaient surtout des civils innocents, y compris des enfants orphelins. Cet attentat contribua beaucoup à abaisser le moral des habitants et des défenseurs de Jaffa.

À la fin de l'année 1947, le quartier d'Abu Kabir et ses environs arabes comptaient 5 000 habitants. Tout d'un coup, après le 29 novembre 1947, les Arabes d'Abu Kabir commencèrent à attaquer les moyens de transport juifs qui partaient pour Jérusalem et pour les mochavim du sud et forcèrent le Juifs à trouver des routes alternatives. Les quartiers juifs de Shapira et de Florentin et la rue Herzl de Tel Aviv n'ont pas cessé d'être les cibles des francs-tireurs arabes.

En février 1948, la défense arabe de Jaffa comprenait principalement des membres de la dite « Armée de libération arabe » sous les ordres de l'Irakien Abdul Wahhab al Sheikh et ensuite du capitaine irakien Abdel Najjm ad Din et du chrétien local Michael al Issa. S'y ajoutaient environ cinquante moudjahiddin musulmans des anciennes unités Waffen-SS de Bosnie sous la commande de Hajj Murad et de quelques colons allemands.

L'exode de la population arabe. La conquête de Jaffa par le Yishouv[modifier | modifier le code]

La ville de Jaffa est assignée par le Plan de partage de la Palestine à un futur État arabe mais est enclavée dans les territoires attribués à l'État juif. Dès les premiers mois de 1948, la guerre civile fait rage dans le pays. La population arabe aisée fuit la violence et le chaos. Jaffa, sous blocus, souffre de pénurie pour tous biens alimentaires et énergétiques et est le siège d'attentats de l'Irgoun et du Lehi. Des combats se produisent entre les volontaires de l'Armée de libération arabe venus renforcer la ville et les milices juives à la frontière avec Tel-Aviv. Les habitants arabes fuient d'autant plus facilement qu'ils sont convaincus qu'ils pourront réintégrer leur demeure après les combats et l'intervention des armées arabes. En avril 1948, la population de la ville a ainsi diminué de près de 25 000 personnes.

Fin mars, le commandement de la principale formation paramilitaire juive, la Hagana, adopte le plan Daleth qui prévoit le passage de la stratégie défensive à l'offensive dans le but d'arriver à contrôler pour le 14 mai (date de la fin du mandat britannique en Palestine) tout le territoire qui, selon le plan de partage de l'ONU doit revenir au futur état juif. Il vise à s'assurer aussi la continuité territoriale nécessaire pour protéger la population juive notamment en prenant le contrôle et en occupant les villes et villages à population arabe ou mixte ainsi que toutes les positions stratégiques abandonnées par les Britanniques.

Jaffa ne fait pas partie du futur État juif et son attaque serait perçu comme une agression de la part du Yishouv. Toutefois, il constitue également une épée de Damoclès pour les Israéliens étant localisée juste au sud de Tel-Aviv. Aussi, la décision est prise de confier la prise de la ville au groupe dissident de l'Irgoun, théoriquement indépendant du pouvoir central. Le 25 avril, six compagnies sous le commandement d'Amihaï Paglin (dit Giddy) ont lancé l'attaque contre les Arabes de Jaffa, au cours duquel elles ont bombardé pour 72 heures le centre de la ville. Dans le quartier limitrophe de Manchieh se sont déroulés cependant des lourds combats pour chaque maison jusqu'à sa conquête totale, les combattants juifs arrivant à atteindre le littoral de la mer. Approximativement 40 d'entre eux sont tombés dans les combats, et quelque 80 ont été blessés. Les habitants arabes du quartier se sont réfugiés au sud, dans le centre de Jaffa. À l'ordre de Londres, les forces britanniques, soutenues par des avions et des navires de guerre ont bombardé à leur tour la zone et forcé l'Irgoun à se retirer de Manchieh le 28 avril 1948. Avant de se retirer, ses combattants y ont fait exploser le bâtiment de la police.

Du 20 au 30 avril, la Haganah lance l'opération Hametz visant à occuper les les villages arabes à l'est de Jaffa. La ville capitule de le 13 mai.

Suite à l'exode, il ne reste le 15 mai que 4 100 Arabes sur une population initiale de 70 000 à 80 000 avant la guerre civile[20].

La Jaffa d'aujourd'hui, partie de Tel Aviv[modifier | modifier le code]

Au cours des combats de la Guerre arabo-israélienne de 1948, beaucoup des maisons de Jaffa ont été détruites totalement ou partiellement. En 1948-1949 la ville est entrée sous régime de gouvernement militaire israélien, puis est passée sous la direction d'une administration civile spéciale appelée « Minhal Yaffo » dans le cadre de la mairie de Tel Aviv. Des vagues massives d'immigrants juifs sont arrivées dans le nouvel État d'Israël dans les années 1948-1949 et au début des années cinquante. Ils arrivaient surtout d'Europe et d'Afrique du Nord. Certains de ces immigrants ont été logés dans des maisons arabes abandonnées, d'autres ensuite dans des HLM appelés « chikounim », bâtis rapidement. Beaucoup d'immigrants juifs, venus surtout de Bulgarie, mais aussi d'autres pays, se sont établis dans la partie nouvelle de Jaffa, autour du boulevard King George, nommé dorénavant Sderot Yerushalaiym (boulevard de Jérusalem), où on peut voir jusqu'à nos jours des restaurants ou bistrots à cuisine bulgare ou séfarade des Balkans, à côté de ceux à profil cachère, arabe, juif libyen, marocain ou tunisien, ou bien roumain. C'est dans la vieille partie de la ville, tout autour de la place appelée aujourd'hui Kedumim, que se sont installés les Arabes de condition pauvre, beaucoup d'entre eux étant réfugiés des autres localités arabes vidées, y compris de la zone de Ramleh. Cette zone de Jaffa, longtemps négligée, s'était beaucoup dégradée, et la misère et le niveau bas de l'enseignement d'État s'accompagnaient de la croissance de la criminalité et de la consommation de drogues. C'est pour cela qu'en 1970 Jaffa s'est vue dotée, parmi les premières, d'une polyclinique et d'une unité hospitalière destinée à la désintoxication et au traitement des drogués, juifs et arabes.

Tel Aviv était devenue indépendante de Jaffa en 1936. En 1950, à l'inverse, c'est Jaffa qui fut rattachée à Tel Aviv, cette fois-ci comme partie de cette ville. En 1965, après l'ouverte du nouveau port d'Ashdod, le port de Jaffa fut fermé pour les bateaux.

Une autre vue du port de Jaffa en 2007

Culture[modifier | modifier le code]

Afin d'améliorer l'état de Jaffa et les conditions de vie de ses habitants, on a fondé en 1960 la Société pour le développement de la vieille ville de Jaffa. Des architectes ont entrepris de réhabiliter la vieille ville. On a reconstruit ans les années 1960-1970 la zone de la vieille Jaffa, où on a ouvert des ateliers des peintres et sculpteurs et des galeries d'art. Plus récemment on a refait en partie la zone de la place de l'Horloge. Les deux aires mentionnées sont devenues des attractions touristiques. La boulangerie-pâtisserie Aboulafia, et aussi les restaurants de hoummous, à proximité du port et dans le secteur appartenant à la famille Hajj Kakhil, jouissent d'une grande renommée dans la partie arabe de la ville. Jaffa est devenue au cours des années un centre de vie culturelle et de loisir très intenses: surtout dans le domaine du music-hall (l'imprésario et producteur Giora Goudik, etc) - dans des salles de restaurant comme Alhambra, des night-clubs comme Ariana, Caliph, Hammam et le Moadon Hatheatron ("le Club du Théâtre").

Le nom de Jaffa est lié aux débuts de plusieurs chanteurs pop ou de chansons hébraïques (« zemer ivri ») et aussi de l'activité des chanteurs grecs comme Aris San, Trifonas, Loukas Daralas, etc., et des troupes israéliennes locales ou « des rois de la bohème », comme l'écrivain Dan Ben Amotz. La station de radio Galey Tsahal, fort populaire, diffuse ses émissions depuis Jaffa. L'acteur et régisseur Niko Nitay y a fondé le théâtre « fringe » « Ha'Simta » (« La Ruelle »). S'y sont ajoutés ensuite d'autres ensembles de théâtre alternatif comme, par exemple le Théâtre Notzar, le Arab-Hebrew Theatre (Théâtre arabo-hébreu), le Théâtre de mouvement Meyumana, l'auditorium Anis etc. Le Théâtre de répertoire « Guechere » (Gesher = « Pont »), fondé par Yevgueni Arye, metteur en scène juif immigré de Moscou, et dont les spectacles sont joués en hébreu ou en russe, jouit d'un prestige particulier. À Jaffa prennent place des festivals comme « Du-et » - consacré à la cohabitation des Juifs et des Arabes, le festival des monologues de théâtre « Theatronetto », le festival de musique et danse « Les Nuits de Jaffa ». La vie culturelle s'est enrichie par l'ouverture d'un café-librairie arabe « Yafa », devenu très populaire dans les cercles intellectuels. Jaffa est connue aussi comme une ville sportive pour les Arabes et les Juifs. Ici se trouve un des plus importants stades d'Israël- le stade Blumfield. Il a été inauguré en 1962, à la place de l'ancien terrain Bassa, et sert aux clubs de football Hapoël et Maccabi Tel Aviv

Ces dernières années, sous l'administration du maire Ron Huldaï, on a créé un nouveau cadre administratif - la « Mishlama », pour la réhabilitation de Jaffa. On a bâti dans la ville une branche de l'Université de Tel Aviv, un lycée de musique qui abrite les Ateliers Internationaux d'opéra et des concerts de musique baroque. Place de l'Horloge, à côté de l'ancien Sérail on a inauguré un Centre culturel turc, en tenant compte du rôle joué par la Turquie dans l'histoire de la ville.

Communautés religieuses[modifier | modifier le code]

À Jaffa se trouvent aussi des centres communautaires religieux musulmans, chrétiens et juifs - du judaïsme orthodoxe (y compris hassidique et réformé). Après les Accords d'Oslo, on a fondé dans la ville l'Institut Peres pour la paix et le Saint-Siège y a ouvert une ambassade.

Les Arabes de Jaffa ont été organisés dès l'année 1967 dans des institutions comme le Trust de charité musulman et après 1973 l'Association philanthropique islamique Al Maqassid (al Maqassid al Khayriyya al Islamiyya) dirigée par Abdel Badawi Kaboub, et depuis 1979 aussi l'association à programme nationaliste laïque Rabita (la Société des Arabes de Jaffa). Ils ont mené un long combat avec la bureaucratie de la municipalité et pour maintenir comme lieu de culte la Mosquée Hassan Bek, vestige du quartier démoli de Manchiye. En 1981, à l'initiative de l'association Al Maqassid, à l'occasion du Nouvel An islamique, on y a tenu une réunion de prières pour la première fois depuis 1948, en présence du maire en fonction de Tel Aviv, Shlomo Lahat (Tchitch). L'écroulement accidentel, le 18 avril 1983, du minaret de la mosquée a ému la population arabe. Le nouveau conseil islamique « Al Hay'a al Islamiya » inauguré en 1988 par décision de la mairie de Tel Aviv, a repris la responsabilité de la rénovation de l'édifice avec l'aide de donateurs de tout le monde islamique. En 1994, la mosquée rénovée Hassan Bek, avec un minaret deux fois plus haut qu'avant, a été rouverte au service religieux. Mais l'automne 2000 a fait éclater la Seconde Intifada des Arabes palestiniens dans les territoires occupés par Israël en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, avec une vague d'attentats meurtriers de « kamikazes » arabes contre la population juive partout dans le pays entre 2000 et 2004. Au début de ces événements, en octobre 2000, la police israélienne a réprimé des manifestations violentes des jeunes Arabes en Galilée, en tuant treize manifestants. Plus tard, après l'explosion provoquée le 1er juin 2001 à la discothèque du Dolphinarium de Tel Aviv dans laquelle 21 civils juifs ont trouvé la mort et 130 autres ont été blessés, ont eu lieu des manifestations de protestation juives devant la mosquée Hassan Bek, à proximité du lieu de l'attentat. Après ces événements, des jeunes arabes de Jaffa, attisés par le mouvement islamiste local, dominé par l'aile plus « pure et dure » du "courant du nord" de ce mouvement, ont exprimé leur solidarité avec leurs concitoyens de Galilée, et respectivement, de Cisjordanie et de Gaza, par des manifestations violentes qui ont mené à la paralysie les années suivantes du tourisme intérieur juif et du tourisme étranger à Jaffa. Les slogans déclenchant des violences en octobre 2000 se référaient à une mise à feu imaginaire de la mosquée Hassan Bek par les Juifs. Après 2004, la situation à Jaffa est revenue à la normale. En 2005, l'action provocatrice de quelques extrémistes juifs qui ont jeté dans la cour de la mosquée une tête de porc avec une inscription au nom du prophète, a attiré de nouveau la consternation dans les rangs des musulmans déjà sensibilisés auparavant par des agitateurs. Actuellement, il y a certaines tensions à propos de la construction à Jaffa d'aires résidentielles destinées à des acheteurs aisés. Ces projets risquent de léser les droits des habitants arabes qui ont peur d'être évacués sans compensations adéquates.

Ces dernières années de vastes travaux ont lieu à Jaffa pour l'aménagement de la plage et la construction d'une ligne de train express régional qui relie les agglomérations urbaines de Bat Yam, Tel Aviv-Jaffa, Ramat Gan et Petah Tikva.

Personnalités[modifier | modifier le code]

Personnalités nées à Jaffa
Personnalités décédées à Jaffa

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

  • Jaffa est le titre international d'un film de Keren Yedaya avec Dana Ivgy, Mahmud Shalaby, Ronit Elkabetz et Moni Moshonov.
    Ce film, sorti en France le 10 juin 2009, a pour cadre la ville de Jaffa, et son titre original hébreu est Kalat hayam, qui signifie la fiancée de la mer, un des surnoms de la ville.
  • Ajami - un film de Yaron Shani et Scandar Copti
    Jouée en hébreu et arabe, cette production israélo-allemande raconte cinq histoires liées au quartier Ajami de Jaffa ; les acteurs sont Fouad Habash, Ibrahim Frege, Scandar Copti, Shahir Kabaha et Eran Naim. Le film a reçu la Caméra d'Or - mention spéciale au Festival de Cannes 2009, les prix israéliens du cinéma, Ophir, pour le meilleur film de long métrage, la meilleure régie, le meilleur scénario et la meilleure musique (Rabih Bukhari), ainsi que le Sutherland Trophy au Festival de cinéma de Londres.

Dans l'art[modifier | modifier le code]

Jaffa est au centre de beaucoup de créations des peintres israéliens comme Nahum Gutman, Tziona Tadjer, Eric Eliahou Boukobza.

Galerie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Eerdmans, p. 594
  2. Phaidon Guide, p. 304.
  3. Le Nouveau Testament, édition du chanoine Osty, Paris, Siloé, 1966
  4. Yehoshua
  5. Yona
  6. Tarshish
  7. ou Nabou-Koudour-Ousour
  8. ou Eshmun'azar ou Eshmunazar ou Eshmounezer
  9. Yehuda Makkabi
  10. Shimon Makkabi
  11. How Napoleon massacred Turkish prisoners in Jaffa - Memoirs of Napoleon, completed by Louis Antoine Fauvelet de Bourrienne ch XVIII - in Turcomania and Ottomania Archives of Mavi Boncuk 4.11.2006
  12. René Desgenettes
  13. Templers en allemand
  14. Cette marque étant employée aussi pour les oranges qui sont exportées par la Palestine mandataire et par Israël
  15. En hébreu Nakhal Sorek
  16. Plus tard Artouf, aujourd'hui appelé en hébreu Bet Shemesh
  17. Aujourd'hui Bar Giora
  18. Aujourd'hui dans la zone de juridiction de la ville israélienne voisine de Holon
  19. Fondé par le fameux commerçant de thé Kalonymus Wissotzki et dirigé par Avraham Moyal et ensuite par Shmuel Hirsch
  20. Morris, 2003, p. 211-221.
  21. http://www.findagrave.com/cgi-bin/fg.cgi?page=gr&GRid=21047

Sources[modifier | modifier le code]

  • The Eerdmans Bible Dictionary - Revision Edited by Allen C Myers, William Eerdmans Publishing Co., Grand Rapids, Michigan, 1993 (Dictionnaire de la Bible Eerdmans)
  • Israel - A Phaidon Art and Architecture Guide, Prentice Hall Press, NY - ed. DrMarianne Mehling et al., 1987, (transl. from Knaurs Kulturführer in Farbe : Heiliges Land, Munich 1986) (Israel -Guide de l'art et l'architecture Phaidon)
  • Immanu'el Hareuveni - Lexicon Eretz Israel - Yediot Aharonot Books and Hemed Books, Tel Aviv 1999, לקסיקון ארץ ישראל - עמנואל הראובני Lexicon de la Terre d'Israël (en hébreu)
  • Nathan Schur - History of the Holy Land (Toldot Eretz Israel) - Dvir Publ., Tel Aviv, 1998
  • Georges Spillman - Les Auxiliaires de l'Armée de l'Orient (1798 - 1801). La création des corps auxiliaires égyptiens et syriens. La Revue du Souvenir Napoléonien no 304, mars 1979 p. 7-15
  • René-Nicolas Dufriche Desgenettes, dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852
  • Henry Laurens - Le Retour des exilés - la lutte pour la Palestine de 1869 à 1997 Bouquins, Robert Laffont, Paris, 1998
  • Yossef Glas - Yossef Navon -Sa participation au développement de la Palestine (Terre d'Israël) à la fin du XIXe siècle - la revue Kathedra d'histoire de la Terre d'Israël - Tevet 5753, décembre 1992, nr.66, maison d'édition Itzhak Ben Tzvi, Jérusalem

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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