Louis IX de France

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Louis IX
Saint Louis
Sceau de majesté de Louis IX, dit Saint Louis.
Sceau de majesté de Louis IX, dit Saint Louis.
Titre
Roi de France
8 novembre 122625 août 1270
43 ans, 9 mois et 17 jours
Couronnement 29 novembre 1226,
en la cathédrale de Reims
Prédécesseur Louis VIII
Successeur Philippe III
Biographie
Dynastie Capétiens
Nom de naissance Louis de France
Date de naissance 25 avril 1214
Lieu de naissance à Poissy,
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Date de décès 25 août 1270 (à 56 ans)
Lieu de décès à Tunis,
Tunisie (Hafsides)
Père Louis VIII de France
Mère Blanche de Castille
Conjoint Marguerite de Provence
Enfant(s) Blanche
Isabelle
Louis
Philippe III Couronne héraldique (3 branches trilobées)
Jean
Jean Tristan
Pierre d'Alençon
Blanche
Marguerite
Robert de Clermont
Agnès
Religion Catholicisme
Résidence Paris
Vincennes

Louis IX de France
Rois de France

Louis IX, dit « le Prudhomme[L 1] », plus connu sous le nom de Saint Louis[N 1] depuis sa canonisation par l'Église catholique en 1297, est très probablement né à Poissy, le 25 avril 1214, et mort à Tunis le 25 août 1270. Considéré comme un saint de son vivant, il est le 44e roi de France, pays sur lequel il règne pendant plus de 43 ans. Neuvième roi de France issu de la dynastie des Capétiens directs, il est le énième enfant et quatrième fils connu du roi Louis VIII, dit « Louis le Lion » et de la reine Blanche de Castille, de laquelle il reçoit une éducation très stricte et très pieuse durant toute son enfance. Aîné des membres survivants de sa fratrie, il hérite de la couronne à la mort de son père, alors qu'il n'est âgé que de douze ans. Il est alors sacré le 29 novembre 1226 en la cathédrale de Reims, mais c'est la reine mère qui, conformément au testament de Louis VIII, exerce la régence du royaume jusqu'à la majorité du nouveau monarque.

Devenu adulte, Louis IX se soucie de l'extension du domaine royal, auquel il rattache les comtés de Blois, de Chartres et de Sancerre, ou encore la Normandie, le Maine, la Provence et le Languedoc[2]. Mais il ne se contente pas de régler les affaires intérieures : réputé juste et diplomate, il est régulièrement sollicité par les différentes monarchies d'Europe qui font appel à lui en tant que juge. Il mène un règne inspiré des valeurs du christianisme qui contribue à fonder l’idée que les pouvoirs spirituel et politique peuvent être incarnés par un seul homme. Il atténue les excès de la féodalité au profit de la notion de bien commun et développe la justice royale où le souverain apparaît comme « le justicier suprême».

Louis IX est un roi réformateur qui veut léguer un royaume dont les sujets seront soumis à un pouvoir juste ; il renouvelle la « Quarantaine-le-roi », introduit dans le pays des baillis et des prévôts, ordonne la présomption d'innocence, interdit l'ordalie et institue la supplicatio, consistant à pouvoir faire appel au roi afin de solliciter l'amendement d'un jugement. Offrant aux Français une monnaie unique, il est l'instigateur des institutions qui deviendront le Parlement et la Cour des Comptes.

Très pieux et souhaitant conduire ses sujets vers le Salut, il décide de punir le blasphème, les jeux d'argent, les prêts à intérêts et la prostitution ; il se procure des reliques du Christ pour lesquelles il fait construire la Sainte-Chapelle ; il tente également de convertir de gré ou de force les Juifs de France. À cette fin il finit par leur imposer diverses mesures, dont le port de la rouelle et le brûlement du Talmud.

Conformément à son vœu prononcé à la suite d'une grave maladie, puis confirmé à la suite d'une guérison qu'il considère comme miraculeuse, Saint Louis part se battre avec ses frères Robert d'Artois, Alphonse de Poitiers et Charles d'Anjou, tout d'abord en Égypte lors de la septième croisade, puis en Tunisie lors de la huitième croisade, au cours de laquelle il meurt de la dysenterie. Aujourd'hui vu comme un monarque ayant offert à la France un renouveau économique, intellectuel et artistique, il est considéré comme l'un des trois grands Capétiens directs avec son grand-père Philippe Auguste et son petit-fils Philippe IV le Bel[3] .

Sommaire

Jeunesse[modifier | modifier le code]

L'éducation du petit prince[modifier | modifier le code]

Blanche montrant à saint Louis la Religion, la Foi et la Piété, Jean Jouvenet, XVIIe siècle.

Né le 25 avril 1214 sous le règne de son grand-père Philippe Auguste, dans le château de Poissy[L 2], le futur Louis IX est le énième enfant et deuxième fils connu du futur roi Louis VIII, dit « le Lion », et de la princesse Blanche de Castille[N 2]. Il ne devient en effet l'héritier qu'à l'âge de quatre ans, après la mort précoce de son frère aîné : Philippe[L 4]. Immédiatement après sa naissance, il est baptisé en la collégiale Notre-Dame de Poissy ; ce lieu demeurera cher au roi, qui aimera signer ses lettres du nom de « Louis de Poissy », ou encore, « Louis, seigneur de Poissy », considérant que sa vraie naissance demeure son baptême[L 5].

Ses parents, et plus particulièrement la princesse Blanche de Castille, lui font donner une éducation très poussée afin qu'il soit religieusement et moralement formé à la fonction royale et préparé à protéger l'Église[L 2]. Le petit prince est alors, comme les jeunes aristocrates de son époque, plus entouré par sa mère que par son père, qui prend probablement le relais à l'âge auquel son fils doit faire son apprentissage militaire[L 6]. Sa mère apporte alors la plus grande vigilance aux progrès intellectuels du futur roi ainsi qu'aux principes d'une piété rigoureuse et d'une foi inébranlable, comme en témoigne la Bible moralisée qu'elle a probablement commandée pour son fils. Responsable de son éducation, Blanche ne laisse approcher de lui que les hommes qu'elle considère comme estimables par leur vertu[4].

Le futur Louis IX vit également, comme il aimera le rappeler devenu adulte, auprès de son grand-père vieillissant, Philippe Auguste, qui a sur lui une grande influence. Philippe est alors le premier roi de France à connaître son petit-fils, ce qui accentue la force dynastique de l'enfant[L 6],[N 3].

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Le sacre de l'enfant roi[modifier | modifier le code]

Le Sacre de saint Louis, Charles Van Loo, XVIIIe siècle.
Le sacre de Louis IX, XIIIe siècle.

Le futur Louis IX est âgé de neuf ans lorsque son grand-père Philippe Auguste meurt, le 14 juillet 1223. C'est alors son père, Louis « le Lion » qui devient roi mais pour une courte durée car il meurt trois ans plus tard, le 8 novembre 1226[L 8]. Le 3 novembre, quelques jours avant sa mort, Louis VIII fait venir dans sa chambre de mourant les barons, prélats et personnages importants de l'armée pour leur faire promettre que, dès qu'il serait mort, ils prêteraient l'hommage et la foi à son fils et qu'ils le couronneraient roi au plus vite[N 4]. Selon le chroniqueur Philippe Mouskes, Louis VIII missionne également ses plus proches conseillers, Barthélemy de Roye, Jean de Nesle et le frère Guérin, pour veiller sur ses enfants[L 9],[N 5].

Louis est âgé de douze ans à la mort de son père, l'angoisse et l'inquiétude d'être gouverné par un enfant envahissent alors le royaume[L 10]. Cependant, bien qu'enfant, le nouveau roi fait preuve d'une grande maturité[L 11] et, alors qu'aucun texte ni aucune tradition ne prévoit qui doit gouverner sous le règne d'un roi trop jeune, la tutelle passe entre les mains de la reine mère, Blanche de Castille, dès les premiers jours qui suivent la mort de Louis VIII[L 12]. Cette situation est alors légalisée par un acte inédit, dans lequel l'archevêque de Sens et les évêques de Chartres et de Beauvais affirment que Louis VIII, sur son lit de mort, avait fait savoir qu'il décidait de placer son fils héritier, le royaume et ses autres enfants sous le « bail et la tutelle » de son épouse, la reine Blanche, jusqu'à ce qu'il atteigne sa majorité[L 13].

Lettre circulaire adressée par les prélats et barons du royaume aux évêques et grands feudataires pour les inviter à assister au Couronnement du jeune Louis IX, le 29 novembre 1226. Archives nationales.

Louis IX est sacré roi le 29 novembre 1226 en la cathédrale Notre-Dame de Reims par l'évêque de Soissons, Jacques de Bazoches. Son sacre est alors principalement marqué par trois aspects. Premièrement, la vitesse à laquelle il est accompli, afin que Louis IX soit rapidement « complètement » roi et que personne ne puisse faire pression sur lui ou son entourage[L 14]. Le deuxième problème, qui accentue les risques pour le royaume d'avoir un enfant pour roi, est que le jeune Louis IX n'a pas été fait chevalier, or le roi de France doit être indubitablement un roi chevalier. C'est ainsi que, sur le chemin menant à Reims, l'enfant royal, lors d'une étape à Soissons, y est adoubé. Enfin, le troisième aspect, sur lequel insistent les chroniqueurs, est l'absence des grandes personnalités du royaume, tant ecclésiastiques que laïcs[L 15],[N 6]. Les chroniqueurs ont souvent donné des motifs politiques à ces absences mais, selon Jacques Le Goff, même s'il est vrai que certains boudèrent le sacre pour des raisons politiques, la plupart n'ont simplement pas eu le temps de préparer leur voyage en raison de la précipitation de la cérémonie, de plus, le sacre d'un enfant n'est pas particulièrement attrayant pour les prélats et les grands seigneurs[L 16].

Blanche de Castille exerce alors le pouvoir avec le titre de « baillistre » et reste peu de temps entourée des conseillers expérimentés mais vieillissants des deux règnes précédents : le frère Guérin, chancelier de France, rend les sceaux et meurt en 1227, Barthélemy de Roye, Grand chambrier de France, s'efface peu à peu et meurt en 1237 et Jean de Nesle n'apparaît plus que par intermittence. Le principal soutien de la reine reste alors Gauthier Cornut, évêque de Sens[L 17].

La révolte des barons[modifier | modifier le code]

Saint Louis remet la régence à sa mère, Joseph-Marie Vien, XVIIIe siècle.

En 1226, Blanche de Castille et ses conseillers s'occupent du cas de quelques seigneurs mécontents. Pour concilier Philippe Hurepel, demi-frère de Louis VIII, son royal neveu lui donne les châteaux de Mortain et Lillebonne ainsi que l'hommage du comté de Saint-Pol et une rente viagère de six mille livres tournois[N 7]. À la demande de plusieurs seigneurs, à l'épiphanie, le 6 janvier 1227, Blanche, son fils et leurs conseillers décident également de libérer, en échange d'une rançon et de sa fidélité, Ferrand de Flandre qui avait trahi Philippe Auguste lors de la bataille de Bouvines[L 18]. Louis IX, toujours conseillé, fait ensuite un effort en direction des grands seigneurs trop remuants : il promet de marier son frère Jean à la fille de Pierre Mauclerc et lui offre, en gage, Angers, Le Mans, Baugé et Beaufort-en-Vallée, et promet de marier son frère Alphonse à une fille de Hugues X de Lusignan ainsi que sa sœur Isabelle à l'un de ses fils[L 19]. Mais l'effort le plus important est fait envers Henri III d'Angleterre et, en avril 1227, une trêve est conclue entre le roi de France et Richard de Cornouailles, frère du roi d'Angleterre. Le mois suivant, c'est Henri III en personne qui demande à Louis une trêve officielle, qui prend effet en juin[L 19].

Ainsi, au début de l'été 1227, le jeune roi est à la tête d'un royaume pacifié. Et pourtant, tout bascule aussitôt. Les barons ne supportent plus d'être conduits par un enfant et une femme, qui plus est, étrangère. Un grand nombre de seigneurs se rassemble à Corbeil et prévoit d'enlever le roi afin de le séparer de sa mère et de ses conseillers pour gouverner en son nom et s'approprier le pouvoir, les terres et les richesses. À la tête de cette révolte se trouvent alors Philippe Hurepel, comte de Boulogne et oncle du roi, qui a accepté de devenir l'un de leurs chefs, mais sans conviction, et Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, le plus puissant des vassaux du roi de France[L 20],[N 8]. Le jeune roi et la reine mère, qui reviennent de Vendôme, où ils sont allés négocier avec les barons de l'ouest, rentrent à Paris par Orléans mais toute leur suite est bloquée à Montlhéry par les barons rassemblés. Bientôt, les Parisiens, auxquels Blanche et ses conseillers avaient envoyé des messages requérant leur fidélité et leur soutien, prennent les armes, volent au secours du roi et le ramènent en triomphe[L 21]. Lors de cette attaque, le roi a également pu compter sur le soutien du comte Ferrand de Flandre, libéré et resté d'une grande fidélité au roi, ainsi que sur celui de Thibaud IV de Champagne, avec lequel il s'était réconcilié[L 22].

Mais, l'année 1228 voit la coalition des barons se reformer. Cette fois, la révolte, soutenue par Philippe Hurepel, est dirigée par Enguerrand III de Coucy. Les coalisés ne s'en prennent plus directement au roi et à sa tutrice mais à Thibaud IV de Champagne, leur plus puissant soutien[L 22]. Cette campagne commence par la propagation de rumeurs dépréciatives voire injurieuses contre Blanche de Castille : les barons l'accusent de vider les caisses du royaume, d'être la maîtresse de son conseiller Romain Frangipani ou encore de Thibaud de Champagne, qui chante une dame en qui on peut voir la reine[L 23]. Heureusement pour le roi, les barons sont instables et impressionnés par la royauté, même représentée par un adolescent, certains d'entre eux passent donc de la rébellion à une obéissance totale. Mais il faut tout de même recourir aux opérations militaires et, en 1230, le jeune roi, âgé de moins de seize ans, prend la tête de l'ost royal. Il part en campagne dans l'ouest, contre Pierre Mauclerc, qui vient de prêter hommage au roi d'Angleterre en octobre 1229, et ses complices, puis en Champagne pour y protéger Thibaud[L 24]. La campagne de janvier se termine alors avec la prise de Bellême et la reprise d'Angers, Baugé et Beaufort[L 25]. Sur les conseils de Romain Frangipani, l'armée royale ravage également les champs, les récoltes et les possessions de Raymond VII de Toulouse, celui-ci devant se résigner à faire la paix avec le gouvernement du royaume[L 26].

En mai, Henri III d'Angleterre, appelé à l'aide par Pierre Mauclerc, débarque à Saint-Malo mais n'ose pas engager les hostilités et s'enferme dans Nantes, sans combattre. Louis IX prend la tête d'une nouvelle armée et, grâce à l'aide de Hugues X de Lusignan, prend Clisson, assiège Ancenis et rase le château de La Haye-Pesnel, appartenant au rebelle Fouques Pesnel. Au printemps 1231, Louis entreprend une nouvelle campagne dans l'ouest et impose à Pierre Mauclerc une trêve de trois ans à Saint-Aubin-du-Cormier[L 25]. Entre-temps, Louis IX se tient en Champagne et les barons révoltés contre Thibaud n'osent pas attaquer le roi et abandonnent ainsi les hostilités[L 26].

Grâce à la présence du roi dans les batailles et aux assemblées des puissants ainsi qu'à l'énergie politique de sa mère et de ses conseillers, Louis apparaît comme un roi guerrier. Et les anciens coalisés, à l'exception de Pierre Mauclerc qui ne se soumettra qu'en novembre 1234, lui obéissent désormais[L 27],[L 28].

Fiançailles et mariage[modifier | modifier le code]

Célébration du mariage de Louis et Marguerite. Le roi et la reine pratiquant l'abstinence. Guillaume de Saint-Pathus, Vie et miracles de saint Louis, 1330-1340.

Louis IX est probablement reconnu majeur en 1234, à vingt ans, voire en 1235, à vingt et un ans[L 29],[N 9].

Guillaume de Nangis fait du mariage la conséquence d'un désir du roi mais, selon Jacques Le Goff et Gérard Sivéry, le jeune roi n'a fait que se conformer à l'usage et à l'avis de sa mère et de ses conseillers[L 30],[S 1].

Marguerite, aînée des quatre filles de Raymond Bérenger IV de Provence, est à peine nubile car elle n'a que treize ans. Jean de Nesle et Gauthier Cornut sont alors nommés principaux négociateurs du contrat de mariage et, selon le chroniqueur Philippe Mouskes, Maurice de Sully, archevêque de Bourges, se serait également chargé des premières démarches. En 1233, le roi Louis IX ordonne au chevalier Gilles de Flagy, en mission à Toulouse, de passer par la cour comtale de Provence, probablement afin, selon Gérard Sivéry, de se renseigner sur la jeune princesse dont les rumeurs louent la perfection[S 2]. Louis et Marguerite sont de lointains parents, mais, le 2 janvier 1234, le pape Grégoire IX les relève de l'empêchement de mariage pour consanguinité[L 31],[N 10].

Le 30 avril 1234, à Sisteron, le comte et la comtesse de Provence reconnaissent devoir une dot de 8 000 marcs d'argent, à payer avant le 1er novembre 1239, et donnent en gages le château de Tarascon et ses revenus au roi de France. La réponse se fait peu attendre ; Jean de Nesle et Gauthier Cornut, chargés d'aller chercher la fiancée en Provence et de l'accompagner jusqu'au lieu du mariage, font rédiger par écrit la promesse de mariage du roi qui s'engage à épouser Marguerite avant l'Ascension, célébrée cette année le 1er juin[L 31]. Le 17 mai 1234, Raimond Bérenger complète la dot de 2 000 marcs supplémentaires en désignant Raimond Audibert, archevêque d'Aix, garant envers son futur gendre ; le comte cède alors les revenus du château d'Aix ainsi que la baillie d'Aix que détenait Guillaume de Cottignac. Mais la somme considérable de 10 000 marcs d'argent dépasse les capacités financières du comte qui n'en paiera en fait que le cinquième[S 2].

Le 27 mai 1234, le mariage de Louis et Marguerite est célébré en la cathédrale de Sens, par Gauthier le Cornu. Les personnages importants du royaume sont présents et la suite de Louis comprend sa mère, ses frères Robert et Alphonse, son cousin Alphonse de Portugal, de nombreux nobles dont le fidèle Barthélemy de Roye et plusieurs dames qui assurent la suite de Marguerite[L 32]. La cérémonie se déroule en deux temps. La première phase, une cérémonie extérieure devant l'église, commence par la jonction des mains des fiancés par Guillaume de Savoie, évêque de Valence et oncle de Marguerite, symbolisant leur consentement, puis les anneaux sont échangés et, enfin, elle se termine par la bénédiction et l'encensement des époux[L 33]. La seconde phase est essentiellement une messe lors de laquelle sont lus et chantés plusieurs textes[L 34]. Au moment de l'invocation, le roi reçoit un baiser de l'archevêque qu'il va porter à sa jeune épouse, lui promettant ainsi amour et protection. Enfin, vient la bénédiction de la chambre nuptiale, rite soulignant leur devoir de procréer[L 35]. Le lendemain du mariage, le 28 mai 1234, la jeune Marguerite est couronnée reine[L 36].

Selon Guillaume de Saint-Pathus, confesseur et confident de la reine Marguerite de Provence, Saint Louis ne touche pas sa femme pendant la nuit de noces ; il passe ses trois premières nuits de jeune marié à prier, respectant ainsi les trois « nuits de Tobie » recommandées par l'Église[L 35].

La fin du conflit avec les Anglais[modifier | modifier le code]

La ligue des seigneurs poitevins[modifier | modifier le code]

Henri III, grand adversaire de Saint Louis et de la monarchie française, n'a pas renoncé à récupérer les territoires anglais en France, reconquis par Philippe Auguste. Il conteste en effet la légitimité de la confiscation des fiefs de son père Jean sans Terre dans l'ouest de la France, par le roi Philippe. Mais occupé par les barons anglais qui avaient limité son pouvoir en arrachant la Grande Charte à son père et par les barons français coalisés qui lui demandèrent de l'aide pour s'émanciper, Henri III n'a jamais manifesté ses désirs de reconquête[L 37].

En France, une nouvelle rébellion commence à prendre vie. Tout d'abord, Hugues X de Lusignan s'insurge en raison d'un accord non respecté : lorsqu'en 1227, la reine Blanche et ses conseillers avaient neutralisé Hugues, un accord avait prévu le mariage d'une fille de ce dernier avec Alphonse de France mais celui-ci était déjà fiancé à Jeanne de Toulouse ; en compensation, il était prévu qu'Isabelle de France épouse le futur Hugues XI de Lusignan mais celui-ci épousa Yolande de Bretagne en 1238, tandis qu'Alphonse se maria effectivement avec sa fiancée, Jeanne[L 28]. En plus de cela, à sa majorité, en 1241, Alphonse reçoit de son royal frère le comté de Poitiers et l'Auvergne, conformément à la volonté de leur père. Ses nouvelles terres absorbent alors le comté de la Marche et Hugues X doit transférer son hommage de vassal du roi de France à Alphonse de Poitiers, seigneur de rang inférieur. Hugues X prête finalement l'hommage mais la situation déplaît fortement à sa femme, Isabelle d'Angoulême, veuve de Jean sans Terre et mère d'Henri III, qui souhaite conserver son rang de reine.

Le conflit éclate lorsque Louis IX, prétextant la rupture des fiançailles, réclame l'Aunis et Saint-Jean-d'Angély, remis en gage à Hugues X en 1230 à l'occasion de la promesse de mariage entre sa sœur Isabelle et le jeune Hugues. Hugues X, décidé à se battre, détruit symboliquement la maison qu'il possède à Poitiers et, en décembre 1241, s'oppose publiquement au roi lors de l'assemblée solennelle des vassaux du comte de Poitou. Louis tente d'abord vainement de faire revenir le comte Hugues X sur sa décision puis présente son cas à la cour des pairs de France, qui prononce la confiscation des domaines du rebelle. Immédiatement, le comte de la Marche constitue une ligue contre Louis IX, à laquelle la plupart des barons poitevins adhèrent[L 38],[N 11]. Dès les débuts de cette coalition, le roi d'Angleterre s'y intéresse mais est retenu par ses engagements pris lors des trêves de 1238[L 39]. Après la destitution de Hugues X, Henri III d'Angleterre décide de prendre part à la coalition afin de faire valoir ses droits en France[L 40].

La guerre de Saintonge[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre de Saintonge.
Combat entre les troupes de Louis IX et Henri III, XIVe siècle.

La guerre de Saintonge dure environ un an, du 28 avril 1242 au 7 avril 1243. Selon Jacques Le Goff, elle se déroule en trois phases : du 28 avril au 20 juillet 1242, c'est une guerre de siège lors de laquelle Louis ne se bat qu'avec le comte de la Marche et ses alliés ; du 21 juillet au 4 août 1242, l'ost royale bat les Anglais devant Saintes et les repousse jusqu'à Blaye ; et enfin, du 4 août 1242 au 7 avril 1243, la guerre s'oriente contre le comte de Toulouse, puis se termine par une trêve entre Henri d'Angleterre et Saint Louis[L 40].

La bataille de Taillebourg[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Taillebourg.
La bataille de Taillebourg, Paul Lehugeur, XIXe siècle.

Le 28 avril 1242, Louis convoque l'ost royale qui se réunit à Chinon. Le 4 mai, à Poitiers, le roi de France signale le début de la campagne : il est à la tête de 1 000 chariots, 4 000 chevaliers et 20 000 écuyers, sergents et arbalétriers. Son armée assiège et prend successivement les châteaux rebelles de Montreuil, Béruges, Fontenay, Prez, Saint-Gelais, Tonnay-Boutonne, Matus, Thoré et Saint-Affaire[L 40].

Henri III d'Angleterre quitte Portsmouth le 9 mai et débarque à Royan le 13. Le 16 juin, Henri déclare la guerre à Louis IX mais est venu avec peu de troupes tandis que les Français achèvent la conquête du Poitou. Le 20 juillet, les Français arrivent devant Taillebourg. Le lendemain, les ennemis se retrouvent face à face mais sont séparés par la Charente ; les Anglais tentent de rejoindre les Français par le pont de pierre reliant Taillebourg à Saintes ; les troupes de Saint Louis repoussent les Anglais. Ces derniers s'enfuient alors à toute vitesse vers Saintes. Le lendemain, 22 juillet, Louis et son armée traversent la Charente et la bataille s'engage devant Saintes[L 41]. Selon Guillaume de Nangis, la bataille dure très longtemps mais les Anglais ne peuvent endurer les assauts des Français et se mettent à fuir. Les Français les poursuivent et en font prisonniers un grand nombre. Le roi d'Angleterre s'enfuit immédiatement vers Saintes, puis, à la nuit tombée, Hugues X, leurs troupes et lui désertent la ville ainsi que le château de Saintes, et le lendemain matin, le 24 juillet, les clés de la ville sont remises à Louis par les citoyens de Saintes[L 42].

Henri III est replié à Pons mais, le 25 juillet, Renaud, seigneur de Pons, se soumet à Louis IX qui arrive de Colombières. Le lendemain, Hugues X de Lusignan se soumet à son tour[N 12]. Henri III se réfugie alors à Barbezieux d'où il s'échappe dans la nuit du 26 au 27 juillet. Il rejoint ensuite Blaye, mais doit rapidement repartir vers Bordeaux, le 4 août, à cause de la progression du roi de France[L 43].

Louis IX perd relativement peu d'hommes durant la bataille mais doit affronter une épidémie de dysenterie qui décime son armée. Louis en est également atteint mais en est rapidement guéri. Bien qu'affaibli, il rentre à Paris en août[L 44].

La soumission du comte de Toulouse et la trêve[modifier | modifier le code]

De son côté, Raymond VII de Toulouse, qui a pourtant renouvelé son hommage à Louis en 1241, s'allie à la coalition des barons poitevins et du roi d'Angleterre[L 44]. Raymond de Toulouse, qui a rejoint Henri III à Blaye à la fin juillet, se fait remettre Narbonne, le 17 août 1242, par le vicomte Aimery, s'empare d'Albi et proclame le retour des deux villes parmi ses possessions[L 45].

Louis IX, qui vient de gagner la bataille de Taillebourg contre Henri III, envoie deux armées en Languedoc. Le comte de Foix lâche alors aussitôt le comte de Toulouse et le roi le délie ainsi de sa vassalité envers celui-ci. Le 20 octobre, Raymond VII est contraint de demander pardon au roi. Louis le lui accorde en échange de sa renonciation à Narbonne et Albi ainsi que des promesses de combattre l'hérésie et d'accomplir son vœu de croisade[L 46].

Entre octobre et novembre 1242, Henri III d'Angleterre tente une dernière fois de faire valoir ses droits en organisant le blocus de La Rochelle par la mer. Mais son blocus échoue, de même que la reconstitution de son armée et de ses alliances. En janvier 1243, Henri envoie une lettre à Frédéric II, à qui il avait fait une demande d'alliance en juin 1242, lui annonçant la fin de ses espérances. Et enfin, le 12 mars 1243, Henri Plantagenêt est contraint de demander à Louis une trêve pour cinq ans[L 44],[L 47].

En 1253 et 1254, Louis IX autorise Henri III à se rendre en France pour visiter l'Abbaye de Fontevraud, nécropole de ses ancêtres, celle de Pontigny, où reposent les reliques de saint Edmond, qu'il avait contraint à l'exil, ainsi que la cathédrale de Chartres. À cette occasion, Louis invite Henri III, son beau-frère, à Paris, où ils fêtent Noël ensemble. Une vive amitié naît entre les deux rois et quelque temps après, Louis offre à Henri un éléphant qui lui avait été offert par le sultan d'Égypte. Dès cette année, Henri III demande le renouvellement des trêves, que Louis IX lui accorde volontiers[L 47].

Le traité de paix[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Traité de Paris (1259).

En 1257, le roi d'Angleterre envoie auprès de Saint Louis l'évêque de Winchester dont la mission est de proposer au roi de France la substitution d'un véritable traité aux trêves qui avaient été signées. Et, bien qu'Henri refuse de renoncer à ses droits sur les territoires de ses ancêtres en France, les deux rois ont l'intention d'aboutir à la paix. Les négociations sont longues et laborieuses mais, enfin, le 28 mai 1258, Henri III Plantagenêt et Louis IX signent le traité de Paris.

En signant le traité, Louis et Henri mettent fin au conflit entre Capétiens et Plantagenêts concernant les terres conquises par Philippe Auguste. Par ce texte, Henri III renonce à ses revendications concernant la Normandie, l'Anjou, la Touraine, le Maine et le Poitou et Louis IX lui donne la somme nécessaire pour entretenir 500 chevaliers pendant deux ans ainsi que les revenus de l'Agenais et ses domaines dans les diocèses de Limoges, Cahors et Périgueux[L 48],[N 13]

Le 10 février 1259, le traité est d'abord ratifié par Richard de Cornouailles. Le 17 février, il est ratifié à Westminster par des procureurs, au nom du roi, et, le 4 décembre, Simon V de Montfort et Aliénor d'Angleterre le ratifient également. Enfin, arrivé en France le 14 novembre, Henri III prête hommage à Louis le 4 décembre 1259[L 50].

L'expansion du royaume[modifier | modifier le code]

Par le traité de Corbeil signé le 12 mai 1258 entre les représentants de Jacques Ier d'Aragon et ceux de Louis IX, ce dernier renonce aux prétentions françaises sur la Catalogne alors que l'Aragon renonce en échange aux siennes sur le Languedoc[N 14]. La frontière du royaume de France au sud des Corbières est fixée, côté français, par les forteresses de Termes, Aguilar, Niort, Quéribus, Peyrepertuse et Puilaurens.

Après avoir réglé le conflit franco-anglais et consolidé les acquisitions de ses prédécesseurs par le traité de Paris l'année suivante, il se retrouve en position d’arbitre des conflits internationaux. Mais il rattache également les comtés de Blois, de Chartres et de Sancerre, la Normandie, le Maine et la Provence au domaine royal[2].

Le roi justicier et diplomate[modifier | modifier le code]

En tant que roi chrétien, Louis IX se doit de faire respecter deux idéaux censés lui apporter, ainsi qu'à ses sujets, le salut éternel : la justice en premier lieu, puis la paix. Il s'efforce donc de faire régner la paix dans les affaires où il est impliqué et tente d'éliminer les sujets de conflit pour l'établir le plus longtemps possible. Son prestige fait de lui le recours préféré des adversaires en quête d'arbitrage et son action va s'étendre dans toute la Chrétienté, dont il deviendra l'apaiseur[L 51].

Le Dit d'Amiens[modifier | modifier le code]

Saint Louis médiateur entre le roi d'Angleterre et ses barons, Georges Rouget, 1820.

En Angleterre, l'aristocratie se révolte pour restreindre et contrôler le pouvoir du roi. Ces révoltes aboutissent à la Grande Charte en 1215, puis aux provisions d'Oxford en 1258 et, enfin, aux provisions de Westminster en 1259[H 1]. L'opposition est alors menée par Simon V de Montfort, le propre beau-frère du roi d'Angleterre[L 52]. Les documents passent par une longue série de révocations et de rétablissements[H 1] : le roi réussit notamment à se faire relever de son serment de respecter les provisions d'Oxford par les papes Alexandre IV puis Urbain IV mais les barons anglais n'acceptent pas la décision pontificale. C'est ainsi qu'en décembre 1263, Henri III et ses barons demandent l'arbitrage de Louis IX, dont ils promettent de respecter la décision.

Louis rend son verdict, le « Dit d'Amiens », dès le 23 janvier 1264 : il ratifie d'abord la bulle pontificale annulant les provisions d'Oxford et déclare, en ferme partisan de la prérogative royale, qu'Henri Plantagenêt doit récupérer la plénitude du pouvoir et de sa souveraineté. L'arbitrage est alors considéré comme un jugement rendu par Louis IX, en tant que seigneur du roi d'Angleterre et donc comme suzerain des barons anglais, considérés comme ses arrière-vassaux[L 53].

L'affaire des Flandres[modifier | modifier le code]

Marguerite II de Flandre, est en guerre avec les fils issus de son premier mariage avec Bouchard d'Avesnes, qu'elle désavantage au bénéfice des fils issus de son second mariage avec Guillaume II de Dampierre. Ainsi commence le conflit entre les Avesnes, qui mettent en avant leur droit d'aînesse, et les Dampierre, qui renient l'héritage de leurs demi-frères, considérés comme des fils illégitimes en raison de l'annulation du mariage de leurs parents.

Louis est appelé à plusieurs reprises pour intervenir, soit à l'initiative de l'un ou de l'autre parti, soit à sa propre initiative car la Flandre est l'un de ses principaux fiefs. En 1235, il prévoit un partage inégal des terres : deux septièmes aux Avesnes et cinq septièmes aux Dampierre[L 54],[N 15].

En 1246, dans le but de pacifier le royaume avant de partir en croisade, Louis IX et Eudes de Châteauroux ménagent un accord entre les deux partis : le Hainaut appartient maintenant aux Avesnes et la Flandre aux Dampierre. Guillaume III de Dampierre part en croisade avec Louis, revient en 1250 mais meurt accidentellement l'année suivante. Sa mère lui reconnaît alors comme successeur son frère cadet, Gui de Dampierre. Cependant la curie romaine a finalement reconnu la légitimité des Avesnes mais Marguerite refuse à Jean d'Avesnes le titre de comte de Hainaut et ne lui laisse que le marquisat de Namur.

Mais, après avoir tenté en vain de s'emparer des îles de Zélande, en juillet 1253, sous l'impulsion de leur mère, les fils Dampierre, accompagnés de plusieurs barons français, sont fait prisonniers par Guillaume du Saint-Empire. Marguerite fait alors appel au frère du roi, Charles d'Anjou, à qui elle promet le Hainaut, ignorant ainsi les droits des Avesnes. Charles accepte, occupe Valenciennes et Mons et évite de peu un conflit armé avec le roi des Romains[L 55]. Au retour de la croisade, Louis IX prend très mal l'initiative de son frère et intervient : il rappelle ce dernier à Paris et, par le « Dit de Péronne » du 24 septembre 1256, le roi et la comtesse Marguerite confirment l'accord signé en 1246. Néanmoins, pour tenir compte de la donation du comté du Hainaut à Charles d'Anjou, Marguerite le lui rachète à un très haut prix. Elle doit aussi payer une forte rançon au comte de Hollande pour la libération des Dampierre, et, peu de temps après, se réconcilie avec son fils Baudoin d'Avesnes[L 56].

Le conflit entre Frédéric II et Innocent IV[modifier | modifier le code]

Entrevue de Saint Louis et du pape Innocent IV à Lyon, Louis Jean François Lagrenée, XVIIIe siècle.

Alors que deux des plus grandes puissances d'Occident, l'empereur Frédéric II du Saint-Empire et le pape, sont en guerre, Louis IX garde une stricte neutralité dans ce conflit[L 57]. Monarque le plus puissant de la Chrétienté, Louis rend à chacun ce qu'il pense lui être dû : un profond et obéissant respect au pape et une reconnaissance formelle de sa prééminence symbolique à l'empereur. Mais, à tous deux, Louis interdit toute intervention dans les affaires relevant de son autorité et leur impose de respecter son indépendance temporelle.

En 1240, alors que le pape souhaite détrôner l'empereur et offrir la couronne d'Allemagne à Robert d'Artois, Louis refuse. Mais le 3 mai 1241, une flotte génoise amenant les prélats au concile convoqué par le pape Grégoire IX est vaincue par une flotte pisane au service de Frédéric. Parmi eux, plusieurs archevêques, évêques et abbés sont présents[L 58]. Louis IX, persuadé de la bienveillance de l'empereur, envoie l'abbé de Corbie et le chevalier Gervais d'Escrenne auprès de lui pour demander leur libération. Frédéric, qui avait préalablement demandé au roi d'empêcher les prélats français de se rendre au concile, répond à Louis qu'il ne doit pas s'étonner si « César retient étroitement et en angoisse ceux qui étaient venus pour mettre César en angoisse ». Le roi de France envoie alors à l'empereur l'abbé de Cluny avec une lettre déclarant que « le royaume de France n'est pas encore si affaibli qu'il se laisse mener à [ses] éperons »[L 59]. La déclaration fait immédiatement reculer Frédéric II qui, par peur de mettre le roi Louis IX en colère, se décide à relâcher les prélats du royaume[L 60].

En août 1241, le pape Grégoire IX meurt et son successeur, Célestin IV, meurt après douze jours de pontificat. Enfin, en juin 1243, le pape Innocent IV leur succède et le conflit avec Frédéric s'amplifie. Le pape envoie alors une lettre à Louis pour lui demander l'asile, afin d'être à l'abri des attaques de l'empereur[L 61]. Cependant, Louis IX lui répond, de manière très respectueuse, que ses barons lui ont déconseillé d'accepter sa demande, afin de garder la neutralité nécessaire. Innocent IV part alors en exil à Lyon, ville quasi-indépendante et sous l'influence de la France. Le 27 décembre 1244, le pape convoque un concile à Lyon, cite l'empereur à comparaître et à entendre la sentence, et invite Louis à y assister. Mais Louis, préférant ne pas s'engager, refuse l'invitation mais propose au pape une entrevue à Cluny dans l'espoir de préparer une réconciliation entre Innocent IV et Frédéric II[L 62]. Lors de l'entretien, le pape renforce son soutien à la croisade du roi mais refuse tout geste de réconciliation avec l'empereur.

Louis IX tente, sans succès, en 1246, une nouvelle intervention auprès du pape en faveur de Frédéric II. Mais, en 1247, il apprend que l'empereur rassemble une importante armée pour marcher sur Lyon où le pape réside toujours. Il envoie alors des troupes considérables pour défendre le souverain pontife et Frédéric II, qui s'est avancé jusqu'aux Alpes, rebrousse chemin vers Parme. Toutefois, après cela, Louis continue de rester neutre dans le conflit et ses relations avec l'empereur restent cordiales[L 63].

Louis IX et les Mongols[modifier | modifier le code]

Durant la septième croisade, en 1248, Louis fut approché par des envoyés de Eljigidei (en), le commandant mongol basé en Arménie et en Perse[5]. Eljigidei suggéra que Louis débarque en Égypte, pendant qu'il attaquerait Bagdad, pour empêcher que les sarrasins d'Égypte et ceux de Syrie joignent leurs forces. Louis envoya André de Longjumeau, un prêtre dominicain, en ambassade auprès du Grand Khan en Mongolie (Güyük Khan (r. 1246-48)). Cependant, Güyük mourut avant l'arrivée de l'ambassadeur, et rien de concret n'en résulta ; la reine, à présent régente, Oghul Qaïmich, déclina poliment l'offre[6].

Louis envoya alors le franciscain Guillaume de Rubrouck, auprès du Grand Khan Möngke (1251-1259), et il passa plusieurs années à la cour mongole. En 1259, Berke, le chef de la Horde d'Or (partie occidentale de l'empire mongol) demanda la soumission de Louis. En revanche, Möngke et le frère de Khubilai, l'Ilkhan Hulegu, envoyèrent une lettre demandant assistance militaire au roi de France, mais la lettre ne lui parvint jamais[7].

Les réformes du Royaume[modifier | modifier le code]

Les réformes judiciaires[modifier | modifier le code]

Saint Louis rendant la justice sous le chêne de Vincennes, Pierre-Narcisse Guérin, 1816.

Dans l'ordonnance de 1245, le roi institue la « quarantaine-le-roi ». Dans cette ordonnance, le roi ordonne une trêve d'au moins quarante jours à compter de la date à laquelle survient le sujet de discorde entre deux parties, afin de limiter les guerres privées, désormais interdites. Ainsi, toute vengeance est proscrite jusqu'à l'expiration du délai, permettant un apaisement des tensions[L 64],[8].

En 1247, il dépêche des enquêteurs royaux afin de l'instruire de l'état du pays à charge pour eux de réprimer directement dans les domaines de la justice, de l'administration, de la fiscalité et de l'armée. Baillis et prévôts sont également introduits en France, ces derniers cessent alors d’être des inspecteurs itinérants et deviennent des administrateurs nommés et payés par le roi qui exercent leurs fonctions dans une vingtaine de circonscriptions distinctes[N 16] qui divisent désormais l'immense Royaume de France. Recrutés dans la petite noblesse locale ou dans la bourgeoisie[N 17] ces officiers se constituent en dynasties, dont la plus célèbre est celle des Beaumanoir. Ces officiers sont alors contraints de respecter des règles strictes de gestion, fixées par l’ordonnance de 1254[8],[9],[LN 1]. Les officiers royaux sont eux aussi surveillés par les enquêteurs qui ont pour mission de fixer les limites de chacun et de transmettre par écrit toutes les plaintes à la cour du roi, qui commence à se diviser en sections précises : le Conseil, qui traite des affaires politiques ; la Curia in parliamento, qui s’élève alors au rang de parlement et la Curia in compotis, ancêtre de la Cour des comptes, qu'il installe au Temple[10].

Dès décembre 1254, Louis IX promulgue la « Grande Ordonnance », également appelée statutum generale, statuta sancti Ludovici ou « establissement le roi », qui tend à réformer le gouvernement royal en profondeur[L 65]. Elle est, en fait, le regroupement de plusieurs textes royaux promulgués entre juillet et décembre 1254. La plupart de ces textes abolissent des mesures prises par les sénéchaux royaux, en violation des anciennes coutumes locales[L 66]. Ces textes ordonnent également aux officiers royaux de rendre justice sans distinction des personnes et de refuser tout cadeau pour eux-mêmes ou leur famille. Ils ne pourront lever aucune amende sans jugement, devront considérer que tout accusé non condamné est présumé innocent, et il leur sera dorénavant interdit d'empêcher le transport des blés, mesure destinée à combattre la famine. En décembre, il y ajoute une série de mesure concernant la pure moralité : le blasphème[9], les jeux d'argent, les prêts à intérêt[LM 1] et la fréquentations des bordels ainsi que des tavernes sont interdits aux officiers royaux[L 67],[8]. Mais les ordonnances ne touchent pas que les officiers royaux. Dans le but de conduire ses sujets au salut, le roi choisit de punir le blasphème, interdit les jeux de dés, d'échecs, de dames et de trictrac, doublement condamnables en tant que jeux d'argent et de hasard. Il interdit également la prostitution : les prostituées sont expulsées des villes, loin des églises et des cimetières, et quiconque leur met une maison à disposition se voit confisquer un an de loyer. Enfin, les tavernes se voient réservées aux voyageurs et interdites à la population[L 68].

La « Grande Ordonnance » est reprise en 1256. Le nouveau texte présente plusieurs différences avec ceux de 1254. L'ordonnance de 1256 résulte de la modification des textes de 1254, qui étaient plutôt des instructions aux baillis et sénéchaux, en une ordonnance générale pour le royaume[L 69]. Dans cette nouvelle ordonnance royale, Louis revient notamment sur l'interdiction stricte de la prostitution et les prostituées peuvent désormais exercer, mais hors des murs des cités et loin des lieux de culte[L 70]. Les droits des femmes sur leurs héritages et leurs dots doivent être particulièrement respectés : les femmes étant considérées comme des êtres faibles, il appartient à la justice royale de les protéger, et Louis IX refuse, par exemple, qu'une femme soit punie pour les fautes de son mari[L 71].

En 1261, conformément au quatrième concile du Latran, une nouvelle ordonnance royale abolit l'ordalie. Les épreuves par le feu et par l'eau dont l'accusé doit sortir indemne ou les combats dont il doit sortir vainqueur devront maintenant être substitués par des preuves rationnelles ou testimoniales[L 72].

La lutte contre l'usure[modifier | modifier le code]

Tandis que les usuriers chrétiens relèvent des tribunaux ecclésiastiques, les usuriers juifs et étrangers dépendent du pouvoir monarchique. C'est ainsi que le roi, responsable de ces derniers, fait d'eux l'objet d'une législation particulièrement répressive[L 73]. En décembre 1230, Blanche de Castille et ses conseillers, au nom de Louis, édictent l'ordonnance de Melun, qui reprend les mesures édictées par Philippe Auguste contre les juifs et leurs usures[L 74]. Chaque seigneur peut ainsi, s'il le souhaite, prendre comme serfs les juifs de ses terres[L 75]. De plus, il leur est dorénavant interdit d'emprunter et de percevoir des usures sur les prêts qu'ils auraient consentis[L 76],[R 1],[11].

En 1234, une nouvelle ordonnance remet aux débiteurs chrétiens le tiers de leur dette envers les juifs, interdit qu'ils puissent être saisis en cas de non-paiement et que les juifs ne reçoivent des gages qui n'auraient pas été déclaré devant des témoins dignes de foi. La « Grande Ordonnance » de 1254 comporte également deux passages sur les juifs : l'article 32 leur impose de cesser « leurs usures, sortilèges et caractères[12] » et l'article 33 interdit aux barons et aux agents royaux de les aider à recouvrer leurs créances puis leur répète l'obligation de condamner l'usure[L 77],[N 18]. Enfin, il est interdit d'emprisonner des chrétiens ou de vendre leur propriété pour rembourser leurs dettes envers les juifs[13].

En 1247, l'entourage de Louis IX lui conseille de confisquer les usures des juifs pour contribuer au financement de la septième croisade. Mais celui-ci refuse d'utiliser des biens honteusement acquis pour financer une action aussi sainte[L 77]. Une ordonnance de 1257 ou 1258 nomme une commission chargée de corriger l'application excessive des mesures prises plus tôt contre les juifs[L 72]. De plus, la justice ne s'en prend plus seulement aux usuriers juifs, d'abord considérés comme spécialistes de ces pratiques, mais à tous les usuriers. Une ordonnance de 1268 expulse les banquiers lombards, florentins, cahorsins et tous les autres usuriers étrangers[L 78].

Les réformes monétaires[modifier | modifier le code]

Gros tournois sous Louis IX.

À la fin de son règne, entre 1262 et 1270, Louis IX met en place d'importantes réformes monétaires. Elles répondent d'abord à l'évolution économique et à la diffusion de l'économie monétaire. Les réformes commencent avec une ordonnance qui interdit de contrefaire la monnaie royale et qui institue le monopole de la circulation de celle-ci dans le royaume, à l'exception des monnaies de seigneurs ayant reçus une autorisation, qui peuvent circuler, mais uniquement sur leur terre[L 78]. Puis deux ordonnances interdisent l'utilisation des « esterlins », monnaie anglaise : la première, publiée entre 1262 et 1265, exige que les sujets du roi promettent de ne pas utiliser d'esterlins et, celle de 1265 fixe à la mi-août de 1266 la date limite de leur circulation.

En 1265, une nouvelle ordonnance reprend celle de 1262 et confirme le privilège de la monnaie royale de circuler dans tout le royaume mais autorise les monnaies régionales. En juillet 1266, une ordonnance édicte la reprise de la frappe du denier parisis à de nouvelles conditions de poids et de teneur en métal fin ainsi que la création d'un gros tournois. Enfin, entre 1266 et 1270, une autre ordonnance édicte la création de l'écu[L 79]. Le denier parisis et l'écu d'or sont plutôt des échecs mais le gros tournois est une très grande réussite en France mais également sur le marché international, et son succès se poursuivra jusqu'au XIVe siècle[L 80].

La régulation de la prostitution[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, les responsables de l’ordre public, municipalités, seigneurs laïcs ou ecclésiastiques (évêques, abbés et pape) organisent la prostitution dès XIIe siècle[14] comme un moindre mal. On trouve même des bordels qui sont propriété des monastères ou des chapitres. Après l'avoir bannie en 1254, Louis IX en régule l’activité[14] deux ans plus tard dans les établissements spécialisés. Situés hors de remparts et volets clos, ceux-ci sont signalés par une lanterne rouge allumée pendant les heures d'ouverture. Les prostituées ne peuvent en sortir que certains jours de la semaine, accompagnées par la sous-maîtresse de maison, et leurs vêtements doivent les distinguer des "honnêtes femmes" .

Le roi bâtisseur et mécène[modifier | modifier le code]

Le château d'Angers

Sous le règne de Louis IX, les grandes cathédrales sont en construction, à peine achevées ou en profond remaniement. C'est ainsi qu'il assiste, ou participe, à la construction des cathédrales de Chartres, d'Amiens, de Reims, de Rouen, de Beauvais, d'Auxerre ou encore Notre-Dame de Paris[L 81]. Le roi finance et ordonne la construction de nombreux couvents, églises et abbayes mais son rôle dans chaque fondation est peu connu[L 82].

Selon Robert Branner, l'architecture parisienne, sous l'influence de Louis IX, devient « un art sophistiqué » qu'il appelle le « style curial ». Paris devient alors une capitale artistique avec une architecture élégante et des ateliers de manuscrits enluminés, d'ivoire, de broderies, de tapisseries, de joaillerie, de pierres précieuses et d'objets liturgiques. Outre l'architecture civile, le roi favorise l'architecture militaire — avec, par exemple, les remparts d'Aigues-Mortes et de Jaffa —, domestique — avec, notamment, les châteaux de Tours et d'Angers — et religieuse[L 83] :

Les abbayes et les cathédrales[modifier | modifier le code]

L'abbaye de Royaumont

Dans son testament, Louis VIII a laissé une forte somme pour fonder un monastère près de Paris[L 84]. Pour fonder cette abbaye, Louis et sa mère choisissent un lieu proche d'Asnières-sur-Oise, où ils résident de temps en temps, et acquièrent le domaine de Cuimont qui est débaptisé pour être appelé Royaumont (« mont royal »), nom qui symbolise le lien étroit entre la famille royale et la future abbaye[L 85]. C'est alors que, dans les premières années de son règne, entre 1229 et 1234, Louis, conseillé par Blanche de Castille, réalise la fondation de l'abbaye et l'attribue à l'ordre cistercien, contrairement aux indications du feu roi qui souhaitait qu'elle soit affiliée aux chanoines de Saint-Victor[L 84].

La fondation de Royaumont construite entre 1228 et 1235 préfigure l'attrait naissant de Louis pour les ordres mendiants[17], dont se rapprochent les cisterciens, et accroît le goût précoce de Louis pour les édifices religieux. C'est également une occasion pour le jeune roi de faire preuve d'humilité et de pénitence : pendant toute la période de construction, le roi surveille attentivement l'avancement des travaux et participe activement à la vie du chantier en prêtant la main aux artisans, portant pierres et mortier[L 86],[H 2].

Article détaillé : Abbaye de Royaumont.
L'abbaye de Maubuisson

Quelques années plus tard, en 1241, Blanche de Castille fait construire non loin de là, à Saint-Ouen l'Aumône, l'abbaye aux Dames de Maubuisson.

Article détaillé : Abbaye de Maubuisson.

Dès 1231, à la demande de Louis IX, des travaux de grande ampleur sont menés dans l'abbatiale de Saint-Denis[L 82]. Initiés sous l’abbé Eudes Clément (1228-1245) les travaux raccordent l'abside et le narthex de l’église de Suger au plan plus large du nouvel édifice. Et en 1267, Louis IX inaugure le nouvel ensemble sépulcral destiné à sceller la continuité des trois dynasties royales franques.

La Sorbonne[modifier | modifier le code]

La Sorbonne avant sa reconstruction par Richelieu

En 1253, Louis IX cofonde le Collège de Sorbonne, pour maîtres ès arts étudiant en théologie, à la demande de Robert de Sorbon, son chapelain, confesseur et ami[L 87].

Comme les autres collèges de l'université de Paris, celui de Sorbon doit accueillir des pensionnaires pauvres qui y disposent de bourses, ainsi que des étudiants non pensionnaires. À sa fondation, le collège est ainsi destiné à abriter une vingtaine de personnes. À cet effet, Louis donne quelques maisons de la rue Coupe-Gueule, face à l'hôtel de Cluny, pour y installer les étudiants. Robert de Sorbon, par l'intermédiaire de Guillaume de Chartres achète et échange rapidement l'ensemble des abords de cette rue, dont la majorité du site lui appartiendra dès 1260. Il s'agit alors d'un ensemble épars de bâtiments divers, maisons et granges, disposés dans un jardin. Une grande simplicité du bâti est maintenue par le fondateur, Robert de Sorbon, qui instaure une règle de vie pieuse et austère[H 3].

Article détaillé : Collège de Sorbonne.

Les Hospices[modifier | modifier le code]

Les Quinze-vingt au Moyen Âge

Il fonde, près de la porte Saint-Honoré, l'hospice des Quinze-Vingts, dans le but de recueillir les aveugles miséreux de Paris[W 1]. La date de sa construction est inconnue : seule une bulle du 23 juillet 1260 précise que la fondation était terminée au mois de juin. Les Quinze-Vingts fonctionnent alors comme une congrégation et la direction, plutôt « démocratique », rappelle celle des ordres mendiants. Dès sa fondation, l'hospice bénéficie ainsi de nombreux privilèges accordés par le roi et les autorités ecclésiastiques : Louis IX lui accorde notamment une rente de 30 livres parisis, destinée à l'alimentation des aveugles[W 2]. En contrepartie, chacun des pensionnaires doit prier le plus souvent possible pour le roi, la reine, la famille royale et l'ensemble des bienfaiteurs et, après leur mort, leurs biens sont remis à la communauté. Le travail des aveugles des Quinze-Vingts est alors principalement la quête : la quête d'argent, dont l'intégralité du montant est remise à la communauté, et la quête de pain, dont le produit est partagé équitablement entre le mendiant et le maître de l'hôpital[W 3]. Selon Zina Weygand, en apportant son soutien aux aveugles, Louis IX manifeste, pour la première fois de l'Histoire, la responsabilité de la monarchie vis à vis des infirmes et « pose les premiers jalons de la prise en charge par l'État d'un problème social jusque là laissé à l'Église et à la générosité des particuliers »[W 4].

L'Hôtel-Dieu de Paris au Moyen Âge
Article détaillé : Hôpital des Quinze-Vingts.

Vers 1248, le roi fait restaurer l'Hôtel-Dieu de Paris par Eudes de Montreuil et charge Blanche de Castille d'en surveiller l'avancement. Durant cette même période, il participe à la fondation de l'Hôtel des « Audriettes », destiné à accueillir les femmes veuves et miséreuses[V 1].

Vers 1259, Louis fonde l'Hôtel-Dieu de Pontoise et y place treize religieuses augustines mais la générosité des sœurs envers les pauvres et les malades attire une telle foule qu'en 1261, le roi se trouve dans la nécessité de leur léguer sa propre maison de campagne et le bois de Pontoise, afin de pouvoir y entretenir autant de religieuses qu'il n'en faut[V 2]. Il dépense également 30 000 livres pour fonder l'Hôtel-Dieu de Vernon, dans lequel il place vingt-cinq religieuses[V 3].

Les fortifications[modifier | modifier le code]

Les remparts d'Aigues-Morte

Louis IX décide de fortifier Aigues-Mortes en vue de la septième Croisade pour s'assurer d'une base navale sûre pour le départ et le retour, ainsi qu'un port pour pouvoir construire la flotte royale[réf. souhaitée]. En 1240 il construit une route entre les marais et bâtit la tour Carbonnière pour servir de tour de guet puis la tour de Constance pour abriter la garnison. En 1250 libéré de sa captivité en Égypte Louis IX arrive à Jaffa avec son épouse, Marguerite de Provence. Il en renforce les remparts et bâtit un couvent et une église.

L’influence de l’Église[modifier | modifier le code]

La Sainte-Chapelle et les reliques de la Passion[modifier | modifier le code]

L'acquisition des Saintes Reliques[modifier | modifier le code]

Louis IX recevant les Saintes Reliques, Chroniques de Saint-Denis, XIVe siècle.
Article détaillé : Reliques de la Sainte-Chapelle.

Dans la Chrétienté du XIIIe siècle, la possession de reliques remarquables est considérée comme la preuve d'une grande dévotion ainsi que la source d'un grand prestige. Or, en 1237, Baudouin II de Courtenay, neveu de Baudouin VI de Hainaut, vient en France afin de demander l'aide de son cousin, Louis IX, contre les Grecs[N 19]. Pendant son séjour auprès de Saint Louis, il apprend que les barons latins de Constantinople, manquant d'argent, souhaitent vendre la Couronne du Christ à des étrangers[L 89]. Celle-ci étant la plus précieuse des reliques conservées à Constantinople, Baudouin supplie Louis et Blanche de Castille d'empêcher que la Sainte Couronne ne tombe entre des mains étrangères. L'idée d'acquérir la fameuse relique comble la piété et flatte la gloire du roi et de sa mère[L 90].

De Paris, Baudouin II envoie un émissaire avec une lettre ordonnant que la Couronne soit remise aux envoyés que Louis envoie de son côté, soit deux dominicains, Jacques et André, dont le premier a été prieur de l'ordre des Prêcheurs à Constantinople et pourra donc reconnaître l'authenticité de la relique[L 91]. Quand les envoyés de Baudouin et de Louis arrivent à destination, ils apprennent que le besoin d'argent est devenu si urgent que les barons ont emprunté aux marchands vénitiens et leur ont donné en gage la couronne d'épines. Et, si la couronne n'est pas rachetée avant la fête des saints Gervais et Protais, soit le 18 juin, elle appartiendra aux Vénitiens et sera transférée dans la cité de la lagune. Mais, de manière inattendue, les envoyés de Baudouin et de Louis arrivent avant la date fatidique et ces derniers engagent les négociations avec les Vénitiens qui acceptent de vendre la relique au roi de France à condition qu'elle passe par Venise[L 92]. Les négociations prennent fin en décembre 1238. Bien que l'hiver soit hostile à la navigation et que les Grecs aient disposé des galères sur les itinéraires possibles pour s'emparer de la relique, celle-ci prend la mer. Elle arrive sans encombre à Venise, où elle est exposée dans la chapelle Saint-Marc. Le frère André reste à Venise pour surveiller la couronne, tandis que le frère Jacques va annoncer la nouvelle à Louis et Blanche, puis, revient à Venise avec la somme colossale de l'achat, dont nous ignorons le montant, accompagné des hommes de Baudouin, garants de l'opération. De nouvelles négociations ont lieu et les Vénitiens, qui n'osent pas s'opposer à la volonté de Louis et de Baudouin, laissent partir la relique à contrecœur. Le transport vers la France se fait, cette fois, par la terre. Pour assurer leur sécurité, les convoyeurs sont munis d'un sauf-conduit de Frédéric II du Saint-Empire, la plus haute garantie juridique de la Chrétienté[L 93]. La couronne est enfin proche de son acquéreur et est déposée à Villeneuve-l'Archevêque où le roi se précipite pour la voir, accompagné de sa mère, de ses frères, de Gauthier Cornut et de Bernard de Sully ainsi que de nombreux barons et chevaliers[L 94].

Le lendemain, la couronne est transportée par bateau sur l'Yonne et la Seine jusqu'à Vincennes. La châsse comportant la relique est alors exposée sur un grand échafaud pour être vu de tout le peuple[L 95]. Puis, la châsse arrive dans la capitale, portée par Louis et son frère Robert, pieds nus, suivi de prélats, de clercs, de religieux et de chevaliers, eux aussi pieds nus. La relique est quelques instants placée dans la Cathédrale Notre-Dame. Enfin, la relique arrive au terme de son voyage et est déposée dans la chapelle Saint-Nicolas du palais de la Cité.

Les besoins d'argent de l'empereur Baudouin s'accroissant, Louis lui rachète à grand frais d'autres reliques de la Passion. En 1241, il acquiert une partie importante de la Vraie Croix, la Sainte Éponge et le fer de la Sainte Lance[L 96].

La construction de la Sainte-Chapelle[modifier | modifier le code]

Intérieur de la Sainte-Chapelle.
Article détaillé : Sainte Chapelle.
Statue de Saint Louis dans la Sainte-Chapelle.

Saint Louis considère que la chapelle palatine Saint-Nicolas est beaucoup trop modeste pour les trésors qu'il vient de se procurer. Le roi fait alors construire une nouvelle chapelle qui lui sert, selon Louis Grodecki, de « monumental reliquaire » et de « sanctuaire royal »[L 97]. D'après Jean-Michel Leniaud, le choix de l'implantation de la Sainte-Chapelle dans le palais royal n'est pas anodin : il affirme le lien entre le roi et le sacré, comme le faisaient les empereurs byzantins et germaniques. Cette proximité a également un rôle judiciaire, c'est sur les reliques que l'on prête dorénavant serment dans les procédures entre seigneurs et vassaux[LP 1]. En effet, selon Jacques Le Goff, Louis IX ne perd jamais une occasion pour associer la gloire du roi à celle de Dieu[L 97].

La forme de la Sainte-Chapelle est alors inspirée par celle des chapelles épiscopales de Laon, de Paris, de Noyon et surtout de l'archevêché de Reims[LP 2] Louis IX, voulant disposer d'un lieu de prière calme, la chapelle n'est pas adaptée pour accueillir des foules de pèlerins : elle ne dispose ni de déambulatoire ni de tribune royale car les jours ordinaires, seul le clergé, la famille royale et ses invités ont accès à la chapelle[LP 3]

En mai 1243, le pape Innocent IV accorde des privilèges à la future chapelle. En janvier 1246, le roi fonde un collège de chanoines afin d'assurer la garde des reliques et la célébration des cultes[L 97]. Le 26 avril 1248, soient deux mois avant le départ du roi pour la croisade, celui-ci inaugure la Sainte-Chapelle, qui est parallèlement consacrée par Eudes de Châteauroux et Philippe Berruyer[H 4]. La construction de la Sainte-Chapelle a donc été réalisée en un temps record et aurait coûté, d'après l'enquête du procès de canonisation de Saint Louis, 40 000 livres tournois et la châsse des reliques 100 000. Le roi aurait été très présent sur le chantier et aurait travaillé en étroite collaboration avec son architecte[LP 4], cependant, selon Jacques Le Goff, les noms de l'architecte principal et de ses aides sont inconnus[L 97], bien que Jean-Michel Leniaud et Françoise Perrot précisent que la tradition orale ainsi qu'un manuscrit de la Bibliothèque nationale de France, remontant au XVIe siècle, évoquent Pierre de Montreuil[LP 4].

Le programme architectural s'accompagne de nombreux symboles qui se manifestent à la fois dans le contenu du reliquaire et dans la décoration de la chapelle haute : on peut noter les reliques provenant de l'Empire byzantin, qui permettent à la monarchie capétienne de s'afficher comme véritable héritière de l'idée impériale ou encore le culte particulier de Louis IX pour la Passion, véhiculant une image de lui marchant dans les pas du Christ[LP 5].

Montségur et les Cathares[modifier | modifier le code]

Les ruines de Montségur

Après le décès de Louis VIII le 8 novembre 1226, le traité de Paris du 12 avril 1229 semble mettre fin à la Croisade contre les Albigeois. Mais à partir de 1233 le pape Grégoire IX missionne en Languedoc les tribunaux de l’Inquisition confiés aux Dominicains pour lutter contre les Cathares provocant des révoltes locales. À la suite de l’assassinat d’inquisiteurs à Avignonet le 20 mai 1242 par des hommes de la garnison de Montségur, Blanche de Castille et Louis IX chargent le sénéchal de Carcassonne et l'archevêque de Narbonne d’assiéger le château. Après des tentatives avortées, à partir de mai 1243, 6 000 hommes entourent Montségur qui résiste jusqu’au 1er mars 1244[2] où Pierre-Roger de Mirepoix obtient une trêve de 15 jours. Le 16 mars, la forteresse se rend. 220 hommes, femmes et une jeune fille qui refusent de renier leur foi périssent sur le bûcher. Les derniers châteaux cathares, Quéribus et Niort-de-Sault sont pris à leur tour en 1255.

Article détaillé : Croisade des Albigeois.

Mesures prises contre les juifs[modifier | modifier le code]

Saint Louis fait la différence entre le judaïsme, qu'il considère comme une vraie religion, et l'hérésie ou l'islam, qu'il considère comme un semblant de religion. Mais les juifs embarrassent le roi. Premièrement, ils se trouvent à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de la religion chrétienne : ils ne reconnaissent pas le Christ, ont un calendrier liturgique et des rites différents mais obéissent à l'Ancien Testament[L 98]. Enfin, il a un double devoir contradictoire : il doit réprimer leurs conduites considérées comme perverses, conséquences de leur religion erronée et « antichrétienne » — car les juifs sont considérés comme les meurtriers de Jésus, des déicides, et sont quelquefois accusés d'avoir recours à des sacrifices humains —, et les protéger, en tant que communauté minoritaire[L 99].

Selon Jacques Le Goff, Louis IX, ayant longtemps refusé de faire appliquer les mesures antijuives décidées par Rome, notamment par souci d'intégration des juifs à la communauté française, cède à la fin de sa vie, à la pression des juifs convertis de son entourage[L 100]. Cependant, Louis IX garde l'espoir de les convertir et les protège quand ils sont injustement attaqués, de même qu'il accepte d'être le parrain de nombreux juifs convertis, à qui il assure une pension[L 101].

Les historiens s'interrogent sur l'attitude de Saint Louis envers les Juifs[LM 1],[15],[17],[16]. Le Goff envisage d'abord le terme d'« antijudaïsme », qui « concerne exclusivement la religion », mais il ajoute aussitôt : « Quelle que soit l'importance de la religion dans la société juive et dans la conduite de Saint Louis à son égard, il est insuffisant. L'ensemble des problèmes concernés par cette conduite dépasse le cadre strictement religieux et il met en jeu des sentiments de détestation et une volonté d'exclusion qui vont au-delà de l'hostilité à la religion juive. » Reste alors le mot « antisémitisme[15],[17],[16] », mais celui-ci serait « inadéquat et anachronique » car « il n'y a rien de racial dans l'attitude et les idées de Saint Louis ». Il conclut : « Je ne vois que le terme d'« antijuif » pour caractériser la conduite de Saint Louis. Mais ces conceptions et cette pratique ont fait le lit de l'antisémitisme ultérieur. Saint Louis est un jalon sur la route de l'antisémitisme chrétien, occidental et français[L 102],[N 20] »

La disputation de Paris et le brûlement du Talmud[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Procès du Talmud.

L'abbé Nicolas Donin, juif converti au catholicisme, invite le pape Grégoire IX à ne montrer aucune tolérance à propos du Talmud, qui pour lui, aurait, auprès des juifs, remplacé l'Ancien Testament et contiendrait des propos insultants[LN 1] pour Jésus-Christ et la Sainte Vierge. En 1239, le pape adresse alors une lettre circulaire demandant à tous les princes chrétiens de saisir tous les exemplaires du Talmud[11]. Louis et sa mère s'empressent d'obéir et les exemplaires du livre sacré sont saisis le 3 mars 1240[L 103],[R 2]

Mais Louis, soucieux d'objectivité, veut qu'un grand débat ait lieu afin de juger si le livre contient ou non des injures contre le christianisme. En mars 1240, le « Procès du Talmud » est alors organisé[11]. Sous l'œil de Blanche de Castille et de toute la cour, des ecclésiastiques, dont l'évêque de Paris, débattent avec quatre rabbins, choisis parmi les plus érudits du royaume et dont le plus célèbre est Yehiel de Paris. À la fin de la controverse, bien que l'archevêque Gauthier Cornut conteste la sentence, il est décidé que le Talmud est un livre infâme et qu'il doit donc être brûlé[9]. Le roi fait alors procéder à la crémation publique de vingt-deux charrettes de manuscrits du Talmud[L 104],[LM 2],[R 2],[17]. L'exécution de la sentence a lieu à Paris, sur la place de Grève, en présence des écoles, de l'université, du clergé, du prévôt et du peuple, attirés par le spectacle inédit. Les allers et retours continuels, entre les couvents où avaient été déposés les livres et le lieu d'exécution, durent deux jours[P 1]. Le 9 mai 1244, le nouveau pape, Innocent IV, félicite le roi pour son action et l'encourage à faire brûler les exemplaires subsistants. C'est ainsi qu'en 1244 une deuxième crémation publique a lieu, puis d'autres les années suivantes[L 104].

Juif portant la rouelle

La rouelle[modifier | modifier le code]

Article connexe : Rouelle (Moyen Âge).

En 1269, conformément au Quatrième concile du Latran de 1215[17],[9] et au concile de Narbonne de 1227[9], et sous l'influence du dominicain Pablo Christiani, juif converti[19], le roi impose aux juifs de porter la rouelle[LM 1],[8],[11],[2],[20],[21],[23],[9],[LN 2] afin d'être distingués immédiatement[P 2] : une rouelle doit être cousue au milieu de la poitrine et une autre dans le dos[P 3]. Il leur interdit également de sortir pendant les jours anniversaire de la Passion du Christ et d'exercer un emploi public[L 105].

De plus, dans l'espoir d'obtenir leur conversion, le roi oblige les Juifs à aller écouter les sermons de Pablo Christiani et à répondre à toute question qu'il pourrait avoir sur leur religion mais cela n'a aucun succès[24].

Les croisades[modifier | modifier le code]

Le vœu du roi[modifier | modifier le code]

Le roi Louis IX, malade, prononçant le vœu de partir en croisade, XIVe siècle.

Revenu sérieusement malade de sa campagne de Saintonge, la santé du roi Louis IX reste depuis fragile. Le 10 décembre 1244, il tombe gravement malade, probablement de dysenterie, à Pontoise, et semble aux portes de la mort[R 3]. Le 14 décembre, afin d'être en accord total avec Dieu, l'Église et sa conscience, il nomme deux arbitres pour régler les différends qu'il a avec le chapitre de Notre-Dame. Dans tout le royaume, des campagnes de quêtes, de prières et de processions solennelles sont organisées et Blanche de Castille fait apporter les reliques de la chapelle royale auprès de lui[L 106].

Sa guérison, quelques semaines plus tard, est perçue comme un miracle. Selon Jean de Joinville, alors que ses dames de compagnie le croient mort, le roi retrouve miraculeusement la santé ainsi que l'usage de la parole et, sitôt, s'en sert pour faire le vœu de partir en croisade[L 106]. La reine Blanche de Castille et la majorité de l'entourage du roi, tant laïcs qu'ecclésiastiques, essaient de le convaincre de renoncer à son vœu. Selon Matthieu Paris, Blanche et l'évêque de Paris, Guillaume d'Auvergne, dans une ultime tentative, lui font remarquer que le vœu n'est pas valable car il l'a prononcé étant malade et sans la possession de tous ses moyens mentaux. Saint Louis décide alors de refaire le vœu de croisade puisqu'il est désormais sain de corps et d'esprit[L 107],[N 21].

La septième croisade[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Septième croisade.
Le départ de Saint Louis pour la croisade, XIVe siècle.

Le 12 juin 1248, Saint Louis se rend à Saint-Denis pour se saisir de l'oriflamme mais également du bâton et de l'écharpe qui lui sont alors remis par le cardinal Eudes de Châteauroux : l'insigne royal est ainsi associé aux symboles du pèlerin[L 108]. Puis il retourne à Paris et se rend à pieds nus, accompagné d'une énorme procession populaire, à l'abbaye royale de Saint-Antoine-des-Champs. Là, il demande aux religieuses de prier pour lui et quitte les lieux pour aller passer la nuit au palais royal de Corbeil. Il établit alors officiellement sa mère comme régente du royaume en son absence et laisse auprès d'elle ses conseillers[L 108].

Après quelques jours passés à Corbeil, Louis IX fait ses adieux à Blanche et s'avance vers le Midi, en faisant une longue halte à Sens où se tient le chapitre général de l'ordre franciscain. Il fait ensuite étape à Lyon pour s'entretenir avec le pape Innocent IV, qui lui promet de protéger la France contre les éventuels attaques du roi d'Angleterre[L 109].

De Lyon, Louis descend le Rhône et, à La Roche-de-Glun, rencontre un châtelain, Roger de Clérieu, qui exige un droit de péage à tous les passants. Le roi refusant de payer, Roger prend des otages mais Louis fait le siège du château, le prend en quelques jours et le fait démolir[L 109]. Au milieu du mois d'août, le roi arrive enfin à Aigues-Mortes, puis, le 25, s'embarque avec sa suite qui comporte quasiment tous les membres de sa famille proche[N 22]. En effet, son épouse Marguerite de Provence, ses frères Robert d'Artois, Charles d'Anjou avec sa femme Béatrice et Alphonse de Poitiers ainsi que le beau-père de ce dernier, Raymond VII de Toulouse, le suivent en croisade. Bien que les chiffres soient contestés, on estime que l'armée de la croisade rassemble environ 2 500 chevaliers, 2 500 écuyers et valets d'armes, 10 000 fantassins et 5 000 arbalétriers soit environ 25 000 hommes et 8 000 chevaux, chiffres considérables pour l'époque. Selon Le Nain de Tillemont, la flotte royale comprend trente-huit grands vaisseaux et des centaines d'embarcations plus modestes[N 23],[L 110].

Le départ de la flotte royale est retardé par l'absence de vent, et l'armée finit par quitter Aigues-Mortes le 28 août[L 111]. Le 17 septembre 1248, Louis IX, sa famille et son armée débarque sur l'île de Chypre, où il accumule du ravitaillement depuis 1246, afin d'y hiverner jusqu'au 30 mai 1249. Il débarque ensuite près de Damiette et prend la ville le 5 juin 1249[L 112]. Puis, l'armée des croisés se dirige vers Le Caire et subit les attaques incessantes de l'émir Fakhr-ad-Din Yusuf. Les croisés réussissent, au prix de durs combats, à passer sur la rive est du Nil. À ensuite lieu la bataille de Mansourah, lors de laquelle les croisés doivent faire face au génie militaire des musulmans qui parviennent notamment à détruire leurs trois chats[L 113]. Le 9 février 1250, malgré leur victoire, ils ressortent très affaiblis de la bataille. En effet, Robert Ier d'Artois est mort et les croisées connaissent plusieurs épidémies de dysenterie, de typhus et de scorbut, aggravées par la sécheresse. Le roi est également atteint de la dysenterie mais refuse de repartir en y laissant ses troupes[L 114].

Enfin, l'armée, affaiblie et manquant de ravitaillements, doit battre en retraite, mais les musulmans lui coupent la route au niveau du Nil et les croisés sont écrasés le 6 avril 1250, lors de la bataille de Fariskur. Le roi et une grande partie de son armée sont alors fait prisonniers tandis que les malades et les blessés sont massacrés par les musulmans[L 115].

Durant la détention de son époux, la reine Marguerite de Provence exerce le rôle de chef de l'armée et réunit en un temps record les 400 000 besants, constituant le premier versement de la rançon et, le 6 mai 1250, Louis est libéré[L 116],[N 24]. Quelque temps après sa libération, en mai 1250, Louis IX commence un pèlerinage en Terre sainte. Il appelle alors ses sujets à le rejoindre mais renvoie cependant ses frères Alphonse de Poitiers et Charles d'Anjou en France afin qu'ils puissent épauler leur mère, qui exerce la régence du royaume[L 116]. Mais, au printemps 1253, alors présent à Sidon, Louis apprend la mort de sa mère, décédée le 27 novembre 1252. Après plusieurs jours d'un grand deuil, Louis conclut qu'il doit rentrer et, le 24 ou 25 avril 1254, rembarque d'Acre pour la France[L 117],[L 118].

Le 10 juillet, il débarque aux Salins-d'Hyères où il demande à rencontrer le frère Hugues de Digne[L 119]. Puis, partant d'Hyères, le roi se rend à Aix-en-Provence pour un pèlerinage dédié à Marie-Madeleine, puis il entre en France par Beaucaire et, après plusieurs arrêts dans différentes villes de France, il dépose l'oriflamme et la croix à Saint-Denis[L 120]. Enfin, il fait son entrée à Paris le 7 septembre 1254, où il est particulièrement bien accueilli par le peuple[L 121].

La septième croisade est un échec total ce qui suscite un certain scepticisme vis-à-vis de la croisade et une amertume envers le clergé accusé de ne pas s'être assez impliqué. La conséquence en fut le développement de la croisade des Pastoureaux à l'annonce de la captivité du roi[25]


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La huitième croisade et la mort du roi[modifier | modifier le code]

Mort de saint Louis devant Tunis. 25 aout 1270, Georges Rouget, 1817.
Article détaillé : Huitième croisade.

L'échec de la septième croisade, que Saint Louis interprète comme une punition divine, l'affecte énormément[L 121]. À l'été 1266, Louis IX annonce secrètement au pape Clément IV qu'il décide de se croiser pour une seconde fois. Il fait connaître sa décision à une assemblée de prélats et de barons, au cours de la fête de l’Annonciation, le 25 mars 1267. Puis, lors d'une autre assemblée, le 9 février 1268, il précise qu'il partira au mois de mai 1270.

L'évolution de la situation militaire et politique en Méditerranée orientale explique cette décision. Le frère du roi, Charles d'Anjou, est devenu roi de Sicile, celle-ci peut donc devenir une base d'opérations plus sûre et plus proche de Chypre[L 122]. De plus, Louis IX espère convertir le sultan de Tunis et faire de la Tunisie une base terrestre pour attaquer ultérieurement le sultan d'Égypte[L 123]. La préparation de la croisade est alors aussi minutieuse que pour la précédente. Son financement est pris en charge par les villes et la levée de décimes ecclésiastiques. Cependant, la préparation diplomatique connaît moins de succès que pour la croisade d'Égypte : Clément IV est mort, la vacance se prolonge et la Chrétienté n'a donc pas de pape au moment de la croisade. C'est ainsi que les seuls personnages importants souhaitant participer à la croisade sont Louis, le prince Édouard d'Angleterre et le roi Jacques d'Aragon, mais ce dernier y renonce après que sa flotte est prise dans une tempête[L 124].

Le 14 mars 1270, Saint Louis s'en va chercher le bâton de pèlerin et l'oriflamme à Saint-Denis. Le lendemain, il se rend à pieds nus de son palais à Notre-Dame et fait ses adieux à son épouse au château de Vincennes d'où il part[L 125]. Enfin, après plusieurs étapes jalonnées de sanctuaires, le roi et ses fils arrivent à Aigues-Mortes où ils sont rejoints par Thibaut de Navarre et d'autres croisés. En attendant l'arrivée des navires, une bataille éclate entre les Français et les Catalans : la bataille fait une centaine de morts, Louis fait pendre les responsables et, enfin, s'embarque le 1er juillet 1270 sur la nef « La Montjoie »[L 126]. Après une brève escale en Sardaigne, les croisés débarquent à la Goulette, près de Tunis. Le sultan, qui ne donne aucun signe d’une quelconque volonté de se convertir, a préparé sa ville à subir un siège et ses hommes attaquent les croisés. Le roi décide ainsi de prendre d’assaut la ville de Carthage pour y mettre en sécurité ses hommes, en attendant les renforts de son frère Charles d’Anjou[réf. nécessaire]. Les croisés s'emparent facilement de la ville mais, de nouveau, l'armée subit une épidémie de dysenterie ou de typhus qui est d'abord fatale au prince Jean Tristan, le 3 août, puis au roi Louis IX, le 25 août 1270[L 126].

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Après la mort du roi[modifier | modifier le code]

Le cadavre royal[modifier | modifier le code]

Philippe III apportant à Saint-Denis les reliques de Saint Louis, XVIIIe siècle.

À la mort du roi, on ne peut laisser son corps en terre infidèle, loin du royaume de France et de la Chrétienté. Cependant Charles d'Anjou tente de prendre le contrôle de l'armée face à son neveu, devenu le roi Philippe III, qu'il considère comme trop inexpérimenté. Mais ce dernier affirme immédiatement son autorité[L 127]. Dès lors, le sort du cadavre du feu roi devient un enjeu politique entre le jeune roi et son oncle : Philippe souhaite que les restes de son père soient rapatriés en France tandis que Charles, prétextant la proximité, propose que les restes de son frère aillent reposer dans son royaume de Sicile[L 128]. Finalement, les deux parents s'accordent : les entrailles et les chairs seront donnés à Charles, qui les déposera à l'abbaye de Monreale, et les ossements iront reposer dans la nécropole royale de Saint-Denis[N 25]. Philippe refuse d'exposer le corps à tous les dangers en l'envoyant en avance. Il souhaite attendre de pouvoir l'accompagner en convoi, auprès de l'armée. On procède alors au Mos Teutonicus : le corps est découpé et cuit dans un mélange d'eau et de vin jusqu'à ce que la chair se détache[L 130].

L'armée signe un accord avec l'émir de Tunis le 30 octobre et rembarque le 11 novembre pour un voyage placé sous la protection de Louis et Jean Tristan. Au terme de leur long périple, qui voit mourir Thibaud de Champagne, la reine Isabelle d'Aragon, Alphonse de Poitiers et Jeanne de Toulouse, Philippe III et l'armée arrivent à Paris, le 21 mai 1271. Le cercueil de Louis IX est exposé à Notre-Dame et les funérailles ont lieu à Saint-Denis le 22 mai[L 131].

La canonisation[modifier | modifier le code]

La canonisation de Saint Louis, Guillaume de Saint-Pathus, Vie et miracles, XIVe siècle.

Considéré comme saint de son vivant, Louis IX fait l'objet, aussitôt après sa mort, d'une vénération de la part de son entourage et de ses sujets. Alors que, de son vivant, il est déjà connu pour guérir les écrouelles, des miracles sont réputés avoir lieu sur le passage de sa dépouille et les entrailles en accomplissent de nombreux en Sicile. L'Église en reconnaît rapidement deux, puis deux autres survenus lors du passage du cercueil en Italie du Nord et un autre survenu à l'entrée de Paris, à Bonneuil-sur-Marne. Enfin, les miracles se multiplient à Saint-Denis[L 132], au point qu'un service d'ordre doit être mis en place près de son tombeau pour canaliser les foules qui viennent implorer son intercession[H 5].

À la mort de Saint Louis, le siège pontifical est vacant depuis un long moment, mais, le 1er septembre 1271, Thebaldo Visconti de Plaisance devient pape sous le nom de Grégoire X. Son premier acte pontifical, à son retour de Terre sainte, le 4 mars 1272, est alors de contacter Geoffroy de Beaulieu, confesseur de Louis IX, pour lui demander de lui fournir le plus d'informations possible sur le roi qu'il considère comme un « véritable modèle pour tous les princes chrétiens ». Geoffroy écrit alors en quelques mois une libelle d'une cinquantaine de chapitres à la fin de laquelle il conclut que Louis IX est digne d'être canonisé. En mars 1274, Philippe III va saluer le pape à Lyon mais celui-ci se voit plus intéressé par le deuxième concile de Lyon[L 133].

L'année suivante, les groupes de pression, dont les plus importants sont la vox populi, la famille royale et l'Église de France — et plus particulièrement les Cisterciens, les Dominicains et les Franciscains[L 132] —, s'activent. En juin 1275, l'archevêque de Reims et ses suffragants envoient une lettre au pape pour lui demander l'ouverture du procès de canonisation, puis, en juillet 1275, c'est au tour de l'archevêque de Sens et, enfin, en septembre, une nouvelle lettre est envoyée par le prieur des dominicains de France. Le pape charge alors Simon de Brie, cardinal-légat en France et ancien conseiller de Louis IX, d'enquêter secrètement sur le roi défunt mais son enquête est considérée comme bâclée par le pape qui meurt le 10 janvier 1276[L 133]. Puis, Innocent V, Adrien V et Jean XXI se succèdent sur le trône en moins d'un an et demi.

Fin 1277, Nicolas III réclame à Philippe III, qui lui a envoyé une ambassade afin de le hâter, une documentation approfondie sur les miracles de son père. Le pape charge alors de nouveau Simon de Brie d'un complément d'enquête : les résultats sont envoyés au pape mais celui-ci meurt, à son tour, le 22 août 1280. Simon de Brie lui succède en tant que pape, sous le nom de Martin IV, et donne une impulsion décisive au procès. Une nouvelle assemblée de l'Église de France lui remet une supplique pressante. Il assure alors les prélat de sa bonne volonté mais souhaite mener le procès dans les formes. Le 23 décembre 1281, Martin IV confie à Guillaume de Flavacourt, archevêque de Rouen, et aux évêques d'Auxerre et de Spolète l'enquête finale sur la vie, les mœurs et les miracles de Louis IX, puis leur demande d'enquêter sur les miracles se produisant sur le tombeau du roi. L'enquête, durant laquelle ils questionnent 330 témoins pour les miracles et 35 pour la vie, commence en mai 1282 et se termine en mars 1283[L 134],[N 26]. Les résultats de l'enquête sont envoyés à Rome mais Martin IV meurt le 28 mars 1285.

Son successeur, Honoré IV, s'intéresse également à la canonisation de Louis mais meurt, lui aussi, le 3 avril 1287. La vacance dure près d'un an. Après son élection, Nicolas IV désigne une nouvelle commission de trois cardinaux pour poursuivre l'examen des miracles mais meurt en 1292, avant la fin de l'enquête. Le trône pontifical demeure encore vide pendant plus d'un an et demi et Célestin V, élu par inattention, renonce à sa charge quelques mois plus tard et retourne à son érémitisme. En raison de tous ces incidents repoussant la date de proclamation de sainteté de Louis IX, le dossier de canonisation du roi est surnommé « le grand refus » par Dante Alighieri[L 135],[N 28].

Enfin, le 24 décembre 1294, Benoît Caetani, l'un des cardinaux ayant fait partie de la commission ayant examiné les miracles, devient pape sous le nom de Boniface VIII. Il est sincèrement convaincu de la sainteté de Louis IX mais souhaite aussi et surtout établir de bonnes relations avec le nouveau roi de France, Philippe « le Bel »[L 135],[27]. C'est ainsi que, le 4 août 1297, à Orvieto, le Pape annonce finalement la canonisation de Louis IX sous le nom de « saint Louis de France[H 6] ». Le 11 août, il lui consacre un nouveau sermon, officialise la canonisation par la bulle Gloria laus et fixe sa fête au jour anniversaire de sa mort, le 25 août[L 136].

Aujourd'hui, Louis IX est saint patron des coiffeurs, des passementiers, du diocèse aux armées françaises, de celui de Versailles mais aussi de la France et des tertiaires franciscains.

La fragmentation des reliques[modifier | modifier le code]

Reliquaire contenant le fragment d'un poignet de Saint Louis.

Le 25 août 1298, lors d'une cérémonie à Saint-Denis, en présence de nombreux témoins du procès de canonisation, de prélats, de barons, de clercs, de chevaliers, de bourgeois et de gens du peuple, Philippe « le Bel » fait procéder à la levée du corps de son grand-père : les ossements sont alors solennellement déposés dans une châsse en or, derrière le maître-autel de la Basilique Saint-Denis[L 136].

Mais les reliques de saint Louis sont destinées à subir un curieux et dramatique destin. En effet, quelque temps après, le roi Philippe IV désire transférer les reliques vers la Sainte-Chapelle afin qu'elles soient plus proches du palais royal. Le pape Boniface VIII, qui souhaite toujours entretenir de bonnes relations avec Philippe, l'autorise à procéder au transfert, à la condition qu'il laisse un bras ou un tibia aux moines de Saint-Denis. Cependant, après le refus de ces derniers, Philippe abandonne le projet jusqu'à la mort de Boniface[L 137]. Mais, après l'élection de Clément V, celui-ci autorise le transfert à la Sainte-Chapelle de la tête de Saint Louis. Le roi laisse alors aux moines le menton, les dents et la mâchoire inférieure du saint. Il offre également une côte à Notre-Dame de Paris. La translation solennelle a lieu le 17 mai 1306. Le crâne est alors déposé dans un magnifique reliquaire en or, orné de pierres précieuses, commandé en 1299 à l'orfèvre Guillaume Julien[L 138]. Puis, les moines font eux aussi confectionner un superbe reliquaire pour ce qu'il leur reste de la tête de Louis et l'inaugurent le 25 août 1307 en présence du roi et d'une foule de seigneurs et de prélats.

Philippe « le Bel » offre ensuite des phalanges de doigts au roi Håkon V de Norvège qui vient de faire construire une église dédiée à Saint Louis près de Bergen. Il donne également quelques reliques aux chanoines de Notre-Dame de Paris, aux dominicains de Paris et de Reims et aux abbayes de Royaumont et de Pontoise. Entre 1330 et 1340, Philippe de Valois donne quelques fragments d'os à Blanche de Namur, de voyage à Paris, pour le monastère de Vadstena. L'empereur Charles IV du Saint-Empire se voit lui aussi céder quelques fragments, qu'il fait envoyer à la cathédrale de Prague.

En 1392, le reste des os de Saint Louis est placé dans une nouvelle châsse et, à cette occasion, Charles VI offre une côte au pape par l'intermédiaire de Pierre d'Ailly, deux côtes aux ducs de Berry et de Bourgogne et un os aux prélats présents lors de la cérémonies, afin qu'ils se le partagent. Vers 1430, Louis VII de Bavière s'en voit offrir d'autres pour l'église d'Ingolstadt. Puis, en 1568, l'ensemble des os est rassemblé à Paris pour célébrer une procession contre le protestantisme. En 1610, Marie de Médicis reçoit un os mais, prise de remords, elle le rend lors du sacre de Louis XIII[L 139]. En 1616, Anne d'Autriche reçoit un petit morceau de côte mais, insatisfaite, elle obtient une côte entière l'année d'après et, un peu plus tard, elle s'entretient avec le cardinal de Guise pour obtenir une autre côte et un os dans le but de les offrir aux jésuites de Paris et de Rome. Selon Jacques Le Goff, la châsse de 1298 est probablement détruite et les ossements dispersés lors de la Révolution française. Durant cette période, le chef reliquaire de la Sainte-Chapelle est également refondu : un seul fragment en est conservé et déposé au cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale. Les reliques conservées à Saint-Denis n'échappent pas non plus à la distribution et, en 1926, le cardinal Louis-Ernest Dubois offre une morceau de côte à l'église Saint-Louis-de-France de Montréal.

En 1941, la société du mémorial de Saint-Denis commande un reliquaire pour abriter un os de Saint Louis dont la date et les conditions de l'acquisition sont inconnues. La relique est alors exposée dans la chapelle absidiale de la basilique[L 140].

Enfin, les entrailles, demeurées à Monreale jusqu'en 1860, sont emportées par le roi François II des Deux-Siciles lors de son exil à Gaète, puis à Rome. Elles sont ensuite déposées dans la chapelle d'un château en Autriche que l'empereur François-Joseph lui a mis à disposition. Enfin, dans son testament, rédigé en 1894, il lègue le reliquaire des entrailles au cardinal Charles Martial Lavigerie, qui le dépose dans la cathédrale de Carthage[L 141].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Généalogie[modifier | modifier le code]

Ascendance[modifier | modifier le code]

Descendance[modifier | modifier le code]

Louis IX, sur son lit de mort, remet à son fils le plan de sa conduite, Jacques-Antoine Beaufort, XVIIIe siècle, chapelle de l'École militaire de France.

Le 27 mai 1234, en la cathédrale de Sens, Louis IX de France épouse Marguerite de Provence (1221-1295), fille de Raimond-Bérenger IV, comte de Provence, et de Béatrice de Savoie. De leur mariage, naissent onze enfants[N 29] :

Louis, Philippe, Jean, Isabelle, Pierre et Robert, enfants de Louis IX, Roger de Gaignières, XVIIIe siècle.

Annexes[modifier | modifier le code]

Ouvrage dédié[modifier | modifier le code]

Sources imprimées[modifier | modifier le code]

Unique représentation du roi considérée par Henri Duclos comme fidèle à la réalité, 1866, d'après une vignette de 1316.
  • Philippe Mouskes, Chronique rimée de Philippe Mouskès, Bruxelles, Reiffenber,‎ 1836.
  • Matthieu Paris, Chronica majora, Londres, Henry Luard,‎ 1872.
  • Salimbene de Adam, Cronica, Bari, Scalia,‎ 1966.
  • Primat de Saint-Denis, Les grandes chroniques de France, Paris, J. Viard,‎ 1920.
  • Guillaume de Nangis, Chronicon, Paris, Géraud,‎ 1843.
  • Le Ménestrel de Reims, Récit d'un ménestrel de Reims au XIIIe siècle, Natalis de Wally,‎ 1876.
  • Enseignements de saint Louis :
  • Gloria laus, bulle pontificale de canonisation de saint Louis.
  • Jean de Joinville :
    • Natalis de Wailly, Histoire de Saint Louis, suivie du Credo et de la lettre à Louis X, Paris, Éditions Mme veuve de Jules Renouard, 1868, XLIV-411 p., [lire en ligne].
    • Jacques Monfrin (éd.), Vie de Saint Louis, Paris, Le Livre de poche, coll. « Lettres gothiques », 2002, 639 p. Édition bilingue ancien français-français contemporain.
  • Jacques Le Goff, Éric Palazzo, Jean-Claude Bonne, Marie-Noël Colette, Le Sacre royal à l'époque de saint Louis d'après le manuscrit latin 1246 de la BnF (avec la collaboration de Monique Goullet), Paris, Gallimard, coll. « Le temps des images », 2001, 338 p., [compte rendu en ligne].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Biographies[modifier | modifier le code]

Moyen Âge[modifier | modifier le code]
XVIIe[modifier | modifier le code]
XIXe à nos jours[modifier | modifier le code]
  • Charles Victor Langlois, Histoire de la France au Moyen Âge : IIIe siècle-1492, « Saint Louis, Philippe le Bel : les derniers Capétiens directs, 1226-1328 », Paris, Jules Tallandier, 1978, 448 p., [lire en ligne]. Réimpression de la 2e partie du tome III de L'Histoire de France depuis les origines jusqu'à la Révolution, Ernest Lavisse (dir.), Paris, Hachette, 1901
  • Jean Richard, Saint Louis : roi d’une France féodale, soutien de la Terre sainte, Fayard, coll. « Biographies historiques »,‎ 1983, 638 p. (ISBN 2213648042 et 9782213648040, notice BnF no FRBNF34741331, lire en ligne), pp. 108, 215, 227
    [p. 108] : « Il en est de même dans une autre affaire : la destruction par le feu des exemplaires du Talmud. Un Juif rochelais, converti au christianisme, s’était persuadé que ce livre, qui régissait la vie de ses coreligionnaires, était le principal obstacle à leur conversion. À son instigation, le pape Grégoire IX dénonça les docteurs juifs comme coupables de s’être détournés de la loi de Moïse et de l’Écriture sainte, trésor commun des Juifs et des Chrétiens, pour suivre ces traditions qui les dénaturaient, et il invita Saint Louis à faire détruire ces livres. Le roi convoqua à une conférence qui se tint au Palais devant Blanche de Castille, le 24 juin 1240, quatre rabbins célèbres et leurs accusateurs. Les premiers furent confondus et, en juin 1242, une vingtaine de charretées d’exemplaires du Talmud furent livrés au feu. Le zèle du roi pour la conversion des Juifs, dont nous avons d’autres témoignages, sans aller jusqu’à la conversion forcée, ne reculait pas devant l’emploi de moyens de coercition. »
    [p. 215] : « Mais confiscations et expulsions ne visaient sans doute que les usuriers juifs, car la présence de nombreux Juifs reste certaine, et l’ordonnance elle-même prescrit la restitution aux communautés juives de leurs synagogues et de leurs cimetières. Quant à l’ordonnance de 1254[9], elle reprenait les termes de celle de 1230, rappelait la condamnation du Talmud, considéré comme blasphématoire à l’égard de la foi chrétienne, et interdisait aux Juifs de prêter à intérêt dans l’avenir, en les incitant à vivre du travail de leur mains ou du métier de marchand[LM 1]. »
  • Gérard Sivéry, Louis IX, le roi saint, Paris, Tallandier Historia, coll. « La France au fil de ses rois »,‎ 2002, 159 p. (ISBN 2-235-02317-7)
  • Gérard Sivéry, Saint-Louis : Le roi Louis IX, Paris, Tallandier, coll. « France Rois »,‎ 2007, 159 p. (ISBN 978-2847343861)
  • Louis-François de Villeneuve-Bargemont, Histoire de Saint-Louis, roi de France, vol. 3,‎ 1839, 686 p. (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Aspects particuliers[modifier | modifier le code]

  • Richard de Bury, Histoire de Saint Louis, Hayes Barton Press,‎ 1822 (ISBN 1-59377-554-7 et 9781593775544, lire en ligne)
  • Louis Carolus Barré, Le procès de canonisation de Saint Louis (1272-1297). Essai de reconstitution, coll. « Publications de l'École française de Rome »,‎ 1994, 325 p. (ISBN 2-7283-0300-2)
  • Georges Duby, Histoire de la France des origines à nos jours, Paris, Larousse,‎ 2003 (ISBN 2-03-575200-0)
  • René Grousset, Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem - III. 1188-1291 L'anarchie franque, Paris, Perrin,‎ 1936 (réimpr. 2006), 902 p., p. 488, (ISBN 2-262-02569-X)
  • Albert Lecoy de La Marche, La France sous Saint Louis et sous Philippe le Hardi, Paris, Ancienne maison Quentin, coll. « Bibliothèque d'histoire illustrée »,‎ 1886, 205 p. (lire en ligne)
  • Albert Lecoy de La Marche, Saint Louis : son gouvernement et sa politique, Tours, Mame & fils,‎ 1900 (réimpr. 1888, 1889, 1891, 1894, 1900, 1905, 1924) (1re éd. 1887) (notice BnF no FRBNF34021559, lire en ligne), chap. XVII (« L’industrie et le commerce sous Saint Louis »), pp. [214], [p. 336]
    [p. 214] : « Il prit part également à la condamnation du Talmud, dont les livres furent brûlés par ordre du pape, avec le concours du roi. »
    [p. 336] : « On ne peut entendre autrement cette anecdote, si l’on a quelque bonne foi ; car sans cela elle serait en contradiction flagrante avec le caractère de saint Louis et avec ses procédés réels à l’égard des juifs [...] les contraignant de payer le double du cens dû par les étrangers ordinaires ou les aubaines, et à porter sur leurs habits un signe distinctif : une rouelle d’étoile de couleur différente. » [...] « L’ordonnance de 1254, pour la réformation générale du royaume, renouvelle l’interdiction des trafics illicites, familiers aux disciples de Moïse, de leurs blasphèmes, de leurs sortilèges, de leurs livres hétérodoxes, comme le Talmud, leur enjoint, sous peine de bannissement, de vivre du travail de leurs mains ou d’un commerce ordinaire (de laboribus manuum suarum vel de negociationibus sine terminis vel usuris) »

Sources additionnelles[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • [vidéo] Roger Stéphane et Roland Darbois, Le temps des cathédrales,‎ 1978, d'après l’œuvre de Georges Duby (lire en ligne), chap. V (« Louis IX : roi, chevalier et saint »), durée : 50:27

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le roi Louis IX peut être désigné par saint Louis ou Saint Louis : la minuscule signale alors la sainteté tandis que la majuscule fait référence au surnom[1] (comme on aurait « Louis le Saint »).
  2. Selon Jacques Le Goff, Blanche de Castille aurait accouché « de deux ou trois premiers enfants morts en bas âge dont nous ne connaissons ni le nombre exact, ni le sexe, ni les dates de naissance et de mort[L 3]. »
  3. Selon Jacques Le Goff, Philippe Auguste aimait beaucoup la présence de son petit fils qui gardera de lui un vif souvenir[L 7].
  4. Vingt-six personnes sont ici présentes auprès du roi mourant : parmi lesquelles les archevêques de Sens et de Bourges, les évêques de Beauvais, de Noyon et de Chartes, son demi-frère Philippe Hurepel, comte de Boulogne, les comtes de Blois, de Montfort, de Soissons et de Sancerre, les sires de Bourbon et de Coucy et certains hauts dignitaires de son hôtel[L 9].
  5. Selon François Olivier-Martin, il ne s'agit pas d'une mission officielle : « Le roi a simplement voulu confier la personne et la vie de ses enfants à des amis très chers et à des compagnons très sûrs[L 9] ».
  6. Cependant, les chroniqueurs se contredisent à propos de la liste des présents et des absents. Par exemple, Philippe Mouskes liste le comte de Bar et le duc de Bourgogne comme présent au sacre, tandis que Matthieu Paris les en exclut[L 15].
  7. En échange, Philippe Hurepel s'engage, pour lui et ses éventuels héritiers, à ne pas réclamer la part de son héritage. De plus, ses terres, lui ayant été données par son père Philippe Auguste et son frère Louis VIII, doivent revenir au royaume de France s'il meurt sans descendance[L 18] (ce qui arrivera en 1236).
  8. Selon Jacques Le Goff, Philippe Hurepel n'a « ni malice ni cervelle » et se laisse faire mollement par les autres barons, ne voulant de lui à leur tête que pour avoir un semblant de légitimité dynastique[L 20].
  9. Selon Jacques Le Goff, Blanche de Castille, ayant pris goût au pouvoir, aurait tardé à faire reconnaître la majorité de son fils afin de prolonger la tutelle qu'elle exerçait[L 29].
  10. Louis et Marguerite ont pour ancêtre commun Raimond-Bérenger Ier de Barcelone, leur arrière-arrière-arrière grand-père[S 3].
  11. Parmi les ligués, on peut noter le sénéchal de Guyenne, les villes de Bordeaux, Bayonne, La Réole et Saint-Émilion, Raymond VII de Toulouse et la plupart des barons du Languedoc[L 38].
  12. Selon Jacques Le Goff, la soumission de Hugues X est spectaculaire. Il vient avec sa femme et ses trois fils, en pleurant, pour s'agenouiller devant Louis et lui réclamer publiquement le pardon. Le roi le fait alors se lever et le pardonne à la condition qu'il remette à Alphonse tous les châteaux qu'il lui a pris et qu'il donne trois château en gage, à lui-même[L 43].
  13. Louis donne à Henri ses domaines des diocèses de Limoges, Cahors et Périgueux à l'exception des terres tenues par les évêques de ces diocèses, et les fiefs tenus de lui par ses frères. Il promet également à Henri de lui donner une partie de la Saintonge à la mort d'Alphonse de Poitiers. De plus, Richard de Cornouailles et Alénor doivent renoncer à leur droits en France, au profit de leur frère[L 49].
  14. (sauf Montpellier)
  15. L'affaire est d'autant plus complexe que l'héritage est partagé entre le royaume de France (Flandre royale) et l'Empire (Flandre impériale). Mais la mort de Frédéric II, en 1250, laissera plus de liberté à Saint Louis[L 54].
  16. les bailliages, les sénéchaussées dans le Centre-Ouest et le Languedoc, et le prévôté à Paris
  17. tel Étienne Boileau, l'un des premiers prévôts de Paris, qui sera notamment chargé de rédiger le Livre des métiers en 1268
  18. a et b Consultation en ligne en page 90 du livre « Les rois de France : enfants chéris de la République[12] » de l'historien Claude Lelièvre.
  19. Yolande, mère de Baudouin II de Courtenay, était la sœur d'Isabelle, grand-mère paternelle de Saint Louis[L 88].
  20. a et b Cette citation de Le Goff peut en outre être consultée en ligne dans son entièreté avec un commentaire d'appoint en page 1882 du livre « Retour sur la question juive[18] » d'Élisabeth Roudinesco.
  21. Louis renouvelle son vœu de manière brusque, théâtrale et non sans humour, comme il a, selon Jacques Le Goff, souvent aimé le faire. Il arrache alors violemment la croix cousue sur son vêtement et ordonne à Guillaume d'Auvergne de la lui rendre « pour que l'on ne puisse plus dire qu'il l'a prise sans savoir ce qu'il faisait[L 107]. »
  22. Saint Louis ordonne à la plupart des membres de sa famille proche de le suivre. Seuls sa mère, ses jeunes enfants et sa belle-sœur, la comtesse d'Artois, dont la grossesse arrive à son terme, ne le suivent pas[L 110].
  23. Selon Matthieu Paris, il y a trop peu de bateaux pour embarquer tous les soldats et le roi est contraint de laisser un millier de mercenaires à Aigues-Mortes, en majorité des Italiens en qui, selon Jacques Le Goff, Saint Louis n'a pas entièrement confiance[L 110].
  24. Selon Guillaume de Chartres, lorsque Louis apprend que ses hommes ont volé les musulmans de 40 000 besants lors du paiement de la rançon, il se met en colère, estimant que sa parole doit être respectée même si c'est à des mécréants qu'elle a été donnée. Lors de son procès de canonisation, cet évènement sera considéré comme l'un des actes les plus vertueux de Saint Louis[L 116].
  25. La destination du cœur n'est pas connu. D'après Geoffroy de Beaulieu, Philippe laissa son oncle l'emporter tandis que d'autres témoins affirmèrent que le jeune roi de France le fit déposer auprès des ossements, comme le conseillaient les moines de Saint-Denis. D'autres rumeurs prétendirent que l'armée exigea que le cœur restât en Afrique, auprès des combattants morts ou encore qu'il fut déposé dans la Saint-Chapelle[L 129].
  26. Parmi les personnes auditionnées pour témoigner de la vie de Saint Louis figurent son frère, le roi Charles Ier de Sicile, ses fils, le roi Philippe III et le comte Pierre d'Alençon, les régents Matthieu de Vendôme et Simon de Nesles, son ami Jean de Joinville, des chevaliers, des religieux et trois religieuses hospitalières[L 134].
  27. a et b La « Revue d'histoire et de littérature religieuse » — en italien : Rivista di storia e letteratura religiosa[26] —, publiée à Florence aux éditions Olschki, a été fondée en 1965, codirigée par Franco Bolgiani, Giorgio Cracco, Mario Rosa ainsi que par Carlo Ossola, philologue, critique littéraire et professeur au Collège de France & titulaire de la chaire « Littératures modernes de l’Europe néolatine ».
  28. a et b Dans un numéro tiré de la « Revue d'histoire et de littérature religieuse[N 27] » paru en 1995 sous la plume de Paolo Golinelli, la teneur d'une quelconque anecdote de cet ordre faisant référence à l'allégué « grand refus » est récusée par l'historien et professeur ordinaire d'histoire médiévale à l'université de Vérone. Celui-ci argue qu'en vérité, Dante ne fait même pas état de la canonisation de Louis IX décrétée par Boniface VIII en 1297[26] dans « Che fece per viltade il gran rifiuto (it)[26] »
  29. Le couple a son premier enfant en 1240, soit 6 ans après leur mariage. Selon Jacques Le Goff, Marguerite de Provence serait devenue féconde tardivement et aurait subi plusieurs fausses couches. Il est également possible mais peu probable qu'elle ait accouché d'enfants morts en bas âge dont les documents et les chroniqueurs de l'époque ne parlent pas[L 142].
  30. Saint Louis souhaite que Jean Tristan devienne dominicain, Pierre franciscain et que Blanche se fasse cistercienne à Maubuisson, abbaye fondée par sa grand-mère. Mais les trois refusent et Louis, bien que d'habitude autoritaire, ne leur impose pas ses désirs[L 146].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Albert Doppagne, Majuscules, abréviations, symboles et sigles : pour une toilette parfaite du texte, Bruxelles, De Boeck-Duculot, coll. « Entre guillemets (ISSN 1374-0881) »,‎ 2007, 4e éd. (1re éd. 1991 (notice BnF no FRBNF354665584) c/o Duculot) (notice BnF no FRBNF41161367)
  2. a, b, c et d Pierre Vallaud, Chronologie des rois de France, Archipoche, coll. « essai, témoignage »,‎ 2011, 160 p. (ISBN 2352873886 et 9782352873884, notice BnF no FRBNF42510761, lire en ligne), « Louis IX (ou Saint Louis) », pp. 49, 50
    « De sa générosité légendaire, néanmoins, sont exclus les cathares et les juifs. Il soutien l’Inquisition en Languedoc (Montségur tombe en 1244), oblige les juifs à porter la rouelle écarlate. »
  3. Jean-Charles Volkmann, Chronologie de l'histoire de France, Paris, éditions Jean-Paul Gisserot, coll. « Histoire »,‎ 2001, 32 p. (ISBN 2877475646 et 9782877475648, notice BnF no FRBNF37634370, lire en ligne), p. 11
  4. Gérard Sivéry, Blanche de Castille, Fayard,‎ 1990 (ISBN 9782213647838, lire en ligne)
  5. (en) Peter Jackson, « The Crisis in the Holy Land in 1260 », The English Historical Review, vol. 95, no 376,‎ juillet 1980, p. 481–513 (ISSN 0013-8266, DOI 10.1093/ehr/XCV.CCCLXXVI.481, JSTOR 568054)
  6. (en) The Empire of the Steppes : A History of Central Asia
  7. (en) The Letters of Eljigidei, Hülegü, and Abaqa : Mongol Overtures or Christian Ventriloquism ?
  8. a, b, c et d Éd. Ordonnances des rois de France de la troisième race (désormais abrégé Ordonnances), t. 1, Paris,‎ 1723, traduction partielle de l’ordonnance dans M. Pastoureau, Jésus chez le teinturier. Couleurs et teintures dans l’Occident médiéval, Paris, 1997, p. 137-138 et autre traduction, complète, par G. Nahon, « Les ordonnances de saint Louis sur les Juifs », Les Nouveaux cahiers, 23, 1970, p. 23-42, p. 294
  9. a, b, c, d, e, f et g Henri François Juillerat (directeur de publication de 1818 à 1820) et Théodore Monod (directeur de publication de 1863 à 1868), Archives du christianisme au XIXe siècle : journal religieux, Paris, Juillerat-Chasseur,‎ 1831, T. 1, n° 1 (janvier 1818)-t. 15, n° 12 (décembre 1832) ; 2e série, t. 1, n° 1 (12 janvier 1833)-t. 26, n° 23 (11 décembre 1858) ; 3e série, t. 1, n° 1 (10 janvier 1859)-t. 6, n° 36 (30 décembre 1864) ; 4e série, t. 1, n° 1 (7 janvier 1865)-t. 3, n° 52 (27 décembre 1867) ; 5e série, t. 1, n° 1 (3 janvier 1868)-n° 26 (26 juin 1868) (ISSN 1245-706X, OCLC 716199906, notice BnF no FRBNF32701372, lire en ligne), pp. 66, 67
    « Tantôt on leur commandait de brûler leur Talmud et tous leurs autres livres, où se trouvait ce que l’on appelait des blasphèmes » [cf. note 2 → « Voyez ordonnance de Louis IX de 1254 »]. « Tantôt on leur ordonnait, pour satisfaire aux conciles d’Arles et de Latran, de faire coudre sur leurs robes de dessus, devant et derrière, une pièce de feutre ou de drap jaune de quatre palmes de circonférences » (cf. note 3 → « Règlement de Louis IX de 1269 ») « et même de porter, outre cette rouelle, comme on nommait cette pièce, une corne attachée à leur bonnet. D’autres fois on leur défendait d’avoir des habits de couleur, de se baigner dans les rivières où se baignaient les chrétiens, de préparer des médicaments et de toucher aux vivres dans les marchés à moins qu’ils ne les achetassent, ... »
  10. Louis IX ou Saint Louis, encyclopédie Larousse, éditions Larousse,‎ 2014, dossier « Moyen Âge » (lire en ligne), Le règne personnel de Louis IX, « La réforme administrative du royaume »
  11. a, b, c et d Geoffrey Wigoder (directeur de publication) et Sylvie Anne Goldberg (adaptation), Dictionnaire encyclopédique du judaïsme ; esquisse de l’histoire du peuple juif ; calendrier [1942-2022] [« The encyclopedia of judaism »], Paris, les Éditions du Cerf,‎ 1993 (ISBN 2-204-04541-1, notice BnF no FRBNF36667039), p. 1276
    « [...] du procès contre le Talmud (1240) et la littérature rabbinique à l’obligation de porter la rouelle (1269), les mesures qu’il prend contre les Juifs ponctuent son règne mais elles partent toutes d’une motivation religieuse ; leur défendant de se livrer au prêt à intérêt, il tente de proposer une réinsertion sociale qui leur permette de pratiquer l’artisanat mais les structures de la société chrétienne vouent cette vague tentative à l’échec. »
  12. a et b Claude Lelièvre, Les rois de France : enfants chéris de la République, éditions Bartillat,‎ 1999, 301 p. (ISBN 2841002071 et 9782841002078, lire en ligne), p. 90
  13. (en) Joseph Jacobs et Israël Lévi, « Under Louis VIII and St. Louis », Jewish Encyclopedia, The Kopelman Foundation,‎ 2002-2011 (lire en ligne)
  14. a et b (en) Leah Lydia Otis, Prostitution in Medieval Society: The History of an Urban Institution in Languedoc, University of Chicago Press, coll. « Women in culture and society »,‎ 2009, ce livre est issu d'une adaptation à partir d'une thèse de l'auteur – Leah Lydia Otis, Ph. D. – parue à l'origine en 1980 sous les auspices de l'université Columbia, 258 p. (ISBN 0226640345 et 9780226640341, LCCN 84016184, présentation en ligne, lire en ligne), chap. 1er (« The Twelfth and Thirteenth centuries: Prostitution Accepted »), pp. 19-24, 36-37, 70, 72, 107, 163, 175, 236
    [p. 20] « Such reversals of traditional law were imposed by the king of France, especially Louis IX, in an effort to suppress what they considered to be bad customs and to replace them with a legislation esteemed to be more rational and just. Just as Saint Louis prohibited traditional trial by battle and opposed many other "irrational" aspects of criminal procedure, so he attempted to extirpate the "bad custom" of tolerance of prostitution. »
  15. a, b, c et d Christian Delacampagne, De l’indifférence : essai sur la banalisation du mal, éditions Odile Jacob,‎ 1998 (ISBN 9782738106292, notice BnF no FRBNF36994840, lire en ligne), p. 142
    « Et parce que l’antisémitisme médiéval est un « vieil antisémitisme de type religieux », qui ne s’est pas réellement investi dans la « guerre sociale », ni transformé en racisme d’État, avant le XIXe siècle. [...] La seconde, inspirée des conclusions de Hannah Arendt, est contestable sur le plan historique (l’antijudaïsme de la monarchie française sous le bon roi saint Louis n’avait-il vraiment rien à voir avec un antisémitisme d’État ?) »
  16. a, b, c et d Christian Amalvi (professeur d’histoire contemporaine à l’université Paul-Valéry Montpellier 3) et Pierre Barral (historien), Les héros des Français : controverses autour de la mémoire nationale, éditions Larousse, coll. « Bibliothèque historique Larousse »,‎ 2011, 448 p. (ISBN 2035860903 et 9782035860903, notice BnF no FRBNF42498170, lire en ligne), « Un souverain antisémite ? », p. 187
  17. a, b, c, d et e Alain Boureau, L’événement sans fin : récit et christianisme au Moyen âge, vol. 22, Les Belles Lettres, coll. « Histoire (ISSN 1140-2539) »,‎ 1993, texte remanié d’articles extraits de diverses revues et publications, 1982-1989 (ISBN 9782251380216, notice BnF no FRBNF35608834, lire en ligne), p. 232
    « Mais entre-temps saint Louis avait ordonné la crémation de 1242. En 1244, puis 1248, Innocent IV confirma cette volonté de destruction. Le rôle central joué par Donin a conduit certains historiens à privilégier l’importance des contradictions. […] Un historien américain a proposé récemment de lier la crémation de 1242 et, plus généralement, la recrudescence de l’antisémitisme médiéval[15],[16] aux ordres mendiants. […] À une autre échelle, l’événement de 1 242 se banalise quand on l’intègre dans la longue chaîne de l’antijudaïsme et de l’antisémitisme[15],[16] . Les spécialistes d’histoire juive ont tendance à dérouler un processus continu depuis saint Augustin. Le bûcher de 1242 ne serait que le sommet de l'apogée antisémite, marqué par les pogroms du XIIe siècle et par les canons du concile du Latran IV (1215) qui imposèrent aux juifs le port d'un signe distinctif » (ndlr : la rouelle).
  18. Élisabeth Roudinesco, Retour sur la question juive, éditions Albin Michel, coll. « Bibliothèque Albin Michel des idées »,‎ 2009, 336 p. (ISBN 2226210172 et 9782226210173, notice BnF no FRBNF42088375, lire en ligne), p. 1882
  19. (en) Joseph Jacobs et Israël Lévi, « Increased Restrictions Under St. Louis », Jewish Encyclopedia, The Kopelman Foundation,‎ 2002-2011 (lire en ligne)
  20. Danièle Sansy (maître de conférences à l’université du Havre), « Marquer la différence : l’imposition de la rouelle aux XIIIe et XIVe siècles », Médiévales, éditions Persée, vol. 20, no 41,‎ automne 2001, p. 15-36 (ISSN 1777-5892, OCLC 754127846, DOI 10.3406/medi.2001.1523, lire en ligne) [version PDF]
  21. Louis Bériot, Saint Louis : l'aigle aux yeux de colombe, éditions Robert Laffont,‎ 2014, 661 p. (ISBN 2221141326 et 9782221141328, OCLC 878362139, notice BnF no FRBNF43876338, lire en ligne), chap. 83 (« La rouelle pour les Juifs »), pp. 631, 632 et al.
  22. Martine François, Fournial Étienne, Cths : Comité des travaux historiques et scientifiques,‎ 2009 (lire en ligne), « Biographie »
  23. Simon Schwarzfuchs, Société des études juives (France), École pratique des hautes études (France), Section des sciences économiques et sociales et École des hautes études en sciences sociales, « Revue des études juives », Historia judaica, université Paris-Sorbonne, Société des études juives,‎ 1971, p. 148 (ISSN 0484-8616, lire en ligne)
    « La rareté des Juifs, pense M. E. Fournial[22], explique qu’ils n’aient pas été persécutés. Les mesures dont ils furent l’objet — port de la rouelle, interdiction d’avoir des nourrices chrétiennes, de vendre leur viande aux chrétiens, d’exercer toute fonction publique, etc. — sont monnaie courante à cette époque. »
  24. (en) Joseph Jacobs et Israël Lévi, « Burning of the Talmud », Jewish Encyclopedia, The Kopelman Foundation,‎ 2002-2011 (lire en ligne)
  25. Jean-Marie Mayeur, Marc Venard, Luce Pietri, André Vauchez, Apogée de la papauté et expansion de la chrétienté (1054-1274): Histoire du christianisme, Fleurus,‎ 1993 (ISBN 2-7189-0573-5), p. 721
  26. a, b et c (it) Paolo Golinelli, Università di Torino et Biblioteca di studi storico-religiosi « Erik Peterson », Rivista di storia e letteratura religiosa[N 27], vol. 31, Firenze, éditions S. Olschki,‎ 1995 (ISSN 0035-6573, OCLC 879169847, lire en ligne), « Ancora di colui che fece per viltade il gran rifiuto », pp. 445-459
    p. 447 : « In verità Dante non accenna nemmeno alla canonizzazione di Luigi IX decretata nel 1297 da Bonifacio VIII[N 28] »
  27. Xavier Hélary (maître de conférences en histoire médiévale à l’université Paris-Sorbonne), L’armée du roi de France : la guerre de Saint Louis à Philippe le Bel, Paris, éditions Perrin,‎ 2012, texte remanié à partir d'une thèse de doctorat en histoire médiévale publiée à Paris IV en 2004, 325 p. (ISBN 978-2-262-04075-8 et 2262040753, OCLC 826756405, notice BnF no FRBNF42766905) [Sudoc 165812583]

Références Harvard[modifier | modifier le code]

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  3. Weygand 2003, p. 31
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  3. Sivéry 1987, p. 19
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  1. a, b, c et d La Marche 1900, p. 336
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  1. a et b Nachet 1830, p. 129
  2. Nachet 1830, p. 129, 130
  • Divers :
  1. a et b Mousnier 1982, p. 102
  2. Erlande-Brandenburg 2004, p. 30,33
  3. Glorieux 1966, p. 35 sqq
  4. de Finance 1999, p. 7
  5. Carolus-Barré 1971, p. 19-29
  6. Minois 2005, p. 151

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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