Diaspora

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Le terme diaspora est un mot de grec ancien qui désigne la dispersion d'une communauté ethnique ou d'un peuple à travers le monde. Les premières diasporas sont les diasporas grecques de l'Antiquité : ainsi la diaspora phocéenne (de la cité de Phocée) fonda Massalia vers -600 (future Marseille).

À l'origine, ce terme ne recouvrait que le phénomène de dispersion proprement dit. Aujourd'hui, par extension, il désigne aussi le résultat de la dispersion, c'est-à-dire l'ensemble des membres d'une communauté dispersés dans plusieurs pays.

Le mot fut d'abord employé pour la diaspora juive, comme l'indiquent l'encyclopédie Larousse[1] et le dictionnaire du CNRTL[2]. Pour le Larousse, lorsqu'il est utilisé avec une majuscule, il désigne uniquement la diaspora juive. Le terme a ensuite été repris au XXe siècle pour désigner d'autres communautés : la diaspora russe, la diaspora arménienne, la diaspora irlandaise, la diaspora kurde, la diaspora portugaise, la diaspora italienne, la diaspora grecque, la diaspora bretonne, la diaspora africaine, la diaspora chinoise, la diaspora palestinienne, la diaspora libanaise (voir aussi diaspora arabe), la diaspora marocaine, diaspora algérienne, la diaspora coréenne, la diaspora tibétaine, ou encore la diaspora québécoise. Le nombre de personnes en situation de diaspora n'est pas connu précisément, mais il peut être estimé à 600 millions, soit 10 % de l'humanité. Le rapport de la Commission globale sur les migrations internationales (ONU) évalue à 200 millions le nombre de migrants (Rapport de 2005). On peut multiplier par trois ce chiffre pour évaluer le nombre de diasporiques, citoyens ou non des pays d'accueil.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le grec διασπορά, diasporá signifie « dispersion, dissémination », apparenté à σπορά, sporá (« ensemencement ») issu du verbe σπείρω, speíro, (« semer ») qui a donné spore en français. Ce terme est inchangé en grec moderne et s'utilise notamment pour désigner la très importante diaspora hellénique de par le monde.

Problématique[modifier | modifier le code]

Selon Michel Bruneau, le terme de diaspora sert à désigner toutes sortes de phénomènes résultant de migrations de population dans plusieurs pays, à partir d'un foyer émetteur. Longtemps utilisé pour désigner la dispersion des juifs dans l'Antiquité, son champ d'application s'est élargi aujourd'hui, comme dans les acceptions des géographes. R. Brunet (1992) énumère trois types de causes de dissémination : « une dispersion contrainte, en l'absence de pays propre (diaspora palestinienne) ; une difficulté d'existence plus ou moins momentanée (diaspora portugaise, irlandaise) ; ou un choix d'activités et de modes de vie ». Les politologues se sont intéressés au rôle des diasporas dans les relations entre États, entre pays d'origine et pays d'accueil.

Les grandes problématiques qui touchent les diasporas concernent l'espace économique, les flux transnationaux, les structures religieuses, les comparaisons entre les différents modes d'accueil des pays récepteurs, la notion de territorialité et les grands espaces carrefours.

La définition d'une diaspora[modifier | modifier le code]

Trois caractéristiques essentielles :

  1. la conscience et le fait de revendiquer une identité ethnique ou nationale.
  2. l'existence d'une organisation politique, religieuse ou culturelle du groupe dispersé (vie associative).
  3. l'existence de contacts sous diverses formes, réelles ou imaginaire, avec le territoire ou le pays d'origine (l'intégration d'un groupe diasporé ne signifie pas l'assimilation dans le pays d'accueil).

La définition adoptée peut cependant être plus ou moins restrictive selon les chercheurs, certains faisant de la perte du territoire d'origine un préalable, d'autres comme Michel Bruneau insistant davantage sur la dispersion dans des pays différents. C'est un point de débat[3].

La dispersion dans les pays d'accueil[modifier | modifier le code]

L'espace d'une diaspora est un espace transnational diffus et réticulé, fait d'une multitude de noyaux dispersés, centres de communautés, et d'une multipolarité sans hiérarchie stricte. Le lien communautaire est essentiel pour la pérennité de la diaspora. Il s'établit à partir de différents ancrages (maison familiale, quartiers, édifices religieux, sièges d'associations) et se développe à travers de nombreux réseaux (filières et cultures régionales).

La mémoire et le territoire d'origine[modifier | modifier le code]

La mémoire joue un rôle important dans la structuration des communautés et peut s'inscrire en référence à un territoire réel ou mythique lorsqu'il est inexistant. La référence au territoire d‘origine est particulièrement forte pour les diasporas issues de la vaste zone eurasiatique, naguère lieu de prédilection des empires multiethniques. Le rapport entre les diasporas et l'État-nation est difficile, quand ce dernier s'accompagne d'homogénéisation ethnique, donnant lieu parfois à des massacres (en Turquie : massacre arménien). Mais les diasporas ont largement contribué à créer, repeupler leur État-nation (Grèce, Arménie, Israël, Québec). Parfois la diaspora est utilisée comme une extension de la politique du territoire d'origine, et inversement elle peut faire pression sur la politique extérieure, comme la diaspora juive aux USA.

Le système spatial de la diaspora et l'État-nation[modifier | modifier le code]

Cadre historique des diasporas :

  • grands empires multiethniques ;
  • empires coloniaux (empire britannique, empire russe).

Les diasporas se redéploient de plus en plus dans les pays du nouveau monde (Amérique du Nord et du Sud, Australie). Les phénomènes de circulation migratoire (territoire d'origine-territoire d'accueil) tendent à se généraliser avec les progrès des techniques de transport et de communication. Dans l'État-nation post-moderne, les diasporas sont moins assimilées qu'intégrées et conservent une certaine autonomie.

Mondialisation et structuration des diasporas[modifier | modifier le code]

Les territoires d'origine des diasporas sont souvent de grands isthmes à l'échelle mondiale : Moyen-Orient, Asie du Sud est et Amérique centrale-Caraïbes. Les diasporas peuvent également être issues de zones de fortes pressions démographiques et de pauvreté relative (diasporas « prolétaires » qui à la seconde génération deviennent de vraies diasporas, car elles ont les moyens d'auto-développement). C'est seulement à partir du XIXe siècle que les diasporas se sont mondialisées.

Avec l'essor des nouvelles technologies de l'information et de la communication, les médias sociaux permettent de maintenir des liens beaucoup plus forts avec la communauté d'origine. Non seulement les interactions avec les personnes de cette communauté sont facilitées avec ces technologies numériques, mais de plus ils se normalisent par rapport aux relations entretenus dans la vie quotidienne qui se numérisent elles aussi. De plus des sites dits "diasporiques" véhiculent ce sentiment communautaire. Produits par des communautés transnationales depuis un des lieux de dispersion, organisés selon un ou plusieurs éléments culturels communs (religion, ethnie, nation d'origine etc...) et s'adressant aux membres de cette communauté soit compris dans une certaine aire géographique soit de par le monde, ils représentent une numérisation des liens communautaires de la diaspora et permettent les interactions entre les différents membres de la communauté. Ces sites servent des buts variés, lutter contre les stéréotypes comme le site "Mathematicians of the African Diaspora", partager autour d'une spécificité culturelle et d'une spécificité technique comme le site de l'Association des Informaticiens Juifs de France ou encore comme le site "Origines Vietnam" aider les enfants adoptés à retrouver leurs anciennes familles, voyager dans leur pays d'origine et découvrir la langue et la culture. L'évolution des médias "diasporiques" est difficile à prévoir car ils ne sont réellement efficaces que depuis l'arrivée relativement récente d'internet et les études sont encore en cours[4].

Trois grands types de diasporas[modifier | modifier le code]

On peut scinder les diasporas en trois types :

  • pôle entrepreneurial (influence des entreprises et de l'État-nation de plus en plus forte) ;
  • pôle religieux et linguistique (religion trop diversifiée, peu d'impact de l'État-nation d'origine) ;
  • pôle politique (lorsque le territoire d'origine est dominé par une puissance étrangère).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Diaspora », sur Encyclopédie larousse (consulté le 6 avril 2009)
  2. « Diaspora », sur CNRTL : Centre national de ressources textuelles et lexicales (consulté le 6 avril 2009)
  3. Dominique Schnapper, Diasporas et Nations chapitre 4 (2006)
  4. "Web et radios numériques: les nouveaux médias diasporiques" de Claire Scopsi

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • William Berthomière et Christine Chivallon (dir.), Les diasporas dans le monde contemporain, Paris, Karthala, 2006
  • Daniel Boyarin, Pouvoirs de diaspora : essai sur la pertinence juive, Cerf, 2007
  • Gérard Chaliand et Jean-Pierre Rageau, Atlas des diasporas, Odile Jacob, 1991
  • Michel Bruneau, Les Diasporas, Reclus, Montpellier, 1996
  • Dufoix, Stéphane. 2011. La dispersion: une histoire des usages du mot diaspora. Paris, Editions Amsterdam.
  • Ina Baghdiantz McCabe, Gelina Harlaftis et Ioanna Pepelasis Minoglou, eds., Diaspora Entrepreneurial Networks: Four Centuries of History, Oxford, U.K., 2005
  • Sous la direction de Lynn Pan, Encyclopédie de la diaspora chinoise, Éditions du Pacifique, 2000
  • Sous la direction de Brij V. Lal, Encyclopédie de la diaspora indienne, Éditions du Pacifique, 2008
  • Sat l'Artificier, Diaspora, album, 2010
  • Chantal Bordes-Benayoun, Dominique Schnapper, Diasporas et nations, Ed. Odile Jacob, 2006
  • Chantal Bordes-Benayoun, Dominique Schnapper, Les mots des diasporas, Presses Universitaires du Mirail, 2008