Révolte des Maccabées

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La Révolte des Maccabées est à la fois une révolte juive contre la dynastie hellénistique des Séleucides, et un conflit interne au peuple juif opposant des traditionalistes hostiles à l’évolution de la tradition juive au contact de la culture grecque et des Juifs hellénisants plus favorables au métissage culturel. Cet épisode, qui se situe au IIe siècle av. J.-C., entre -175 et -140, est raconté dans les deux premiers livres des Maccabées et a conduit à la fondation de la dynastie des Hasmonéens.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Le judaïsme hellénistique[modifier | modifier le code]

La Révolte des Maccabées a été à la fois une révolte des Juifs pieux contre la dynastie grecque des Séleucides, et un conflit interne au peuple juif opposant des traditionalistes hostiles à l’évolution de la tradition juive au contact de la culture grecque et des Juifs hellénisants plus favorables au métissage culturel. Cet épisode se situe au IIe siècle av. J.-C., entre -175 et -140. Les dirigeants de cette révolte sont Mattathias et ses fils, notamment Judas Maccabée et Simon.

Depuis 323 av. J.-C., peu après la mort d’Alexandre le Grand, la Judée passe sous le contrôle des Lagides d’Égypte, et fait partie de la province de Syrie-Phénicie. S’ouvre alors une période de rencontre entre le judaïsme et la Grèce aussi bien en Judée que dans la Diaspora[1]. À l’issue de la cinquième guerre de Syrie, vers -201, c’est le Séleucide Antiochos III qui prend le contrôle de la Judée, mais en -188, les Séleucides se font battre par les Romains et doivent verser une colossale indemnité à Rome, conduisant Antiochos IV Épiphane, successeur d’Antiochos III plus ou moins désigné par les Romains, à alourdir la fiscalité en Judée, obligeant le Grand-Prêtre, nommé par le pouvoir Séleucide, à entamer le Trésor du Temple[1]. À cette époque, le Grand-Prêtre des Juifs est un personnage de première importance. C’est lui qui est habilité à prélever de l’argent sur le trésor du Temple de Jérusalem pour payer le tribut exigé par Antiochos IV.

Jason et la fondation d'Antioche-Jérusalem (175)[modifier | modifier le code]

En 175, au moment où meurt le roi Séleucos IV, le Grand Prêtre des Juifs, Onias III, est à Antioche, venu se justifier d’avoir refusé le prélèvement des trésors du Temple par un agent royal, Héliodôros. Il est accompagné de son frère, Joshua, qui se fait appeler Jason. Celui-ci intrigue auprès du nouveau roi, Antiochos IV, frère du précédent, dont la légitimité est contestée : c’est à son neveu otage à Rome que devrait revenir la royauté. Jason fait une triple proposition au nouveau roi : qu’il le nomme, lui Jason, comme Grand Prêtre à la place d’Onias, qu’il lui accorde le droit de transformer la ville de Jérusalem en une nouvelle cité grecque, une polis, et en échange, il lui promet une augmentation du tribut et le versement d’importantes sommes supplémentaires[2]. Antiochos accepte. Premier point essentiel : la transformation de Jérusalem en cité grecque ne se fait pas à l’initiative du roi, mais des Juifs hellénisés.

Par ailleurs, à l’époque où Antiochos IV Épiphane prend la tête de l’empire Séleucide en -175, un parti hellénique s’établit en Judée pour une longue période. Une forteresse séleucide, l'Acra se dresse au cœur de Jérusalem qui devient une polis grecque. Rentré à Jérusalem, Jason établit la liste des nouveaux citoyens de cette Antioche de Jérusalem (pour la distinguer des nombreuses autres Antioche), fonde un gymnase au pied du Mont du Temple, et crée un éphébéion, c’est-à-dire l’organisme de formation des futurs citoyens[3]. Jason a donc fondé une cité grecque à Jérusalem, pratique courante à l'époque, dans une région, la Judée, qui possédait déjà une gérousia ; il ne semble pas avoir bouleversé les institutions politiques ; d'ailleurs, son pire adversaire, l’auteur du deuxième livre des Maccabées, un contemporain, ne lui en fait pas le reproche. En outre, beaucoup de Juifs aisés souscrivent à ce qui leur apparaît comme une utile modernisation de la société juive : les prêtres se précipitent au gymnase dès que retentit le gong annonçant le début de la distribution d’huile.

Hellénisant enthousiaste, Jason envoie des athlètes aux jeux en l’honneur de l’Hercule tyrien Melkart[4]. Est-ce à dire que ces Juifs sont prêts à renoncer à leurs rites et aux préceptes de la Loi ? L’auteur de 2Maccabées est obligé de convenir que non : lorsqu’ils partent assister à Tyr aux concours gymniques en l’honneur d’Héraclès, invités comme tous les habitants des cités grecques de la région, les Antiochiens de Jérusalem dépensent les sommes d’argent à acheter des équipements pour des trières, non à sacrifier aux idoles[5]. Le contraire aurait étonné : qui imaginerait que le Grand Prêtre juif cherche à abolir la religion qui est le fondement de son pouvoir ? Pour plusieurs historiens, en particulier Martin Hengel[6], il est clair que Jason, poussé par une partie des élites hellénisées de Judée, cherche à gommer les différences entre les Juifs et leurs voisins, à les faire entrer en quelque sorte dans le monde moderne, qui est largement hellénisé. La réforme de Jason a d'ailleurs rencontré un réel succès, confirmé par les deux livres des Maccabées[7]. Mais cela ne signifie pas que Jason est prêt à renoncer aux préceptes essentiels de sa religion.

La réforme de Jason ne va cependant pas sans problème. D’abord, il a obtenu son poste par l’intrigue et en promettant de l’argent : c’est le peuple qui paie. De plus, aux yeux des Juifs traditionnels, ceux qui sont étrangers aux modes nouvelles, il est difficile de comprendre comment on peut rester Juif en adoptant des mœurs aussi étrangères à la tradition que la nudité du gymnase. D’autant que les Juifs qui fréquentent le gymnase en viennent soit à masquer leur circoncision (« ils se firent faire des prépuces[8] »), soit à y renoncer pour leurs enfants mâles, violant alors la loi de la Torah. D’après Maurice Sartre, Jason a joué un rôle majeur dans cette évolution[2], en se voulant l'artisan d'une réforme qui effaçait le particularisme juif sans abolir le judaïsme.

Du pontificat de Ménélas à l'Édit de persécution (172-167)[modifier | modifier le code]

À côté des tensions créées au sein de la population juive entre les partisans d’une hellénisation forcée et les traditionalistes, la révolte des Maccabées s’inscrit sur un fond de corruption et de crise politique créée autour du poste de Grand-Prêtre. En achetant sa charge, Jason a ouvert la porte à la concurrence : de fait, en -172, un parent à lui, Ménélas, dont le nom dit assez l’hellénisme, issu d’une famille sacerdotale apparentée au grand-prêtre, intrigue à son tour auprès d’Antiochos. Il est nommé Grand Prêtre à la place de Jason en -172 et fait assassiner Onias III. Son frère Lysimaque prend au Temple des vaisseaux sacrés, provoquant en -170 des émeutes et la mort du voleur tombé entre les mains des émeutiers. Ménélas est arrêté et traduit en justice devant Antiochos, mais ce dernier parvient à le faire libérer en donnant de l’argent. Jason revient comme Grand-Prêtre à la place de Ménélas en -168. Antiochos est outré par le fait que son poulain Ménélas ait été renvoyé. Il fait mettre le Temple à sac et remet en place Ménélas[9]. Ce retour de Jason intervient après plusieurs années de guerre entre les factions juives de Ménélas et de Jason, toutes deux hellénisantes, mais celle de Ménélas est certainement plus radicale[2] et plus prompte à renoncer aux traditions juives. S’ouvre alors une période de guerre civile entre les deux factions hellénisantes.

Le peuple, impuissant, assiste à cette guerre civile dont il paie la facture. La pression fiscale au profit du roi, entre -175 et -169 a été si forte qu'elle doit être prise en compte dans le soulèvement populaire sur le point d'éclater. Certains fuient au désert, d’autres s’agitent. On passe de l’indignation muette à un début de révolte à laquelle Ménélas est incapable de faire face. Il fait appel aux troupes royales, tandis que Jason, vaincu, se réfugie d’abord chez le roi des Nabatéens à Pétra, puis à Sparte. Les troupes séleucides – deuxième fait capital – interviennent donc d’abord pour mettre fin à des troubles entre Juifs[10]. Nous sommes alors en -170--169. Antiochos IV, qui ne s’est guère soucié de l’affaire, sauf pour nommer le Grand Prêtre et empocher le plus d’argent possible (il a une lourde dette de guerre envers les Romains et compte lancer de nouvelles expéditions contre l’Égypte et en Iran), commence à s’inquiéter. Pourquoi les Juifs s’agitent-ils ? Il doit faire campagne contre l’Égypte au printemps -169, et il ne convient pas de laisser sur ses arrières un foyer de rébellion susceptible de le couper de ses bases syriennes. À ses questions sur les causes des troubles en Judée, on a dû lui répondre que les Juifs se disputaient au sujet de la Loi : le texte de 2Maccabées oppose constamment ceux qui font preuve de zèle pour la Loi (Torah), et ceux qui font preuve de zèle contre la Loi, c'est-à-dire les Hellénistes qui ne sont pas hostiles à la Loi mais en proposent une interprétation moderne. Antiochos IV en déduit une mesure politique radicale et désastreuse mais logique : si les Juifs se disputent au sujet de la Loi, supprimons la Loi ! D’ailleurs, il est habituel qu’un peuple révolté perde le privilège de s’administrer selon ses propres lois.

À l'automne -168, Antiochos IV promulgue donc un édit pour abolir la Torah. C’est ce que l’on nomme abusivement l’édit de persécution, qui aboutit de fait à l’interdiction du judaïsme. Les Juifs sont sommés d’abandonner les pratiques essentielles de leur religion : le sacrifice juif est interdit, les fêtes et la circoncision sont mises hors-la-loi avec peine de mort pour ceux qui continuent à observer le Chabbat[11]. Le Temple est consacré à Zeus Olympien[4].
On voit par quel enchaînement on en est arrivé là. Il n’y a chez Antiochos nul fanatisme, nulle intention de réaliser l’unité de ses États ou d’étendre la religion ou la culture grecque : on se demande où il aurait puisé une telle idée, totalement étrangère aux Grecs. Aucun roi hellénistique, pas plus Antiochos IV qu’un autre, ne s’est soucié d’helléniser ses sujets dont il attend seulement qu’ils paient le tribut et se soumettent à son autorité. Rien dans la politique d’Antiochos IV, bien connu par ailleurs pour son esprit de tolérance, ne laisse entrevoir la moindre volonté d’une politique d’hellénisation forcée, ou de promotion des cultes grecs. Mais, comme ses prédécesseurs et ses successeurs, lorsque des indigènes suffisamment hellénisés souhaitent acquérir le statut favorable d’une polis, il le leur accorde si cela ne contredit pas ses intérêts[12].

Là où Antiochos IV commettait une magistrale erreur politique, c’est qu’il n’avait pas compris qu’abolir la Torah ne revenait pas seulement à priver les Juifs de leurs lois civiles, mais conduisait à l’abolition du judaïsme. Nombre de Juifs pieux préférèrent le martyre (d’où les récits édifiants de 2Maccabées), alors que d’autres fuirent au désert. La répression fut d’autant plus sanglante que beaucoup de Grecs et de Syriens accusaient les Juifs d’arrogance : on leur reprochait de nier la divinité des dieux des autres, de refuser de partager leurs repas, d’éviter tout contact sous prétexte de pureté rituelle.

La révolte[modifier | modifier le code]

C’est à ce moment-là (courant -168, début -167), et à ce moment-là seulement, qu’intervinrent Mattathias et ses fils, notamment son troisième fils Judas, le seul à qui convienne le nom de Maccabée (d’étymologie incertaine). La révolte est déjà bien commencée, mais sans chef, et sans objectifs clairs. D’après le premier livre des Maccabées, texte qui exalte la dynastie issue de Mattathias[4], des officiers du roi se seraient adressés à Mattathias, notable respecté de Modi’in, pour lui demander d’accomplir un sacrifice païen en lui faisant miroiter d’être introduit parmi les « amis du roi ». Matthatias refuse, tue un juif qui a accepté de sacrifier ainsi que l’officier du roi, et s’enfuit avec ses fils dans la montagne[13].

La révolte des Maccabées vise d’abord les Juifs hellénisés qui accommodent l’antique tradition juive avec des ingrédients de culture grecque, et ensuite l’occupant étranger qui taxe durement le pays en même temps qu’il favorise aussi l’expansion du mode de vie et de la culture grecque[4].

L’intervention de Mattathias et de ses fils vers -168/-167 aurait été décisive pour donner des chefs et une organisation militaire à une révolte entamée par des Juifs pieux qui se laissaient massacrer le jour du Shabbat pour ne pas violer la Loi[2]. Si l’on connaît mal ces groupes de hassidim ou pieux engagés aux côtés des Maccabées, il est clair que ces derniers doivent accepter dès le début des compromis avec la Loi, comme combattre le jour du Shabbat[4]. À la mort de Mattathias (-166), la direction de la résistance passa à son troisième fils Judas Maccabée, qui a laissé son surnom à toute sa famille. Cette même année 166 voit la victoire des rebelles sur le gouverneur de Syrie à la bataille de Beth Horon. L’année suivante, Judas défait Nicanor et Gorgias dans leur propre campement lors de la bataille d'Emmaüs[14]. Les deux ou trois premières années de la révolte ont été mises à profit pour organiser la force militaire juive.

Dès décembre -165 ou -164[15], Jérusalem est délivrée et le Temple à nouveau dédié à Yahweh. Après la mort d’Antiochos IV en Iran à l’automne -164, et l’avènement d’un roi mineur, Antiochos V, des négociations s’ouvrent : non seulement les deux principaux ministres du roi défunt s’affrontent, mais une mission sénatoriale romaine de passage dans la région a fait savoir qu’elle apportait son plein soutien aux Juifs, de manière à affaiblir un peu plus les Séleucides. En -164, la fête juive de la Dédicace, Hanoucca, est célébrée pour la première fois dans le Temple rendu au seul culte juif[4]. Dès le printemps -163, l’édit de persécution est rapporté. Judas obtient du régent syrien Lysias la liberté de culte pour les Juifs. La guerre se poursuit néanmoins dans la confusion, probablement parce que les communautés juives dispersées aux abords de la Judée se sentent menacées : on connaît ainsi des expéditions de Judas et de ses frères en Syrie du Sud, en Transjordanie, en Idumée (Négev) pour secourir des Juifs persécutés. D’autre part, les troupes séleucides n’ont pas été vaincues : elles continuent à occuper la citadelle de Jérusalem, l'Acra, jusqu’en -141, protégeant par sa seule présence les Juifs hellénisants[14]. En fait, il s’agit d’une guerre impossible : les Juifs révoltés mènent une guérilla contre laquelle les troupes régulières séleucides sont désarmées, alors que les Juifs sont incapables de battre les Séleucides en rase campagne.

La mort d’Antiochos et l’accalmie de -164 n’entraînent pas la fin des combats. Les réussites militaires de Judas le poussent à assiéger l'Acra, dernier lieu symbole de la présence séleucide à Jérusalem. Les Séleucides réagissent avec force et montent une expédition vers Jérusalem depuis les monts d'Hébron. En -162, à la bataille de Beth Zacharia, Eléazar, frère de Judas, est écrasé par un éléphant de campagne qu’il a tenté de prendre d’assaut. Un an plus tard, les troupes grecques sous la conduite de Nicanor sont en partie anéanties, mais à la bataille d’Élasa, c’est Judas qui meurt à son tour, laissant la place à son frère Jonathan.

Jonathan mène une politique d’alliance avec Rome pour mieux combattre le gouverneur Bacchidès qui a mis en poste à Jérusalem le grand prêtre hellénisant Alcime. De -160 à -158, ce sont les hellénisants qui tiennent le haut du pavé à Jérusalem alors que leur protecteur Bacchidès construit des fortifications notamment à Béthel, Beth Horon et Emmaüs[14].

Alors que la guerre s’essouffle, qu’un accord politique est intervenu entre les Maccabées conduits désormais par Jonathan et leurs adversaires et que les hellénistes les plus extrémistes sont éliminés (Ménélas a été exécuté de façon atroce à Alep), un nouveau grand prêtre, Alcime, choisi parmi les hellénistes modérés, est désigné. Après sa mort en -159, pourtant, il n’est pas remplacé. Pour Maurice Sartre, la nomination d’Alcime, hellénisant modéré, était acceptée par les révoltés[2]. Pour Élie Barnavi, un accord entre Jonathan et Bacchidès, ministre du souverain Démétrios Ier Sôter, le successeur d’Antiochos IV, n’est réalisé qu’en -152[14]. La chronologie des années -157/-152 pose problème. En -152, Jonathan, profitant de la guerre civile qui oppose deux prétendants au trône à Antioche, parvient à se voir reconnaître le titre de Grand Prêtre (auquel il n’a aucun droit) en même temps qu’il est honoré de titres de cour séleucides.

Bilan[modifier | modifier le code]

Démétrios Ier meurt en -150 et Démétrios II lui succède. Mais l’un de ses rivaux, Diodote Tryphon, fait prisonnier Jonathan et le met à mort. Simon Maccabée, deuxième fils de Mattathias, succède à son frère cadet. D’après Élie Barnavi, Démétrios II reconnaît l’indépendance de l’État hasmoméen[14], nom donné à la dynastie issue des Maccabées, mais d’après Maurice Sartre, aucun Séleucide ne reconnaît l’indépendance juive[2],[16] : des tentatives sont d’ailleurs lancées en -131 / -130 (avec succès), puis en -87 (sans succès) pour récupérer la Judée. Mais les rois d’Antioche, affaiblis par une querelle dynastique qui empoisonne la vie du royaume jusqu’à sa disparition en 64, sont la plupart du temps incapables de contester l’indépendance de fait conquise par ceux que l’on nomme désormais les Hasmonéens, fondateurs d’un nouvel État juif fortement hellénisé. Simon est considéré comme le fondateur de la dynastie des Hasmonéens. En -140, il est proclamé « Grand-Prêtre, stratège et ethnarque » à titre héréditaire. Aristobule Ier prend le titre de basileus en -104 / -103. L’autonomie juive dure jusqu’en -63, quand les soldats de Pompée prennent Jérusalem et soumettent la Judée à l’autorité romaine.

La révolte des Maccabées apparaît, selon les mots de Maurice Sartre, comme une lutte de libération rapidement couronnée de succès[2]. Les Maccabées savent également profiter des faiblesses de la dynastie séleucide, minée par des querelles internes. Leur diplomatie peut prendre parti pour l’usurpateur du moment, auquel ils arrachent des concessions, ou nouer des alliances lointaines, comme avec Sparte, tout en s’assurant de la bienveillance de la puissance romaine[4]. En même temps, ils ne manquent pas de recourir à ce qu’Élie Barnavi appelle les « armes idéologiques », en établissant des parallèles entre la situation politique contemporaine et celles d’autres époques où le peuple juif était confronté à des problèmes d’assimilation ou d’assujettissement. Les partisans des Maccabées écrivent le Livre de Daniel, le Livre de Judith et le Livre d’Esther qui évoquent plus ou moins la Débora du Livre des Juges[4].

Historiographie[modifier | modifier le code]

Les quatre Livres des Maccabées sont reconnus par les orthodoxes comme partie de la Bible, tandis que les catholiques ne reconnaissent que les deux premiers. Ils font partie des Livres deutérocanoniques. Les protestants et les Juifs n’en reconnaissent aucun. C’est uniquement par la Hanoucca de -164 que la révolte des Maccabées fait partie de la tradition rabbinique, le reste de l’histoire provient de textes grecs, recueillis plus tard par les chrétiens[4].

L’historien juif Flavius Josèphe a repris ces récits dans sa Guerre des Juifs[17].

Ces textes présentent l’hellénisation et les persécutions d’Antiochos IV comme la cause de la révolte, mais la plupart des historiens modernes mettent en avant qu’Antiochos est intervenu dans une guerre civile interne à la population juive, mettant aux prises juifs traditionalistes et juifs hellénisés[18],[19],[20],[21]. La compétition pour le poste de Grand-Prêtre oppose des traditionalistes portant des noms hébreux ou araméens, comme Onis, et des hellénisants qui portent des noms grecs comme Jason ou Ménélas[22]. D’autres auteurs soulignent, pour expliquer la guerre civile, les causes socio-économiques à côté des causes purement religieuses[23].

À partir d’une guerre civile, il s’est produit une escalade lorsque le royaume hellénique de Syrie a soutenu les Juifs hellénisés dans leur conflit avec les traditionalistes[24]. Au fur et à mesure que le conflit prend de l’ampleur, Antiochos prend le parti des juifs hellénisants en interdisant les pratiques des traditionalistes. Ceci peut expliquer pourquoi Antiochos aurait complètement rompu avec la politique suivie par les Séleucides en d’autres lieux et d’autres époques et en serait venu à interdire la religion traditionnelle de tout un peuple[25][réf. insuffisante],[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Élie Barnavi, Histoire universelle des Juifs, Hachette Littérature, 2002, p. 40.
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Maurice Sartre, Des Maccabées très sulpiciens, booksmag, 22 décembre 2008.
  3. Sartre 2003, p. 339-340.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h et i Barnavi, op. cit., p. 44.
  5. Sartre 2003, p. 341-342.
  6. Martin Hengel, Hellenism and Judaism, Londres, 1976, tome I, p. 278.
  7. Sartre 2003, p. 343.
  8. Premier livre des Maccabées, I, 15.
  9. (en) Oesterly, W.O.E., A History of Israel, Chapter 16 (Oxford, 1939).
  10. Sartre 2003, p. 344-345.
  11. Sartre 2003, p. 346-349.
  12. Sartre 2003, p. 350-353.
  13. I Maccabées, 2, 1-22
  14. a, b, c, d et e Barnavi, op. cit., p. 45.
  15. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère : Des prêtres aux rabbins, Paris, Presses universitaires de France,‎ 2012 p. 331
  16. Sartre 2003, p. 333.
  17. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, Livre XII, chapitre 5-11 Version française en ligne.
  18. (en) Joseph Telushkin, Jewish Literacy: The Most Important Things to Know about the Jewish Religion, Its People, and Its History, W. Morrow, 1991, ISBN 0-688-08506-7, p. 114.
  19. (en) Sarah Iles Johnston, Religions of the Ancient World: A Guide, Harvard University Press, 2004, ISBN 0674015177, p. 186.
  20. (en) Irving Greenberg, The Jewish Way: Living the Holidays, Simon & Schuster, 1993, ISBN 0-671-87303-2, p. .29
  21. (en) Joseph P.Schultz, Judaism and the Gentile Faiths: Comparative Studies in Religion, Fairleigh Dickinson Univ Press, 1981, ISBN 0-8386-1707-7, p. 155.
  22. (en) Robert H. Gundry, A Survey of the New Testament, Zondervan , 2003, ISBN 0-310-23825-0, p. 9.
  23. (en) David Noel Freedman, Allen C. Myers, Astrid B. Beck, Eerdmans Dictionary of the Bible, Wm. B. Eerdmans Publishing, 2000, ISBN 0-8028-2400-5 p. 837.
  24. (en) Leon James Wood, A Survey of Israel’s History, Zondervan, 1986, ISBN 0-310-34770-X, p. 357.
  25. (en) Tchrikover, Victor. Hellenistic Civilization and the Jews.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]