Agence juive

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L'Agence juive (הסוכנות היהודית en hébreu) est une organisation sioniste créée en 1929 sous le nom d'Agence juive pour la Palestine pour être l’exécutif de l'Organisation sioniste mondiale en Palestine mandataire britannique.

À partir du début des années 1930, elle devient le gouvernement de fait de la population juive palestinienne, et est la matrice du gouvernement israélien proclamé en 1948.

L'Agence juive est alors transformée en organe gouvernemental chargé de l’immigration juive en Israël (Aliyah), sous le nom de Agence juive pour Israël, ou AJPI (הסוכנות היהודית לארץ ישראל en hébreu).

Depuis 2009, elle est présidée par Natan Sharansky.

Origine (1922)[modifier | modifier le code]

En 1922, la Société des Nations donne au Royaume-Uni un mandat sur la Palestine, afin « d’instituer dans le pays un état de choses politique, administratif et économique de nature à assurer l’établissement du foyer national pour le peuple juif (…) et à assurer également le développement d’institutions de libre gouvernement, ainsi que la sauvegarde des droits civils et religieux de tous les habitants de la Palestine, à quelque race ou religion qu’ils appartiennent. » (article 2 du mandat). À compter de cette date, on parlera de la Palestine mandataire.

Pour assister le Royaume-Uni « un organisme juif convenable sera officiellement reconnu et aura le droit de donner des avis à l’administration de la Palestine et de coopérer avec elle dans toutes questions économiques, sociales et autres, susceptibles d’affecter l’établissement du foyer national juif et les intérêts de la population juive en Palestine, et, toujours sous réserve du contrôle de l’administration, d’aider et de participer au développement du pays. » (article 4 du mandat)

De 1922 à 1929, c’est l’Organisation sioniste mondiale (OSM) elle-même qui assume ce rôle. Sous le nom d'« Exécutif sioniste de Palestine », cette branche de l'OSM organise six départements (politique générale, immigration, colonisation, travaux publics, éducation, santé), et supplante rapidement Asefat ha-nivharim (l'assemblée élue des juifs de Palestine), et son exécutif, le Va'ad Le'ummi (Conseil national).

La création d’une structure spécifique (1929)[modifier | modifier le code]

En 1929, l’OSM prend 2 décisions :

  • Créer une Agence juive spécifique, sous sa responsabilité.
  • Ouvrir l’Agence juive à des juifs non sionistes (religieux, juifs américains). Le Parti révisionniste s’est fermement opposé à cette ouverture.

La décision de 1929 n’est pas une rupture franche puisque les structures administratives de l’Agence juive existaient en fait depuis 1922 (« Exécutif sioniste de Palestine »), sous l’autorité de l’OSM. L’Agence juive les reprend.

Elle reste de plus sous l’autorité de l’OSM, mais avec une ouverture. En effet, des juifs non sionistes, en particulier des donateurs américains, entrent dans les instances qui surpervisent l'agence. Cette entrée ne signifie pas leur ralliement au sionisme (Léon Blum, qui n'est pas sioniste, en fait partie). Elle exprime simplement la volonté d'aider les juifs européens qui quittent l'Europe centrale et orientale en proie à un antisémitisme croissant à trouver une terre d'accueil, à l'heure où les États-Unis et l'Europe occidentale ferment leurs portes.

Pour la même raison, c'est aussi à partir de 1929 que les ultra-orthodoxes juifs (haredim) et leur parti politique, l'Agoudat Israel, historiquement très antisionistes, acceptent une collaboration limitée avec l'Agence, afin de permettre à leurs immigrants de s'installer en Palestine. Il s'agit d'une collaboration pragmatique, pas d'un soutien à la création d'un État juif.

Mais cette entrée des non-sionistes n'empêche pas que l'agence juive restera solidement tenue par les sionistes.

À partir de 1929, l’Agence juive va de plus en plus se structurer comme un organisme purement Palestinien, dirigé par des juifs vivants en Palestine, alors que l’OSM reste dominée par les juifs de la Diaspora.

La prise de contrôle de l’Agence juive par la gauche (1929-1935)[modifier | modifier le code]

La gauche, très présente dans le Yichouv palestinien, entre rapidement en force au sein de l’Agence juive. Le socialiste Haïm Arlozoroff devient le directeur du département politique de l’Agence juive. À ce poste, il négocie en 1933 avec le troisième Reich un accord favorisant les transferts des fonds des juifs allemands émigrant vers la Palestine mandataire. Il est assassiné le 16 juin 1933. La droite du Parti Révisionniste est accusée du crime (encore aujourd’hui, personne ne sait qui a tué Haïm Arlozorov). Voir le chapitre : Sionisme révisionniste : La tentation Fasciste et les Birionim (1928-1933).

Ce crime va avoir plusieurs conséquences importantes pour l’avenir de l’Agence :

  • La montée de la gauche.
Après une vigoureuse campagne contre le « péril fasciste », la gauche obtient 44 % des suffrages aux élections de l’OSM de 1933. Dès lors, les partis de gauche (surtout le Mapaï) basés en Palestine, exercent une influence déterminante au sein de l’OSM et de l’Agence juive. Bien que l’Agence soit formellement dirigée par l’OSM, ce sont maintenant les instances palestiniennes (et en particulier l’Agence juive) qui influencent l’OSM.
  • Le départ de la droite révisionniste
Accusé de l’assassinat d’Arlozorov, le Parti révisionniste, marginalisé, quitte l’OSM en 1935, renforçant encore le pouvoir de la gauche au sein de l’Agence juive.
Celui-ci était le chef de la Histadrout depuis 1921. À ce poste, il coiffait la Haganah. Il était aussi l’homme fort du Mapaï, le principal parti politique juif du Yichouv. Après l’assassinat d’Arlozorov, il devient logiquement le président de l’Agence juive en 1935. Il ne quittera ce poste que pour devenir le premier premier ministre de l’état d’Israël, en 1948.

L’affirmation de l’Agence juive comme centre du pouvoir sioniste (1933-1935)[modifier | modifier le code]

Après 1933-1935, l’Agence juive est devenue le véritable centre du pouvoir sioniste, plus que l’OSM, ou plus que l’assemblée des juifs de Palestine, Asefat ha-nivharim.

Le cœur du pouvoir sioniste est maintenant basé en Palestine, et non plus en Diaspora. Il a par contre la particularité de ne pas être élu par les juifs de Palestine, mais (à travers l’OSM) pas l’ensemble des juifs sionistes, tant en diaspora qu’en Palestine. La différence est cependant peu importante : la gauche sioniste est dominante aussi bien au sein de l’OSM qu’en Palestine.

L’Agence juive se transforme en véritable gouvernement.

  • Ce gouvernement a une diplomatie, en particulier à travers son département politique et indirectement à travers les structures diplomatiques de l’OSM.
  • Il a une police, la police juive de Palestine.
  • Il a un parlement, au pouvoir restreint, Asefat ha-nivharim.
  • Il a une armée, la Haganah, force clandestine juive tolérée par les Britanniques, et dont le contrôle passe de la Histadrout à l’Agence en 1931 (ce qui est assez théorique : ce sont les mêmes personnes qui dirigent les deux organisations).

Mais cet état doit aussi constituer sa population.

La population juive augmente rapidement depuis les années 1920. Dans les années 1930, c’est l’Agence juive qui reprend le rôle d’intégration des immigrants. Faire venir et intégrer les juifs (surtout européens) est la priorité de l’Agence juive et de Ben Gourion. Les Britanniques lui donnent un certain nombre de visas annuels, dont l’Agence juive décide des modalités d’attribution. Ce contrôle est évidemment une source de pouvoir : sans refuser la venue des militants des autres partis, l’Agence juive favorise cependant les militants de gauche.

La population juive passera de 83 000 fin 1918 à 650 000 en 1947. Pour en savoir plus, voir l’article détaillé : Aliyah.

Le conflit avec les Britanniques (1939-1948)[modifier | modifier le code]

De la fin 1935 à 1939, les arabes palestiniens se soulèvent contre le mandat britannique et la colonisation sioniste. Ce soulèvement est finalement réprimé (avec l’aide de la Haganah, qui se renforce ainsi).

Mais en 1939, les Britanniques estiment qu’ils doivent trouver une solution politique au problème palestinien. Ils publient donc le « troisième livre blanc pour la Palestine ». L’immigration juive est pratiquement stoppée. En 1949, la Palestine devra devenir un état indépendant unitaire, donc à majorité arabe.

La réaction du mouvement sioniste va s’organiser autour de l’Agence juive. Elle se fait d’abord dans le domaine de l’immigration clandestine. L’Agence juive crée le Mossad Le'aliyah Bet, structure clandestine échappant aux Britanniques, pour organiser l’immigration clandestine des Juifs vers la terres sainte. L’immigration clandestine sera pratiquement interrompue entre 1942 et 1945 du fait de la Seconde Guerre mondiale, mais elle amènera près de 80 000 personnes en Palestine entre 1939 et 1947.

La réaction de l’Agence juive se fait ensuite dans le domaine diplomatique : en 1942, au congrès sioniste de Biltmore, l’OSM décide de demander un état juif sur toute la Palestine mandataire. Les diplomates sionistes (du département politique de l’Agence juive) se mettent alors au travail (surtout après 1945), auprès des gouvernements et des opinions publiques, pour défendre cette orientation. Les liens sont rompus avec l’allié historique, les Britanniques. Ces diplomates travaillent en pratique sous la direction de Ben Gourion. Il en va de même pour l’OSM. Celle-ci n’aura d’ailleurs plus de président entre 1946 et 1956 (à la suite de la démission de Chaim Weizmann, considéré comme trop pro-Britannique), ce qui accroît encore le pouvoir de l’Agence juive. Dans ce domaine diplomatique, l’Agence juive obtiendra des résultats : en 1947, tant les soviétiques que les français ou les américains décident de soutenir la création d’Israël à l’ONU.

La réaction de l’Agence juive se fait enfin par l’affrontement direct avec les Britanniques. L’Agence juive s’engage dans une confrontation militaire et politique avec le pouvoir Britannique. Sa branche armée, la Haganah se livre à de nombreux sabotages, et l’Agence juive organise de nombreuses grèves et manifestations.

La création de l’État (1948)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Plan de partage de la Palestine.

En 1948, l’ONU décide la création de deux états sur la Palestine.

Dès 1947, Ben Gourion prépare la guerre qu’il pense probable avec les arabes palestiniens et les pays arabes. L’Agence juive se lance dans une politique d’armement à grande échelle. Des ateliers produisent des armes en Palestine, et des surplus de la Seconde Guerre mondiale sont achetés à travers toute la planète. Les soviétiques, en particulier, acceptent de fournir des armes à grande échelle. Beaucoup ne pourront être acheminées qu’après la création de l’état juif (mai 1948), mais elles permettront au jeune état de gagner la guerre d’indépendance.

En octobre 1947, un comité conjoint du Va'ad Le'ummi (Conseil national) et de l'Agence juive prépare le cadre "constitutionnel"[1] du future état.

Le 1er mars 1948, un conseil du peuple est mis en place. Trois semaines plus tard, ses 37 membres approuvent la formule d'un gouvernement provisoire.

Le 14 mai 1948, c’est David Ben Gourion, président de l’Agence juive qui prononce la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël. Les 37 membres du conseil du peuple se transforment alors en gouvernement provisoire du nouvel état. En pratique, c'est surtout l'Agence juive qui forme le nouveau gouvernement :

  • Son président, Ben Gourion, devient le premier chef du gouvernement d'Israël,
  • le chef du département politique de l'Agence, Moshé Sharett est nommé ministre des Affaires étrangères,
  • le trésorier de l’Agence, Eliezer Kaplan, devient ministre des Finances.

Après la création de l’État[modifier | modifier le code]

Après la création de l’État, l’Agence juive ne disparaît pas, mais elle perd tous ses pouvoirs gouvernementaux, transférés au gouvernement israélien.

Lui reste donc un rôle qui était déjà le sien avant 1948 : l’immigration.

Depuis 1948, c’est l’Agence juive, devenue un organisme public du gouvernement israélien (et qui ne dépend plus de l’Organisation sioniste mondiale), qui est chargée de la propagande en faveur de l’immigration au sein de la Diaspora, et de l’accueil des nouveaux immigrants (en particulier la gestion des centres d’absorption).

À ce titre, elle a géré l’immigration de plusieurs millions de personnes. Pour en savoir plus, voir le chapitre Aliyah : Après la création d'Israël (1948-2005).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Israël n'a pas de constitution écrite, seulement des lois fondamentales, et ce du fait de l'opposition des haredim, qui considèrent que seule la halakha (loi religieuse juive) est la constitution légitime du peuple juif. Il s'agit d'une concession symbolique des sionistes laïques aux religieux non sionistes

Liens externes[modifier | modifier le code]