Sennacherib

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Sennacherib pendant la guerre contre Babylone, bas-relief de son palais à Ninive.

Sennachérib (ou Sanchérib dans l’Ancien Testament 2 Rois 18:13 ou Senaquerib ou Sanherib ou Sankhérib, en akkadien : Sîn-Ahhê-Erîba ou Sîn-aḫḫe-eriba ou Sin-ahhe-Eriba ou Sin-achche-Eriba) fut roi d’Assyrie de -705 à -681. Il était le fils de Sargon II, qui l'avait associé au pouvoir de son vivant. Son nom, Sîn-ahhê-erība, qui signifie « Sîn a donné des frères (en remplacement) », révèle que ce roi n'était sans doute qu'un fils cadet arrivé sur le trône après la mort de ses aînés.

Sources[modifier | modifier le code]

Le prisme de Taylor conservé au British Museum

Le règne de Sennacherib nous est connu par de nombreuses inscriptions cunéiformes assyriennes, sous forme de bulles, de stèles, de cylindres ou de prismes, dont le prisme dit de Taylor, conservé au British Museum, qui rapporte huit campagnes militaires de Sennacherib[1]. La campagne militaire contre Juda nous est également connue par la Bible. L'historien grec Hérodote parle d'une campagne contre l'Égypte.

Campagnes militaires[modifier | modifier le code]

Lorsque Sennacherib arrive au pouvoir, après la mort brutale de son père dans une embuscade, les provinces périphériques de l'Empire en profitent pour se révolter. L'armée assyrienne doit gérer simultanément deux révoltes à l'Est et en Babylonie (au sud).

Dès -703, une révolution éclate à Babylone, portant d'abord au pouvoir un Babylonien du nom de de Marduk-zakir-shumi. Rapidement le Chaldéen Merodach-Baladan, qui s'était déjà mesuré aux Assyriens sous Sargon II, revient d'Elam, où il avait trouvé refuge, et reprend le pouvoir. Au cours d'une campagne fulgurante, Sennacherib mate la révolte : il écrase Merodach-Baladan devant la ville de Kish, reprend le contrôle de la Babylonie et y place un Babylonien qui lui est dévoué, Bêl-ibni.

En -701, il réprime des révoltes en Phénicie et en Palestine, suscitées par les Égyptiens. Il s'en prend d'abord à Sidon dont le roi s'enfuit à Chypre, à Ascalon dont le roi est déporté en Assyrie et bat une armée égyptienne qui s'est portée au secours d'Ekron Il se retourne ensuite contre le roi de Juda, Ézéchias. Il assiège et détruit la ville de Lakish, la plus puissante forteresse de Juda après Jérusalem. Cette dernière est assiégée à son tour et Ézéchias, que le prophète Isaïe a exhorté à résister, n'obtient finalement le départ des Assyriens qu'au prix de concessions exorbitantes : le versement d'un tribut énorme - 30 talents d'or et 800 talents d'argent -, sans parler de la déportation de ses filles, de son harem et de ses musiciens, ainsi que la perte d'une partie de son territoire[2]. Dans la Bible, le deuxième livre des Rois conclut l'histoire par une catastrophe pour l'armée assyrienne : l'ange de Yahweh aurait fait périr 185 000 Assyriens, puis Sennacherib serait rentré à Ninive où il serait mort peu après. Le problème a divisé les assyriologues. Bon nombre d'entre eux pensent que la Bible aurait fondu en un seul récit deux campagnes, dont la deuxième, que les Assyriens aurait passé sous silence, aurait eu lieu en 687 ou 686[3].

En -700, Merodach-baladan suscita à nouveau des troubles à Baylone. Sennacherib remplaça alors Bêl-ibli - coupable d'incompétence ou de traîtrise - par son propre fils, Assur- nadin-shumi, mais Merodach-Baladan lui échappa. Lui et les gens du Bît-Yakin se réfugièrent dans les marécages difficilement accessibles à l'embouchure de l'Euphrate. En -694, Sennacherib, qui n'avait rien oublié, organisa une expédition amphibie vers le sommet du golfe Persique, et fit la guerre aux Elamites qui avaient soutenu Merodach-Baladan. Le roi d'Elam répliqua en envahissant le sud de la Babylonie et en prenant Sippar. Les Babyloniens livrèrent aux Elamites le fils de Sennacherib, Assur-nadin-shumi, qui fut emmené en Elam et dont on perd toute trace par la suite. Un certain Nergal-ushêzib que les Elamites avaient placé sur le trône de Babylone fut défait par Sennachérib qui était remonté vers le nord, tandis que le roi d'Elam, Hallushu, était renversé lors d'une rébellion. Les Babyloniens, pas découragés pour autant, se donnèrent un nouveau roi, Mushêzib-Marduk, qui soudoya les Elamites en leur offrant l'or du temple de Marduk. Les coalisés se portèrent à la rencontre de l'armée assyrienne. La bataille eut lieu à Halulê. Sennachérib : « Je devins furieux comme un lion, je revêtis mon armure. Je plaçai sur ma tête mon casque de combat. Dans la rage de mon cœur, je montai mon splendide char de bataille qui écrase les ennemis. ». Bien qu'il revendique la victoire, il semble bien que le combat ait été indécis et que chacun rentra chez soi.

La résistance obstinée de Babylone avait exaspéré Sennacherib, qui vint l'assiéger. Au bout de quinze mois, la cité tomba en -689. Le roi assyrien voulait qu'il n'en subsiste aucune trace. Les inscriptions assyriennes font le récit de sa destruction méthodique : « Je n'épargnai personne, je remplis les places de la ville de leurs corps (...); mes gens s'emparèrent des dieux qui s'y trouvaient et les détruisirent(...); je détruisis de fond en comble la ville et les maisons, des fondations jusqu'au toit et je la brûlai par le feu(...). Je l'aplanis plus que ne l'aurait fait un déluge afin qu'on ne se souvînt jamais de cette ville et de ses temples : je la dévastai par une inondation, en sorte qu'elle devînt semblable à une prairie. »[4]

Sennachérib est assassiné par l’un de ses fils à Ninive en janvier -681. Son fils cadet Assarhaddon lui succède après avoir évincé ses frères.

Activité architecturale et urbanistique[modifier | modifier le code]

Sennachérib apparaît comme une grande figure, non seulement comme militaire et administrateur, mais aussi comme promoteur de réalisations très nouvelles pour l’époque, liées aux aspects techniques du développement. Il entreprend des travaux d’urbanisme, particulièrement à Ninive. Quand son père était roi, Sennachérib occupait à Ninive « le palais de la succession » d'où il suppléait son père pendant ses campagnes. Sargon II, lui, s'installe à Dûr-Sharru-kîn, sa nouvelle capitale, entièrement construite à sa gloire. À sa mort, Sennachérib, refuse de s'installer à Dûr-Sharru-kîn et fait de Ninive la nouvelle capitale de l'Empire. Il y a plusieurs explications à cela. D'une part, la nouvelle capitale de son père était entièrement construite à sa gloire. Chaque bas-relief, chaque nom de porte de rempart était un panégyrique en l'honneur de Sargon. Par ailleurs, après des années d'installation à Ninive, Sennachérib s'est simplement attaché à sa ville, qu'il a préférée à Kalhu. Enfin, la mort tragique de son père aux confins de l'Empire et l'absence de sépulture le condamnant à errer comme un spectre a été compris dans l'Antiquité comme une malédiction. Cela pouvait donner une raison supplémentaire d'éviter les palais de Sargon.

En faisant de Ninive la nouvelle capitale de l'Empire, il lance de grands chantiers d'aménagement conforme à son rang. Il commence par ordonner la construction de grands parcs paysagers autour de la ville. Ce qui donna vraisemblablement naissance au mythe des jardins suspendus de Sémiramis après quelques confusions. Pour irriguer ses parcs, il fait creuser de grands canaux depuis le Mont Musri (actuel Jebel Bashiqah) entrecoupés de nombreux aqueducs. Il fait construire l’aqueduc de Jerwan (en) associé à un canal de 80 km qui recueillait les eaux du Gomel et de certains affluents du Khors pour alimenter en eau Ninive. Des canaux aux parois de pierre, des barrages, des bassins de décantation composent l’ensemble de l’ouvrage. L’aqueduc, construit en pierre de taille d’une portée de 300 m avec une largeur de 12 m est supporté par cinq arches : plus de deux millions de blocs de pierre sont nécessaires à sa construction[5] qui ne dure que quinze mois[6]. Il fait également construire des machines pour élever l’eau avec le système de la « vis sans fin » qui adopte le principe de la vis d'Archimède près de 400 ans plus tôt. Pour la mise en valeur de l'Empire, il ordonne la construction des routes et s’occupe de perfectionner les méthodes de fonte de métal. Il introduit en Assyrie la culture du coton (arbre à laine) venue de l’Inde. Il semble qu'il ait fait construire des jardins suspendus, ceux mêmes qu'on pensait trouver à Babylone.

Sa mort[modifier | modifier le code]

Tout au long de son règne, il fut très influencé par Naqi'a/Zakutu son épouse d'origine araméenne. Elle le convainc de choisir son fils Assarhaddon en lieu et place de ses frères plus âgés. Ce choix pourrait être à l'origine de son assassinat en -681. Sa mort entraîna une guerre fratricide entre ses descendants dont Assarhaddon sortit finalement vainqueur. On soupçonne ses frères d'avoir effacé la correspondance de Sennachérib à cette occasion pour effacer les preuves de leur implication.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The British Museum : the Taylor Prism
  2. Roux 1995, p. 365
  3. Danie David Luckenbill, The annals of Sennacherib, The University of chicago Oriental Institute, Publications, University of chicago Press, 1924, p. 13
  4. cité dans : Lionel Marti, Sennachérib, la rage du prince in : Dossiers d'archéologie, nov.-déc. 2011, n° 348
  5. Parrot 1969, p. 229
  6. Sennacherib's Aqueduct at Jerwan

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) S. Parpola, « The Murderer of Sennacherib », Mesopotamia 8, 1980, p. 171-182.
  • Georges Roux, Mésopotamie, Seuil,‎
  • André Parrot, Assur, Gallimard, coll. « L'univers des formes »,‎ , 2e éd.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]