Thessalie

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Thessalie
Thessalie
Administration
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Capitale Larissa
Président Konstantinos Agorastos
janvier 2011-décembre 2014
Districts régionaux
Démographie
Population 732 762 hab. (2011[1])
Densité 52 hab./km2
Géographie
Superficie 1 403 700 ha = 14 037 km2
Liens
Site web http://www.pthes.gov.gr

La Thessalie (en grec moderne : Θεσσαλία) est une région historique et une périphérie du nord-est de la Grèce, au sud de la Macédoine. Depuis le programme Kallikratis de 2011, cette région fait également partie du Diocèse décentralisé de Thessalie-Grèce centrale.

Géographie[modifier | modifier le code]

La Thessalie est une région de la Grèce septentrionale sur la mer Égée au Sud de la Macédoine. Selon certains spécialistes le nom de Thessalie vient de celui des envahisseurs Doriens, les « Thessaloi », pour d'autres des Thesprotes, habitants d'Épire.

Histoire[modifier | modifier le code]

Durant l'antiquité cette région a, pour beaucoup de peuples, une importance stratégique, car elle est située sur la route de la Macédoine et de l'Hellespont. Elle possédait un important port à Pagases. Le blé et le bétail sont les principales richesses de la région et une ressource commerciale vitale. La Thessalie est aussi l'une des rares régions de Grèce où l'on peut pratiquer l'élevage des chevaux, d'où l'importante cavalerie dont disposaient les Thessaliens.

Protohistoire[modifier | modifier le code]

La Thessalie est longtemps occupée par des populations uniquement pastorales, probablement les Pélasges, qui sont remplacés par les Achéens vers le milieu du IIe millénaire.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Les villes principales de Thessalie sont : Crannon (en), Larissa, Pharsale et Phères. Elles sont d'importance presque équivalente et de ce fait, aucune d'entre-elles au cours de l'histoire ne peut prétendre à l’hégémonie. L’aristocratie était seule propriétaire de la terre et possédait de vastes domaines où elle ne pratiquait que l’élevage des chevaux. L’agriculture était confiée à des serfs, les Pénestes qui payaient au propriétaire un impôt et pouvaient garder le surplus de la récolte. Ils avaient un rang intermédiaire entre les esclaves et les hommes libres. Ils ne pouvaient ni être vendus, ni mis à mort. Ils étaient aussi employés dans l'armée, dans la marine ou dans la cavalerie.

L’Iliade répartit en six territoires les toponymes (IL.II, 695-746) :

  1. Antrôn la maritime, Itôn mère des brebis, Phylakè (litt. "Garde"), Ptéléos aux lits d’herbes touffues (auj. Ftelia) et Pyrasos la fleurie, enclos sacré de Déméter ;
  2. Boïbè (auj. Bio), Glaphyraï, Iôlkos bien bâtie et Phèraï près du lac Boebis ;
  3. Méliboïa, Méthônè, Olizôn rocailleuse et Thaumakia (tous en Magnésie) ;
  4. Ithômè rocheuse, Oïkhalia (près de Trikka) et Trikka (auj. Trikala) ;
  5. le Mt Titanos aux blanches têtes, Astérion, Hypéréïa (source), Orménion ;
  6. Argissa, Èlonè, Gérènos (où Nestor, selon une tradition, aurait été élevé) , Gyrtonè, Oloosson la blanche (auj. Elassona), Orthè.

Au XIIe siècle, la région est envahie par des tribus doriennes du Nord et du Nord-Ouest qui migraient vers le Sud, mais ce sont les Thessaliens de Thesprotie qui conquirent la région. Les Thesprotes sont, avec les Molosses une des principales tribus d'Épire. Ils réduisent la population indigène à l'état de serfs. Quelques familles nobles, dont celle des Aleuades, s'imposent chacune dans un canton.

Selon un ouvrage de l’historien Staphylos, le nom antique de la Thessalie était l’Éolie. Elles parviennent à constituer une Ligue : La Ligue thessalienne (ou Confédération thessalienne) qui est dirigée par un magistrat fédéral, le tagos (en). Au VIIe siècle, la Ligue thessalienne est puissante en Grèce du Nord et étend son pouvoir sur les montagnards voisins. La Thessalie, majoritaire au conseil amphictyonique de Delphes en profite pour étendre son influence en Grèce centrale. Elle impose sa suprématie en Phocide et cherche même à soumettre la Béotie.

La puissance thessalienne est de courte durée. Au début du Ve siècle av. J.-C., les Thessaliens sont battus par les Béotiens et repoussés par les Phocidiens dans leur pays. Pendant les Guerres Médiques, ils sont d'abord soumis aux Perses lorsque les Grecs décident d'abandonner la défense de Tempé pour se replier sur les Thermopyles, mais lors de l'invasion du Roi Perse Xerxès Ier (-486/-465) ils demandèrent de l'aide à Sparte.

On sait d'après Xénophon que l'athénien Critias a mené une vie aventureuse en Thessalie ; selon le témoignage de l’orateur et biographe romain Philostrate d'Athènes, de langue grecque, Critias rendit plus lourdes les tyrannies des cités thessaliennes par son influence politique. Au début de la Guerre du Péloponnèse, la Thessalie s'allie avec Athènes ; plus tard, lors des guerres entre la Macédoine et les cités grecques, la Thessalie fait office de région tampon. Au IVe siècle, la tentative de Jason, tyran de Phères pour réaliser l'unité de la région en -375/-374, provoque les interventions des Thébains et des Macédoniens ses anciens alliés, ouvrant ainsi la voie à la conquête de la Grèce par le roi de Macédoine Philippe II (-359/-336). La Thessalie, vers -353/-352, est alors rattachée à l’empire Macédonien. Rome lui redonne son indépendance en -196, puis elle est, en -148 incorporée à la province Romaine de Macédoine. Sous le règne de l'empereur Sévère Alexandre, elle forme une province séparée de la Macédoine avec pour capitale Larissa[2].

Moyen Âge, période ottomane, époque contemporaine[modifier | modifier le code]

En 395, les Wisigoths ravagent la Thessalie, "grenier à blé" de l'Hellade, avant de se diriger vers le Péloponnèse, l'Épire, puis la Dalmatie et l'Italie. Larissa subit un pillage, la population se réfugie sur les piémonts. La Thessalie est alors intégrée dans la "préfecture prétorienne" (ὑπαρχία τῶν πραιτωρίων) d'Illyrie (Ἐπαρχότης Ἰλλυρικοῦ), qui subsiste après la division de l'Empire romain en cette même année 395. En 610, après deux siècles de paix relative, ce sont les tribus Slaves qui s'installent dans le pays. Les autorités impériales, qui à ce moment sont aux prises avec les Perses sassanides à l'est et les Avars au nord, préfèrent engager ces Slaves comme des vassaux et des troupes auxiliaires en Grèce, plutôt que de les voir s'allier aux Avars comme c'était le cas sur le Danube. Petit-à-petit, ces nombreux Slaves de Thessalie et du Péloponnèse s'hellénisent, contribuant à maintenir en Grèce le phénotype "grand et blond" qui existait déjà dès l'Antiquité, mais qui est récessif. L'empire romain d'orient (que nous appelons "byzantin") institue alors des "thèmes", préfectures à la fois civiles et militaires : la Thessalie fait partie du "thème" de l'Hellade, à l'exception des régions les plus nordiques qui sont rattachées à celui de Thessalonique.

Au nord-ouest, du côté des Météores (dont la construction commence au XIVe siècle avec le moine Athanase), la Thessalie se situe désormais au contact d'un nouvel état qui regroupe les Slaves, les Valaques et les Grecs de l'intérieur des terres de la péninsule des Balkans : la Bulgarie. Les fréquentes escarmouches et les guerres entre cet état et l'Empire, entretiennent une insécurité qui nuit à l'agriculture et au développement du pays, qui se dépeuple. En 1018, au terme d'une guerre longue et sanglante, l'empereur Basile II parvient à reconquérir la péninsule des Balkans en anéantissant la Bulgarie. Cela provoque de grands déplacements de populations, et notamment des Valaques de Bulgarie qui se dispersent : une partie d'entre eux migre vers les pays tchèques où ils forment la "Valaquie morave", d'autres vers la Transylvanie où ils grossissent les rangs de ceux qui s'y trouvaient déjà[3], mais un grand nombre s'installe en Thessalie qui est alors appelée la "Grande Valachie" (Μεγάλη Βλαχία) par les auteurs byzantins[4]. À leur tour, comme les Slaves auparavant, ces Valaques romanophones vont s'helléniser au fil des siècles, les derniers seulement à la fin du XIXe siècle. Paysans, ils remettent le pays en culture et développent le pastoralisme, la laine de leurs troupeaux étant réputée dans tout l'Empire et servant à confectionner les capes des soldats byzantins.

Encore deux siècles de paix relative, et ce sont cette fois les "Francs" (Φράγγοι- mot grec désignant les Occidentaux catholiques) qui, lors de la quatrième croisade, s'emparent de la Thessalie qui est alors donnée au Royaume latin de Salonique créé au profit du magnat italien Boniface de Montferrat, déçu d'avoir du laisser à Baudouin de Flandre le trône de l'Empire latin de Constantinople. Les "Francs", ou "Latins", asservissent et maltraitent la population grecque et valaque, orthodoxe, qui se révolte : après 20 ans d'existence, le royaume des Montferrat s'effondre et la Thessalie est libérée (du point de vue grec) par l'état grec d'Épire. En 1266 ou 1268, Michel II Doukas d'Épire meurt et son état est partagé entre ses fils Nicéphore et Jean Ange. Le premier hérite de l'Épire proprement-dite tandis que Jean, marié à la fille de l'archonte valaque de Thessalie, reçoit celle-ci avec pour capitale Néopatras[5].

En 1261, l'Empire byzantin se reforme, mais il est désormais très affaibli et endetté. En 1332, la Thessalie est envahie et annexée par Étienne Douchan, l'empereur des Serbes. Il ne la garde que huit ans, après quoi elle revient à l'Empire byzantin pour encore 53 ans. La puissance de l'Empire grec n'est pourtant plus qu'un souvenir, et Larissa tombe aux mains des Turcs ottomans en 1393. Dès lors, l'Empire grec est réduit à sa capitale Constantinople, à Mistra et à quelques îles égéennes. Quant à la Thessalie, elle est intégrée à la province ottomane de Roumélie (Rum-Eli- mot turc signifiant "pays des Romains" : en effet les anciens citoyens byzantins, bien que de langue grecque, s'identifiaient toujours comme "Romains", en grec Ῥωμαίοι).

Comme les "Francs" avant eux, les Turcs mettent en place un système agricole (Timars) contraignant pour la population, qu'ils soumettent de surcroît à la dîme, à la capitation (haraç) et au devchirmé (παιδομάζωμα : razzia des enfants, pour en faire des janissaires). Les révoltes, fréquentes, sont réprimées dans le sang, et de nombreuses bandes d'insurgés se forment, mi-voleurs (κλέφτες: klephtes), mi-héros. Elles joueront un rôle non négligeable dans la guerre d'indépendance grecque au début du XIXe siècle, mais alors que le Royaume de Grèce est reconnu en 1832, la Thessalie devra attendre encore près de 50 ans pour lui être enfin rattachée, au terme de la Conférence de Constantinople, réunie au 24 février 1881 pour mettre un terme aux massacres commis par les Ottomans en réponse aux révoltes de leurs sujets chrétiens.

C'est encore en Thessalie que se déroula la « guerre de Trente Jours » de 1897 que la Grèce perdit contre les Turcs, auxquels elle dut céder les cols séparant la Thessalie de la Macédoine.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Thessalie fut d'abord occupée par les troupes italiennes, puis, après le retrait de celles-ci en octobre 1943, allemandes. Les nazis fusillèrent de nombreux résistants et otages, et déportèrent les juifs grecs. Après la seconde guerre mondiale, certaines phases de la Guerre civile grecque ensanglantèrent aussi la Thessalie, notamment dans les montagnes du nord-ouest.

Ce n'est qu'après 1950 que le pays put commencer à se relever et à se développer, du moins jusqu'à la crise financière des années 2010, due à la dérégulation mondiale et aux endettements de la Grèce, en partie consécutifs aux Jeux olympiques de 2004. En Thessalie particulièrement, la disparition de l'agriculture de proximité et le développement de l'agro-industrie ont nécessité de lourds investissements qui sont encore loin d'être amortis, la qualité des sols et la productivité n'étant pas équivalentes à ce que l'on peut observer et obtenir en Basse-Saxe, en Flandre ou en Normandie.

Mythologie et littérature[modifier | modifier le code]

Dans la mythologie grecque, la Thessalie était le royaume des Centaures et des Lapithes, ainsi que le point de départ de l'expédition des Argonautes, Pélias et Éson étant rois d'Iolcos (actuelle Volos).

Dans la Thessalie au sens général, l’Iliade distingue l'Argos pélasgique (au sud) de la Thessalie au sens restreint : Achille contrôle la première (comprenant Alopé, Alos, Hellas aux belles femmes, la Phthie aux champs fertiles et nourricière de héros et Trékhis) (II, 681-684 et I, 155) ; la seconde est divisée en plusieurs territoires (cf. Géographie pour les toponymes et numérotation des territoires) sous différentes autorités, à savoir, en terr. 1 anc. Protésilas, puis Podarcès fils d’Iphiclos (II, 695-709), en terr. 2 Eumélos fils d’Admète et d’Alceste, la plus divine des femmes et la plus belle des filles de Pélias (II, 711-715), en terr. 3 Philoctète puis Médon bâtard d’Oïlée par Rhéné (II, 716-728), en terr. 4 les médecins Podalire et Machaon, tous deux enfants d’Asclépios (II, 729-735;III, 193, 194, 204), en terr. 5 Eurypyle fils d'Évémon (II, 734-736) et en terr. 6 Polypœtès fils de Pirithoos et d’Hippodamie, Léontée fils de Coronos descendant de Cénée (II, 738-746).

La Thessalie est réputée dans l'antiquité pour ses sorcières puissantes: Érichto, mentionnée au livre VI de la Pharsale de Lucain ainsi que Pamphile et Méroé, qui apparaissent toutes les deux dans les Métamorphoses d'Apulée.

Administration[modifier | modifier le code]

La Thessalie est divisée en cinq districts régionaux :

Économie[modifier | modifier le code]

La Thessalie est une grande région agricole.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (el)« Résultats du recensement de la population en 2011 »
  2. Charles Dezobry, Th Bachelet, Dictionnaire général de biographie et d'histoire, de mythologie, de géographie ancienne et moderne, vol. 2, Delagrave,‎ 1866 (présentation en ligne)
  3. Chroniques de Ioannès Skylitzès, 976, in : Petre Ș. Năsturel : Études d'Histoire médiévale, Inst. d'Histoire "Nicolae Iorga", vol. XVI, 1998
  4. Théophane le Confesseur et Cédrène, in : Nicolae Iorga, Teodor Capidan, Constantin Giurescu : Histoire des Roumains, ed. de l'Académie Roumaine
  5. Nicholas Cheetham, Mediaeval Greece, Yale University Press, 1981, John V.A. Fine Jr., The Late Medieval Balkans, Ann Arbor, 1987, et Donald MacGillivray-Nicol (trad. Hugues Defrance), Les derniers siècles de Byzance, 1261-1453, Paris, Texto, 2008, ISBN 978-2-84734-527-8.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]