Histoire des Juifs en Roumanie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Les Juifs ont une histoire plus que bimillénaire sur l'actuel territoire de la Roumanie, mais la communauté juive n'a commencé à jouer un rôle significatif tant du point de vue démographique que du point de vue économique ou culturel, qu'à partir du XIXe siècle, avec l'arrivée des Ashkénazim. Selon le recensement officiel de 1930, en Roumanie, il y avait 756 930 Juifs. Cette population n'a cessé de décliner durant le XXe siècle : en Roumanie, les juifs ne sont plus que 146 274 en 1956[1], 24 667 en 1970, 9 670 en 1992, et 6 179 en 2002 (voir Démographie de la Roumanie).

Antiquité et période byzantine[modifier | modifier le code]

Synagogue romaniote de Constanza, ruinée.

Des traces archéologiques et paléographiques de judaïsme romaniote ont été trouvées à Tomis, en Scythie mineure : stèles, ruines de synagogues. Ces communautés Romaniotes, de langue yévanique, sont également présentes dans les comptoirs génois de la Mer Noire et du bas-Danube : San Giorgio, Barilla, Caladda, Antiophilas, Licostomo, Montecastro et Polychronia en Moldavie, Eraclea aujourd'hui ruinée et Constanza, comme le signale le Codex Latinus Parisinus de 1395[2]. Des communautés romaniotes subsistèrent à Constanza jusqu'au milieu du XXe siècle.

Moyen Âge et Renaissance[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, de nouvelles populations hébraîques arrivent en plusieurs étapes dans les principautés roumaines : (Moldavie, Transylvanie et Valachie). Ainsi, au XIVe siècle s'y sont installés des Juifs Ashkénazim ("allemands") parlant yiddish, venus d'Europe centrale. Par la suite, alors que les principautés étaient sous suzeraineté ottomane, s'y sont établis les Juifs Sépharadim ("espagnols") de langue évréohispanique et de liturgie ladino, venus de la Péninsule Ibérique. À la suite des pogroms qui eurent lieu en Ukraine au XVIe siècle, une autre vague d'Ashkénazim se réfugie en Moldavie. En 1740 il y avait des communautés juives dans les villes de Roman, de Bacău et de Galați. Pendant la deuxième moitié du XVIIIe siècle et notamment au cours de la première moitié du XIXe siècle, ce sont les Ashkénazim (souvent très traditionalistes) de Galicie qui se réfugient en Moldavie et en Transylvanie où les autorités étaient plus tolérantes.

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Période 1866 - 1938[modifier | modifier le code]

La population juive de la Roumanie au recensement de 1930.

La première constitution de la Roumanie moderne en 1866 (article 7) n'attribuait la nationalité roumaine qu'aux chrétiens orthodoxes, le pays étant défini comme une principauté orthodoxe autonome, mais vassale de l'Empire ottoman musulman. Les Juifs roumains furent alors considérés comme sujets autrichiens ou ottomans, et ceux qui ne relevaient d'aucun de ces deux empires furent déclarés apatrides. En 1878, sous la pression des francs-maçons et des laïcs, alors que l'indépendance de la Roumanie vis-à-vis de l'Empire ottoman était reconnue au Traité de Berlin, l'article fut laïcisé pour permettre aux non-orthodoxes désireux de devenir Roumains, d'accéder à la citoyenneté. En pratique, il s'agissait d'une procédure de naturalisation individuelle étalée sur dix ans, qui ne bénéficia, initialement, qu'à un millier de Juifs, car le droit du sang continuait de dominer la législation. Ce n'est qu'en 1923 qu'une nouvelle constitution fut introduite, dont l'article 133, inspiré du droit du sol, étendant la nationalité roumaine à tous les résidents, indépendamment de leurs origines, langues et religions[3]. Cette même constitution accordait le droit de vote aux femmes, ce qui posa des problèmes aux communautés traditionalistes du nord du pays.

En 1930 des villes comme Cernăuți (patrie de Paul Celan), Suceava (patrie de Norman Manea), Dorohoi, Botoşani, Bălţi, Iaşi, Orhei ou Chişinău sont peuplées à moitié par des Ashkénazim, le yiddish y est couramment parlé (et souvent compris en dehors de la communauté) et l'écriture hébraïque partout présente (enseignes, librairies, journaux, théâtres). Sur le plan religieux, d'importantes communautés hassidiques de la mouvance Loubavitch y vivaient ; sur le plan politique, le Bund socialiste et le Sionisme nationaliste, opposés l'un à l'autre, se partageaient la communauté.

Période 1939 - 1945[modifier | modifier le code]

La Roumanie resta une démocratie parlementaire jusqu'en février 1938, mais les cercles humanistes, qui voyaient les Juifs comme un facteur de modernité, de développement et d'échanges culturels, étaient alors en perte de vitesse face aux cercles xénophobes, qui les décrivaient comme des étrangers nuisibles à la nation. Dans les années 1930, comme dans toute l'Europe, la situation des Juifs se dégrade au rythme des atteintes à la démocratie consécutives à la crise de 1929, et de la montée des extrémismes, qui culminent pendant la Deuxième Guerre mondiale avec la Shoah : voir Persécution et extermination des Juifs en Roumanie.

La Garde de fer et l'armée du régime Antonescu (le "Pétain roumain" selon sa propre définition) ont été les vecteurs principaux de la Shoah en Roumanie. Sur les 756 930 Juifs roumains de 1938, 420 000 changent de nationalité en 1940 lorsque la Roumanie cède de vastes régions à l'URSS, à la Hongrie ou à la Bulgarie, 369 000 conservent la nationalité roumaine et 356 237 apparaissent au recensement de 1951[4].

Mémorial de la Shoah en Roumanie, à Bucarest.

Les crimes de la Garde de Fer et du régime Antonescu ont été officiellement reconnus en 2004, en même temps que ceux du communisme sous la présidence de Traian Băsescu, après que la Commission Wiesel mise en place sous le mandat d'Ion Iliescu ait rendu ses conclusions[5].

Période communiste[modifier | modifier le code]

Après la guerre, l'instauration du communisme ne séduisit que fort peu de Juifs (même si quelques-uns se trouvèrent durant quelques années aux commandes du Parti communiste roumain qui prit le pouvoir par le coup d'état du ), d'autant que le judaïsme était considéré comme archaïque et rétrograde.

Les juifs présents dans la direction du parti communiste, dont les plus connus sont Anna Pauker et Joseph Kichinevski[6] ne se sont pas comportés en juifs (cela aurait été du nationalisme petit-bourgeois ou pire, du cosmopolitisme) mais en communistes staliniens, et, à ce titre, bien des juifs se retrouvent eux aussi en camp comme exploiteurs, bourgeois ou éléments douteux, après la consolidation du régime en 1946-1947[7]. Si le régime communiste permet la résurgence de théâtres et de journaux en yiddish, ainsi que de quelques orchestres klezmer, ce folklore d'opérette, comme le folklore roumain, magyar ou saxon, coupé de ses racines et embrigadé par la propagande officielle, ne parvient pas à dissimuler l'étouffement de toute vie intellectuelle et économique.

Au fil des années, la communauté s'étiole, émigrant vers Israël, vers la France ou vers les États-Unis, et les juifs ne sont plus que 146.274 au recensement de 1956[1], 24.667 au recensement de 1970, 9.670 au recensement de 1992, et 6.179 au recensement de 2002 (voir Démographie de la Roumanie).

Comme le fascisme d'Antonescu avant lui, le régime communiste roumain a bien tiré profit de cette émigration, en faisant payer le droit d'émigrer (comme pour les allemands ou les grecs de Roumanie) au prorata du niveau d'études ou de formation atteint... qui, chez les juifs roumains, était généralement élevé. Entre fascisme et communisme, le judaïsme roumain a péri et n'est plus qu'un souvenir... mais encore bien vivant en Israël où plusieurs journaux et de nombreux livres paraissent en roumain.

Synagogue de Brașov

Sources[modifier | modifier le code]

  1. a et b Republica Populară Romînă, guide général, Ed. pentru răspîndirea științei și culturii, Bucarest 1960, p. 94
  2. Revue Pontica sur [1]
  3. Chronology - From the History Museum of the Romanian Jews; Hasefer Publishing House, The Romanian Jewish Community [lire en ligne (page consultée le 6 décembre 2007)]
  4. Selon Raul Hilberg La destruction des juifs d'Europe, Gallimard, collection Folio, 2006, TII, p.1408, seuls 53 % des juifs roumains de 1938 (près de 790.000 personnes) y vivaient encore en 1952. Selon les conclusions de la Commission Wiesel, les 47 % manquants (près de 380.000 personnes) avaient soit émigré vers la Palestine de Roumanie (environ 90 000 personnes) ou des régions ex-roumaines de l'URSS (36 000 personnes), soit été victimes du régime Horthyste après la cession de la Transylvanie du nord à la Hongrie (130 000 personnes dont 120 000 furent déportés vers l'Allemagne), et du régime Antonescu lors de l' Opération Barbarossa (250 000 personnes devenues soviétiques par la cession à l'URSS des territoires où elles vivaient, dont plus de 120 000 périrent en Transnistrie ; à cela il faut ajouter environ 4 000 autres juifs devenus soviétiques qui s'étaient enfuis vers l'est lors de l'attaque germano-roumaine, et qui furent rattrapés par les Einsatzgruppen et tués en Ukraine). Au total, parmi les 380.000 personnes manquantes, il y aurait 290 000 victimes et 126 000 déplacés ou émigrés.
  5. en: International Commission on the Holocaust in Romania (Commission Wiesel), Final Report of the International Commission on the Holocaust in Romania,Yad Vashem (The Holocaust Martyrs' and Heroes' Remembrance Authority), 2004, [2].
  6. Voir [he:יוסיף קישינבסקי]
  7. Raul Rubsel : idem

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Carol Iancu, L'émancipation des juifs de Roumanie (1913-1919, Centre de recherches et d'études juives et hébraïques, 1992

Voir aussi[modifier | modifier le code]